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Joshua Baker

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MessageSujet: fresh roses (sam)   fresh roses (sam) EmptySam 2 Fév 2019 - 16:31

Mains plaquées au sol. La sueur emmêlée au vent. Des marques. Des traces. L’odeur putride du souvenir tatoué dans les yeux. Je me crispais douloureusement, les ongles enfouis dans le goudron. Les images cheminaient autour de ma tête. Et les voix, les putain de voix ! Je les entendais tous. Supplicatoires. Essoufflés. Des prières instantes. Un appel à la lutte. À enlacer la pénitence. L’âme en exil au milieu du cortège funeste. L’air se distillait dans mes poumons. Un manque d’oxygène. Un manque d’équilibre. La foule s’agglutinait autour de l’esplanade. Des regards vils de curiosité. Des bouches marmonnant les consolations factices. Non, pas d’ambulance ! Pas de retour dans les couloirs de l'hôpital. Le corps était saint. C’était l’esprit qui vrillait. Le coeur qui trébuchait. Les symptômes d’une destinée flouée entre les dunes empourprées d’Afghanistan. La dernière mission pour hanter l’éternité. La dernière mission puis le désarroi. Je ravalais l’angoisse et gémissais mes malédictions. Des mots intelligibles de perse. Un accent anglais enrayé dans la gorge. Qu’ils bougent. Qu’ils se décalent ! La vision assombrie sur les murs gris. Les prunelles entourées de silhouettes. Je me redressais et reculais sur le trottoir. L’angoisse d’une après guerre au creux des reins. Mes côtes s’enfonçaient dans la chair, lancinant à chaque mouvement respiratoire. Je soupirais en chancelant sur les lampadaires. Des statures aiguës pour rattraper la chute. L’illusion d’une dignité retrouvée dans l’étreinte glacée de l’acier. Je n’y arrivais pas. Les vacarmes de la ville. L’ignorance de ses habitants. Les silences mortuaires d’une nuit bercée par les sifflements de la lune. Ma cage thoracique était perforée par la vérité. Par le mal d’une existence d’errance entre les stalles et les choeurs des cathédrales. Une miséricorde de sang, crachée sur les textes nobles qui bouffaient le papier. Je voulais m’évader. Quitter cette parallèle imaginaire. Mes pas s'accéléraient sur l'asphalte. Je suffoquais sous le tissu de ma chemise. Des frottements qui ravivaient les cicatrices. Le contact matériel pour servir d'ancre. Pour ramener peu à peu. Journaliste déchu. Reporter du massacre des autre. Un messager qui saignait sur les pages des journaux. Le trouble mental était incurable. Le choc post-traumatique d'une vie qui glissait entre les doigts. A quoi bon avaler les cachets ? Pourquoi effacer les cadavres et déshonorer leurs sacrifices ? Le souvenir était le lot des survivants. Un résidus d'eux, des soldats et des civiles, des rebelles et des orphelins. Aux anonymes de la guerre. Aux anonymes d'une société qui faisait naufrage sur les bordures de la mer. Je secouais mes épaules et bousculait maladroitement une jeune femme. Mes yeux transperçaient ses pommettes. Une visage d'ange que je drapais de mes ténèbres. Une autre vivante, souillée de mes cauchemars. Je serrais les poings et balbutiais des excuses. « Désolé, je ... je ne sais pas où j'vais ... » Une honnêteté désarmante. Des frissons qui roulaient sur mes muscles et mes nerfs. Ma démarche se perdait dans une valse arythmique. Je manquais le prochain pas. Je fermais les yeux et retrouvais enfin, la stabilité sur le rebord glacé de la rue.

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Sam Lowell

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MessageSujet: Re: fresh roses (sam)   fresh roses (sam) EmptyVen 8 Fév 2019 - 15:45

Il le lui avait dit ; il voulait la revoir. Pourtant, il ne sait rien de Sam. C'est peut-être ça, qui l’attire le plus. Le mystère d'une nuit, les vapeurs d'une étreinte, il s'était abruti d'un souvenir liquoreux à la douceur sucrée. Elle était partie au petit matin, bien avant qu'il ne se réveille, n'avait laissé derrière elle aucune trace. Avec le temps, Sam trouve aux hommes la capacité de passer à autre chose, comme si de rien n'était. Et ça lui va très bien. Mais celui-ci... ils s'étaient recroisés quelques jours plus tard, en plein milieu des heures du jour, sous une lumière nouvelle. Il lui avait sorti son baratin habituel, celui qui voulait qu'il ne passe pas pour le premier connard du coin. Le j'ai cherché à te joindre mais tu ne m'avais pas laissé d'infos. Le j'ai pensé à toi, je suis retourné sur nos pas, en vain. Seulement là où beaucoup trouvent le moyen de s'en tenir à de polies retrouvailles, il avait insisté. Sa mâchoire ciselée, ses yeux profonds, le souvenir de sa poigne tenant ses hanches... La brune s'était entendue accepter, ailleurs. Oui, elle ferait exception à la règle. Pour une fois, elle aurait une conversation avec l'un de ces hommes, adulte et sans arrière pensée, autour d'un repas plus élaboré que de simples cacahuètes de bar. Pourquoi lui donner sa chance à lui et pas au mec de la semaine passée ? Très bonne question. Parce que la solitude la prend parfois et qu'elle a besoin de la combattre avec un peu plus qu'une baise de passage, excusez le côté cru. Pourtant, c'est exactement ce que sont ces hommes, habituellement. Pas de noms, du moins aucun qu'elle ne retienne, juste quelques heures d'absolution avant de reprendre sa vie. Et ce soir... pour quelques heures, les choses allaient changer.
Ses talons claquent sur le bitume froid et tournent les regards sur ses jambes fuselées. Elle a fait un effort, Sam, pour l'occasion. Du rouge sur ses lèvres, de ses cheveux domptés, de cette robe ajustée, elle se montre de bonne foi. Il ne pourra pas dire qu'elle n'a pas essayé. L'adresse du restaurant n'est plus qu'à quelques mètres, dans une rue parallèle, mais plus elle approche, plus elle hésite. Ce n'est certainement pas une bonne idée. Plus elle y pense, plus elle se rend compte de la catastrophe qui l'attend. Cet homme, ce... Peter... elle n'a rien à lui offrir. Et il ne le sait pas encore, mais il ne veut pas d'elle. C'est sur cette pensée distraite qu'un soupir la prend, assez évident pour qu'elle ferme les yeux, quelques secondes, pas plus. Assez pour heurter quelque chose. Quelqu'un. 'Pardon...' elle rouvre les yeux sur une silhouette chancelante et l'homme s'excuse. Sam fronce les sourcils en le voyant continuer sa route. Non, il n'a pas l'air aviné. Juste... désorienté. Et lorsque sa personne toute entière trouva le sol, Sam changea ses plans. Peter attendrait. 'Est-ce que ça va ?' certains l'avaient évité, refusant de se coltiner un problème de plus. D'autres avaient demandé, de loin, si tout allait bien. Sam s'était accroupie à côté de lui, une main tendue pour l'aider à se relever. Avant de s'asseoir, là, sur ce bord de trottoir, silencieuse pendant que l'homme d'à côté reprenait ses esprits.


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MessageSujet: Re: fresh roses (sam)   fresh roses (sam) EmptySam 9 Fév 2019 - 17:49

Objet maléfique de désillusion. Cette guerre qui enfonçait ses crochets dans la chair. Ces images qui se découpaient dans le vide. Douleur passagère. Douleur infinie. Les mains se crispaient sur le trottoir. Une pair de dix phalanges. Des ongles noircis par la poussière. Un corps comme le mien, mais l'impression de flotter, l'âme détachée — l'âme ailleurs. La migraine s'infiltrait dans mes cellules nerveuses. Je ne bougeais plus sur ce sol, l'enveloppe tétanisée par les néons des lampadaires. Une foule dispersée parce qu'il n'y avait plus rien à voir du spectacle. Un ivrogne de plus. Un ivrogne de moins. Mais je n'étais pas ces autres. L'alcool ne suffisait pas à anesthésier les souvenirs. La vérité me percutait. Les extraits d'une vie ruinée sur les dunes de Kandahar. Les chimères de la nuit, enserraient ma gorge et mes pensées. Je gardais le silence, les lèvres gercées par le froid. Mes yeux furetaient autour de l'espace, capturant les lumières abstraites sur les profils irréguliers de la ville. Un sentiment mâché pour mieux respirer. Un chagrin digéré à tord, pour avancer dans la rue solitaire. Mais elle était là, cette fille. Des opales étincelants de couleurs. Prisme de milles facettes où mon regard se faisait naufragé. Elle ne partait pas. L'inquiétude ou la pitié. Un brin d'humanité souillé par les ombres de Brighton. Je me tournais lentement. La réponse était si compliquée. Oui, ça allait. Mais non, ça n'allait pas. Le mal revenait toujours. L'horreur me guettait car j'étais sa proie facile. Je soupirais en lui adressant un sourire navré. Que dire de plus ? Comment s'extirper de son emprise ? Assise à mes côtés, sa silhouette se penchait sur la mienne. Il y avait de la douceur dans sa voix. Une lassitude sentimentale. Quelque chose d'harmonieux. « Juste le stress. Je vais bien. » Mensonge déguisé pour éviter les soupçons. Parce que je n'étais pas un héros de la guerre. Je n'étais que le spectateur désabusé. Reporter bravant les explosions derrière l'objectif. Mes mains tremblaient sur mes genoux. J'essayais de retrouver mon souffle. Mais les poumons se crispaient dans leur atélectasie. Un mouvement bloqué dans les bronches. L'air raréfié lorsque le cerveau réclamait son oxygène. Je haussais les épaules en feignant la désinvolture. « Je ne voulais pas vous bousculer. » Excuses réitérés mille fois. Un incident qui se répétait lorsque je longeais les rues. Lorsque mon corps se rappelait, un peu trop vivement, des conditions d'Afghanistan. Je l'observais minutieusement, captivé par le détail de son profil. Des boucles parfaitement ondulées. Une robe élégante sous la courbe gracieuse d'une femme qui voulait plaire. Je pouvais encore faire la différence. « Je ne veux pas vous retenir. Vous risquez d'être en retard pour votre rendez-vous. » Rencontre galante, brisée dans la collision entre deux inconnus. Je hochais la tête et mon expression s'adoucit. Charme exhalé pour elle. Charme pour la remercier de s'arrêter dans ma parallèle.

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