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 we are lost from home (ivy)
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Nick Mun

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MessageSujet: we are lost from home (ivy)   we are lost from home (ivy) EmptySam 2 Fév 2019 - 2:50

NOVEMBER 19, 1943
Tarawa Atoll, Gilbert Islands, Pacific Ocean

Les cernes s’étirent dans la nuit. Il aimerait y disparaître, Dae-won.
Il aimerait s’échapper.
Mais l’Enfer est barbé de barbelés. Et l’enfer à un nom : le Japon. Ils se sont battus, les autres. Ses pairs, son frère. Il s’est révolté contre l’occupation. Ils se sont soulevés pour mieux s’écraser. Dae-won, il n’a pas pu. Il n’aurait pas pu – à cette époque, la jeunesse s’esquissait encore sur ses traits. Juvénile jusque dans ses dessins. Et puis, c’est qu’il a ce regret. Celui de ne pas s’en être servi comme il aurait dû – si les nippons s’ornent la ceinture d’une lame et l’épaule d’une arme, Dae-won a ses crayons. Des caricatures manquées par dizaines s’esquissent dans ses pensées. Les insultes suivent, muselées entre ses dents serrées. Il aimerait les leur jeter, aux généraux – leur montrer qu’ils en ont dans le ventre, les chiens de garde. Les trimards. À la place, ils n’ont rien. Pas même un quignon de pain. À ses lèvres, Dae-won n’a qu’une clope. Il l’a dérobé plus tôt dans la soirée à l’un des officiers. Assoupi près de son bol de soupe, il n’a pas hésité une seule seconde à fouiller ses poches. Une action qu’il n’a pas considéré – le manque, il est tenace. Celui de la nicotine dissipe tout le reste. Même les effluves odorantes et alléchante de la pitance. Il souffle une bouffée de fumée, planqué dans la petite salle qui jouxte les cellules des prisonniers. Ils sont nombreux, là-dedans.
Ils s’entassent les uns sur les autres, ses confrères. Et s’il s’était fait choper, peut-être croupirait-il lui aussi au milieu des carcasses lessivées.
Pas comme s’il ne l’était pas déjà – les articulations, elles grincent et craquent. Celles de ses poignets sont les premières.
Fatiguées à cause des murs qu’il a érigé. Épuisées à cause des sacs de sable qu’il a porté. Il n’a pas compté les jours, Dae-won, mais si ses estimations sont exactes, il s’esquinte le dos depuis plus d’un an sur cette île. Il s’étire mais ça ne change rien. Ça n’apaise rien. Les courbatures persistent. Les cernes se creusent et les sourcils se froncent.
Il se cache, l’ancien artiste. Ancien, parce que même si on lui mettait aujourd’hui un crayon dans la main, il ne saurait plus s’en servir. Il n’arriverait plus à s’en servir. Il s’empoisonne à chaque bouffée. Il s’oublie à chaque expiration. Les yeux clos, la tête penchée en arrière, il écoute. À l’affût du son des bottes qui claquent contre la poussière. Des tanks qui rutilent. Des mitrailleuses que l’on essuie. Des balles qu’on empile. Ça pue le métal poli.
À travers la fenêtre barrée, il discerne une paire de silhouettes. Bien chaussées, bien fripées et joliment guindées. C’est ça qui schlingue. Les katanas suspendus à leur hanche. Les épées qui se balancent. Avant qu’ils ne s’approchent, il éteint sa clope. Le mégot file au fond de sa botte. Les relents méphitiques de la cigarette traîne pourtant toujours dans l’air. Plus qu’un poison pour ses poumons, c’est un arsenic pour sa situation.
Il flippe malgré lui, le garde. Il s’éloigne de sa fenêtre à la va-vite en espérant se fondre parmi les ombres sépulcrales des prisonniers. Il s’éloigne de ceux qui jactent dans sa langue natale – celle qu’il oublie pour se perdre dans les dédales étrangers. Dans ceux qui piaillent dans l’alphabet latin. Il ne les voit pas vraiment, Dae-won. Depuis tout ce temps, il ne les voit plus. Et s’il aimerait se dire qu’ils se ressemblent tous, ces européens et ces ‘ricains, ce n’est pas le cas. Car si les rythmes de la Corée se perdent sur sa langue, ceux de l’anglais s’y accroche. L’artiste, polyglotte. Un sujet de moquerie. Une corde sensible que l’on titille – l’enculé qui sympathise avec l’ennemi.
La pute à Roosevelt.
Alors il se tait, Dae-won. D’homme, il devient machine. De machine, il devient chien. C’est là qu’est sa place. Il tend une nouvelle fois l’oreille. Elles se sont dissipées, les bottes clinquantes et reluisantes. D’autres les remplacent. Crevées, ensablées. Ses potes de peloton – on ne les y attache pas encore mais quelque chose lui dit que ça ne saurait tarder. Il n’a pas besoin de les voir pour le savoir. Il les entend. Il les devine, sur sa rétine. Les autres, ils sont encombrés – ils portent ceux que les japonais leur ordonnent de supporter. Le masse du monde, la lourdeur du bataille et le poids de la guerre. Il s’en détourne déjà, les lèvres nouées.
Interdit, qu’il est.
Une sensation exacerbée par le regard qu’il vient de croiser.
Juste là, dans une cellule.
Dans une cage aux barreaux trempés dans l’acier.
Une femme, contre toute attente.
Une lady, note-t-il en lorgnant sa robe. Bafouée au-delà de ce qu’il suppose. Crasseuse, aussi. Sous les ongles, sous la peau et sous la jupe.
Peut-être l’a-t-il entendu, un soir. Peut-être n’y a-t-il tout simplement pas prêté attention. Peut-être n’était-ce qu’une nouvelle fois son instinct de préservation. Celui qui l’assomme sans l’endormir. Celui qu’on nomme amphétamine.
Il soupire, Dae-won. Et il tombe contre le mur. S’écrase contre le ciment. Ses jambes se déplient alors que sa tête bascule sur le côté. Il s’en rappelle, maintenant. De cette histoire, de cette rumeur qui a filtré jusqu’aux banquettes pouilleuses de la racaille de Corée. « That’s you, right? The fool. » Croasse-t-il dans un anglais plus maladroit qu’il ne l’aurait espéré. Au fond, cette langue-là aussi, il l’oublie.
Dans son crâne, il n’y a que le japonais qui roule. Mais les honorifiques, ils claquent au rythme du mépris. Il s’en dispense, à l’instant. Il les éclipse pour se remémorer les consonances latines. « The journalist. » Précise-t-il. La rocaille s’est installée au fond de sa gorge pour y rester.
Dae-won se passe une main tremblante dans ses cheveux rasés, l’œil hagard. Il la lorgne, de loin. Il l’observe, de près. Ses bottines usées, elles frôlent les barres coincées entre le sol et le plafond. La porte de sortie, elle n’est pas là ; elle est sur le toit. D’autres barreaux s’y esquissent – la femme, elle n’est pas à l’abri de la pluie.
Mais à dire vrai, elle n’est à l’abri des hommes non plus.
Il roule des épaules, le chien de garde. Il pèse ses mots. Pas parce qu’il y accorde de l’importance, non. Seulement parce qu’il n’est pas sûr que ce soit les bons. « So… what bring, » Il se racle la gorge, incertain. « brought you here? »
Une question soufflée à demi-mots. Une question secrète qu’il ne destine qu’à elle. Qu’à cette étrangère.
Qu’à cette énième âme damnée aux espoirs carbonisés.
Il est juste là, le coupable.
Juste au-dessus de leurs crânes.
Ce foutu soleil rouge.

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