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Cecil Von Sydow

Cecil Von Sydow


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MessageSujet: gone with the wind (pippa)   gone with the wind (pippa) EmptySam 29 Déc 2018 - 22:04

you forfeit all rights to my heart
you forfeit the place in our bed
you sleep in your office instead
with only the memories of when you were mine

Tout est austère. Tout est froid.
Divorcé. C’est un adjectif qu’il peine encore à accepter. C’est le point final apposé à un mensonge tourmenté. Plus d’une décennie dont il ne reste rien (peut-être simplement les souvenirs amers, nécrosés par des trahisons et des accusations trop récemment formulées). Les papiers ont été signés, rien n’est à ajouter. Le siècle crépusculaire, les conclusions irrésolues d’un âge sombre et torturé — pour Pippa en tout cas. Et à Cecil, tout le monde le lui répète, sans arrêt, comme un disque rayé, comme une balle de plomb tirée à répétition dans son ego maladif ; you fucked up. Pas d’autre déduction envisageable. Et si lui même ne se l’admet pas, il le sait.
Toutes les erreurs qu’il pouvait faire sur le chemin, il les a commises. Par peur ou par dépit, par simple stupidité narcissique peut-être. L’hécatombe des sentiments juvéniles, exécutée au nom d’une défiance génético-chronique de l’acte marital. Les conséquences sont infernales. Face à lui, de l’autre côté de la grande table brune (froide, comme tout le reste), l’ombre de celle qu’il a épousée, des années (des siècles) auparavant. Les yeux froids et le coeur éclaté au centre de la pièce — il est coupable. Personne n’en doute, pas même son avocat, qui évite soigneusement de croiser le regard du parti de l’épouse humiliée. Maître Wicowicz ne peut sauver que les intérêts de son client, pas sa réputation. Pas son honneur. 
La bataille juridique aura été une guerre éclair, de toute façon. Le drapeau blanc brandi du côté de Cecil ; il n’a rien demandé. Il lui laisse ce qu’ils avaient en commun (la maison, la Rolls-Royce, le canapé en cuir blanc, la flopée de souvenirs devenus obsolètes) et ne prend que ce qui lui appartient. Il n’est pas sûr qu’elle-même veuille garder quoique ce soit. Il n’y a plus rien à dire de ce côté-là, de toute façon. Les choses ont été décidées en silence, par déclarations interposées, rédigées par les avocats. C’est toujours délicat de parler d’un divorce en cours. C’est pas un sujet qu’on aborde simplement ; comme le temps, comme le programme télé, comme les réminiscences des années passées et les projets chimériques des lendemains qui ne viendront jamais. Jadis, Pippa et lui auraient pu parler de tout. Philosophie et histoire, géopolitique ou cinéma, bioéthique et souvenirs d’enfance. Maintenant, la conversation semble atrophiée, inconcevable. Ils semblent las, découragés ; discuter (discuter alors que chaque parole est éclairée par les lumières aurorales de l’adieu) serait vain. C’est en silence qu’ils se dirigent vers la porte de l’office notarial. Ils ne se regardent même pas, ne marchent pas à la même hauteur. Mais d’une certaine façon, cela fait des années qu’ils ne l’ont pas été (égaux). De là où il est, il ne voit que la nuque (fine, trop fine) de sa femme (son ex-femme), ses poignets, son dos. Et le bruit de ses pas — ce rythme entêtant, infernal, l’hymne de son émancipation, qu’il pense.
C’est avant qu’elle ne franchisse définitivement les portes de l’office qu’il l’interpelle. Philippa. Ce prénom qui lui est étranger, qu’il a si peu prononcé. Il aimerait entretenir l’illusion que c’est parce qu’il a bien plus appelée par son surnom — ignorer une bonne fois pour toute que tout ce qui la concerne lui semble lointain parce qu’il l’a oubliée, parce qu’il l’a délaissée. La réalisation culpabilisante, lancinante, est là, cependant.
Elle s’arrête (comme une ultime faveur, une énième faveur, qu’elle lui fait) et il en profite pour se mettre à sa hauteur. Son regard croise le sien. Toute interaction est encore étrange, irréelle. J’ai encore mes Pléiades à récupérer à la maison —… chez toi, je veux dire. Il ne s’habitue toujours pas. C’est peut-être plus simple de partager un taxi ?… Sa voix s’éteint un peu à la fin de sa phrase, parce qu’il se rend compte de l’ineptie de celle-ci. Rien n’est simple, et certainement pas le fait de partager un taxi au beau milieu de leur relation chaotique. Il est amer, Cecil - vexé de s’être fait prendre, offensé qu’elle ose se libérer de son joug. Et pourtant, alors qu’il a passé des années à la fuir, la voir s’éloigner à présent est bien moins facile que ce qu’il se représentait.
Et au sein de cette apocalypse, il ne peut pas s’empêcher de penser,
Ce n’est pas comme ça que cette histoire devait se passer.

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tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
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MessageSujet: Re: gone with the wind (pippa)   gone with the wind (pippa) EmptyJeu 3 Jan 2019 - 12:19

I'm searching and scanning for answers
In every line for some kind of sign
And when you were mine
The world seemed to burn

Tout ça pour ça.

Une inspiration fragile, un souffle d'air délicat s'échappe de ses lèvres entrouvertes. Ses yeux se perdent le long de ses mains sagement posées sur ses genoux, ignorent volontairement le reste du décor. Les autres personnages prennent la parole tour à tour, d'une voix basse et vaguement contrariée comme si l'on discutait d'un sujet confidentiel plutôt que de coeurs brisés. Philippa lève la tête en direction du carré de ciel bleu et froid que la fenêtre laisse aperçevoir ; leurs mots l'effleurent à peine. Elle songe que sa dernière chambre d'hôpital lui offrait la même vue, et elle songe que peut-être, elle aurait mieux fait de céder à ce moment-là. De s'endormir dans les bras de l'ombre dans une dernière valse avec sa maladie, de la laisser gagner pour qu'elle l'emporte, et ainsi échapper à l'exécution de ses sentiments en place publique. C'est à peine si elle dissimule sa fatigue, sa faiblesse, les dommages causés par son coeur asphyxié. Elle se fout des détails, Pippa. Elle veut juste disparaître. Lorsqu'elle sortira de cette pièce, elle ira à la rencontre du désert, d'un néant qu'elle ignore comment combattre. La consécration de l'annihilation de ses sentiments, de son passé, de toute sa vie. Elle ne sera rien ni personne, une page dont on a gommé les écritures. Tout ce qui la retient à Cecil sera effacé, et la femme qu'elle était le sera aussi. I'm sorry, Pippa Von Sydow can't come to the phone right now. Why? Oh, 'cause she's dead. Et cette pensée réveille la sourde fureur qui la hante et ronge son sang avec une force malsaine; sa fureur qui la tient éveillée la nuit et dont la puissance n'est éteinte que par le torrent de tristesse qui la submerge de temps à autres. C'est ce qu'elle est, désormais - un corps dépourvu de sens balloté entre le courroux des sombres vagues et les rivages abandonnés de ce que furent un jour ses illusions. Requiem pour ses rêves.

Un son plus fort qu'un autre vient rompre le cours de ses tristes pensées et la ramène au temps présent, à l'odieuse réalité. Elle comprend que c'est la fin à la façon dont les autres la regardent - l'avocate qui a mené pour elle sa bataille lui lance un regard qui se veut victorieux, mais qu'importe le triomphe? Sa vie est un champ de ruines. Elle murmure un mot - merci? au revoir? elle ne s'en souvient plus. Sur ses épaules, Pippa drape son long manteau, sa peau de chagrin, et sort. Derrière elle, les pas de l'homme qui lui a tout pris. Elle imagine encore le rythme de sa respiration dans le couloir froid. Si elle se retourne, le perdra-t-elle à tout jamais, sera-t-il fait prisonnier au royaume des morts? L'idée semble tentante, mais Pippa n'est pas Orphée; alors, elle continue de marcher. À chaque pas, une détermination un peu plus forte. Outragée. Brisée. Martyrisée. Mais libérée?

Un mot. Son prénom, aux accents si étranges pour lui. Doucement, elle s'arrête et se retourne, la colère flambant dans ses yeux bruns. How dare he say something, ne l'a-t-il pas assez humiliée? La vague la frappe de plein fouet, la prépare au combat. Leurs regards se rencontrent et elle n'y trouve pas ce qu'elle cherche, le fantôme de l'homme qu'elle a épousé et aimé pendant dix ans. Consumé, brûlé, et elle, toujours ivre de son déni sordide. Partager un taxi? Elle se fige, puis éclate d'un court rire; un rire froid, nerveux, si loin de sa joie rieuse venant du fond du cœur. Son expression rapidement se calme, redevient terriblement neutre, indifférente. Elle hausse les épaules. « Je ne vais pas garder la maison. » Elle va tout vendre, incapable de supporter une seule relique de leurs souvenirs sans se rappeler qu’elle a vécu dans un mensonge, et qu'il a souillé leurs voeux. Elle ne peut rien garder, et si son travail ne la retenait pas à Brighton, elle serait partie. Pippa connaît bien la solitude: c’est une vieille amie. Mais au moins, à Brighton, Pippa sait où sont les mains tendues. Alors qu’ailleurs... « Je devrais les jeter au feu, tes maudits bouquins. » Elle le ferait, rien que pour le plaisir de voir se tordre et noircir les pages délicates et les mots qui obsédaient Cecil. Lui accorderait-elle cette ultime faveur? L'envie de lui répondre fuck off est irrésistible. « Je suppose que c'est ironique. Notre mariage est à peine enterré, et maintenant tu me proposes de partager un taxi alors que je n'étais pas assez bien pour partager ta vie. Ou peut être veux tu qu’on invite quelqu’un d’autre pour la course, et me faire payer à la fin? » La rancoeur à peine voilée. En réalité, ça n'a pas d'importance. Cecil peut bien prendre tout ce qu'il veut, elle s'en fiche. Son avocate l'a incitée à tout garder, voyant certainement dans cette revanche matérielle une façon de sauver sa dignité. Mais Pippa n'a jamais été du genre à se vanter d'avoir ruiné son mari dans le divorce et d'être partie avec la télé et la voiture. Les sentiments ne se marchandent pas, aucun meuble ne pourra la réparer. « Prends tes affaires, et ensuite je ne veux plus jamais te voir. » Elle tourne les talons avec un rictus de dégoût, et pousse la porte de l'office - trop bonne, trop conne. Elle devrait lui hurler sa douleur et sa rage et lui envoyer ses bouquins découpés en petits morceaux dans une boîte en carton. À la place, à peine revenue à l'air libre, elle sort une cigarette qu'elle allume d'un geste décidé. Une bouffée.

Elle est toujours vivante.

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