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MessageSujet: stranger things. (edgar)   stranger things. (edgar) EmptySam 6 Oct 2018 - 13:38

Il n'y a pas beaucoup d'endroit où Héra se sente vraiment bien à Brighton. Pourtant cette ville a marqué les meilleurs, comme les pires moments de son existence. Lorsqu'elle foule les pavés du centre-ville, elle s'y revoit, si elle s'y attarde plus de quelques secondes, en les transformant en minutes, elle peut même les faire revivre. Ces instants précieux, ceux qu'elle a partagés avec ces âmes qui ont marqué ses souvenirs. Ceux qui se fanent au gré des années, des saisons, aux couleurs qui perdent en intensité, mais ces images teintées de noir et de blanc restent logées, bien rangées, quelque part dans son esprit, dans l'une de ces nombreuses petites cases qui font d'elle ce qu'elle est devenue maintenant ; l'ombre d'elle-même. Les silhouettes se mouvent sous ses yeux, souvent ils nouent son ventre, elles lui font comprendre qu'elle est seule à présent. C'est étrange d'avoir cumulé autant de bribes d’anecdotes, frustrant de se remémorer autant d'histoires et de se sentir tout simplement personne. Elle a l'impression de n'être personne et d'attendre d'être enfin quelqu'un. Tel un orage prêt à éclater à chaque instant. Comme une malédiction, Héra liée aux éléments, ceux qui ont régit chaque phase importante de son existence. Les nuages après le soleil, l'orage avant la pluie, la pluie avant la tempête, le soleil après la tempête, et l'arc-en ciel qui s'impose d'une façon éphémère dans le ciel. Puis, Héra indéniablement liée aux astres, l'étoile qui est devenue poussière celles qui s'envolent au gré du temps qui passe. Et il y a le bar. Celui dans lequel l'étoile se met de nouveau à briller, à s'étinceler, en retrouvant sa place quelque part sur sa constellation, au sein de ce vaste univers. Un lieu où les âmes se perdent et se trouvent une nouvelle raison d'exister tout en vagabondant aux quatre coins de la pièce, où elles se mélangent et se mêlent, s'entremêlent. Il n'y a pas de code à suivre ici, elle peut être qui elle veut, avant ou après quelques verres. C'est ce qui lui a plu lorsqu'elle a lu l'annonce que Ritchie, son patron, avait placardé sur la porte ; venez comme vous êtes. Une réplique piquée au géant du burger qui l'avait touchée de plein fouet. Venez entiers, repartez brisés ; venez brisés, repartez entiers. Vingt-deux heures affiche l'horloge plaquée contre le mur au fond de la pièce, ce n'est que le début de la soirée pour la serveuse qui commençait tout juste son service. Derrière le comptoir elle aide son collègue à préparer la commande passée par un groupe qui venait fraîchement de débarquer d'un enterrement de vie de jeune filles et de garçons. Elle place les bières sur un plateau posé sur le comptoir rustique, l'endroit en lui-même était archaïque, ce qui n'ôtait rien de son charme. Les polaroids accrochés sur les murs démontrent qu'au contraire, il y avait de la vie et que l'on s'y sentait un peu comme chez soi. Les clichés de la jeune femme étaient particulièrement amusants. Lorsqu'elle pose le dernier verre sur le morceau de bois, Héra se retrouve soudainement nez-à-nez avec un homme accoudé sur le vieux chêne, étrangement familier. Jamais elle ne pourrait oublier ses yeux teintés d'un gris des plus clairs, d'un gris perçant qui vous percute l'âme de plein fouet, sans prévention, mais ils étaient également ceux qu'elle avait embrumés quelques jours plus tôt, agressés d'un coup de bombe lacrymogène. Les pupilles brunes de la serveuse restent plantées dans les siennes sa bouche étant entrouverte, formant presque un o, surprise et à la fois gênée voire confuse par ce qui s'était passé. Elle ne savait pas si elle devait prendre peur parce qu'il l'avait retrouvé, ou si elle devait s'excuser de lui avoir bousillé littéralement la vue. « Est-ce qu'on se connait ? » se contente t-elle de formuler, en essayant de reprendre ses esprits, encore étonnée de faire face à l'étranger. La dernière fois n'était pas la " première fois " où elle l'avait aperçu en train de l'observer. « Je veux dire que je peux peut-être vous offrir un verre histoire que l'on soit quitte ? » Pour remettre les compteurs à zéro, démêler le pourquoi du comment, après tout il avait l'air d'être tout sauf un psychopathe. Et s'il avait voulu se débarrasser d'elle, il l'aurait peut-être fait plus subtilement. Héra avait eu le temps de s'imaginer tout un tas de scénarios, en général il en fallait peu pour alimenter ses névroses existantes et ce, depuis ce qui s'était passé dans le désert. « En général, je me montre plus "sympathique" aux premiers abords. » explique t-elle en se mordant légèrement la lèvre inférieur, accompagné d'un petit sourire en coin qu'elle arborait pour dissimuler un sentiment de gêne finalement incontrôlé.
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Edgar Smith

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MessageSujet: Re: stranger things. (edgar)   stranger things. (edgar) EmptyLun 8 Oct 2018 - 0:38

Elle. Une hallucination alcoolisée qui vole l’apparence d’une femme. Un mirage, peut-être. Un fantôme, s’il était assez crédule pour croire au paranormal. Sa jeunesse, elle a été marquée par la légende de Baba Yaga. Scarifiée par le mythe du Leshy qui hante les forêts polonaises et par les Strzygi, avides du sang des vivants. Des fables narrées par sa grand-mère maternelle, destinée à effrayer l’enfant qu’il a été, autrefois. À l’assagir, surtout – ça a toujours été un mioche trop turbulent et trop curieux pour son propre bien. Ça a fonctionné, au début. Et puis Edgar, il a grandi. Les monstres ont abandonné les placards de sa chambre pour s’emmêler à nouveau à l’encre qui parcoure les livres de contes. Ça remonte à plus de trente ans et pourtant, le doute l’étreint à nouveau.
Les mains enfoncées dans les poches de sa veste, une clope éteinte au bord des lèvres, il se rappelle qu’il est trop vieux pour ces conneries-là. Edgar, il ne croit pas à grand-chose – pragmatique bien plus que nihiliste, il voit des hommes à la place d’entités omniscientes et omnipotentes. Des hommes tantôt bons et généreux, tantôt vicieux et viciés. Du blanc et du noir qui s’entremêlent jusqu’à être déformés par des nuances de gris. Il ne croit pas aux fantômes, donc. Et pourtant, c’en est un qu’il a vu. C’en est un, qu’il a croisé au détour d’une rue. Un ectoplasme, ou simplement les élucubrations d’un esprit étreint par la fatigue et étouffé par les tourments qu’il s’impose de lui-même ? Un mélange des deux, peut-être. Un entrelacs d’une chimère et d’une évidence. Petit à petit, le fantôme disparaît – et le mirage avec. Pourtant, le mystère s’épaissit. Vivante, sans l’être. Vivante, alors que sa propre femme gît six pieds sous terre. Vivante, alors que la raison lui souffle qu’elle n’en a pas le droit. Et Edgar se passe une main lasse sur la gueule alors qu’il pousse la porte d’entrée d’un bar vieillot à l’allure rustique. De la poudre aux yeux destinée à appâter les touristes. C’est en tant qu’homme – et non pas en tant que flic – qu’il s’installe sur un tabouret, près du comptoir.
Edgar, il est officiellement en vacances depuis cette après-midi. Des vacances forcées d’après lui, nécessaires d’après son supérieur hiérarchique. Pourtant, son badge traîne encore dans la poche intérieure de sa veste. En plus de vingt ans de service, il n’a jamais abusé de sa fonction. Il a dédaigné les passe-droits que s’octroient ses collègues. Il s’est gaussé de ceux qui roulent des mécaniques, persuadés d’attirer les donzelles alors que c’est des uniformes ridicules qu’ils portent sur le dos. Il n’en a jamais abusé, jusqu’à la danseuse. Et jusqu’à cette femme-là. Ce fantôme qui n’en est pas un. Ce mirage qui a basculé dans la réalité et qui lui a divulgué une identité sous la forme d’un vol à l’arrachée dans un jardin. Mais Edgar, il se souvient surtout de la férocité dont elle a fait preuve à son égard lorsqu’il a tenté de l’approcher, dans la rue. Une erreur, comme s’il n’en faisait pas déjà assez comme ça. Une erreur qu’il ne reproduit pas, cela dit – dans le confort d’un bar, entouré d’autres soûlards du même bois que lui, il est à l’abri. À l’abri des écorchures physiques, mais pas des fêlures de l’âme et du cœur. Et puis son regard s’accroche au sien et au lieu de noter les différences, c’est les similitudes qu’il remarque. Encore et toujours la même rengaine, encore et toujours le même refrain entêtant qui s’enroule sur le corps d’autres femmes, à des années-lumières de ce qu’a été Ada. Et qui s’enroule, ce soir, sur celui d’un sosie immoral. « On ne se connaît pas. » Des mots qui sont encore plus immoraux que l’existence de cette femme-là. Des mots qui lui brûlent les cordes vocales et incendient sa langue. Elle ne le connaît pas mais lui, lui il crève d’envie d’affirmer qu’il la connaît. Qu’il l’a connu, un an et demi plus tôt.
Tu bois trop, Edgar. Tu bois tant que tu hallucines enfin. « Un whisky. » Et pourtant, il ne s’arrête pas. Il a déjà bu avant de venir, peut-être. Sûrement. Et il boira lorsqu’il aura retrouvé son appartement aux angles trop vides et aux murs boulottés par le gel. Un sourire déforme ses lippes à la sympathie qu’elle lui expose aujourd’hui. Et puis, au roulement d’épaules. « Que je vous crois ou non n’y change rien. Le mal est fait. » Il marque une pause et fléchit les doigts de sa main gauche. Ça le démange et c’est d’une clope dont il a besoin pour se détendre et l’esprit, et les nerfs. « Évitez simplement de vous en servir, la prochaine fois. Ça m’ennuierait plus que vous ne le croyez de devoir vous coller derrière les barreaux pour si peu. » Edgar, il feint la nonchalance en posant ses coudes sur le comptoir et en appuyant ses menton sur ses mains jointes. Il s’enrobe d’indifférence alors qu’il se demande encore ce qu’il fout là.

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