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MessageSujet: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyJeu 20 Sep 2018 - 23:56

Conrad n’a jamais aimé l’hôpital – trop de mauvais souvenirs y sont associés. Trop de souvenirs récents qui se rajoutent aux anciens et gonflent un peu plus ses tourments. Cette année, c’est la troisième fois qu’il se perd dans les couloirs d’ivoires carrelés. Ça pue la propreté et l’aseptisé et pourtant, ça n’efface pas les effluves sanglantes des blessés – une odeur qu’il a appris à reconnaître mais pas à apprivoiser. Une odeur qui lui retourne encore l’estomac malgré les années qui le sépare des sables mouvants de Marjah. Là-bas, les relents métalliques du sang ont été étouffés sous ceux de peaux carbonisés. Sable, poussière et gravats qui scintillent sous un soleil de plomb qui exacerbe la moindre haleine. S’il se remémore des souvenirs heureux sous la forme d’images, Conrad se rappelle de ses tripes nouées par l’angoisse et par la faim, ce jour-là. Il se souvient du sifflement des balles et des éclats assourdissants des mortiers. Il se souvient de ses ongles qui se cassent et s’encrassent contre son arme. Il se souvient des murs qui s’effondrent sur le gosse et de son envie qu’ils se soient effondrés sur lui à la place. Il se souvient du goût du sel, du sable et du sang. Le sien, celui des autres – ça n’a plus d’importance, maintenant. Ce n’est pas pour ça qu’il est ici, de toute façon.
C’est pour les coups et les blessures dont il a gratifié un chauffard. Le chauffard qui a fauché son cousin. Qui a dérobé un frère à Ford et un jumeau à Maxine. La Justice ne l’a pas blâmé pour sa rage excessive – en vérité, le juge s’est retenu de le féliciter. Pourtant, il lui a ordonné de consulter, d’urgence. Une obligation pour qu’on puisse le laisser vagabonder dans la rue bien même qu’il sait pertinemment qu’il ne recommencera plus. Un écart – ça n’a été qu’un écart. Un écart qui a suffi à ce qu’une sirène résonne et qu’une ambulance déboule. Pour Conrad, des phalanges écorchées. Pour le chauffard, une gueule ravagée, des os brisés et l’inertie. Ça remonte à loin et pourtant, ce n’est qu’aujourd’hui qu’il trouve le courage de traverser les couloirs silencieux jusqu’à l’aile dédiée à la psychiatrie. Un écart qu’on lui a autorisé, cette fois – de la pitié dans les yeux du juge et de la compassion dans ses mots. Un respect indéniable pour un vétéran qui s’est esquinté l’âme pendant dix ans à l’armée.
Les visages qu’il croise sont blêmes pour les patients et fermés pour les médecins. Des visages semblables au sien - pas de sourire, sur la gueule de Conrad. Il apprend par une secrétaire qu’on l’attend déjà malgré le fait qu’il soit à l’avance. C’est machinalement qu’il lit le nom inscrit sur la plaque, à côté de la porte. Bowie Swanscott. Le psychiatre qu’on lui a assigné.
Son poing, contre l’acier. Une seconde d’hésitation et deux battements de coeur avant qu’il ne frappe. Et puis ses doigts qui s’enroulent autour de la poignée pour ouvrir la porte.
Un silence.
Une surprise.
Un coup du sort et des souvenirs qui reviennent, image après image. Conrad se mord la lèvre inférieure sans parvenir à dévisser ses doigts de la poignée de la porte. L’envie de la refermer lui tiraille déjà les tripes mais pourtant, il parvient à retrouver un semblant de tranquillité en enfonçant ses mains agitées dans les poches de son jogging. Ses yeux s’accrochent au sol carrelé et un sourire gêné s’étire sur ses lèvres. « Tu as finalement réussi à être psychiatre. » Un état de fait et un roulement d’épaules. « Je suis content pour toi. » Un compliment et l’embarras de découvrir qu’il est son patient.
Son patient, alors qu’ils ont été bien plus que ça.

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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptySam 22 Sep 2018 - 17:28

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C’est son premier retard. Bowie c’est le soigneux de la bande, celui qui arrive toujours un quart d’heure à l’avance, impeccablement paré, silencieux, attentif, prêt à se mettre au travail. Il n’a pour les distractions qu’un intérêt vague, ne parvient jamais à s’endormir plus de quelques heures, est réveillé par l’angoisse même lors de ses siestes. Au fond, il doit être un peu chiant. Sa vie est une ligne toute tracée, sans aucun écart, sans la moindre tâche grise capable de transformer son univers entièrement blanc. Bowie c’est un ange, presque malgré lui. Le moindre mal lui est refusé, le moindre frisson, le moindre mystère. Cela le plonge alors dans un éternelle mélancolie, une sorte de lassitude. Il paraît avoir vécu depuis trop longtemps. C’est une brindille, sans aucun penchant désastreux pour la nourriture. Il ne profite jamais de rien. C’est presque un dépressif chronique, mais la chose est dûe à une pathologie enfantine qui l’exclut du monde. Alors voilà qu’il court l’enfant hors du monde, pour monter dans un bus trop cruel pour l’attendre quelques secondes de plus. Il ne jure pas pourtant, toujours trop sage, toujours sans vie. Il échappe de justesse à la réprimande de sa secrétaire, étant parvenu à contenir un peu les patients enragés. Bowie n’est médecin que depuis à peine quelques mois et déjà les patients se pressent à son cabinet. Il est chaque jour un peu plus surpris par le ma¬l-être qui peut régner dans chacun d’entre nous, emplissant les villes d’un épais nuage noir. C’est sans doute le plus passionnant dans ce métier, cette éternelle fascination pour le mal ; un drôle de paradoxe pour l’angelot qu’il est.

Il ne parle pas beaucoup. Il est plutôt d’avis de laisser parler les autres. En général, il suffit d’une simple impulsion, du bon mot, comme dans une pièce de théâtre, pour qu’en découle un monologue. Il note tout sur un de ses nombreux carnets, pose encore quelques questions puis remercie ses patients. En quelques heures il en a appris d’avantage sur le psychisme humain qu’en dix ans d’études. Il reste parfois quelques minutes dans le silence de son cabinet, son menton délicatement posé sur sa paume, humant l’odeur de son café tourné au froid. Et dire qu’il en a horreur pourtant. C’était peut¬-être la solitude qui lui pèse le plus, pourtant, il rend les gens mal à l’aise. Il semble ne jamais rien ressentir. On ne l’aime qu’en docteur, parce que cette blouse parfaitement blanche a quelque chose de rassurant, contrebalance son air hors du monde. On se dit qu’il a dû en voir des choses, que c’est sans doute pour ça qu’il était si étrange. On n’imagine pas pire traumatisme que le sang et la mort. On n’ose même pas y penser de toute façon. Et c’est sans doute mieux comme ça. En y songeant sérieusement, voilà que la question de sa secrétaire lui échappe, il ne l’a même pas entendue entrer. « Oui, faites-le entrer. » Il fait en comprenant qu’elle vient de lui parler de son prochain patient. Il se racle la gorge, se redresse en époustant légèrement une épaule. Toujours impeccable.

C’est là qu’il entre. Un grand blond avec des airs de bodybuilder, des épaules aussi larges que la porte, des jambes interminables et un visage un peu durci par les coups et les traumatismes. Ce visage là l’a hanté des nuits entières, il lui revient parfois dans le blanc immaculé de sa vie, comme pour noircir un peu le tableau, lui donner l’impression pendant une seconde, qu’il a vécu. Conrad Steele, c’est un nom comme il y en a mille autres. Des astres qui gravitent, imperturbables. Il doit en avoir tant, il aurait pu le deviner, comme il aurait pu ne jamais le trouver. De cet homme il ne connaissait que la voix et l’apparence, dernières bribes d’une époque incertaine, d’un presque rêve. Cornad s’arrête aussi en l’apercevant. Ils se fixent l’un et l’autre, comme deux étrangers. Comme s’il n’y avait jamais rien eu. Et quand sa voix grave résonne, Bowie tressaille presque. Il l’a fait oui, il est devenu médecin, il n’a jamais dévié. Tout droit jusqu’au matin. « Merci, Conrad. » Il fait simplement de sa si petite voix à coté de la sienne, inspirant sans le quitter des yeux. Il ne sait s’il rêve ou si les dieux ont décidé de lui jouer un mauvais tour. Alors il inspire, désignant la chaise en face de son bureau. « Monsieur Steele, je vous en prie, installez-vous. » Il se reprend toujours, il revient toujours sur le droit chemin. Il ne saurait divaguer, Bowie. « Enchanté de vous rencontrer, je suis le docteur Swanscott. » Drôle de pièce de théâtre, il n’est pas sûr d’avoir le meilleur rôle. En tout cas, il a celui du type qui revoie le temps d’un songe, son unique love interest, la seule chose irrésolue de sa vie, la seule chose vraie dans cette pièce de boulevard beaucoup trop lisse.
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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyLun 24 Sep 2018 - 1:12

Gorge nouée et mâchoire serrée. Un malaise qui lui étreint un peu plus les tripes et lui fait tourner la tête alors qu’il n’arrive pas à poser son regard plus d’une seconde contre celui de son psychiatre. Il a su, à l’époque, qu’il s’est orienté dans l’étude de la psyché humaine. Il l’a su parce qu’ils en ont parlé, entre une myriade d’autres aveux sur leurs vies, à des années-lumières l’une de l’autre. Si loin et pourtant si proches, le temps d’une nuit. Ils ont échangé sur tout et sur rien, à bâtons rompus. De tout et de rien en évitant soigneusement de s’offrir leurs noms. Ils ont préféré s’offrir d’autres choses – une oreille attentive, des baisers et des caresses. Alors Conrad, il a su qu’un jour, son amant d’une nuit – Bowie, porterait une blouse blanche et étudierait les fracassés du monde avec l’espoir, qu’un jour, ils se réparent. Il se souvient qu’il lui a souhaité bonne chance pour ses études et ses examens, avant de disparaître dans le désert. Il se souvient qu’il lui a espéré qu’il fasse de son mieux et qu’il réussisse alors qu’il s’en allait braver les tempêtes de sable et de balles. Conrad, il a simplement cru, naïvement, qu’il ne ferait jamais parti de ses patients. Ignorant, à l’époque. Trop sûr de lui et trop pétri par les mots encourageants de ses supérieurs – malléable. Fragile, désormais. Au bord d’un gouffre, en équilibre précaire. Prêt à basculer dans le vide sans réaliser qu’il l’a déjà fait depuis longtemps.
Qu’il ne serait pas là, sinon. En plein milieu d’un bâtiment trop blanc et trop froid à son goût – c’est la mort qui traîne dans les hôpitaux sous la forme de maladies et d’infections. Pas de distinction entre celles du corps et celles de l’esprit. Les deux s’emmêlent pour ne former plus qu’un et c’est en tant que malade, foutu malade qu’il s’assoit machinalement sur la chaise que Bowie lui présente. Anesthésié, c’est le bon mot. Anesthésié par sa présence dans un lieu qui ne fait que raviver ses vieux démons au lieu de les étouffer. Anesthésié par la surprise et l’ahurissement qui s’étale autant sur ses traits que sur ses neurones. Surpris par la distance qui s’installe d’elle-même et ahuri par le ton qu’il emploie. Conrad s’éclaircit la gorge, son regard tourné vers ses chaussures. Sales, à force de cavaler dans les parcs boueux après une nuit pluvieuse. « Conrad Steele. Enchanté. » Une réponse machinale alors qu’il penche la tête en arrière et croise ses mains sur son ventre. Ça remonte à longtemps, qu’est-ce que tu t’imagines, Conrad ? Qu’il se souvient de cette nuit comme tu te souviens d’elle ? Abruti. Abruti, parce qu’il a cru, naïvement encore, qu’il y aurait eu au moins un sourire. Une réminiscence de ce qu’ils ont échangé. Une connerie, finalement. Alors il hausse les épaules, balaye lui-même ses propres élucubrations. « J’imagine que tu préfères qu’on s’en tienne au présent et à une relation professionnelle. » Déclare-t-il. Peut-être qu’un soupçon de reproche s’y glisse aussi – envers lui-même pour se sentir aussi mal à l’aise qu’un adolescent qui se découvre des sentiments. Conrad, il tutoie parce que le vous refuse de quitter sa langue. Parce qu’il sonne faux, malgré tout.
Et puis son regard s’accroche enfin à la silhouette engoncée dans une blouse blanche presque trop grande pour lui. Malgré les années qui se sont écoulées depuis leur première et dernière rencontre, il n’a pas changé. Un angelot aux traits toujours aussi fins alors que Conrad, il a la trentaine qui s’impose sur ses traits et une barbe qu’il a laissé lui bouffer la mâchoire. « J’imagine que tu sais déjà aussi pourquoi je suis là. » Rajoute-t-il avant qu’un soupir fende ses lèvres et qu’il se passe une main lasse sur la gueule. Soldat fier, à l’époque. Vétéran ébranlé aujourd’hui qui confond encore – souvent – la plage de Brighton avec les étendues sablonneuses d’une contrée lointaine. Une violence qui ressurgit malgré ses efforts pour l’enterrer six pieds sous terre entre quatre planches.
Fragile, toujours. Fragile, malgré son corps qui clame solide.

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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyMar 25 Sep 2018 - 1:33

crawling back to you. (boward)
C’est le passé qui se dresse devant lui. Un millier de secondes et quelques heures à peine. C’est la chaleur d’une nuit, l’odeur d’une peau, la saveur de lèvres, la voix dans le noir. Sa voix, à lui, la même. Elle n’a pas beaucoup changé, elle s’est peut-être un peu enrouée avec le temps, le poids de tornades invisibles qui passent en secret et vous épuisent. Conrad Steele a seulement un peu vieilli, mais même aujourd’hui, le blond l’aurait refait, aurait fondu tout autant, se serait perdu dans ses yeux bleus perçants en se répétant qu’il ne verrait plus jamais de tels. Non c’est faux. Aujourd’hui il ne pourrait plus, il ne pourrait pas. Parce que Bowie n’est plus un enfant, il ne pourrait ni rejeter la faute sur l’alcool, ni sur sa jeunesse. Il ne pourrait plus faire semblant d’oublier en prétextant une erreur d’immaturité. Il ne pourrait plus s’en remettre avec le temps parce que, de toute façon, il ne s’en est jamais vraiment remis. A l’école pourtant, on lui avait bien enseigné la fugacité des sentiments, l’atténuation inévitable du ressenti, le temps qui passe et apaise le mal. On avait tant insisté sur le rôle du psychiatre, parfois simplement là pour aider en attendant que ça passe. Une sorte de tampon, un souffre-douleur. Pourtant pour lui rien n’est passé. Jamais tout à fait. Et dans ces grandes nuits noires où la Lune ne s’éteint jamais, ça lui revient, plus terrible encore. Ça, il ne pourrait jamais le lui dire. Ça, l’autre ne pourrait jamais l’imaginer. Parce qu’à force de faire mal, Bowie s’est renfermé. Pour protéger encore un peu les maigres restes de son cœur de presque¬ enfant. « Si quelqu’un venait à apprendre que nous nous connaissons, vous risqueriez de devoir changer de psychiatre. » Et il le vouvoie, aussi aberrant cela puisse-t-il paraître. Ils savent tout l’un de l’autre et il le vouvoie, comme deux inconnus. « Je comprendrais cependant que vous vous sentiez mal à l’aise. » Et ses yeux croisent les siens, mauvaise idée, il a si mal au cœur tout à coup. Son souffle se coupe. Il essaye de ne rien montrer, fait cliqueter son stylo en passant une main dans ses cheveux blonds. « Mais fais un effort je t’en prie, j’ai encore tellement à prouver. » Le regard dans le sien comme ça, impossible de le vouvoyer. Il n’y a plus que Bowie, celui de vingt cinq ans à peine, paumé, qui demande à Conrad une faveur. Puis il soupire. Oui, cette comédie est ridicule. Il s’est emmuré pendant si longtemps dans le présent pour en oublier le passé, pour éviter d’avoir à le supporter. Mais le mur est-il au moins assez solide pour résister à l’insistance du sujet de ses souvenirs même ? C’est si facile de se brider lorsqu’on est seul. Seul, incapable de lier le moindre lien social, le vrai lien fort. Lorsqu’on est passif sur tout. Lorsqu’on subit tout.

Pourtant Conrad, malgré le malaise, semble plutôt jouer le jeu. Et c’est comme un soulagement. Quelque chose d’un peu plus chaud autour de la cage thoracique. Une douce chaleur. Il ne saurait dire si c’est vraiment le soulagement ou le fait que ce soit lui qui accepte de jouer à son drôle de jeu. Il ne le lui pardonnera peut-être pas après tout, de jouer à l’ignorer ainsi. Pourrait-il seulement comprendre tout le mal que lui cause encore le souvenir de cette soirée ? Non, sûrement que non, pour lui, ça ne devait être qu’une simple soirée. Comment pourrait-elle l’avoir marqué autant que lui ? Cela n’existe pas. Après tout, il est parti. « Je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter votre dossier. » Ça ne répond pas à son affirmation. Evidement que Bowie devine. Il se souvient de tout, comme si c’était hier. Rien n’est vraiment parti : enfin si, juste lui. « Mais oui. » Il lâche cependant, fouillant dans la poche de sa blouse pour délicatement sortir un petit carnet en cuir, qu’il ouvre discrètement. « Pensez-vous quand même pouvoir me parler ? Même si c’est moi. » Surtout si c'est lui. Même s’ils l’ont fait si bien presque dix ans plus tôt. « Qu’est-ce qui vous hante aujourd’hui, Conrad ? » Et le bleu de leurs yeux forment un ciel immense, comme un voile sur le passé : cœur de leur histoire.
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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyMer 26 Sep 2018 - 23:28

Un nécessité à imposer une distance raisonnable. Séparés autant par un bureau immaculé que par de mots enveloppés par le vouvoiement. Changer de psychiatre, une option qui ne lui paraît pas si aberrante que ça. Une possibilité que Conrad envisage, l’espace d’une seconde. Peut-être qu’un face à face avec un inconnu, un vrai, a des avantages indéniables. Atténuer la réalité, peut-être. La rendre un peu plus supportable autant pour lui-même que pour celui qui l’écoute. Mentir, dans un sens. Une chimère, avec Bowie. Il en sait trop mais en même temps, il ne sait rien. C’est dans un passé lointain qu’ils se sont rencontrés. Un passé où la stabilité régissait encore la vie de Conrad suffisamment pour qu’il serve une dernière fois en Afghanistan. Une mission qui aurait pu, si le destin en avait voulu autrement, être un aller simple. Et c’est dans un présent ravagé qu’ils se retrouvent. Sa stabilité, envolée. Il n’y a plus que des fragments éclatés qu’il n’a pas la force de ramasser et de rafistoler. Une épave qui s’imagine être en forme – qui l’est. Plus ou moins. Toujours aussi sportif qu’avant, si ce n’est plus. Une façon pour s’épuiser et s’obliger à trouver le sommeil, la nuit. Ça ne fonctionne qu’une fois sur trois et Conrad, il s’écroule simplement au moment où les premiers rayons du soleil pointent à l’horizon. Une énième raison qui l’empêche de trouver et de chercher du travail.
Leurs regards se croisent et c’est pire. Conrad n’est pas sûr ni même certain qu’il parviendra à délier sa langue en sa présence. À lui offrir une toute nouvelle toile à peindre mais surtout, un visage à des années-lumières de l’homme qu’il a connu, à l’époque. Une image que Conrad aimerait lui épargner. Un doux rêve impossible qui lui échappe déjà. Il hausse simplement les épaules dans une moue nonchalante, les mains toujours croisées sur le ventre. Une indifférence envers cette situation qu’il feint. Une indifférence envers la raison même de sa présence dans le cabinet d’un psychiatre – celui-là ou celui d’un autre n’y change rien. Conrad, il fuit depuis huit ans. Il fuit depuis si longtemps que c’en est devenue une habitude si bien huilée qu’elle lui paraît naturelle. Des efforts, c’est tout ce qu’on exige de lui. Et Conrad, il acquiesce. Pourtant c’est ses bras qu’il croise et c’est son visage qui se ferme alors que son regard se pose sur l’horloge qui orne le mur. Un tic-tac qu’il essaye d’ignorer presque autant que le malaise qui le ronge.
Conrad se pince les lèvres, les yeux clos et la tête renversée en arrière. Une autre barrière qu’il érige inconsciemment entre eux. Parler, c’est trop lui demander. Même à lui. Parce qu’ils ne sont pas dans le confort d’un lit. Parce qu’ils sont à l’hôpital, parce qu’ils sont psychiatre et patient, au lieu d’être de simples amants. C’est toujours plus facile de s’ouvrir à quelqu’un qu’on ne verra plus le lendemain matin. C’est toujours plus facile de raconter ses maux à quelqu’un dont on ne connaît pas le nom. Conrad, il s’est habitué à ce que cet amant-là n’en ait pas. À ce qu’il soit cette entité fantomatique, cet être à part avec qui il a partagé ses tourments adolescents. Un soupir fend ses lèvres alors que ses jambes s’allongent jusqu’à effleurer le bureau, veine tentative de s’exhorter à être à l’aise. « Peut-être. » Une réponse courte, conquise et pourtant emprunte de vérité. Conrad, il ne sait pas s’il est capable de s’ouvrir à nouveau à lui. Pas ici – pas alors que les effluves aseptisées des murs glacés lui retournent l’estomac. Une réponse à sa deuxième question, aussi. Mais cette fois-ci, c’est de mensonge qu’elle se teinte. Conrad connaît pertinemment la raison qui l’a poussé à venir ici. Le juge, d’abord. Sa santé, ensuite. Conrad, il se passe une main lasse sur le visage, affalé plus qu’il n’est assis. Une fatigue, une lassitude extrême qui apparaît sans qu’il ne puisse la retenir derrière sa carapace. Aux autres, il offre des sourires jovials qui sonnent faux. À Bowie, à lui, il en est incapable. À quoi bon, de toute façon ? Il a déjà vu ce qu’il cache sous son armure et sous son treillis, des années plus tôt. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus, Bowie ? » Un nom qui sonne mal, dans sa bouche. Une défiance qui revient parce que même s’il joue le jeu, il n’a pas vraiment choisi d’y participer. Poli, pourtant. Ton tranquille et badin. « Lis le dossier et tu sauras tout ce que tu as à savoir. »
Il fuit, encore. Il fuit la seule personne à laquelle il devrait – il pourrait se confier sans qu’aucun jugement ne soit prononcé. Mais c’est long, huit ans. Il a fallu moins que ça pour que Conrad change. Il n’aura fallu qu’une poignée de mois pour que ça dégénère.  Et Conrad, il a simplement peur qu’il se mette enfin à le juger et à le voir tel qu’il est vraiment : instable.

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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyDim 30 Sep 2018 - 21:09

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Une sorte de silence pesant s’installe dans la pièce. Aucun des deux ne cède, aucun des deux n’arrange un peu la situation. Conrad est silencieux, secret, fermé. Il n’a rien à ajouter de plus. Le psychiatre ne sait pas bien s’il s’agit d’un problème de dévoilement ou tout simplement le fait qu’il faille lui parler à lui. Il est peut-être bien le nœud du problème. Ils ne sont ni réellement des exs ni d’anciens amants. Après tout, ce n’était qu’une nuit. Une nuit perdue dans l’immensité de tant d’autres. Une nuit trop courte, une nuit filante, comme une étoile. Alors quel poids est-ce que ça peut bien avoir ? Pourquoi ça les met si mal à l’aise ? Pourquoi est-ce que ça aurait la moindre importance ? Parce qu’ils se sont montrés nus. Dans tous les sens du termes évidement. Ils ont fait l’amour, ça oui. Mais ce n’est pas tant ce qui pose le problème. Le problème c’est que chacun a pu voir les cicatrices de l’autre, les explorer et les suivre du doigt en posant mille questions. Le problème c’est que ce sont deux inconnus qui connaissent la plus grande intimité de l’autre, et ça, c’est un paradoxe qui met mal à l’aise. Ce n’est pas un cas d’école, Bowie n’a jamais vu ça pendant ses études, il ne connaît ni remède ni solution. Il n’y a tout bonnement rien à faire. Alors devant Conrad qui se referme, Bowie se retrouve un peu impuissant et ne sait trop sur quel pied danser. Accomplir son boulot jusqu’au bout ? Risquer de le pousser d’avantage dans ses retranchements ? Ou tout simplement l’envoyer chez un confrère ? Ce serait bien plus simple, ce serait bien commode. Mais quelque chose l’en empêche. Quelque chose d’inimaginable, d’imprononçable. Une sorte d’attachement oui, des sentiments. Impossible de le laisser repartir. « Je ne vous ferai pas l’insulte d’un test de Rorschach, non ? » C’est presque une proposition, mais en vérité pas tellement. Il croit plutôt au dévoilement par la parole, c’est sa manière de faire. Les tâches il les fuit dans sa petite vie parfaite. « Lire un dossier ça n’a aucun intérêt. Il pourrait y avoir écrit tout et n’importe quoi. C’est bien trop difficile de faire le portrait d’un autre, surtout quand on est médecin. Moi je crois aux mots et aux citations, je crois le principal intéressé. » Il est doux Bowie, d’une tendresse immense depuis toujours. Sa voix a quelque chose de presque féminine, première source de raillerie au collège, même après la mue. « Il y a presque dix ans vous étiez plein de rêves et d’espoirs. C’est l’Afghanistan qui vous a changé ? » Ce sont des évidences qu’il interroge. Mais il veut l’entendre, il veut qu’il parle. Alors soudainement il referme son carnet et pose son stylo. La chose est tout sauf professionnelle, mais le voilà qui écoute seulement, sans prendre note. Le voilà qui s’appuie légèrement sur ses coudes, de son regard doux dans lequel passe une sorte de mélancolie mêlée de fascination. Il y a un monde dans les deux yeux de Bowie Swanscott. « C’est vous que vous fuyez, pas moi. »
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MessageSujet: Re: crawling back to you (bowie)   crawling back to you (bowie) EmptyJeu 4 Oct 2018 - 19:34

Il pourrait se défiler. C’est ce qu’il fait le mieux, après tout. C’est ce qu’il a l’habitude de faire dès qu’on creuse un peu, dès qu’on cherche à déceler ce qu’il dissimule sous ses sourires creux et ses mensonges bienheureux. Pourtant, la sentence d’un juge l’en empêche. Sa conscience, elle aussi. Et puis lui, tout simplement. Conrad, dans un sens, il fuit mais ce n’est que son regard qui fout le camp. Il est là. Ses pieds, encrés sur le sol impeccable de l’hôpital – trop propre, trop scintillant pour un type comme lui. Ses yeux, eux, se perdent quelque part sur le mur quand ce n’est pas sur les stylos qui ornent le bureau si bien rangé, à l’image de Bowie. Une antithèse, deux opposés qui se sont croisés malgré eux à une époque où le drame n’existait pas encore. Conrad ne considère pas cette soirée – cette nuit comme une erreur. Il pourrait peut-être, à cet instant. Il pourrait alors que l’atmosphère glacée de l’hôpital pèse sur ses épaules. Ça, et les différences qui se creusent un peu plus. L’incompréhension justifiée par des maux qui ne se rejoignent pas mais qui s’espacent de plus en plus sous les balles que l’un à senti jusque dans ses os et que l’autre n’a entendu siffler qu’à la télévision. Ils ne sont pas du même monde. Ils ne l’ont jamais été. C’est le hasard plus que de la chance.
Comme aujourd’hui. Conrad se passe une main maladroite dans les cheveux. Désordonnés, à l’instar de sa vie. Alors que c’est sa voix qui devrait résonner contre les murs de la pièce, alors que c’est ses mots qui devraient exposer ses malheurs, c’est Bowie qui parle le plus. Bowie, qui remplit l’espace – une tranquillité excessive, un calme olympien, une douceur infinie. Tout ce que Conrad n’est pas, tout ce qu’il n’est plus. Tout ce qu’il n’a jamais été, en vérité. Une façade, une comédie brutale dont il est l’acteur principal. Du sang sur les mains, au sens propre. Du sang qu’il revoit, parfois – souvent. Du sang qu’il n’arrivera jamais à effacer même s’il s’arrachait la peau, les nerfs, les muscles et les os. Et puis c’est une grimace qui déforme ses lèvres et ses mains qui se croisent à nouveau contre son estomac. « Pas de test de Rorschach. » Parce que Conrad, il a peur de ce qu’il risque d’y découvrir. Des tableaux horrifiques, à la place de papillons. Des cadavres, à la place de corps qui s’enlacent. Des images bien trop encrées dans son crâne pour qu’il les efface. Des tatouages qui déglinguent ses neurones. Elles sont toujours aussi douces, les questions de Bowie. Il se souvient encore de celles qu’il lui a posé, à l’époque. Du passé qu’il n’a pas hésité à lui dévoiler, contrairement à aujourd’hui. Conrad soupire, les pieds croisés. Tendu, plus qu’il le ne souhaiterait.
Et puis l’évidence qui lui claque au visage. La raison, aussi. À croire qu’il ne peut rien lui cacher. Il n’essaye même pas, Conrad. Il sait pertinemment qu’il n’y arriverait pas. Pas quand c’est cette paire d’yeux bleus qui le fixe. Il ricane, Conrad. Une énième façon de se protéger de la vérité, un énième moyen de se cacher derrière ce qu’il n’est pas – ses rires ne sont plus heureux depuis longtemps. Son humour, morbide. Ses pensées, cadavériques. « À ton avis, Bowie ? » Demande-t-il en arquant un sourcil. Une question rhétorique à une question qui l’était tout autant. La guerre ne change jamais mais les hommes qui y combattent ne sont plus jamais les mêmes. Des cadavres entre quatre planches et des cadavres qui marchent. « Si ce n’est pas toi qui m’a rendu fou, évidemment que c’est l’Afghanistan. » C’est le sarcasme qui s’enroule autour d’un aveu. Un autre soupir s’échappe d’entre ses lèvres alors que le tic-tac de l’horloge l’oppresse un peu plus. « Tu es trop doux, trop... » Une pause. Conrad cherche ses mots et se mord la lèvre. « Trop toi pour comprendre. » Et ça sonne presque comme une reproche alors que son regard s’accroche au sien. Alors qu’il poursuit. C’est l’hôpital et la gêne et le malaise et la froideur qui émane des murs blancs. « Et je n’ai pas envie que tu changes à cause de ce que je pourrais te dire. » Grogne-t-il dans sa barbe, presque pour lui-même. « Enfin, peut-être… ailleurs. » Une proposition qu'il aurait mieux fait de ravaler.

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