fermeture du forum.

Partagez
 
 clean up before she comes. (mae)
Aller en bas 
Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1201
⋅ since : 24/02/2018

click down

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: (closed) logan, cecil, pippa, ava, jillian.

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyJeu 19 Juil 2018 - 23:09

Il a merdé comme jamais, Edgar. Son dossier impeccable s’entache d’une erreur si crasse et douloureuse qu’elle s’inscrit toujours autour de sa gorge. C’est l’été, il ne peut décemment pas se trimballer dans les rues de Brighton avec un col roulé. Encore moins dans les locaux du commissariat, malgré l’air climatisé – il sait pertinemment que Kenway n’hésitera pas à lui jeter quelques remarques moqueuses au visage. Ça fait quoi, deux heures ? Trois heures, qu’il l’a chassé de son appartement ? Il se passe une main sur le visage avant d’attraper son téléphone à la batterie presque vide qui gît sur sa table basse. Il chasse les cendres de tabac qui collent à l’écran et l’allume pour vérifier l’heure d’un œil vide. Vingt-deux heures quarante. Il bosse, demain. On l’attend aux bureaux, à l’heure, comme d’habitude. Pas toujours en forme mais toujours là – des années qu’il n’a plus pris de congés et encore moins quelques semaines de vacances. Peut-être que c’est le burn-out latent qui se fraye un chemin jusqu’à la surface. Peut-être que c’est la perte d’Ada, les reproches de Iolanda et la mise à pied de Wade dont il se sent responsable. À bien y réfléchir, songe-t-il, c’est que les erreurs, il les accumule.
Comme si sa gorge n’était pas déjà assez serrée comme ça, il lui suffit de poser les yeux sur son fond d’écran qu’il n’a pas changé depuis un, deux ans. Ada qui sourit, Ada qui lui cache la maladie. Il déverrouille machinalement son téléphone alors qu’un filet de fumée s’échappe de ses lèvres. Affalé dans son canapé poisseux, il tousse encore. Il toussera encore dans une semaine – les traces violacées qui marbrent sa nuque sont déjà là. Il parcoure ses messages, Edgar. Ses conversations, elles sont vides ou trop vieilles. Il y a bien le message de Ramirez mais celui-là, c’est avec l’envie de dégueuler qu’il le relit. C’est à cause de celui-là que ça a dégénéré. Le message, il l’efface et il l’oublie d’une gorgée de whisky. Et Edgar, il fouille dans ses contacts. Il s’arrête à la lettre L. Il hésite à effacer aussi le numéro de Logan – finalement, c’est sur le nom de Lockhart que ses yeux fatigués s’arrêtent.
Il s’apprête à l’appeler mais son larynx ne le fera que croasser à ses oreilles. Lockhart, elle se rendra bien assez vite de son état désastreux.
Il a trop bu, Edgar. Il y a une bouteille vide de whisky et de gin, sur la table basse. Ça lui anesthésie la gorge autant que ça lui brûle l’estomac. Edgar, il n’est pas joyeux, lorsqu’il a trop bu. Il a la déprime dans les veines, la mélancolie au fond des tripes. Il ne sait plus ce qu’il dit ni ce qu’il écrit, alors qu’il pianote sur son téléphone après avoir choisi d’appuyer sur envoyer un message en sélectionnant le nom de Lockhart. Depuis le départ précipité de Bridger, il n’y a plus qu’elle qui l’apprécie – Kenway se biberonne aux sauts d’humeur, Hart est aussi froide que la glace et Walsh est trop pur pour qu’il l’embarque dans ses emmerdes. Le Chef, n’en parlons pas – il le foutrait à la porte du commissariat sans hésiter, à moins qu’il décide. Il n’y a que Lockhart qui ne le regarde pas qu’avec détachement. Et puis, elle lui doit bien ça, hein ?
C’est un appel à l’aide, qu’il lui envoie.
C’est qu’il n’a pas la force, Edgar. Il n’a pas la force d’effacer les traces de sa soirée de débauche, dans son état.
C’est un appel à l’aide et il ne sait pas si elle lui répondra – ils se sont jurés de ne jamais mêler leurs histoires de boulot et leurs embrouilles privées. Il ne songe même pas à se dire qu’elle est trop occupée, Lockhart, qu’elle est au lit avec son mari.
C’est l’alcool qui parle, de toute façon.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité

click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyVen 27 Juil 2018 - 10:47

Raleigh n'a rien dit. Il ne dit jamais rien de toute façon, quand elle emprunte ce sourire, celui qui dit urgence boulot. Il se contente de la laisser partir dans la nuit, bercé par une confiance aveugle qui dissimule tout le reste à ses yeux. Mae, elle en profite et elle culpabilise. Puis elle oublie, quand elle s'enfonce dans la nuit. Elle ne songe pas au fait que ce ne soit pas normal de recevoir un message à cette heure-là – un message d'un simple collègue. Elle le sait, elle aurait pu couper son téléphone, faire comme si elle n'avait pas vu. Fermer les yeux là-dessus, sur les problèmes des autres. Mais elle a su, du moment où elle s'est perdue entre les lignes irrégulières du sms, qu'elle devait y aller. Parce qu'elle se souvient, Mae. Elle se rappelle de ces jours lointains où son ciel s'est assombri et qu'il était là pour elle. Une main sur l'épaule et le regard bienveillant. Le silence pour cueillir ses doutes et une main pour la tirer du gouffre. Elle se souvient qu'il a été fort pour deux, quand elle ne pouvait même pas l'être pour elle-même. Alors, elle met le reste de côté, Mae. L'heure, les circonstances. Elle accourt, justicière belliqueuse dans une nuit trop fade. Le monde est tiède et sombre. Le pied appuyé sur l'accélérateur, elle s'enfonce dans les ténèbres. Pour lui.
Elle pianote sur son volant et râle contre les feux rouges qui s'attardent dans les rues désertiques de Brighton. Le quartier devient presque familier quand elle se gare et qu'elle rejoint à grandes enjambées la maison, frappe à la porte avant de simplement s'inviter à l'intérieur, encore portée par un bolus d'adrénaline. « Smith ? » Qu'elle appelle en s'avançant. Puis, son front se fronce et ses sourcils s'arquent devant le désastre. Le pas se fait plus lent, presque las alors qu'elle observe les cadavres de bouteilles – les seuls qu'elle devra cacher ce soir, de toute évidence. Elle se pince l'arrête du nez et ramène ses mèches brunes en arrière. S'approche de sa silhouette amorphe et s'imprègne des relents d'alcool. « Tu vas bien ? » Elle se penche un peu sur sa personne pour essayer de capter son regard. Mais elle ne trouve rien à part deux billes vides, imbibées d'une substance qui a bercé une partie de son enfance. Elle se tourne vers le décor et lâche un long soupir. « Quel bordel. » Rhétorique inutile pour combler les vides. Son œil expert cherche les détails et les indices. Déformation professionnelle qui s'insinue dans leur vie privée – ou plutôt, sa vie privée à lui. Des mots roulent sur ses cordes vocales mais restent bloqués au même niveau. Elle a des questions qui lui brûlent les lèvres, Mae. Puis, un interdit qui se place en travers de tout ça. Elle n'a pas besoin de savoir. Pas spécialement le droit, non plus.
Elle ne le regarde plus, Edgar. Pas envie de voir son corps affaissé sous le poids de l'alcool ou de croiser son regard vitreux à nouveau. Pas envie de retourner des années en arrière, de retrouver un peu de son père dans l'attitude de son collègue. « Qu'est-ce qui s'est passé, Ed ? » Qu'elle demande finalement. Elle le prend, le droit de savoir. Parce que Smith n'aurait jamais pris la peine d'appeler si ça n'avait pas été grave. Et c'est à elle d'être là pour lui, désormais.
Revenir en haut Aller en bas
Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1201
⋅ since : 24/02/2018

click down

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: (closed) logan, cecil, pippa, ava, jillian.

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyMar 31 Juil 2018 - 23:15

Il s’attend à ce qu’elle ne vienne pas, Edgar. Il s’attend à ce qu’elle s’excuse en prétextant qu’ils bossent, demain. Qu’elle ne peut pas abandonner son mari, qu’il est trop tard – ou trop tôt. Pourtant, c’est son téléphone qui vibre sur sa table basse lorsqu’elle lui répond qu’elle est déjà sur la route. S’il avait les idées clairs, il lui aurait répondu que c’est indigne d’un officier de police que de textoter au volant. S’ils ne montrent pas l’exemple, qui le suivra ? Il n’y répond pas, Edgar. Mais il se redresse pour enfiler un jogging pioché dans son panier de linges sales et passer un t-shirt par-dessus sa tête. Mae, elle n’a pas besoin de l’admirer dans toute sa splendeur crasseuse – elle s’apprête déjà à être éblouie par sa déchéance. Il retombe dans son canapé sali par sa nuit de débauche en se passant les mains sur le visage pour chasser la fatigue de ses traits. Il ne fait que réveiller sa migraine que la danseuse avait étouffé, le temps d’une heure. Les cachetons, ils sont trop loin. Les mélanger à l’éthanol qui court dans ses veines, une mauvaise idée. Il chasse l’idée en s’allumant une cigarette, la tête penchée en arrière contre le dossier de son canapé.
Mae, elle entre sans même prendre la peine de toquer à la porte. À quoi bon ? Elle n’est pas verrouillée. Sur sa table basse, les bouteilles s’accumulent autant que les mégots. De la cendre, il y en a jusque sur la moquette et c’est un miracle que l’appartement n’ai pas pris feu. Le bras gauche d’Edgar pend dans le vide alors que sa clope se consume sans son aide entre ses doigts. Il est fatigué, Edgar. Il a l’esprit à des kilomètres de là et si Mae ne s’était pas penchée vers lui, il ne l’aurait sûrement pas remarqué. Il ne répond pas à sa question, Edgar. Il n’a pas besoin d’y répondre – Mae, elle cherche déjà la réponse elle-même en parcourant la pièce du regard. Il y a la table basse qui n’est plus à sa juste place, de même que le canapé. Il y a les effluves de whisky – ou de la vodka ? il ne sait plus, il ne sait pas – qui imprègne la pièce et celle de la clope qui l’étouffe. Il y a des relents de sexe qui traînent, aussi. C’est un spectacle peu glorieux qu’il offre à sa collègue, Edgar. Pourtant, il sait qu’elle ne le jugera pas. Pas trop, en tout cas. Il l’a déjà aidé à se relever et ce n’est qu’un juste retour des choses qu’elle l’aide à son tour à se redresser.
À sa deuxième question, il se pince l’arête du nez dans un soupir. Ce qu’il s’est passé ? Un bordel sans nom, une sale affaire, une grossière erreur indigne de lui. Tout ça pour quoi ? Pour sa foutue dose de luxure pétrie par son masochisme latent. Il aurait dû s’en douter, Edgar. Ses vices privés débordent sur sa vie publique : la souffrance, il ne se l’inflige pas qu’entre les draps. « Tu te souviens quand je t’ai dis de ne jamais trop t’impliquer dans tes enquêtes ? » Répond-t-il alors qu’il rallume sa clope qui grésille. Edgar, c’est ce qu’il a fait. Comment l’en blâmer, après huit mois d’enquête ? Après huit mois où la seule chose qu’il a réussi à gratter, c’est trois présences fantomatiques autour de la danseuse ? Il a voulu lui arracher ses secrets mais c’est elle qui lui a volé les siens. « C’est ce que j’ai fais. » Ajoute-t-il. Dire à voix haute qu’il s’est tapé la danseuse, c’est le rendre réel. Il n’arrive toujours pas à l’admettre.
Sa clope, il la ramène à ses lèvres d’une main rendue tremblante par l’alcool. Il ne s’en rend pas compte, Edgar. Il ne se rend plus compte depuis longtemps qu’il remplace l’eau par des bouteilles de Jack Daniel’s.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.


Dernière édition par Edgar Smith le Mar 14 Aoû 2018 - 1:31, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité

click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyDim 12 Aoû 2018 - 19:23

Un passé qui lui revient à la gueule avec une violence inouïe. Mae, elle explore ses souvenirs à chaque pas qu'elle prend dans l'appartement. Elle revoit son père, dans les nuits sans fin, échoué dans le canapé, dans cette même posture lasse et désinvolte. Elle sent l’éthanol qui lui brûle les yeux et la prend à la gorge, se noie dans cette même obscurité dans laquelle son père avait coutume de s'enfoncer pour faire son deuil. Jour après jour. Nuit après nuit. L'histoire se répétait et sa mère, elle n'avait plus les épaules pour ça. Ses frères se déchiraient. Il ne restait plus qu'elle, pour ramasser les pièces et panser les plaies. Qu'elle, pour ramasser derrière le patriarche. Elle se souvient qu'au début, elle cherchait à lui parler. À comprendre. À le secouer. Puis, elle se souvient aussi d'avoir abandonné. D'avoir incliné la tête et juste fait, en sachant pertinemment que la même histoire allait se répéter le lendemain. C'est pour ces raisons et un millier d'autres que cette scène la fait à peine ciller. Que son nez aquilin ne se plisse pas sous les relents d'alcool et de renfermé.
Elle lui réclame des réponses, doute qu'il les lui refusera, dans son état. Elle a le droit de savoir, parce qu'elle est là. Le droit de savoir, pour mieux l'aider, aussi. Il lui lâche enfin un fragment de vérité. Une énigme qui se perd dans l'atmosphère étouffante. Elle se pince les lèvres Mae, car elle croit comprendre et la suite ne fait que confirmer ses idées. Elle pourrait paraître surprise. Arrondir ses grands yeux noisette et le sermonner. Elle n'en fait rien. Elle reste indifférente et se contente de laisser ses épaules rouler. Elle se remet à marcher pour aller attraper un sac poubelle et commencer à trier ce qui peut être sauvé et ce qu'il faut balancer. « Alors c'est ça ? Tu as couché avec la danseuse ? » Elle est franche, Mae. Elle ne fait pas preuve de tact ; elle est là pour l'aider, pas pour l'épargner. Elle crache la vérité, même quand ça fait mal. Perce ses tympans de mots qu'il ne veut sans doute pas entendre et ce, sans le moindre scrupule. « Qu'est-ce que c'était son prénom déjà ? » Elle le sait. Elle le sait parfaitement. Logan. Elle a vu les syllabes courir sur quelques pages du dossier. Ça ne l'empêche pas de poser la question pour autant, ni même d'accrocher son regard et d'espérer une réponse. En attendant, elle continue sa ronde et les bouteilles vides s'accumulent au fond du sac.
Elle finit par prendre une pause et lâcher sa veste dans un coin, avant de continuer son tri et de rendre la table du salon un peu plus présentable. Elle se pince les lèvres, redresse la tête. « N'attends aucune pitié de ma part Ed. T'en auras pas. T'es dans un état pitoyable. » Et c'est de ton fait, Smith. Elle se garde de rajouter cette dernière section. Elle considère qu'il en entend assez comme ça, qu'elle peut lui accorder un semblant de douceur – quelques courtes secondes de répit avant la prochaine averse. Elle passe le revers de sa main sur son front, abandonne le sac poubelle avant d'aller ouvrir les fenêtres. « Et on sait très bien que ce n'est pas seulement à cause de cette fille. » Les marques autour de son cou ne mentent pas, pourtant. Les vagues relents de leurs ébats non plus. Mais elle le sait Mae ; il y a plus que ça. Il y a cet alcoolisme latent. Cette solitude qui le bousille. « Tu devrais aller prendre une douche. » Qu'elle ajoute, prenant une grande bouffée d'air frais. Ils discuteront après.
Revenir en haut Aller en bas
Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1201
⋅ since : 24/02/2018

click down

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: (closed) logan, cecil, pippa, ava, jillian.

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyMar 14 Aoû 2018 - 3:15

Est-ce qu’Ada le reconnaîtrait, aujourd’hui ? Edgar se déprave et se mue en épave. Il n’aura fallu qu’un an – qu’un an – pour qu’il tombe dans un verre de whisky et s’y noie. Il ne se reconnaît plus. Le flic aux idéaux grandioses et aux envies de rendre le monde un peu plus propre en le débarrassant de ses raclures rejoint les rangs des salauds claquemurés entre quatre murs. Entre quatre planches. Comme Ada. La routine dans laquelle ils se complaisaient n’a rien changer à son départ précipité. Dix ans, c’est long. Dix ans de vie conjugale, dix ans d’ennui à deux, onze ans qu’il exhibe son alliance dorée et usée sans réussir à s’en débarrasser.
Edgar, il a perdu un morceau de son coeur lorsque le cercueil s’est refermé sur la femme de sa vie. Elle était trop bien pour lui – Ada, elle aurait mieux fait d’écouter les conseils de ses parents et dédaigner le flic londonien pour favoriser ses nombreux prétendants indiens à l’avenir brillant. Edgar, il l’a trompé, ce soir. Il a bafoué sa mémoire mais admettre cette évidence ne fait que grignoter un peu plus les lambeaux de sa raison. Ada n’est plus là et sa raison non plus. Disparues, envolées, dévorées par l’éthanol qui court dans ses veines autant que par la fumée qui noircit ses poumons jour après jour. Il lève un regard vide vers sa sauveuse. Vers Mae. Elle ne mâche pas ses mots, pourtant. Sa question lui claque au visage – une gifle l’aurait moins meurtri. Edgar, il inspire une goulée d’air douloureuse et c’est une quinte de doux qui secoue sa cage thoracique. Il ne répond pas à sa question – à ses questions. Mae, elle sait. Elle a les mêmes yeux que ceux d’Edgar. Elle a tutoyé l’ignominie et la déchéance humaine au même titre que lui.
Il suit simplement sa silhouette alors qu’elle déambule dans son salon. Il ne l’interpelle pas, lorsqu’une bouteille encore pleine de whisky disparaît au fond du sac poubelle. Elle l’assassine déjà d’autres réflexions pétries de vérités. Edgar, il ne les nie pas. Il ne les contredit pas non plus. Edgar retient simplement son souffle, prêt à encaisser la prochaine salve destructrice. Il n’attend pas de pitié de sa part – il le lui concède sans mal. C’est peut-être son côté pervers qui l’empêche de s’en offusquer. C’est peut-être qu’à chacune de ses répliques acides, ses vices se réveillent, satisfaits. C’est cette envie qu’on lui fasse mal dont il n’arrive pas à se débarrasser – sa gorge n’est qu’une preuve physique de son vice. De son envie d’asphyxier ses problèmes et ses erreurs sous une couche d’ignorance. À l’instant, il ne se soucie pas de Mae. Il ne se demande pas ce qu’elle ressent, à le découvrir dans un tel état. Il est égoïste – il l’a toujours été, en vérité. Sous ses faux airs d’amant parfait, il n’y a que son plaisir souffreteux tronqué que lui offre la soumission. Sous ses faux airs de flic désireux de venir en aide au peuple, il n’y a que son envie qu’on retienne son nom. Encore une fois, Edgar plie l’échine face à l’autorité féminine. Son point faible. Il n’entend pas sa remarque comme une requête mais comme un ordre. Il obéit. Il délaisse son mégot encore fumant dans un cendrier et se redresse. Il titube, Edgar. Il se raccroche à la table basse pour ne pas s’écrouler. Il ne sait pas comment il a atteint le couloir sans trébucher. Son pas traîne. Son pas, malgré ses pieds nus, résonnent sous les cloches de l’ivresse. Il suffit d’avoir des oreilles attentives pour le deviner.
L’eau lave peut-être sa peau mais la crasse qui se cache au fond de ses tripes continue de s’y prélasser. L’eau le débarrasse des preuves de ses ébats nocturnes mais les souvenirs continuent de fleurir. L’eau glacée ne suffit pas à le sortir de son marasme alcoolique. Il revient déjà, les lèvres bleuies et les cheveux encore trop humides. L’éthanol court encore dans ses veines. L’alcool court toujours dans ses veines. Il boit trop et trop souvent pour qu’une douche gelée et quelques sermons suffisent à le réveiller de sa torpeur perpétuelle. Il ne sait pas comment il parvient à le dissimuler, aux bureaux – même s’il sait que c’est parce que la solitude le mine, là-bas aussi. Il y a bien Mae, pourtant. Mae qu’il enlace par mécanisme. De dos, elle lui ressemble. À Logan ou à Ada, qu’elle importance à ses yeux – elles sont toutes brunes, dans la nuit.
Edgar pose son menton contre son épaule. Mae, elle est plus jeune que lui – elles sont toutes plus jeunes que lui. Et pourtant, c’est contre elle qu’il se serre comme un gosse en mal d’amour. Sa merde, il ne la nettoie pas. Il ne lui demande pas de la nettoyer non plus, en vérité. Il lui implore de s’y enfoncer un peu plus avec lui. « Je suis désolé. » Ces mots-là, il aurait dû les dire à une autre femme. À deux autres femmes. Mais c’est à Mae qu’il cherche à se faire pardonner. Il ne pense pas à sa propre alliance ni à celle qu’elle exhibe à son annulaire.
Il est seul, Edgar. Et ce soir, il n’y a que Mae qui lui a apporté un soupçon de réconfort aigre-doux. Il ne réfléchit pas lorsqu’il laisse l’alcool dicter sa conduite. Les erreurs, il les accumule. Pourquoi s’arrêterait-il là ?
Demain matin, il aura tout oublié – tout enterré. Alors pourquoi s'en inquiéter ? « Reste, cette nuit. » Reste et oublie ton mari.
Il ne songe pas à l’indécence de sa proposition, en cet instant. Parce qu'Edgar, il n’a pas besoin qu’on réchauffe simplement ses draps. Il a besoin qu’on réchauffe son âme.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité

click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyVen 24 Aoû 2018 - 21:49

Un épilogue écœurant dont elle devient actrice malgré elle. Le palpitant déborde jusqu'aux coins de ses lèvres et ses yeux roulent dans l'obscurité, accrochent les détails que son odorat délicat n'a pas encore captés. Des cadavres de bouteilles, et un cadavre tout court. Roi déchu, échoué dans un trône crasseux, l'esprit dans le vague et le cœur entaché de souvenirs perdus. La colère est viscérale et elle roule et s'ancre à ses tripes. Elle voit Edgar. Puis son père. Deux hommes qui se confondent dans l'obscurité. Des silhouettes qui se ressemblent et un trait d'union qui les rassemble – un deuil éternel. Une malédiction dont ils n'ont pas apprivoisé toutes les étapes. L'un a perdu une femme et l'autre un fils. Le second a appris à aller vers le haut, quand le premier s'enfonce chaque jour un peu plus dans les abysses. Un énième point commun ponctue les souvenirs d'hier et ceux qui se formeront demain ; ni l'un, ni l'autre ne parviendront à remonter totalement la pente. Ils ne seront plus jamais les mêmes. Et les autres autour le verront et en crèveront un peu à leur tour. Mae, elle a connu ça une fois et aujourd'hui, c'est Edgar qui l'entraîne vers le passé, avec son haleine alcoolisée et cette carcasse lassée qui choie dans les ombres du salon.
Ses mots s'agglutinent sous cette acidité qui ponctue ses phrases. Les mots sont francs et tranchants. Il coupent dans le silence et claquent comme des ordres, fusent comme des insultes qui visent à le tirer vers le haut – et non pas par le bas. Elle le bouscule en oubliant que c'est son propre cœur qui chavire. Elle occupe ses mains et ses muscles pour qu'ils cessent de trembler. Ses doigts se resserrent sur le verre et les mégots, répètent des gestes anciens, anodins ; presque douloureux. Elle n'a jamais demandé à venir ici. Jamais demandé à se souvenir. Pourtant, elle est là et elle fait. Parce qu'il le lui a demandé. Parce qu'elle n'a pas su dire non et qu'elle ne saura jamais. Parce que c'est lui et qu'il l'a protégée, quand elle mourrait entre les lignes d'un énième dossier sordide. Ils ont connu les médailles mais aussi la déchéance. Les balles perdues et les familles éclatées. Les âmes qui pleurent et les cœurs qui saignent.
Seule dans l'abîme. Elle se fie aux lueurs faiblardes des étoiles qui percent, au-delà des rideaux. S'accroche à l'idée que le soleil viendra dans quelques heures et alors, la vie reprendra son cours et cette scène de crime ne sera pas plus angoissante qu'une autre. Son souffle se bloque dans sa gorge quand un fantôme se glisse dans son dos. Son menton contre son épaule et ses mains égarées sur son corps. Ses muscles se tendent et se relâchent, son regard lui, s'échappe dans le vague. Elle ne bouge pas, Mae. Écoute ces excuses pathétiques qu'il dégueule avec facilité. Ça ne veut plus rien dire, Ed. Elle ne dit rien. Elle se contente de respirer, et c'est déjà bien assez. Les trois prochains mots heurtent ses tympans avec une violence terrible. Son cœur s'agite mais son corps ne bouge presque pas. Pendant un instant, elle croit les rêver, ces mots. Pendant une fraction de seconde, elle refuse de prendre l'étendue de ses propos. De l'indécence camouflée sous ces quelques lettres. Puis des ventricules aux oreillettes, le myocarde s'agite ; pompe le sang et recrache l'adrénaline. Elle se tourne lentement entre ses bras et le dévisage. Cherche un indice, un éclat de mensonge dans ses yeux ; une preuve que tout cela n'est qu'une blague. Mais c'est bien réel. Et ça fait mal.
« Qu'est-ce que tu viens de dire, Edgar ? » Incrédule. Le doute longe ses paupières et son regard se fait inquisiteur, perçant. Ses lèvres en tremblent et sa voix déraille. « C'est pour ça que tu m'as appelée ? » Un octave de plus pour la surprise. Les harmoniques se brisent au bord de ses lippes et elle se noie dans ses prunelles délavées. Chaque terminaison nerveuse la brûle et une violence depuis trop longtemps refoulée coule jusqu'au bout de ses phalanges. La gifle résonne dans la nuit et couvre le bruit des mâchoires qui se serrent. « Tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? » Elle le bouscule, plaque ses mains contre son torse et le repousse violemment. Une fois. Deux fois. Elle veut qu'il chavire avec elle. Qu'ils tombent au fond du gouffre, à deux – mais pas le gouffre de vices qu'il espérait, non. Elle veut qu'il tombe pour qu'ils apprennent à se relever – à deux, là encore.
Car Edgar, il la pousse dans ses retranchements. Enfant perdue au milieu d'un no man's land qui ne lui laisse aucune cachette, aucune zone d'ombre. Il la met face à ses pires erreurs. Face à l'adultère, à ses trahisons à répétition. À un Raleigh qui ignore tout, et un Mattias qui en sait trop. Edgar, malgré lui, il vise juste. Puis mal. Mauvais timing – mauvaise histoire, mauvaise femme, tout simplement. « Alors c'est ça que tu es devenu, Ed ? » Harpie enragée, le cœur tambourine et sursaute à chaque pas qu'elle prend pour se rapprocher de lui – à chaque coup qu'elle envoie contre son torse pour mieux le voir reculer. Elle le bouscule jusqu'au mur, jusqu'à ses propres limites, la voix chargée d'une haine qu'elle ne sait pas maîtriser. Puis, elle lui saisit vivement le poignet et la main. L'agite, comme s'il n'était qu'un pantin, à hauteur de son visage. Elle lui désigne l'alliance. « Et ça Edgar ? Ça, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce qu'elle en penserait, Ada ? » Elle s'était jurée de ne jamais prononcer ce prénom, Mae. Mais aux grands maux, les grands remèdes – et les pires poisons.
Elle se perd dans son regard et dans ses propres souvenirs.
Dans ses ratures et ses regrets.
Se perd, avec lui.
Revenir en haut Aller en bas
Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1201
⋅ since : 24/02/2018

click down

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: (closed) logan, cecil, pippa, ava, jillian.

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptySam 25 Aoû 2018 - 15:39

Ses mains se baladent et défient la décence. Il n’a pas le droit, Edgar. C’est un blasphème qu’il commet, un interdit qu’il brave. Et il ne sait plus s’il est acteur ou spectateur de ses propres erreurs. Il est perdu. Aveugle, sourd et muet dans un gouffre trop noir et trop sombre – alors qui a-t-il de mal à ce qu’il s’accroche à la première lueur qui scintille au-dessus de lui ? Edgar, il  ne songe qu’au présent. Il oublie l’avenir et efface le passé ; il ne songe qu’à la peau de Mae qu’il effleure à travers son t-shirt. Il ne pense qu’à ses lèvres qu’il s’imagine tout aussi douces que ce qu’il caresse du bout des doigts. Il s’est excusé, non ? Il s’est excusé pour ses mots grossiers et ses désirs alcoolisés. Alcooliques. Un mot qu’il raye, qu’il rature et qu’il réfute. Pourtant, c’est l’habitude qui prend la forme d’une bouteille de Jack Daniel’s et la routine qui s’impose comme une lichette de Bacardí au fond d’une tasse de café. Et ce soir, il s’autorise à tutoyer l’illégal après avoir bafoué la morale.
Une femme mariée, Edgar. Depuis aussi longtemps que toi – depuis plus longtemps que lui, maintenant. Son alliance à lui marque le veuvage. Les photos qui s’étalent marquent l’absence. Les fringues dans sa commode marquent le souvenir qui s’encre et qui s’accroche aux murs, à sa peau et à son alliance. Il s’échappe dans le déni et ces mille facettes – ces deux facettes. Logan, quelques heures plus tôt. Mae, maintenant. Mae qui se retourne, Mae vers laquelle il se penche déjà. Mae sur laquelle il pose un regard brûlant. L’océan bouillonne mais l’océan se noircit sous les nuages d’une pluie battante aux relents d’infidélité. Pour lui, pour elle. Mais ça n’arrive pas. Ça n’arrivera jamais. Les mots claquent. Son cœur, trop lourd. Il tombe, il s’écrase contre les organes et contre ses tripes qui se nouent au creux de son ventre.
Il baisse les yeux.
C’est instinctif. C’est ce salaud qui s’écrase à nouveau contre l’autorité et ses courbes féminines ; c’est l’homme qui s’incline, écrasé par des regrets qui se coincent contre sa gorge meurtrie. Edgar, il a vu dans son regard cette envie d’achever ce que Logan a commencé – d’achever de l’étrangler. Edgar, il a aperçu la rage et la colère, la haine et le dégoût alors qu’avant, il y lisait respect et admiration. Des mots qui n’existent plus, maintenant. Mae, elle les efface d’une gifle qui claque contre sa joue, et qui résonnent jusque dans son crâne. Ça ne suffit pas pour le réveiller.
Ça ne fait qu’attiser les flammes d’une envie d’avoir mal. D’une envie que la souffrance s’étale sur sa peau pour qu’elle dédaigne son myocarde déchiré. Et puis c’est la défiance qui s’installe au fond de ses pupilles trop bleues. Comme avec la danseuse, il supplie d’un coup d’oeil. Et elle se plie à ses exigences, Mae. Il encaisse chaque coup, silencieux. Il recule – il titube – comme elle l’ordonne. Il tangue sur le côté. Il se rattrape au dossier du canapé mais déjà, les mains s’écrasent sur sa poitrine.
Alors il recule. Il recule jusqu’à ce que son dos rencontre le mur de son salon. Jusqu’à ce qu’il s’y écrase dans un fracas de chair et d’os. Il lève enfin les yeux vers sa tortionnaire et il ne lui offre que du vide. Un gouffre vertigineux au bord d’une falaise escarpée et esquintée par ses propres excès viciés. Tu fumes trop, Edgar. Tu bois trop, Edgar. Et t’es même prêt à imiter les putes que tu cherches à coffrer – deux femmes, à quelques heures d’intervalle. Mais face à Mae, il n’exhibe qu’une épave déjà prête à sombrer dans les tréfonds de la Fosse des Mariannes et plus bas encore. Et Edgar n’a pas le temps de fermer les yeux. Il n’a pas le temps d’occulter une énième erreur dans l’ignorance de l’aveugle que Mae l’oblige à regarder son alliance. L’or scintille sous les lueurs artificielles des lampadaires qui filtrent à travers sa fenêtre. Et les gravures à l’intérieur, plaquée contre la veine qui file de son annulaire jusqu’à son cœur s’inscrivent dans sa peau si fort qu’il se sent chavirer.
À moins que ce soit l’alcool. À mon que ce ne soit les deux. L’alcool, et le prénom d’Ada qui marque sa peau au fer rouge. Un an et demi déjà et pourtant, la marque est encore trop fraîche. L’alliance, elle est vissée jusqu’à sa phalange. Dix ans, presque onze sans jamais l’avoir ôté. Dix ans, presque onze et l’éternité pour la conserver.
Et puis le prénom claque contre ses tympans. Une deuxième gifle encore plus brutale que la précédente. Un prénom interdit, un prénom qu’on désacralise – qu’il désacralise lui-même. Elle n’a pas le droit.
Il explose. Il se défait de sa prise, il agrippe ses avant-bras. Il s’imagine déjà la repousser. Il se voit déjà rendre coup pour coup. Pourtant, ses épaules tremblent. Sa poitrine s’agite. Sa mâchoire se crispe. Son regard vacille et puis son souffle se brise. « Elle est morte. » Un aveu. Une confession. Une vérité qu’il a refusé d’admettre dès le début – des mots qui n’avaient jamais franchi ses lèvres jusqu’à cette nuit. On dit qu’il y a sept étapes au deuil. Edgar, il s’est arrêté à la première. Il s’est arrêté au choc et au déni – au-delà, c’est un gouffre trop large pour qu’il le franchisse. « Elle est morte. » Et c’est de sa faute. Il racle un peu plus le fond, Edgar. Il creuse six pieds sous terre et au-delà pour rencontrer la culpabilité et les regrets de ne pas avoir été là – ni pour ses derniers instants, ni pour l’enterrement.
Et puis il se brise contre Mae. Il trébuche avec elle. Il s’écrase entre ses bras. C’est contre sa poitrine que ses sanglots s’étouffent. C’est à ses épaules que ses mains s’accrochent. Ceux qu’il n’avait jamais pu verser, avant. Ceux qu’il noie au fond d’une bouteille de vodka, jour après jour. Nuit après nuit.
Les hoquets lui brûlent la gorge. Les spasmes lui écrasent le coeur et les poumons. Les larmes lui brûlent les joues autant que les lèvres. C’est sale. Plus sale que ce qu’il a pu faire dans cette même pièce, quelques heures plus tôt. Plus sale mais plus honnête – il se confesse sans un mot.
Il avoue ses péchés dans une énième plainte. La routine, le rejet, l’indifférence, l’antipathie, l’alcool et les désirs interdits de tromperie. Edgar, il se laisse glisser à genoux sur des jambes tremblantes et entraîne Mae avec elle. Son visage s’enfouit un peu plus contre sa clavicule alors que son souffle brisé continue de s’y écraser.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité

click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyDim 26 Aoû 2018 - 0:05

Le dégoût qui roule sous son épiderme alors que les scènes de ce qui semble être un mauvais film s'alignent. Pas d'effusions de sang pour cette nuit, mais des plaies béantes pour scarifier les âmes et son cœur qui tambourine dans sa poitrine, alors qu'elle essaye de fuir le monstre. Cette ombre terrible qu'elle transpose dans les propositions indécentes d'Edgar. Sur ce visage froid, aux traits tranchés et esquintés, qui appellent à un peu de chaleur, de réconfort. Un monstre qui s'est pourtant trouvé un foyer dans sa propre boîte crânienne et qui se faufile entre ses côtes, dévore la carcasse de l'intérieur. L'adultère et les sourires de Mattias qui valsent devant ses yeux, alors que la rage lèche ses paupières sous la forme de larmes. Elle n'a pas peur de lui, Mae. Elle a peur d'elle-même. De ces démons qui lui gangrènent le système, de cette personne qu'elle est devenue. Cette femme qu'elle ne connaît pas – qu'elle ne connaît plus. Un reflet vague qui se confond entre les étoiles et les lampadaires crasseux qui tapent sur les fenêtres. Un reflet qu'Edgar étreint dans son ivresse, les relents d'éthanol couvrant l'odeur du véritable danger. Inconscient.
Elle valse entre ses mains d'un pas mesuré. Derniers vestiges d'une grâce abandonnée sur le chemin du vice. Elle se soustrait à son étreinte. S'échappe alors qu'une douleur nouvelle se déverse sur chaque synapse. Elle étouffe, Mae. Entre ses bras et dans cette maison. Cette ville entière ne suffit pas cette nuit à porter sa colère et les murs en tremblent. Cette gifle qui part d'abord, puis ces mots qui claquent. Questions sordides qu'elle dégueule pour le faire fuir, pour lui faire mal – pour se faire mal. Elle aimerait qu'il réagisse et qu'il aille à contre-sens. Qu'il l'attrape et qu'il la bouscule. Elle aimerait avoir mal différemment encore, pour oublier la souffrance qu'elle inflige aux autres. Mais Edgar est décevant – à nouveau. Edgar, il ne lui donne pas ce qu'elle attend, alors elle le bouscule. Plus fort à chaque fois, ses mains se fracassent contre son torse et ses phalanges pleurent sous des torsions inhumaines. « Regarde-toi ! Mais tu vas réagir, cazzo*! » Les accents d'une langue natale coulent vulgairement sur sa langue, rugissements perdus dans la nuit.
Elle s'acharne, jusqu'à ce que les mots justes ne trouvent le chemin de ses lèvres, pour sonner terriblement faux. Ada. Un souvenir qu'elle étale et qu'elle bafoue sous les éclats vacillants de la lune. Pire qu'un blasphème, c'est comme parler d'un ange au milieu d'un bordel, c'est une dernière tentative, une ultime provocation. L'offense fait basculer le monde et c'est elle, qui recule, les phalanges de Smith douloureusement ancrées à ses poignets. Elle ne se débat même plus, Mae. Elle se laisse simplement happer par l'obscurité.
Elle est morte.
Un aveux qui perce, entre les respirations saccadées et les bruissements d'un tango violent. Ils s'arrêtent de bouger et le monde avec. Mae, elle ne lutte plus. Elle le laisse s'effondrer et elle meurt un peu à ses côtés. Elle l'entend pleurer, puis elle fait mieux encore ; elle l'écoute. Chaque harmonie qui se brise en un sanglot. Une partition sincère qui émeut plus que n'importe quel opéra. Elle tombe et s'effondre. Plus bas que terre, main dans la main avec cet autre diable, qui prend des airs d'enfant perdu. Un poids qui tombe sur sa poitrine et ses épaules, un fardeau qu'ils partagent sans même négocier. Son corps rencontre le plancher et son dos s'appuie contre le canapé. Elle l'attrape et le serre contre lui, se perd dans ce calme après la tempête. La pluie persiste, pourtant. Un millier de larmes qui dévalent silencieusement l'ovale de son visage. « Je sais. » Un murmure incertain qui perturbe un silence quasi religieux. Ses bras encadrent le corps d'Edgar. Une promesse physique et vacillante qu'elle sera là. Qu'elle le protégera. Contre le monde, et contre lui-même.
Les secondes s'égrainent et s'alignent en minutes. Un bras l'enveloppe toujours et cinq de ses doigts se perdent inlassablement entre les mèches de jais d'Edgar. Ses propres joues ont séché et un souffle calme froisse le silence. La nuit s'étire, mais les ombres ne sont plus aussi inquiétantes, elle l'attrape par le menton et se perd dans ses yeux une fraction de seconde. « Je suis là maintenant. » Promesse fragile, murmurée du bout des lèvres. Elle se détache lentement, comme pour éviter de rompre le contact trop brutalement. Elle récupère les fragments de son âme, éparpillés sur le plancher, se redresse dans un équilibre impeccable et l'invite à en faire autant. La tâche est sans doute plus laborieuse, mais la patience borde ses gestes et accompagne ses mains. Elle cueille les siennes et trace un chemin vers la chambre du flic. Pousse la porte et le guide jusqu'au lit. « Viens. » Un souffle perdu, chimère dans la nuit. Elle retire ses chaussures Mae et elle s'effondre sur un coin du matelas. Son cœur tambourine, mais sa témérité devance le reste. Elle lui tend la main et l'invite à reposer son âme, pour la première fois depuis la mort de sa femme.

*fuck!
Revenir en haut Aller en bas
Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1201
⋅ since : 24/02/2018

click down

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: (closed) logan, cecil, pippa, ava, jillian.

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyLun 27 Aoû 2018 - 1:59

Tout ce qu’il touche se délite en fumée. Tout ce qu’il effleure tombe en cendres. C’est à l’image des cigarettes qui ornent perpétuellement ses lippes. Ça a déjà commencé des années plus tôt ; Edgar, il s’est détourné de la lumière pour s’enfoncer un peu plus dans les ténèbres. Il a dédaigné l’amour au profit de la gloire, sa première erreur. Mais c’est le burn-out qui l’attend au tournant, prêt à lui faucher les jambes et la vie. Edgar, il dédaigne ses problèmes. Il omet le feu qui se propage dans son crâne et qui poursuit ses ravages : les neurones s’esquintent et ses souvenirs aussi. D’Ada, il n’y a plus qu’une chimère ; qu’une déesse aux traits tronqués et floutés par l’alcool qu’il ingurgite tous les soirs – tous les jours. Sur les photos qui prennent la poussière sur les étagères, il ne se reconnaît plus. Il ne reconnaît pas cet homme au sourire trop joyeux et aux coins des yeux dépouillés de rides. Il ne se souvient pas de l’époque où c’est au quatre coins du monde qu’ils partaient en vacances. C’est si loin, maintenant.
Et puis elle n’est plus là, de toute façon. Elle n’a pas eu la force de lutter ni même l’envie d’attendre un mari qui, de toute façon, arrive toujours trop tard. Et Edgar, c’est une autre femme qu’il étreint. C’est une autre femme qui essuie ses larmes – une femme trop douce et trop généreuse, après ce qu’il lui a dit. Après le spectacle qu’il lui a offert. Mae n’aurait dû être qu’une collègue et pourtant, c’est lui qui l’a forcé à endosser l’uniforme de sauveuse par-dessus celui de flic. Il s’enfouit un peu plus contre son sein. Il s’accroche à elle parce qu’autour de lui, le monde s’agite et se floute au fil de ses larmes qui battent la mesure de sa respiration saccadée. Il ne sait pas depuis combien de temps il est là. Il ne sait plus si ça fait des heures, des jours ou des mois que ses yeux saignent et que son cœur pleure. Il sait juste que Mar lui souffle quelques mots rassurants au creux de l’oreille. Il sent juste ses doigts qui se perdent dans ses mèches encore humides d’une douche qui n’a pas su laver ses péchés et essuyer ses tourments. Ils sont bien trop encrés sous sa peau, ceux-là. C’est d’autres tatouages qui s’y esquissent, invisibles parmi ceux qui trônent déjà sur son épiderme. C’est des coups de couteaux qui le lacèrent et qu’il refuse de sentir.
La tempête s’achève enfin et Edgar retrouve un semblant de paix. Il s’épuise, en vérité. Il se fatigue. Sa gorge brûle, sa respiration retrouve son rythme tranquille. Il n’arrive pas à la lâcher. Mae, c’est le dernier rempart qui le protège d’achever sa soirée comme elle a commencé après le départ de la danseuse – sous une énième bouteille de whisky, de vodka ou de gin. Et puis son regard accroche le sien alors qu’elle attrape son menton. Son regard s’y perd quelques secondes. Elle est là, Mae. Elle est là et pourtant, elle s’échappe déjà de son étreinte malheureuse.
Elle s’y échappe pour mieux l’entraîner avec lui. Edgar, il se redresse sur une paire de jambes vacillantes. Edgar, il la suit en silence. Ce n’est plus qu’un fantôme, qu’une âme damnée dont les dernières miettes traînent entre leurs mains – entre ses mains. Elle l’emmène jusqu’à sa chambre, Mae. Elle l’emmène jusqu’à son lit et son souhait naïf revient le hanter. Il n’y a plus d’indécence dans son regard, pourtant. Il n’y a plus qu’une fêlure vieillie par les mois mais pourtant toujours aussi fraîche.
Sa poitrine se serre et son cœur tambourine contre ses côtes au rythme de ses inspirations heurtées. Edgar, il a mal à la gorge. Parce que les dents de la danseuse s’y inscrivent toujours, parce qu’il se rappelle de ceux d’Ada qui y couraient encore, quelques années plus tôt. Et puis Edgar, il tombe. Il s’écrase contre le matelas grinçant, à côté de Mae. Face à face, il s’autorise un écart. Son pouce redessine la courbe de sa joue et efface les traînées humides qui y traînent encore alors qu’il prend enfin le temps de se tourner vers elle. C’est sans réfléchir qu’il enlace ses doigts aux siens – qu’ils lient leurs deux mains gauches qui s’ornent d’une alliance.
À les voir là, on pourrait croire que c’est lui, le mari. Que c’est elle, la femme. Son front se pose contre le sien et il n’y a que leurs souffles qui s’emmêlent pour briser le silence. Ça, et le bruissement du vent, dehors. Puis des mots. « Merci. » Un souffle. Un battement de cœur. « Merci d’être là. » Trois autres mots si différents de ceux qui ont pu lui échapper, quelques minutes – heures ? - plus tôt alors qu’il lui a proposé de sombrer un peu plus dans le vice avec lui. Dans un sens, c’est ce qu’elle a fait. C’est ce qu’elle fait en ce moment-même, Mae. Edgar, il ne lui demande pas pourquoi elle a pleuré presque aussi fort que lui. Edgar, il ramène simplement leurs deux mains jointes entre leurs visages.
Et sa bouche effleure ses doigts à défaut d’effleurer ses lèvres.
C’est pire, peut-être. Trop intime. Trop doux. Et chargé d’une promesse, aussi. C’est sa façon à lui de lui rappeler qu’il est là. Qu’elle peut accumuler autant d’erreurs que lui mais qu’il sera là, le jour où il devra à nouveau ramasser mille morceaux d’Italie. Edgar, il lui souffle aussi qu’ils sont plus qu’amis, mais moins qu’amants. Il lui rappelle qu’ils auraient pu l’être, une fois, juste une fois, alors que ses lèvres s’attardent contre son alliance où un autre nom que le sien s’inscrit – un homme qu’il n’a jamais vu. Un homme à qui il vole l’épouse. Un homme dont il ne connaît même pas le nom. Un homme à qui il devrait des excuses pour cet affront. Parce que Mae, elle reste avec lui, cette nuit. « Je suis désolé. » Souffle-t-il à nouveau. Pour ses erreurs passées comme pour celles à venir. Parce qu’il trébuche toujours, Edgar. Sur des bouteilles comme sur un mal-être qu’il refuse d’étiqueter. Il trébuche à l’instant alors qu’il ose enfin braver le regard de Mae sans vaciller.
Tombons, ensemble.
Sombrons, ensemble.
Mais relevons-nous main dans la main.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité

click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) EmptyLun 1 Oct 2018 - 19:20

Main dans la main, les deux funambules défiant les lois de la gravité au bord du précipice. Ils se complètent dans leurs failles et leurs erreurs, elle fait semblant d'être forte quand lui ne peut plus l'être, cherche un peu d'équilibre dans ce monde qui ne demande qu'à vaciller. C'est le calme après la tempête et ils valsent au milieu des ruines. S'inventent un lien aussi platonique qu'éphémère ; une relation sans lendemain qui contredit les alliances et les promesses faites à d'autres. Un mari trop de fois trompé et une femme aussi froide que les pierres, six pieds sous terre. Le pas gracieux, elle leur trace un chemin vers l'avenir, laisse ses pieds fouler les planches dans la nuit pour trouver une chambre. Un havre de paix, loin des affres de la nuit et d'une scène de crime souillée de vices. Le pas de la porte franchi, c'est un nouveau monde qui s'ouvre ; des draps glacés et une nuit trop silencieuse.
Un frisson coule jusqu'à ses entrailles alors que le pouce d'Edgar tombe contre sa joue, retrace ses pêchés sur la ligne de ses larmes. Elle, elle compte les blessures qu'il cache au bord de ses cils, avant de se noyer dans ce regard inhumain qu'il pose sur elle. Deux prunelles délavées, diluées par les secrets et les horreurs. Il a aussi pleuré, Edgar. Beaucoup – autrefois. Quand il y arrivait encore, sans doute. Il a pleuré jusqu'à oublier comment faire, mais ça n'a aucune importance, car ce soir, elle a assez pleuré pour deux. Elle le dévisage alors que les quartiers de lune imposent un jeu de lumières et d'ombres sur les angulations de leur visage. Elle lui découvre des traits plus doux, Mae. Loin des lignes que l'incompréhension creusent dans le front de l'inspecteur, parfois. Loin de ce rictus presque mauvais qu'il a eu plus tôt, les lippes gorgées d'alcool et d'indifférence.
Son front contre le sien. Le monde n'existe plus que dans cette chambre ; il ne se résume qu'à ça, étroit et curieusement suffisant. Elle ne demande pas mieux que ses phalanges rassurantes, accrochées aux siennes. Pas mieux que ces promesses silencieuses qui se perdent entre deux battements de cils – des mots qu'ils ne prononcent pas, mais qui semblent aussi solennels que quelques vœux prononcés devenant un autel. C'est un pacte pour la survie, un pacte avec le diable ; les effluves d'alcool lui rappellent à chaque instant qu'Edgar n'est pas un saint. Mais ça n'a aucune importance, car elle non plus, elle n'a rien de ces personnages qu'elle regardait, enfant, sur les murs des plus belles églises d'Ancône.
Je suis désolé. Un murmure qui perce dans la nuit et un sourire qui roule sur les lèvres de la brune. S'accapare de ses lippes avec malice, tandis que ses sourcils se courbent sous les caprices de l'incertitude. Les paupières fragiles et les lèvres tremblantes, elle se laisse fondre sous un peu de sa chaleur à lui ; celle qu'il marque sur ses doigts de quelques baisers égarés. « Moi aussi Edgar. Moi aussi. » Un aveux qui lui perce le cœur, par tous les sens qu'il prend. Elle est désolée, Mae. Désolée de n'être qu'humaine, désolée d'être parfois égoïste et explosive. Désolée de savourer le monde selon ses propres lois, de faire du mal aux autres et de ne vivre que pour elle-même, parfois. Désolée pour tout ce qu'elle a vu et tout ce qu'elle a fait, pour les horreurs qu'elle n'a pas pu empêcher et les autres, dont elle est devenue actrice ou simple complice. Elle est désolée, pour tous les mots qui ont claqué sur sa langue acérée dans le salon d'Edgar, désolée d'avoir vu en lui un monstre, avant d'avoir découvert l'homme blessé.
Mais pour autant, elle n'est pas désolée d'être là. Dans son lit, à se rassurer en se laissant bercer sur ce regard trop bleu, constellé de promesses pour un lendemain meilleur. Elle n'est pas désolée d'oublier un peu Raleigh et d'être là pour un autre. Elle lâche ses mains et en passe une sur le front de l'inspecteur. Laisse le bout de ses doigts s'égarer sur l'épiderme et dans ses cheveux, jusqu'à tomber sur le creux de sa nuque. Elle s'avance et plante un baiser là, sur son front, avant de simplement se blottir contre lui et de s'oublier entre ses bras et dans la nuit. Tout ira bien, un jour, peut-être.
Revenir en haut Aller en bas


Contenu sponsorisé


click down

clean up before she comes. (mae) Empty
MessageSujet: Re: clean up before she comes. (mae)   clean up before she comes. (mae) Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
 clean up before she comes. (mae)
Revenir en haut 

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
- call it what you want. ::  :: lights are so bright. :: sujets.-
Sauter vers: