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Edgar Smith

Edgar Smith
vilified, crucified, in the human frame

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MessageSujet: one point perspective (jillian)   one point perspective (jillian) EmptyDim 10 Fév 2019 - 21:43

À force d’épousseter le vice, Edgar se demande si celui-ci ne déborde pas sur ceux qui l’essuient. Si les flics, à force de côtoyer les engeances et les abominations de l’espèce humaine, deviennent enclins à les écouter. À les comprendre. Dans un sens, c’est ce qu’on leur apprend. Comprendre toutes ses raclures-là simplement pour mieux les enfermer entre quatre murs. Entre quatre planches, si seulement. Certains le méritent encore aujourd’hui, malgré la loi qui l’interdit. C’est tout de même un bon flic, Edgar. Un bon flic d’après les standards de la police. Il s’est perdu en route. Il a abandonné le droit chemin pour s’enfoncer dans les méandres d’une personnalité viciée qu’il n’a pas su museler. Pourri jusqu’à la moelle, lui lance-t-on d’une voix aux accents pourtant tremblants. Une réflexion qui lui arrache un sourire. Cruel jusqu’au bout des lèvres étirées. Carnassier jusqu’aux canines dévoilées.
Et puis, les vieilles habitudes ont la peau dure. Celles d’Edgar le sont peut-être un peu plus que celles des autres. Si bien encrées sous sa peau qu’elles se mêlent à son attitude. Ça lui a manqué, à Edgar. Ce pouvoir exacerbé par son statut de policier. Cette supériorité induite par l’uniforme, bien qu’il ne le porte plus depuis quelques années. Quelque part, c’est pire – dans l’imaginaire collectif, ces flics-là sont au-dessus de leurs collègues apprêtés. Mieux sapés et plus sérieux, ils se fondent dans la masse des civils. Et c’est la crainte qu’ils inspirent. L’angoisse viscérale de ne pas savoir s’ils sont là ou non. S’ils traînent dans les parages, habillés comme les autres. Comme ceux qu’ils protègent mais aussi comme ceux qu’ils enferment. Une dernière catégorie qui lui fait face, à l’instant. Qui l’insulte entre une paire de lippes soit-disant scellées. Mais ce n’est qu’un gosse, à ses yeux. Vingt ans sûrement, note-t-il en plissant les yeux. Un peu plus. Une époque révolue, pour lui. Marquée par le sceau de ce qui est vieux avant d’être rangée et puis oubliée. Déjà ripou, à cette époque. Déjà dans le rang des forces de l’ordre. Une périphrase aux relents de vérité oubliée.
C’est l’autorité qu’il incarne, Edgar. Mais le dos droit se voûte aujourd’hui. S’écrase sous le poids de responsabilités qu’il n’a pas demandé – en plus de celles qu’il porte déjà – mais surtout des erreurs qu’il a accumulé au fil des deux dernières années. De celles dont il se souvient et de celles qu’il oublie. Et puis de celles qu’il efface à l’instant même où son regard cherche celui du gosse. Si sa voix tremblote, ses traits sont déterminés. Le flic, ça le surprend. « I won’t tell you anything, I ain’t no snich! » Ces mots sont crachés avec tant de véhémence qu’Edgar s’oblige à réprimer un autre sourire. C’est un bon flic, Edgar. Mais aujourd’hui, c’est le rôle du mauvais flic qu’on lui demande d’endosser. Ce n’est pas – ce n’est plus son travail depuis longtemps, déjà. Pourtant, le voilà. Claquemuré dans une salle d’interrogatoire, face à un foutu garnement qui refuse d’écouter les bons conseils de ses aînés. « Why? » Demande Edgar en arquant un sourcil. Sa curiosité est authentique. Son incompréhension, presque sincère. S’il a appris à essayer de les comprendre, eux, les criminels, ça ne veut pas dire qu’il y arrive.
Why are you protecting them when they let you down? La question qu’il pose vraiment. Celle qu’il ne formule pas parce qu’il n’y en a pas d’autres.
Ses collègues lui ont aussi rapporté la raison de la présence de ce gosse au commissariat. Le motif de sa garde à vue. Et puis ses potes, ses collègues comme il les appelle, qui ont fui le lieu du crime avant l’arrivée des flics. C’est en-dessous d’Edgar ; en deçà de ce dont il est réellement capable. Peut-être essaye-t-on de lui faire comprendre qu’il devrait tourner la page. Qu’il se sentirait mieux dans un autre département, loin d’une enquête qui de toute façon, n’avance plus. N’avancera plus.
Ils sont loin, les gros bonnets. Il est loin, Cerbère. Et Edgar, il soupire en penchant la tête en arrière alors qu’il se pince l’arête du nez. Les refus s’alignent les uns après les autres et sa patience s’effrite. Le mauvais flic s’épuise. Plus d’une heure qu’ils sont enfermés sous l’œil vigilant d’une caméra. La violence n’est pas physique ni même verbale. Elle est insidieuse et silencieuse. Elle s’attaque au mental.
Et Edgar, il se redresse en appuyant ses coudes sur la table d’acier. « Let’s make a deal, kid. » La pire proposition qui soit, dans une salle d’interrogation. Ce ne sont que des paroles en l’air. Des mots inaudibles pour l’extérieur – toutes les offres des flics, dans cette pièce, sont caduques lorsqu’elles sont répétées devant les jurés. « If you give me what I need, I’ll help you out. » Souffle-t-il sur le ton de la confidence. L’intérêt du gosse est piqué juste assez pour que l’idée s’installe au fond de son crâne. Juste assez pour qu’elle germe si on l’interrompt pas.
Un pressentiment qui étreint le flic à l’instant même où la porte s’ouvre en claquant.

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