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 shrike (noemi)
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Joshua Baker

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MessageSujet: shrike (noemi)   Sam 9 Fév 2019 - 15:41

Brume insistante dans les allées de l'université. Bâtisse ancienne où les lumières reculaient pour éclairer l'auditoire. Mes pas, avançant dans le néant. Corps porté par son mécanisme. Sensation de noyade écorchée sous les doigts. Des pensées versatiles. Et du sang coagulé. Je relevais la tête vers la porte. D'ombres et de poussières, les images d'une guerre immortelle. L'impression de vivre à l'envers, de valser sur la corde raide. La cravate s'enfonçait dans mon cou. Cours de littérature volé en éclats. Des pages froissées sous les ongles. A trop rêver. A trop s'éloigner. Ma langue claquait sur le palais, régurgitant les syllabes qui se formaient dans l'espace guttural. Ils ne savaient rien de mon passé. Seulement, un nom. Des rumeurs. Reporter de guerre déchu de son arène. Yeux crucifiés sur les colones de Kandahar. Ils ne savaient rien de la lutte. Des explosions. D'une existence éclatée sous les bourdonnements des chars et les pétarades des soldats. J'avançais à reculons, le coeur mitraillé par les souvenirs. La peur de la foule. Les visages tournés sur mon profil. Les oreilles tendues pour aspirer mon âme. Je les fixais en silence. J'imprimais les expressions qui se courbaient sur les faciès. Un à un, je les observais. Ces étudiants. Ces vagabonds. De fantômes à vivants. Réalité inversée dans la parallèle. Je me penchais lentement, l'esprit chancelant dans ses méandres. Le choc de la guerre écorchant les valves. Le traumatisme pour hanter le cerveau. Ma voix entonnait ce que les textes inscrivaient sur la pierre. Puis je l'aperçus, chevelure ondulant dans les ténèbres. Peau de nacre pour captiver la raison. Illusion de déjà vu. Illusion de l'étreinte fiévreuse. Cette fille, naufragée dans mes pensées. Mon souffle trébuchait sur les lignes. Je marquais une pause, fixant les galbes de la silhouette qui se dessinait avec une netteté renversante. Son identité se fracturait dans mes draps. Prénom méconnu. Prénom oublié. Je crispais les doigts en retenant l'impulsion. Le cours qui s'allongeait comme une lame tranchante. Le stress du vice, de l'erreur fatal. Coucher avec une étudiante. Coucher pour exiler le mal. Son odeur embaumait mes pensées. Le toucher olfactif emprisonnait ma conscience. Son halètement divin, lascivement murmuré sur ma peau. Hurlant pour moi. Pliant sous la pression de mes hanches. Là, où les néons engloutissaient la nuit. Dans ce lit. Dans cette chambre. Relief distillé dans la mémoire. Je serrais les poings. La cloche sonnait dans le couloir. Le mirage se dissipait dans les nuances de l'établissement. Je restais immobile, le coeur paralysé au bord des gradins. Et elle ne bougeait pas. Elle ne respirait plus. Apnée imposée par l'irréel. Le contact de l'extase. Honte à moi. Honte à nous. Le poison injecté qui enflammait les chairs. Je levais le bras. Mes phalanges crispées par le froid. Mes phalanges pliés pour lui intimer d'approcher. J'ignorais tout d'elle. De sa démarche gracieuse au milieu des rangées. Des fluctuations aguicheuses de sa robe entre ses cuisses. Comme si elle n'existait pas. Comme si le fantasme se matérialisait pour tourmenter mon esprit. Fantôme d'une seconde forme. Fantôme pour remplacer tous les autres. Les morts. Les cadavres. Je devenais fou. Je perdais le contrôle. Il ne restait plus rien de moi. Des années à chercher la vérité sur les landes empourprées. Des vérités saignant sur les papiers imprimés. Journal tordu sous les yeux de l'opinion publique. Le trou se creusait sous mes pieds. La crevasse me bouffait entièrement. « Je ... Vous êtes dans cette classe ? » Mensonge fade et incolore. Je refusais cette étiquette. Perversité sans limites. Faille de la chair qui pourrissait l'intellect. Qui était-elle, maintenant ? Chimère nocturne venue réclamer son dû. Ce myocarde déraillé sous les côtes. Cette pulsion malsaine infectée sous la peau. Le danger se faufilait, guettant mes maladresses. Elle était si jeune. Comment ne l'avais-je pas vu ? Merde, elle était trop jeune !  « Je ne vous avais jamais remarqué avant, mademoiselle. » Sourire nerveux, étiré de lippe en lippe. Elle avait menti. Elle s'était joué de la nuit. Etreinte alcoolisée dans le vide submergeait nos âmes. Il y avait quelque chose en nous. Eraflure du sentiment. Déséquilibre passionnel. Une blessure que le temps renforçait dans ses bras. Une vulnérabilité, vibrant dans les délices charnels. Le souvenir obsession. Le souvenir gangréné. « Êtes vous réelle ? » Souffle abrasé sous la langue. Je devais demander. Je devais m'assurer. Les voix s'élevaient encore — les voix vibraient dans mes os. Je secouais les épaules en m'éloignant.
Terrible déshonneur.
De ses cris.
De leurs cris.
L'émotion écoeurante.
D'exister.
De survivre. Et pas les autres.
Pas les héros.
Mouvance des jambes.
La violence éveillée dans mon échine.
Qu'elle s'en aille !
Qu'elle disparaisse !

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Noemi Caldwell

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MessageSujet: Re: shrike (noemi)   Lun 11 Fév 2019 - 10:31

Les mots. Une échappatoire, une porte de sortie dans ses songes les plus profonds. Les lettres se distillaient, s’évaporaient comme de la poussière. Elles s’élevaient, haut parmi les nuages, et traçaient un chemin, une histoire pour faire briller les prunelles de Noemi. Elle pouvait presque les toucher du bout des doigts, ces lettres. Si noires, si voluptueuses. Une calligraphie parfaite. Des boucles et des barres, qui formaient un paysage pittoresque. Une encre si sombre, qu’elle s’y perdait en un battement de cil. Un gouffre fantastique, où la vie était différente. Où les pages se modelaient pour elle. Les chapitres s’allongeaient comme une route, qu’elle empruntait le pas léger, presque libre. Mais ses envies, ses peurs, creusaient des trous, profonds, effrayants, remplis de chimères et de vérités. Les livres s’effritaient entre ses doigts. Une pluie de papier blanc, qu’elle s’efforçait de rattraper mais qui lui glissait fatalement des doigts. Elle avait grandi, Noemi. Les histoires n’étaient qu’une utopie intouchable. Des mensonges enrobés de fantaisie, d’humour et d’amour. Pourtant, elle espérait retrouver cette passion. Elle espérait honorer cette promesse chuchotée entre leurs deux corps chétifs. Elle se souvient de ses prunelles si grandes, si fières. Des paroles, qui avaient glissé si facilement de ses lèvres d’enfant. Et maman, qui avait souri, et souri, et souri, et les perles, qui avaient coulé au coin de ses paupières comme de petits diamants scintillants. J’écrirai des livres, maman, tu verras. J’écrirai des histoires pour que tu les lises, de là-haut. Mais elle avait grandi, Noemi. Le cœur lourd, délaissé sur les rivages d’une famille brisée. Les mots s’y échouaient aussi, dans cette écume blanche et mousseuse, l’encre grise et terne. Les bancs de l’université se dessinaient devant elle. Le diplôme en perspective, fait d’illusions et de faux semblants. Une porte, pour en ouvrir d’autres, pour se perdre dans le labyrinthe des éditions limitées et de papier jauni. Des études de littérature, qui la portaient à bout de bras vers un futur aussi flou qu’incertain. Noemi, elle se perdait en chemin, se faufilait dans une embrasure dorée qui attirait un minimum son attention. Elle valsait au rythme des soirées, des hommes aux visages différents, du poison dans ses veines. Le brouhaha de l’amphithéâtre n’était pas suffisant pour lui faire relever la tête. La pointe de son stylo glissait sur sa feuille avec aisance, dans un gribouillis indéfinissable. Puis il y a eu cette voix. Une voix rauque, au timbre familier. Des octaves sensuelles, qu’on avait murmuré au creux de son oreille, un soir de trop. Et les frissons, par milliers sur son derme, éveillés par de simples phrases. De simples ordres. De simples caresses et des coups de reins en harmonie. Elle releva les prunelles pour croiser les siennes. Sombres, illuminées par la surprise évidente. Les souvenirs étaient vifs, palpables presque. Son parfum viril embaumait encore les narines de la brune, d’une douce odeur de reviens-y. La cloche sonna, et il n’y avait plus qu’eux. Deux silhouettes liées par un secret commun. Un sourire en coin se forma sur ses lippes, alors qu’elle s’avançait, la démarche lascive. Elle s’arrêta devant lui, le menton relevé pour le regarder. « Hmm, hmm. Depuis le début de l’année. » Une pause. « Pas comme vous. » Un constat. Une découverte, pour elle aussi. Ses iris dilatées, qui analysaient scrupuleusement ces traits qu’elle n’avait vu que dans la pénombre. Il était encore plus beau à la lumière du jour. Il avait une certaine insolence irradiant de son sourire. Et Noemi, elle se languissait de pouvoir caresser une nouvelle fois cette barbe calleuse de ses palmes. « On sait tous les deux que ça n’aurait rien changé. » Une remarque lourde de sens. Parce qu’elle se souvient de la passion, de la raison perdue entre les draps. Etudiante, professeur, que des titres floutés par le désir. Elle haussa un sourcil, frôlant son épaule pour s’avancer jusqu’à son bureau. « A votre avis, professeur ? » Délicatement, elle se hissa sur la table, les jambes pendantes dans le vide, les paumes aplaties contre la surface en bois.

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Joshua Baker

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MessageSujet: Re: shrike (noemi)   Jeu 14 Fév 2019 - 11:47

Qu'on me pardonne mes silences. La guerre avait coupé ma langue. Des pensées vacillant sous les lumières. Des mots coincés au fond de la gorge. Les lettres devenues écarlates sur les bords du papier froissé. L’espace tourbillonnait au milieu des sièges, dans cette pénombre qui étouffait les poumons. Cette pénombre qui brûlait les cierges de l’église. De ce Dieu qui abandonnait ses enfants. De ces parents endeuillés. Une souffrance ressentie pour substituer le vide. Les espaces se creusaient entre nous, des fossés de côte en côte, laissant s’infiltrer les poisons d’une vie de déshonneur. Survivant des crimes des autres, épargné par la grâce du Seigneur qui tourmentait les âmes. Ces nuits dans l’ombre de la baignoire. Ces cris distillés dans les jappements de l’eau coulant sur la céramique. Je me redressais face à l’auditoire, les yeux cernés de souvenirs. Des phrases marmonnées par automatisme. Des textes digérés pour faire passer les pilules. Ma main tremblait dans ma poche, avide de tabac, avide de l’étreinte de la cigarette qui se consumait dans la spirale éphémère. Danse avec les démons d’Afghanistan. Valse du coeur à coeur, bouffée par le mirage insistant des soldats agglutinés sur le sable. Le désir du corps pour enivrer les fragments fissurés de nous. Elles passaient toutes, ces chimères voluptueuses, accompagnatrices noires et insouciantes . Mes ongles glissaient sur les galbes nacrées pour en extirper l’essence nécessaire à mon équilibre. Démarche vacillante. Palpitant en extase dans le rythme claudiquant de cette proximité écoeurante. Les pieds lâchant prise pour tomber en enfer. Et elle était là, matérielle entre les rangs, spectre d’argent sous les fluctuations diurnes de l’université. Je la fixais avec étrangeté, les prunelles aveuglées par l’éclat des images qui se succédaient dans ma tête. Les voix de la vérité. Le hurlement bestial entaillé dans l’agonie sempiternelle des fantômes de Kandahar. L’explosion du myocarde, ponctuée par les souvenir de sang. Le char retourné sur la terre et la caméra propulsée dans les airs. Il était mort. Ils étaient tous morts. Frisson de l'effroi dans le dos. Pulsion déroutante de l’adrénaline, de l’angoisse, de la putain de peur. D’y rester aussi. De crever dans l’inconnu et de demeurer prisonnier dans la mémoire de quelqu’un d’autre. Les cadavres en boîtes. Les cadavres déchiquetés. Le mal se déversait dans mes veines. Le joug d’une mission qui ne finissait pas. Alors qui était-elle pour revenir dans mes pensées ? Qui était-elle pour hanter mes illusions ? Cette balance des forces et des énergies, cette obsession de normalité qui galopait sur les dunes du désert Afghan. Je soupirais en m’éloignant. L’atroce révélation. Coucher avec l’étudiante. Rompre le charme et inverser les éthiques. Je me détestais déjà, avant. Et maintenant, il ne restait que des fêlures dans mon âme. Les regrets d’une autre. Les regrets de ma Thalia. Je reculais lascivement, les semelles raclant la surface de l’asphalte. Nez à nez avec le démon. L’envie de la happer malgré l’interdit. Parce que l'exaltation revenait. L'exaltation gonflait les chairs. « Je suis vacataire. Je ne reste pas longtemps. » J’étais captif de mon imagination. Usurpateur d’une identité qui, jadis, m’avait appartenu. Le temps dégoulinait sur ma peau, créant ces absences, voyage dans les momentos d’une bataille qui avait saccagé les villages. Je souris nerveusement, les canines acérées derrière les reliefs violacés de ma bouche. « Probablement, mais c’est fini maintenant. » Une erreur de jugement. Deux corps jaillissant des flammes pour se consumer dans les décombres de la nuit. Elle était si belle. Elle était si nuageuse. « Je préfère garder mon avis pour moi, Mlle ... » Ce nom oublié. Des lèvres échappées sur les miennes. Je rangeais mes feuilles et m’approchais lentement. Son parfum embaumait mon esprit, brûlant jusqu’au fond de l’échine. L’appel des chairs. L’appel des délices. Je haussais les épaules. « Peu importe, le mal est fait. » Murmuré lâché au creux de son oreille. Au milieu des boucles ondulés et des soupirs étouffés. Une nuit comme les autres. Une nuit qui s’allongeait dans mes éternités. « J’espère que vous parviendrez encore à vous concentrer en cours. » Taquinerie sanglante. Retour en arrière pour brûler dans les cendres de notre extase. Sexe animal. Sexe infecté par la déroute des coeurs.

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