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 solitaire (edgar)
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Philippa Neville

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MessageSujet: solitaire (edgar)    Lun 21 Jan 2019 - 0:25

I'm in love with the ice-blue, gray skies of England
I'll admit, all I wanna do is get drunk and silent
Watch my life unfold all around me
Like a beautiful garden
I see flowers so tall, they surround me
Oh my heart, it became so hardened

Why would she go to a bar alone? C’est la question qu’elle se pose, seule sur sa chaise haute à regarder les nuances du vin vermeil danser dans le verre sous les lumières tamisées. Elle tourne le dos à la porte, fait face au mur encombré d'affiches aux couleurs passées. Comme à son habitude, Pippa s’est installée sur une table loin de l’entrée, dans un coin. Un réflexe de tranquillité, et surtout un réflexe de longue date, modelé à partir de son propre désir d’être invisible, de son inconsciente intention de se fondre dans le décor. Avant - il y a de cela des siècles désormais - elle se serait mise au centre, probablement au comptoir pour voir et être vue, un rouge à lèvres insolent en guise de sourire. Mais ça.. depuis bien longtemps, Pippa ne le fait plus. Et elle y pense, maintenant, hésite depuis dix minutes. Why would she go to a bar alone if not to be, well, alone and unbothered? Elle a perdu l'habitude de penser seule. De vivre seule. Les abîmes qui l'ont accueillies après son divorce n'ont pas aidé. Libre, mais pourquoi faire?

En une inspiration, elle prend son verre, se lève et d'un pas décidé va s'installer sur l'une des quelques places encore libres, au comptoir. Ce n'est rien du tout, mais son coeur bat fort et ses mains tremblent un peu. Là, juste là, à ses propres yeux, elle devient celle qui refuse de se résigner au silence, redevient celle qui ne se soumettre pas à la solitude. Après tout, Pippa se l’est promis, elle doit vivre tout ce qu’elle peut. Make up for the lost time, for thirteen years of lies and cries. Et peut-être est-ce pour ça qu'elle est là, dans un pub qu’elle ne connait pas mais dont l’intérieur chaleureux lui a souri derrière les carreaux. Un refuge contre le froid, une revanche sur l’hiver, un répit pour son coeur qui dégivre lentement. Don’t overthink it, murmure la voix dans sa tête - Pippa acquiesce, goûte le vin qui lui plaît. Juste un verre. Elle ne compte pas devenir passagère du bateau ivre, non. Elle n'a pas l'envie de se perdre dans des nuits euphoriques, à danser d’ivresse pour oublier la douleur - elle a su s’infliger d’autres blessures. Refermées, ont dit les médecins. Cependant, elle se méfie. Condamnée à une éternelle vigilance contre son propre esprit, à garder son ombre à sa place.

So, just one glass, then she's heading home. Pour passer le temps, comme à son habitude, Pippa ouvre ses yeux bruns et regarde autour d'elle, dévisage sans s'attarder les autres clients. Ses lèvres sont nues et ne sourient à personne, elle imagine que le risque d'être approchée est minime. Elle ne veut pas séduire, mais hypothétiquement provoquer quelque chose. Une rencontre, une étincelle, une raison de s'attarder ici alors que la nuit passe et qu'elle serait mieux sur son canapé à regarder des rediffusions de documentaires. Or, ce soir, rien n'éveille son intérêt: la majorité des clients sont en groupe, joyeux, sereins. La minorité, dont elle fait partie, semble elle aussi attendre un signe du destin. How boring. Un soupir, et Pippa se recentre sur elle, sortant son téléphone pour regarder ses mails d'un air déçu. Elle ne se retourne pas lorsqu'un homme aux yeux fatigués pénètre dans le pub ; et elle reste absorbée par son écran alors même qu'Edgar Smith prend place sur le siège vacant à côté d'elle. Because, honestly, that's really not why she went to a bar alone.

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Edgar Smith

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MessageSujet: Re: solitaire (edgar)    Jeu 31 Jan 2019 - 23:10

Il a promis à demi-mots qu’il ferait potentiellement des efforts. Un adverbe qui n’est pas là au hasard. Il a promis, Edgar, mais cette promesse-là ne tient qu’à un fil. Un fil qui s’effiloche et qui craque, ce soir. Ses pieds l’entraînent malgré lui jusqu’au bar le plus proche – un coin paumé, un trou perdu. Un endroit où s’endormir l’esprit et s’anesthésier la langue. Une habitude si bien encrée au fond de ses cellules qu’il ne se rend pas compte qu’elle s’éreintent les unes après les autres. Ce n’est pas comme s’il s’en souciait non plus. Son corps, il meurt à petit feu avec son accord, songe-t-il en écrasant sa cigarette devant la porte d’entrée. Un psscht l’éteint alors qu’une goutte de pluie s’écrase sur son bout incandescent. C’est tout ce qu’il a attendu, Edgar. Une excuse – une autre, parmi toutes celles qui la précèdent déjà, évidentes et silencieuses – pour se mettre à l’abri. Pour se faufiler à l’intérieur d’un bar qu’il connaît déjà sur le bout des doigts. Et si son corps fuit le crépitement furieux des cieux sur le bitume, son esprit s’éloigne d’un tout autre mal. D’une plaie noirâtre, d’une fêlure morose, d’un marasme qui l’empoisonne depuis plus d’un an, déjà. Depuis,
depuis presque deux ans, maintenant.
It’s lasted long enough, lui souffle la raison. Ça a duré assez longtemps et pourtant, il n’arrive toujours pas à y mettre une fin. S’il essayait, peut-être – peut-être y parviendrait-il. Mais vouloir et pouvoir ne riment pas dans dans l’exécution. Il soupire, Edgar. Un souffle perdu dans la foule – ils sont nombreux, ce soir. Ils sont innombrables, les jeunots fêtards. Ça pétille au fond de leur regard ; ça s’embrase au rythme de la vie. Cette lueur-là, elle n’existe plus dans les yeux du flic. Les mains dans les poches, il s’est aussi éteint en entrant – s’il ne l’était pas déjà avant.
Un si qu’il efface. Ce n’est pas probable, c’est certain.
Il navigue entre les tables remplies, le flic. Entre les gens qui se bousculent, entre ceux qui boivent, entre ceux qui discutent et ceux qui gueulent. Pour quelqu’un d’autre, l’ambiance est bonne. Pour lui, elle l’est un peu trop. Alors il se faufile jusqu’au comptoir, Edgar. Sa commande, suspendue au bord de ses lèvres. Il n’a pas vraiment besoin de la formuler – c’est sur sa gueule qu’elle s’inscrit. Une trogne aux traits si tirés qu’il n’y a qu’un verre qui peut les soulager. Qu’il n’y a qu’un verre pour les étouffer.
Il se surprend à regretter d’être rentré. Pas qu’il se soit amusé, là-bas – à Rio – mais ses soucis ne le hantaient pas dans tous les coins de rue. Dans cette ville, qu’il a cru apprécier. Dans cette ville, qu’il commence à détester. Elle, une métonymie de lui. Elle, un rappel de tous ses visages qu’il croise et recroise au fil des jours. L’inconnu n’est plus.
Brighton, c’est un terrain qu’il connaît sur le bout des doigts. Et pourtant, il n’arrive toujours pas à déloger toutes les échardes qui y traînent encore. Encrées trop profondément dans sa peau, elles font désormais parties de sa réputation. Celle du flic qui traîne. Celle de l’ombre qui arpente les bars, à défaut de hanter les criminels. Il se laisse tomber sur le premier tabouret qu’il croise sans faire attention à ce qui l’entoure – dans ces moments-là, il n’y a que lui, le barman et le verre que celui-ci fait glisser jusqu’à lui. Un moment qui se brise dès lors que le regard de sa voisine s’accroche à lui.
Une impression de malaise qui, au lieu de disparaître, s’encre un peu plus au fond de ses tripes lorsqu’il lève la tête. « Pippa. » Souffle-t-il en attrapant son whisky. À croire qu’ils ne se croisent qu’au bord d’un comptoir. À croire qu’ils n’ont tous les deux plus que ça – ce paradis pour les âmes meurtries. « It’s been a while. » It’s been a month, actually. Un mois depuis le gala. Un mois depuis le drame dont les articles de journaux remplacent ses souvenirs.
Il ne cherche pas vraiment à converser, Edgar.
Mais il lui en doit bien une, pourtant. Une, pour toutes les conversations qu'il a ignoré par le passé.
Une, pour tous les mensonges qu'il a certifié.

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MessageSujet: Re: solitaire (edgar)    Jeu 14 Fév 2019 - 16:14

Ennuyée par le manque d'activité dans sa boîte aux lettres virtuelle, elle relève la tête, posant un fraction de seconde son regard sur l'homme à côté d'elle. Oh, shit. Une impression de déjà vu - lui, elle, au bar. Un même sentiment de gêne maladroite, de rejet instinctif. « Edgar. Hi. » Elle le salue pourtant, probablement parce qu'elle a cette maudite politesse accrochée à même ses os, probablement parce qu'à force de l'avoir croisé dans leurs vies antérieures à cette misère solitaire, c'était ce qu'elle lui offrait automatiquement en guise de bonjour. Elle n'aime pas cette idée de le croiser lorsqu'elle sort, lorsqu'elle est seule au bar; c'est le signe annonciateur que s'il est là, si elle mime ses agissements, la situation est pire que prévue. Pourtant ils n'en sont pas au même point - Pippa est encore forte, solide, stable. Right?

À sa question muette, Pippa acquiesce silencieusement. Un mois que leurs vies ont failli basculer. Elle les revoit très bien au moment où leurs assaillants ont fait irruption dans la salle. Un choc venu agrandir la liste de ses fêlures, cette peur des foules nouvellement créée, et l'incapacité qu'elle se découvre de mettre des bijoux voyants. Son sommeil est revenu après les deux premières semaines, mais c'est toujours un sujet de conversation récurant avec sa thérapeute.

Postée près des tables comme une vulgaire marchandise, forcée de faire glisser son bracelet le long de son poignet trop fin, de donner ses boucles... convertir sa beauté en valeur numérique. La peur, la rage. Elle a déjà failli mourir, Pippa, et elle connaît le sentiment qui oblige à la vie. Lutter pour sa survie, malgré la sidération, malgré les mains tremblantes. Et la brutale intervention, les coups de feu, la panique et la prière (please, keep me alive, please God I swear I'll do anything. I'll call my sister, I'll apologize to my parents, please, please, please, please, please...) Un instant de calme, et la trêve succède au cauchemar ; la prise en charge par les équipes de secours, réaliser qu'elle est encore vivante. Les autres, perdus de vue. Seul compte le fait de rentrer chez elle, de s'y enfermer et d'être en sécurité.

Une pensée chasse le frisson qui la parcourt lorsqu'elle se remémore ce funeste évènement, les questions qu'il lui avait posées et auxquelles elle n'avait pas eu le temps de répondre. « Glad to see that you weren't injured. » (And that the shock hasn't stopped you from drinking, pense-t-elle, amère.) Pippa a beau mépriser Edgar et maudire cette complicité perverse qu'il entretient avec son ex-mari, elle sait aussi que ses yeux bleu glace portent en eux un deuil immense. Et juste pour ça, en mémoire de son amie, elle ne regrette pas que le salaud s'en soit sorti en un seul morceau.

« I wasn't expecting to see you here, though. Are you going to be sitting next to me in every pub I go to? » Elle le dévisage avec nonchalance, galvanisée par sa résolution récente (stop being afraid). Elle ne dit rien, mais sait que se retrouver au comptoir deux fois en l'espace d'un mois, ça fait beaucoup. La certitude qu'il doit avoir comblé ses soirées entre temps d'une manière similaire s'impose à elle. Poor Edgar. Not easy being the devil's advocate.

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