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 summertime sadness (nick).

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MessageSujet: summertime sadness (nick).   Ven 23 Nov - 8:23

Le vingt-et-un du mois.
Cette date lui soulève le coeur. Même point butoir qui relance à chaque fois ces réminiscences douloureuses. Les pièces du puzzle qui se rassemblent pour former l’apogée de l’enfer. Une vie ayant côtoyée la mort. Une mélancolie se dessinant sur les morceaux manquants. Des questions suspendues aux inconnues de cette équation. Calculs savants, réflexion erronée. Et le temps qui ne suffit pas à guérir les blessures. Une plaie béante où le sang se coagule ; où la peau nécrose. Une odeur nauséabonde qui pourrait se dégager. Son coeur prêt à bondir face à ces effluves putrides.
Ivy n’a besoin que de quelques secondes pour replonger en enfer. Un mauvais timing à l’instant précis où sa silhouette a franchi le seuil du hangar. La mine concentrée à l’affût du moindre détail pour son reportage. Un boulot devenu une seconde peau depuis des années. Tête brûlée n’ayant jamais eu peur des conséquences. Intrépide Ivy qui préférait voler sur une corde raide plutôt que de toucher la terre ferme. Mais le sol, elle est venue le bouffer. Tête la première chopant la poussière. Une chute libre sans aucun filet de sécurité. Des souvenirs restants, la brune se rappelle de la lourdeur de sa silhouette. Un poids étouffant contre sa cage thoracique et une incapacité à se mouvoir. Les muscles atrophiés, pétrifiés, emprisonnés dans des craquements douloureux. Sa voix n’avait été qu’un murmure. Une audace face à ces bourreaux.
Parfois, la reporter scelle ses paupières si fort avec pour seule envie de se rappeler avec exactitude leurs visages. Être capable de dessiner d’un revers de l’esprit les traits de ces monstres sanguinaires. Ceux qui ont pris plaisir à la détailler entrain de se vider de son sang. Ceux qui n’ont pas eu le moindre sursaut de regret.
L’espoir est mort en une fraction de seconde. Ivy avec. Une vie détruite. Et une soif de vengeance qui articule chaque mouvement, chaque parole. Elle ne vit que pour ça maintenant. Retrouver ses bourreaux. Découvrir la raison d’un tel acharnement. Pouvoir retrouver la paix et chasser les démons. Parce qu’à l’heure actuelle, ils rôdent comme une tarentule. Une bête vorace ayant pris le pli de s’insinuer sous les pans de sa peau. Pour la narguer ; pour l’immerger dans une bulle catatonique. La brune s’est renfermée, chassant les relations de près ou de loin. La peur au ventre de la moindre notion d’attachement. Le palpitant monté à l’envers après des mois d’une errance sentimentale et amicale. La fiancée déchue qui a tiré sa révérence pour ne pas côtoyer les monstres intérieurs. Les amis qui n’ont été que de passage et ont fini par filer à l’anglaise. Triste habitude. Constant glaçant. Comme son sang qui se fige, cogne au creux de ses tempes et lui soulève le coeur. A cet instant-ci, Ivy n’a plus aucune notion du réel. Les verres deviennent un refuge lénitif. Elle annihile les heures de disgrâce au profit de la vodka qui imbibe ses veines. Une éponge où se noie liquide âpre et translucide. Les gorgées deviennent le vice. Il se nourrit de son âme déchirée, tourmentée. Il se nourrit des mots enfoncés au fond de sa trachée.
Les effluves lui font tourner la tête. Elle ressent le besoin de dormir durant de longues secondes. Le corps à peine vêtu et étendu sur son sofa. Ses phalanges qui osent retracer les contours de sa cicatrice. Reflet impossible dans le miroir de peur de voir les angoisses danser autour d’elle. Ivy soupire et sans réelle réflexion, elle attrape son téléphone. Les noms défilent. De Charles, cet être diabolique à Cecil celui qui a brisé une partie de son coeur en passant par sa mère bien trop inquiète sans compter Asher qui a décampé loin de Brighton. Tout s’enchaîne. Les images se collent une à une et forment une frise gangrénée. Son doigt s’arrête sur l’écran. Nick. Un appel. Et le son de sa boîte vocale. La reporter, elle perd le fil. Y a ce premier message qui se faufile d’une voix enjouée ; My loneliness is killing me and i, I must confess I still believe, still believe. When I'm not with you I lose my mind, give me a sign, hit me baby one more time. Les paroles d’un titre démodé de Britney Spears résonne dans l’air trop lourd. Ça se termine par un ricanement de sa part. Elle raccroche. Elle rappelle. Oh, wow, sorry, i’m feeling lonely right know. I need someone. Maybe you. Un appel à l’aide entre les lignes. Parce que ça a été comme ça dès le départ. Une interview ayant tourné court ; des retrouvailles dans un bar et une sensibilité retrouvée à la vue de ses dessins. Il est devenu un confident, une oreille attentive quand tout tourne mal. Il ne porte aucun jugement et n’essaye pas de la dissuader de son besoin corrosif de réponses. (…) Quand elle ouvre la porte, c’est le regard de l’homme qui s’éprend des alentours. Un sourire gêné de la part d’Ivy qui sent le pourpre lui monter aux joues. — Thanks for coming. Elle s’écarte et le laisse entrer dans son appartement. Il n’a plus rien de chaleureux. L’endroit est déguisé de clichés de ces soirées mondaines, d’articles de journaux, d’archives familiales. Les murs sont jaugés de ses recherches et d’un apparat macabre. Et elle n’essaye même pas de le cacher. — And excuse me for my voice mail. I'm totally a mess. And I guess I’m a little drunk too. Un sourire à peine vivant dépeint sa bouche qui se courbe dans une moue enfantine. Elle hausse les épaules et tire sur son t-shirt qui couvre de quelques centimètres ses cuisses dénudées. Ivy s’éloigne et se baisse pour ramasser les cadavres des bouteilles. Celles qui aident la pilule à passer ; le pire à s’éloigner pour quelques heures. — I hope I didn't bother you. Même si c’est le cas, égoïstement, elle s’en fiche. Parce qu’il est là. Qu’elle n’est plus seule. — Vodka or whiskey ? Don't answer me a glass of water please. Elle se redresse et lui fait face.
Ivy, cette lutte contre le pire.
Ivy, cette bataille perdue d’avance.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   Mar 27 Nov - 18:45

On dit que les artistes sont dotés d’une sensibilité exacerbée. Qu’ils vivent dans l’excès et dans l’exagéré – que pour eux, les couleurs s’emmêlent d’émotions. On dit que c’est ça, qui les pousse tous au bord du gouffre. Ils ne s’y jettent pas, pourtant. Ils s’y arrêtent et admirent l’horizon – une étendue mordorée taillée dans le roc par le bruissement de l’eau. Mais Nick, il ne se considère pas comme un artiste. Ses œuvres d’art n’en sont pas. Ses œuvres d’art, il ne les explose pas – elles ne le méritent pas. Nick, il préfère le terme d’artisan – il façonne des concepts, il bâti des idées. Il les transmet, aussi. Mais au lieu de les exprimer avec des mots, il les griffonne avec des crayons. Ce sont des personnages, commandés, qui prennent vie sur des feuilles de papier. Qui y meurent, aussi. Lorsqu’ils ne conviennent pas – lorsqu’ils ont ce quelque chose en trop qui dérange. Des essais ratés qui s’accumulent par paquets de dix. Qu’on range et qu’on néglige. Une recherche de la perfection à l’état brut, mais surtout du pratique. Il faut qu’elles se traduisent dans le gameplay, toutes ces idées-là. Il faut qu’elles soient réalistes, même dans les univers qui ne le sont pas. C’est une facette du milieu du gaming que l’on oublie. Qu’on ne crédite pas non plus. Sur les concept arts, c’est le nom du studio que l’on recopie. Il pense trop, Nick. Il analyse trop, à la recherche du moindre défaut. Mais toutes ces pensées-là s’envole dès lors que son téléphone résonne. Sa sonnerie, qui le tire de sa rêverie mais surtout, de son ménage.
Il n’a pas le temps d’atteindre son téléphone que l’appel est déjà manqué. Qu’il a déjà deux appels manqués. Depuis qu’il vogue loin du studio, il a l’impression de perdre pied. Son attention s’effrite – mais n’est-ce pas là tout simplement un énième mal que partage tous les artistes ? À la place de décrocher, ce sont des messages qu’il ouvre. Il grimace lorsque les paroles d’une chanson vieillie claque contre ses tympans. Voix alcoolisée, timbre trop aigu – il n’a pas besoin de vérifier pour savoir qu’il s’agit d’Ivy. Il se souvient encore du désintérêt latent dont elle a fait preuve, lorsqu’il a décortiqué toutes les facettes de son métier. Mais il se rappelle aussi de l’intérêt retrouvé, lorsqu’il lui a exposé ses gribouilles personnelles. Des corps, des gens. Des traits tantôt brutaux, esquissés pourtant avec le bout d’un crayon. Des ombres marquées, simulacre de l’effet black and white. Un style qui lui est propre et qu’il ne peut décemment pas traduire autant qu’il le souhaiterait sur ce qu’on lui commande. Et puis, après que l’incrédulité se soit peinte sur ses traits, c’est l’inquiétude qui la remplace.
Il ne prend pas le temps de répondre, Nick. Il enfile sa paire de converses et un pull par-dessus son t-shirt. Il attrape sa clé et son sac en bandoulière. Il s’est promis de respecter le souhait – l’ordre – de son médecin lorsque son arrêt maladie a été signé. Et pourtant, Nick ne sort jamais de chez lui sans son foutoir parfaitement rangé. Une trousse qui déborde de crayons et des carnets Moleskine qu’il remplit, petit à petit. Pour ne pas perdre la main. Même si, dans un sens, c’est ce qu’il risque de perdre à trop forcer.
Il file jusqu’à l’appartement d’Ivy, sans réfléchir. Un faible pour les choses brisées, peut-être. Un faible pour les choses en danger qu’il n’explique pas – une dichotomie profonde avec son aîné qui, lui, préfère les dédaigner. Ils ne le croient pas toujours, les gens, lorsqu’il donne son patronyme. Mun. Il n’est pas sûr qu’Ivy l’ait cru non plus, mais qu’importe.
Il se gare dans la rue qui mène à son appartement et disparaît dans l’entrée. Nick n’a pas le temps de toquer. La porte s’ouvre déjà et, dans l’embrasure, Ivy, l’œil hagard. L’œil vitreux. Lonely and a bit drunky. « Were you waiting by the door, Ivy? » Une question qu’il enrobe d’humour et dont il n’attend pas de réponse. Il se faufile à l’intérieur et hoche simplement la tête lorsqu’elle annonce l’évidence. « Well, I was cleaning my sister’s kids mess, but it can wait. » Il hausse les épaules en retirant son sac qu’il dépose près du canapé.
Nick ne lui a jamais demandé ce qu’il l’a brisé, d’ailleurs. La question lui a déjà effleuré l’esprit mais ce n’est pas d’amener le sujet sur le tapis. Il n’est pas sûr de vouloir savoir non plus. Alors il offre simplement un échappatoire – chose qu’elle lui dérobe pourtant, sous la forme d’une proposition. Il grimace, Nick. Et il choisit. « If you insist, I’ll take a glass of whiskey. Just make it lighter than yours. » Répond-il en la dévisageant. Et puis c’est un soupir qui fend finalement ses lèvres. « Is that what we’re going to do? Drink the whole night? » Une question légitime, cette fois-ci. Une question posée d’un ton tranquille mais soulignée d’un haussement de sourcil. Nick, il s’assoit en s’attendant au pire.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   Mer 28 Nov - 15:52

Un soupire dévale de ses lèvres.
L’évidence marquée par ses traits tirés, les cernes violacées et le cadavre de cette bouteille à terre. Les émotions qui dévorent et déchirent ; sans une once de répit. Une obsession infiltrée au creux de sa chaire. Les pupilles dilatées par l’envie qui grogne. Cette soif de vengeance, ce goût du sang qui perle. L’odeur métallique qui noie les environs d’une ambiance macabre. Les poings serrés sous l’effusion de la rage. La cage thoracique serrée à chaque pensée vers la nuit là. Ivy, elle pleure plus. Larmes ayant cessé de couler au profit de la noirceur de ses yeux. Une louve entêtée dans sa quête. Sa silhouette prête à se casser la gueule quand le tourbillon devient trop vif.
Les images qui se précipitent. Les échos qui deviennent étouffant.
Une scène dont chaque millimètre est peint dans sa chaire. Un tatouage forcé qui lui rappelle le pire. Alors y a son esprit qui vrille parfois. Un regard en arrière sur tout ce qu’elle a perdu. Le fantôme de cette fiancée qui a disparu dans l’ombre des doutes. Les amis qui ont choisi de tirer leur révérence pour ne plus la voir se détruire. La douleur lancinante sur les berges de sa cicatrice. Chaire marquée au fer rouge. Chaire qu’elle n’ose plus toucher, regarder. Plaie à peine apprivoisée. L’alcool qui dévale dans ses veines. Rythmique âpre inondant son corps. Un appel à l’aide qui se faufile entre les effluves. Silence conservé. But ultime qui se noie sous les non-dits. Halley, sa mère, la balle perdue, Charles, ce deal foireux avec Leo.
Et elle. Sirène perdue entre deux mondes. Combat qu’elle pense perdu d’avance quand l’asphyxie lui file la nausée. Les aveux coincés au fond de sa trachée. Danse acide sur les contours de cette bouche rosée. Comme face à Nick. Epaule réconfortante. Relation lénifiante. La gêne déguisant ses iris alors qu’elle tangue, Ivy. Silhouette mal assurée qui se traîne dans ce salon sans vie. Elle esquisse un sourire qui sonne faux. Comme tout le reste. Les épaules renfrognées et le ventre tordu de cette douleur que rien n’anesthésie. — Now, you’re cleaning my own mess. Ironic, no ? Don't worry, I will not throw up, I promise. Les phalanges liées dans un geste solennel. Ses mèches ébènes venant brouiller son regard. Son dos vouté vers une bouteille. Un verre qui se rempli d’un vieux whisky.
Elle ricane à la question de Nick. S’il savait ce qui se trame dans l’embrasure de ce corps mort-né. S’il savait ce qui se cache derrière les rictus et les parades verbales. S’il savait que Ivy, elle crève de l’intérieur mais se mure dans un silence sordide. Chimère d’un monde qui lui appartenait. Avant. Et plus jamais. Sa main se tend vers lui. Verre qu’il réceptionne sans piper un mot. Et la brune qui s’approche d’à peine quelques centimètres. Insolence qui dessine son sourire. Comportement du vice ; innocence qui s’est perdue en route. Échouée la douceur contre les murs de pierre. Échoué le calme dans cette flaque de sang. Échoué le temps d’hier au profit d’un demain tellement placide.
— Yes, why not. Or we could have good sex right now if you want. Les hanches qui remuent, ce sourire qui peint sa bouche d’effrontée, une mine sérieuse. Les secondes qui deviennent des minutes interrogatives. Et l’éclat de son rire qui brise le silence. Mélodie désastreuse. Chute royale au milieu d’une épaisseur de scandales. Elle plaisante, Ivy. Aucune arrière pensée. Aucune envie de s’offrir à cause de l’alcool. Corps qu’elle ne contrôle plus. Corps qu’elle ne supporte plus. Peau à peau dont elle ne veut plus. Par peur du regard de l’autre. Par peur de perdre pieds un peu plus.
Une tape contre l’épaule de son ami et pour la première fois, un sourire qui paraît plus sincère que les autres.
— Oh my god, look at your face ! I'm kidding. Les mots qui résonnent dans le salon. Parade nocturne qu’elle balance avec aisance. Ivy, elle étouffe. En silence. Sur place. Devant lui. La carcasse décharnée. Le creux de la poitrine déchiré. Lame indomptable et dégoût qui ravive le spectre de la bile. A bout de force, à bout de tout, elle recule et son corps s’échoue dans le canapé.
Son regard divague. Son âme virevolte ailleurs.
Un instant touché par la grâce où elle s’imagine vivante, heureuse, elle. Puis la réalité chassant l’accalmie. Ses yeux divaguent vers le sac de l’homme.
— Always with your stuff. Right ? Le dessinateur. Ses doigts qui remuent sur le papier pour animer des silhouettes, des émotions, des points ancrés dans sa mémoire. Une passion, un métier. Une rencontre entre les deux. L’âme brisée ; l’âme d’artiste. Les contradictions qui se sont enchaînées. — Tell me, how do you choose your models ? Une interrogation. Cette curiosité aiguisée. Les idées qui crépitent à cause de l’alcool. Sa main qui frôle ce carnet dans le sac, qui s’imagine ses secrets.
Et les siens qui brûlent dans un incendie interminable.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   Jeu 6 Déc - 18:52

Peu importe où ses yeux se posent, Nick ne voit qu’une chose. Du vide. Dans les coins mal éclairés du salon, dans les bouteilles qui s’y disséminent mais surtout, dans le regard d’Ivy. Pas de pitié, chez Nick. Simplement une profonde empathie et la promesse, silencieuse, de ne pas poser de questions. De ne raviver de vieilles plaies, en plus d’anciens souvenirs. De ne pas réveiller les peines mais plutôt, de les assoupir.
Il ne sait pas s’il doit se sentir à l’aise ou non – et cette hésitation-là se traduit dans ses gestes lents et réfléchis. Dans sa posture, trop droite, en parfaite contradiction avec celle d’Ivy. Voûtée, déséquilibrée, alcoolisée. Des adjectifs sur lesquels elle insiste lorsqu’elle lui tend son verre. Lorsqu’elle s’approche, maladroite jusque dans les mots qu’elle lui jette. Un instant, Nick craint qu’elle s’écroule, Ivy. Qu’elle se laisse tomber – qu’elle se laisse porter, entre ses bras. Qu’elle se laisse traîner jusqu’au canapé pour s’y échouer. C’est ce qu’elle insinue, du bout des lèvres. C’est ce qu’elle propose, du bout des doigts. Et Nick, il déglutit bêtement. Il la dévisage, de la tête aux pieds. Il admire ce tableau aux courbes catastrophiques, dérouté. Pris au dépourvu par une phrase enivrée, pris de court par quelques mots lubriques qu’il devine n’être qu’une mascarade.
Une blague, dit-elle. Mais lui, il y voit une moyen de s’ouvrir. De se dévoiler, même un peu. Même lorsqu’il s’agit d’une hypothèse qui ne sera jamais vérifiée. Même s’ils savent tous les deux qu’ils ne dépasseront jamais cette ligne-là. Pas dans ce sens-là, en tout cas – pas dans celui auquel les gens normaux s’attendent. La norme de Nick diffère. Ses principes sont ceux d’un artiste. Et s’il cède volontiers aux courbes de Ryn, celles d’Ivy l’intéressent aussi. D’une autre façon.
Elle traîne toujours quelque part au fond de son crâne, cette idée. Celle de l’immortaliser sur un bout de papier. De l’esquisser, comme il a dessiné des dizaines d’autres personnes avant elle. Comme il en dessinera d’autres, après elle. Certains, qu’il conserve. D’autres, qu’il concède. Il ne les offre jamais, Nick – pas vraiment. Il les cède parce qu’on le lui demande. Parce qu’il estime que ces œuvres-là sont autant les leurs que les siennes. Et, assis sur le canapé, il sourit simplement lorsqu’Ivy le rejoint sur le canapé. « Well, your humour has never been one of your strong suits. You can’t blame me to be surprised when you’re trying – and I insist, trying to make a joke. » Soupire-t-il, un sourire amusé étiré sur les lippes.  
Il ne touche pas à son verre. Pas encore.
Nick, il n’aime pas ce que l’alcool provoque chez les gens. Il n’aime pas ce qu’il réveille chez lui non plus – le malaise s’efface. La spontanéité le remplace. L’impression d’être un étranger au sein de son propre corps. La sensation de ne plus avoir conscience de ce qu’il dit. De ne plus avoir le contrôle sur ce qu’il fait. Langue pâteuse, neurones éteints, mains tremblantes – un mal dont il se passe sans la moindre hésitation. Mais au-delà de la notion d’identité perdue, l’espace d’une poignée d’heures, Nick n’a simplement rien qu’il souhaite oublier. Rien à cacher, rien à enterrer. Stable, dans tous les sens du terme. Dans sa vie personnelle et dans la sphère professionnelle. Ou presque. Mais cette erreur de parcours-là n’en est pas une. Il n’en parle pas vraiment. Il n’en a pas eu besoin – ça crève les yeux. Ou en tout cas, ça crève les yeux de ce qui regardent. Ceux qui observent et ceux qui s’y attardent. Et Nick, il attrape finalement son verre pour le porter à ses lèvres. Ivy, à ses côtés, lorgne sur son sac.
Son foutoir, ses carnets, ses crayons. « I’m naked without them. » Répond-il, plus honnête qu’il n’aurait souhaité l’être. Ivy sait poser les bonnes questions. Mais elle sait surtout les poser au bon moment. Intuition de journaliste, peut-être. Une finesse perspicace qui tourne si souvent aux drames. Nick n’en croise pas souvent – son travail à lui se fait dans l’ombre. Dans un anonymat discret, loin du concret et du produit fini. Alors, c’est d’histoire qu’il se nourrit – celles de son frangin. Celles des interviews indécents et des questions gênantes. Et à l’instant, la question qu’Ivy lui pose l’est, dans un sens. Gênante, sans l’être.
Nick roule des épaules et extirpe un carnet aux pages cornées – utilisées – de son sac. Il le lui tend. « You can look at it, if you want. » Même si le malaise s’installe. Si Nick ne bronche pas lorsqu’on critique son travail, il se tend toujours lorsqu’on regarde ses dessins. Une excuse pour méditer son interrogation.
Comment choisit-il ses modèles ? Qu’est-ce qui le pousse à dessiner cette personne-là, et non pas une autre ? Une question qu’il ne s’est jamais posé, en vérité. Alors, il choisit l’option la plus facile. « I don’t know. » Ou la plus compliquée. « I don’t choose them, I guess. They choose themselves. » Parce qu’ils ont à l’aise. Parce qu’ils s’assument. Parce qu’ils veulent se réapproprier sur le papier. Parce qu’ils veulent arrondir leurs fins de mois. Tout un tas de raisons différentes. Toutes valides, à ses yeux. Et Nick, il se tourne vers Ivy. Il arque un sourcil. Sa propre question au bord des lèvres. Jusqu’à ce qu’elle y déborde. « Will you? Pose for me, I mean. »

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   Sam 8 Déc - 7:37

– You're saying my jokes are so bad ? You're the worst friend ever. La remarque claque sous le palais. Y a ce sourire qui étire la courbure rosée de ses lippes. L'instant ne dure que quelques secondes. Il est aussi éphémère que les émotions positives. Le cœur renfrogné par le pire ; l'impossibilité de s'accrocher à autre chose qu'à la haine. Soif de vengeance qui rythme sa carotide et chaque pulsation. Cœur à peine battant qui s'anime comme les fils d'un pantin de bois. Poupée décharnée qui appelle au secours. Chaque son de sa voix préfère se mourir dans une complainte mutine.  Ivy, elle sait plus faire semblant. Ni face aux autres. Ni face à Nick. Gorge serrée de tout ce qu'elle ravale comme un précipice amer. La peau maculée sur laquelle danse les idées lubriques, les idées assassines. Une plaie béante qui se referme pas. Douleur à chaque réveil pour une piqûre de rappel. Reflet insupportable dans le miroir. Sirène qui s'éloigne de ce corps à peine contrôlé. Dégoût de ses courbes, dégoût de ses maux. Elle arrive plus à se l'approprier ; ni même à se regarder sans avoir envie de gerber.
Gerber sa colère. Gerber les mots blessants. Germer sa rancœur. Palpitant ravagé par les détonations. Et par tout ce que la chute a crée. Alors elle dit rien. L'alcool imbibant ses veines. Effluves alcoolisées qui ravivent l'éveil de ses sens. Effluves venant lui rappeler l’innommable réalité. Tour d'ivoire s'effondrant au sol ; et toutes les certitudes emportées avec. La brune observe Nick du coin de l'œil et reporte son attention sur la trousse, le carnet de dessins. Ses pensées se bloquent. Ses pensées n'opèrent plus la liaison entre toutes les informations. Elle laisse ses phalanges courir dessus. Chaque feuille blanche est caressée de la pulpe de ses doigts. Pression échaudée alors que son regard détaille chaque œuvre. Des courbes dessinées. Des courbes noircies. Des émotions dépeintes. Un talent certain. Son œil qui se perd entre les pages. Elle ne dit rien, Ivy. Sans doute bouleversée par ce qu'elle voit. Sans doute émue de ses propres craintes. Celles qui rôdent et enferment son palpitant dans un étau. Comme pour l'étouffer. Comme pour l'empêcher de respirer correctement. L'espace de quelques secondes, elle se meurt dans un souffle en suspend. La bouche entrouverte. Les lèvres qui tremblent. Et son regard qui brille. Il brille à la guise des étoiles qui se sont éteintes trop tôt. Il brille à la guise du bonheur qui a filé avec la rosée matinale. Les souvenirs remontent.
Les détonations. Les appels à l'aide. Le visage de ses proches devenant fantomatique.  Le froid. Cette brise glaciale contre l'échine. Le dernier souffle. Les machines. La fin.
Quand Nick reprend la parole ; Ivy semble loin. Elle n'écoute qu'à moitié. Les mots s'allient avec l’atmosphère pesante. Plus rien ne paraît tourner rond entre eux. À sa question, la reporter sursaute. Le calepin qui tombe au sol. Les crayons qui s'étalent près de lui. La brune se relève, un retrait opéré pour s'éloigner de son ami. La crainte de l'interrogation ; la crainte de ce que ça pourrait causer. Elle tremble, Ivy. D'un coup, sans possibilité d'arrêter le mécanisme et ça lui donne envie de chialer comme une gamine. Ses doigts tirent sur le t-shirt qui recouvre son corps. Pour masquer sa peau. Pour masquer le pire. Depuis le drame, les questions tournent en boucle. Les peurs deviennent une seconde peau. L'incapacité de se mettre à nue. Son regard qui détourne la cicatrice lorsque l'eau de la douche crépite sur ses courbes. Le dos voûté et la mine effacée pour ne rien regarder ; pour ne rien rendre réel. Des contrôles réguliers chez le médecin. Des examens à n'en plus finir. Le même constat qui défonce sa boîte crânienne d'une douleur abominable. Une barrière d'acier qui encercle sa gorge et l'empêche de respirer.
Ivy, elle est chancelante face à Nick. L'alcool ayant usé sa raison. L'alcool ayant envoyé au loin ses certitudes. Son dos frappe le mur. Ses phalanges craquent alors qu'elle tremble. L'agneau blessé. L'agneau brisé. Ses paupières à moitié closes pour marquer une pause; pour s'offrir du répit. Et ça fonctionne pas. Les échos de ces voix. Le clan diabolique. Le pacte avec les enfers. Et l'innocence presque contradictoire de Nick en face. En le fixant, elle comprend le malaise. Elle vient de le créer de son attitude déconcertante. – Only if you decide to pay me. Seule réponse qui flirte de ses lèvres. Seule réponse qu'elle s'autorise avant de lâcher un rire qui éradique les vérités. La fausseté de cette résonance vocale ; la fausseté de son attitude qui n'est plus que chaos.  – Sorry. I'm trying to make a joke. Is it better ? La dérision de ses mots. Palabres qui ne riment plus à rien. Elle fait un pas vers Nick. Et pour la première fois depuis l'accident, depuis le drame, depuis ces détonations, y a une larme qui dévale sur sa joue rosée. Une larme qu'elle ne cherche pas à chasser. Émotion incontrôlable qui vient la bouleverser. Amertume qui ne suffit plus à gagner. Une enfant brisée par la vie. Une gamine devenue poupée au scandale qui teinte sa bouche.
Le creux des reins qui s'actionne pour charmer et obtenir ce qu'elle veut. En vain. Alors sans réfléchir et parce que son ami lui octroie l'envie d'être sincère, Ivy tire sur son t-shirt. Morceau de tissu qui chute au sol. Le corps qui tremble et s'affole. Lingerie restante mais qui ne camoufle plus la disgrâce. Cette cicatrice que sa main cherche à cacher avant de baisser les armes. Plaie encore rosée, qui ne s'efface pas avec le temps. Les souvenirs de ses yeux qui se sont posés dessus dans cette chambre aseptisée. Le produit brûlant pour la désinfecter qui lui a valu un cri strident. Les perles salées refoulées pour pas être faible. Les berges de la cicatrice encore en relief par la douleur et l'utopie d'une guérison. Moindre mouvement lui rappelant la vérité déchirante. Son abdomen écartelé par les balles. Les paroles à peine réconfortantes des médecins, des infirmières.
Une mise à nue opérée devant Nick. Elle ne le regarde pas. Elle n'ose pas. Honteuse. Perdue. Blessée. Ses doigts dégrafent son soutient-gorge qui tombe à terre. Son chignon se défait et laisse masquer la pointe de ses seins. Elle lâche un soupire. Regard perdu vers la fenêtre, vers les gouttes de pluie qui défient le ciel sombre. – I want you to draw my pain. Les mots sont arrachés de cette bouche  intimidée. Incapable de le regarder. Incapable d'assumer. – I don't need pity, questions or something else. I only need to feel alive again.
Sentir qu'elle n'est pas totalement morte dans ce hangar.
Sentir que ce corps lui appartient encore.
Sentir qu'elle n'a pas à rougir du pire.
Sentir que Nick sera là, même après ça. Y a son myocarde qui se contracte. Y a son corps qui cède à l'angoisse. Pétrifiée sur place et incapable de bouger.
Petite poupée brisée qui s'éprend d'un sentiment de liberté.

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le regard éteint, des visages pales, des teints gris. nous sommes de ceux qui s'délavent de jour en jour.
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summertime sadness (nick).
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