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Ivy Rhodes

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MessageSujet: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyVen 23 Nov 2018 - 8:23

Le vingt-et-un du mois.
Cette date lui soulève le coeur. Même point butoir qui relance à chaque fois ces réminiscences douloureuses. Les pièces du puzzle qui se rassemblent pour former l’apogée de l’enfer. Une vie ayant côtoyée la mort. Une mélancolie se dessinant sur les morceaux manquants. Des questions suspendues aux inconnues de cette équation. Calculs savants, réflexion erronée. Et le temps qui ne suffit pas à guérir les blessures. Une plaie béante où le sang se coagule ; où la peau nécrose. Une odeur nauséabonde qui pourrait se dégager. Son coeur prêt à bondir face à ces effluves putrides.
Ivy n’a besoin que de quelques secondes pour replonger en enfer. Un mauvais timing à l’instant précis où sa silhouette a franchi le seuil du hangar. La mine concentrée à l’affût du moindre détail pour son reportage. Un boulot devenu une seconde peau depuis des années. Tête brûlée n’ayant jamais eu peur des conséquences. Intrépide Ivy qui préférait voler sur une corde raide plutôt que de toucher la terre ferme. Mais le sol, elle est venue le bouffer. Tête la première chopant la poussière. Une chute libre sans aucun filet de sécurité. Des souvenirs restants, la brune se rappelle de la lourdeur de sa silhouette. Un poids étouffant contre sa cage thoracique et une incapacité à se mouvoir. Les muscles atrophiés, pétrifiés, emprisonnés dans des craquements douloureux. Sa voix n’avait été qu’un murmure. Une audace face à ces bourreaux.
Parfois, la reporter scelle ses paupières si fort avec pour seule envie de se rappeler avec exactitude leurs visages. Être capable de dessiner d’un revers de l’esprit les traits de ces monstres sanguinaires. Ceux qui ont pris plaisir à la détailler entrain de se vider de son sang. Ceux qui n’ont pas eu le moindre sursaut de regret.
L’espoir est mort en une fraction de seconde. Ivy avec. Une vie détruite. Et une soif de vengeance qui articule chaque mouvement, chaque parole. Elle ne vit que pour ça maintenant. Retrouver ses bourreaux. Découvrir la raison d’un tel acharnement. Pouvoir retrouver la paix et chasser les démons. Parce qu’à l’heure actuelle, ils rôdent comme une tarentule. Une bête vorace ayant pris le pli de s’insinuer sous les pans de sa peau. Pour la narguer ; pour l’immerger dans une bulle catatonique. La brune s’est renfermée, chassant les relations de près ou de loin. La peur au ventre de la moindre notion d’attachement. Le palpitant monté à l’envers après des mois d’une errance sentimentale et amicale. La fiancée déchue qui a tiré sa révérence pour ne pas côtoyer les monstres intérieurs. Les amis qui n’ont été que de passage et ont fini par filer à l’anglaise. Triste habitude. Constant glaçant. Comme son sang qui se fige, cogne au creux de ses tempes et lui soulève le coeur. A cet instant-ci, Ivy n’a plus aucune notion du réel. Les verres deviennent un refuge lénitif. Elle annihile les heures de disgrâce au profit de la vodka qui imbibe ses veines. Une éponge où se noie liquide âpre et translucide. Les gorgées deviennent le vice. Il se nourrit de son âme déchirée, tourmentée. Il se nourrit des mots enfoncés au fond de sa trachée.
Les effluves lui font tourner la tête. Elle ressent le besoin de dormir durant de longues secondes. Le corps à peine vêtu et étendu sur son sofa. Ses phalanges qui osent retracer les contours de sa cicatrice. Reflet impossible dans le miroir de peur de voir les angoisses danser autour d’elle. Ivy soupire et sans réelle réflexion, elle attrape son téléphone. Les noms défilent. De Charles, cet être diabolique à Cecil celui qui a brisé une partie de son coeur en passant par sa mère bien trop inquiète sans compter Asher qui a décampé loin de Brighton. Tout s’enchaîne. Les images se collent une à une et forment une frise gangrénée. Son doigt s’arrête sur l’écran. Nick. Un appel. Et le son de sa boîte vocale. La reporter, elle perd le fil. Y a ce premier message qui se faufile d’une voix enjouée ; My loneliness is killing me and i, I must confess I still believe, still believe. When I'm not with you I lose my mind, give me a sign, hit me baby one more time. Les paroles d’un titre démodé de Britney Spears résonne dans l’air trop lourd. Ça se termine par un ricanement de sa part. Elle raccroche. Elle rappelle. Oh, wow, sorry, i’m feeling lonely right know. I need someone. Maybe you. Un appel à l’aide entre les lignes. Parce que ça a été comme ça dès le départ. Une interview ayant tourné court ; des retrouvailles dans un bar et une sensibilité retrouvée à la vue de ses dessins. Il est devenu un confident, une oreille attentive quand tout tourne mal. Il ne porte aucun jugement et n’essaye pas de la dissuader de son besoin corrosif de réponses. (…) Quand elle ouvre la porte, c’est le regard de l’homme qui s’éprend des alentours. Un sourire gêné de la part d’Ivy qui sent le pourpre lui monter aux joues. — Thanks for coming. Elle s’écarte et le laisse entrer dans son appartement. Il n’a plus rien de chaleureux. L’endroit est déguisé de clichés de ces soirées mondaines, d’articles de journaux, d’archives familiales. Les murs sont jaugés de ses recherches et d’un apparat macabre. Et elle n’essaye même pas de le cacher. — And excuse me for my voice mail. I'm totally a mess. And I guess I’m a little drunk too. Un sourire à peine vivant dépeint sa bouche qui se courbe dans une moue enfantine. Elle hausse les épaules et tire sur son t-shirt qui couvre de quelques centimètres ses cuisses dénudées. Ivy s’éloigne et se baisse pour ramasser les cadavres des bouteilles. Celles qui aident la pilule à passer ; le pire à s’éloigner pour quelques heures. — I hope I didn't bother you. Même si c’est le cas, égoïstement, elle s’en fiche. Parce qu’il est là. Qu’elle n’est plus seule. — Vodka or whiskey ? Don't answer me a glass of water please. Elle se redresse et lui fait face.
Ivy, cette lutte contre le pire.
Ivy, cette bataille perdue d’avance.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyMar 27 Nov 2018 - 18:45

On dit que les artistes sont dotés d’une sensibilité exacerbée. Qu’ils vivent dans l’excès et dans l’exagéré – que pour eux, les couleurs s’emmêlent d’émotions. On dit que c’est ça, qui les pousse tous au bord du gouffre. Ils ne s’y jettent pas, pourtant. Ils s’y arrêtent et admirent l’horizon – une étendue mordorée taillée dans le roc par le bruissement de l’eau. Mais Nick, il ne se considère pas comme un artiste. Ses œuvres d’art n’en sont pas. Ses œuvres d’art, il ne les explose pas – elles ne le méritent pas. Nick, il préfère le terme d’artisan – il façonne des concepts, il bâti des idées. Il les transmet, aussi. Mais au lieu de les exprimer avec des mots, il les griffonne avec des crayons. Ce sont des personnages, commandés, qui prennent vie sur des feuilles de papier. Qui y meurent, aussi. Lorsqu’ils ne conviennent pas – lorsqu’ils ont ce quelque chose en trop qui dérange. Des essais ratés qui s’accumulent par paquets de dix. Qu’on range et qu’on néglige. Une recherche de la perfection à l’état brut, mais surtout du pratique. Il faut qu’elles se traduisent dans le gameplay, toutes ces idées-là. Il faut qu’elles soient réalistes, même dans les univers qui ne le sont pas. C’est une facette du milieu du gaming que l’on oublie. Qu’on ne crédite pas non plus. Sur les concept arts, c’est le nom du studio que l’on recopie. Il pense trop, Nick. Il analyse trop, à la recherche du moindre défaut. Mais toutes ces pensées-là s’envole dès lors que son téléphone résonne. Sa sonnerie, qui le tire de sa rêverie mais surtout, de son ménage.
Il n’a pas le temps d’atteindre son téléphone que l’appel est déjà manqué. Qu’il a déjà deux appels manqués. Depuis qu’il vogue loin du studio, il a l’impression de perdre pied. Son attention s’effrite – mais n’est-ce pas là tout simplement un énième mal que partage tous les artistes ? À la place de décrocher, ce sont des messages qu’il ouvre. Il grimace lorsque les paroles d’une chanson vieillie claque contre ses tympans. Voix alcoolisée, timbre trop aigu – il n’a pas besoin de vérifier pour savoir qu’il s’agit d’Ivy. Il se souvient encore du désintérêt latent dont elle a fait preuve, lorsqu’il a décortiqué toutes les facettes de son métier. Mais il se rappelle aussi de l’intérêt retrouvé, lorsqu’il lui a exposé ses gribouilles personnelles. Des corps, des gens. Des traits tantôt brutaux, esquissés pourtant avec le bout d’un crayon. Des ombres marquées, simulacre de l’effet black and white. Un style qui lui est propre et qu’il ne peut décemment pas traduire autant qu’il le souhaiterait sur ce qu’on lui commande. Et puis, après que l’incrédulité se soit peinte sur ses traits, c’est l’inquiétude qui la remplace.
Il ne prend pas le temps de répondre, Nick. Il enfile sa paire de converses et un pull par-dessus son t-shirt. Il attrape sa clé et son sac en bandoulière. Il s’est promis de respecter le souhait – l’ordre – de son médecin lorsque son arrêt maladie a été signé. Et pourtant, Nick ne sort jamais de chez lui sans son foutoir parfaitement rangé. Une trousse qui déborde de crayons et des carnets Moleskine qu’il remplit, petit à petit. Pour ne pas perdre la main. Même si, dans un sens, c’est ce qu’il risque de perdre à trop forcer.
Il file jusqu’à l’appartement d’Ivy, sans réfléchir. Un faible pour les choses brisées, peut-être. Un faible pour les choses en danger qu’il n’explique pas – une dichotomie profonde avec son aîné qui, lui, préfère les dédaigner. Ils ne le croient pas toujours, les gens, lorsqu’il donne son patronyme. Mun. Il n’est pas sûr qu’Ivy l’ait cru non plus, mais qu’importe.
Il se gare dans la rue qui mène à son appartement et disparaît dans l’entrée. Nick n’a pas le temps de toquer. La porte s’ouvre déjà et, dans l’embrasure, Ivy, l’œil hagard. L’œil vitreux. Lonely and a bit drunky. « Were you waiting by the door, Ivy? » Une question qu’il enrobe d’humour et dont il n’attend pas de réponse. Il se faufile à l’intérieur et hoche simplement la tête lorsqu’elle annonce l’évidence. « Well, I was cleaning my sister’s kids mess, but it can wait. » Il hausse les épaules en retirant son sac qu’il dépose près du canapé.
Nick ne lui a jamais demandé ce qu’il l’a brisé, d’ailleurs. La question lui a déjà effleuré l’esprit mais ce n’est pas d’amener le sujet sur le tapis. Il n’est pas sûr de vouloir savoir non plus. Alors il offre simplement un échappatoire – chose qu’elle lui dérobe pourtant, sous la forme d’une proposition. Il grimace, Nick. Et il choisit. « If you insist, I’ll take a glass of whiskey. Just make it lighter than yours. » Répond-il en la dévisageant. Et puis c’est un soupir qui fend finalement ses lèvres. « Is that what we’re going to do? Drink the whole night? » Une question légitime, cette fois-ci. Une question posée d’un ton tranquille mais soulignée d’un haussement de sourcil. Nick, il s’assoit en s’attendant au pire.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyMer 28 Nov 2018 - 15:52

Un soupire dévale de ses lèvres.
L’évidence marquée par ses traits tirés, les cernes violacées et le cadavre de cette bouteille à terre. Les émotions qui dévorent et déchirent ; sans une once de répit. Une obsession infiltrée au creux de sa chaire. Les pupilles dilatées par l’envie qui grogne. Cette soif de vengeance, ce goût du sang qui perle. L’odeur métallique qui noie les environs d’une ambiance macabre. Les poings serrés sous l’effusion de la rage. La cage thoracique serrée à chaque pensée vers la nuit là. Ivy, elle pleure plus. Larmes ayant cessé de couler au profit de la noirceur de ses yeux. Une louve entêtée dans sa quête. Sa silhouette prête à se casser la gueule quand le tourbillon devient trop vif.
Les images qui se précipitent. Les échos qui deviennent étouffant.
Une scène dont chaque millimètre est peint dans sa chaire. Un tatouage forcé qui lui rappelle le pire. Alors y a son esprit qui vrille parfois. Un regard en arrière sur tout ce qu’elle a perdu. Le fantôme de cette fiancée qui a disparu dans l’ombre des doutes. Les amis qui ont choisi de tirer leur révérence pour ne plus la voir se détruire. La douleur lancinante sur les berges de sa cicatrice. Chaire marquée au fer rouge. Chaire qu’elle n’ose plus toucher, regarder. Plaie à peine apprivoisée. L’alcool qui dévale dans ses veines. Rythmique âpre inondant son corps. Un appel à l’aide qui se faufile entre les effluves. Silence conservé. But ultime qui se noie sous les non-dits. Halley, sa mère, la balle perdue, Charles, ce deal foireux avec Leo.
Et elle. Sirène perdue entre deux mondes. Combat qu’elle pense perdu d’avance quand l’asphyxie lui file la nausée. Les aveux coincés au fond de sa trachée. Danse acide sur les contours de cette bouche rosée. Comme face à Nick. Epaule réconfortante. Relation lénifiante. La gêne déguisant ses iris alors qu’elle tangue, Ivy. Silhouette mal assurée qui se traîne dans ce salon sans vie. Elle esquisse un sourire qui sonne faux. Comme tout le reste. Les épaules renfrognées et le ventre tordu de cette douleur que rien n’anesthésie. — Now, you’re cleaning my own mess. Ironic, no ? Don't worry, I will not throw up, I promise. Les phalanges liées dans un geste solennel. Ses mèches ébènes venant brouiller son regard. Son dos vouté vers une bouteille. Un verre qui se rempli d’un vieux whisky.
Elle ricane à la question de Nick. S’il savait ce qui se trame dans l’embrasure de ce corps mort-né. S’il savait ce qui se cache derrière les rictus et les parades verbales. S’il savait que Ivy, elle crève de l’intérieur mais se mure dans un silence sordide. Chimère d’un monde qui lui appartenait. Avant. Et plus jamais. Sa main se tend vers lui. Verre qu’il réceptionne sans piper un mot. Et la brune qui s’approche d’à peine quelques centimètres. Insolence qui dessine son sourire. Comportement du vice ; innocence qui s’est perdue en route. Échouée la douceur contre les murs de pierre. Échoué le calme dans cette flaque de sang. Échoué le temps d’hier au profit d’un demain tellement placide.
— Yes, why not. Or we could have good sex right now if you want. Les hanches qui remuent, ce sourire qui peint sa bouche d’effrontée, une mine sérieuse. Les secondes qui deviennent des minutes interrogatives. Et l’éclat de son rire qui brise le silence. Mélodie désastreuse. Chute royale au milieu d’une épaisseur de scandales. Elle plaisante, Ivy. Aucune arrière pensée. Aucune envie de s’offrir à cause de l’alcool. Corps qu’elle ne contrôle plus. Corps qu’elle ne supporte plus. Peau à peau dont elle ne veut plus. Par peur du regard de l’autre. Par peur de perdre pieds un peu plus.
Une tape contre l’épaule de son ami et pour la première fois, un sourire qui paraît plus sincère que les autres.
— Oh my god, look at your face ! I'm kidding. Les mots qui résonnent dans le salon. Parade nocturne qu’elle balance avec aisance. Ivy, elle étouffe. En silence. Sur place. Devant lui. La carcasse décharnée. Le creux de la poitrine déchiré. Lame indomptable et dégoût qui ravive le spectre de la bile. A bout de force, à bout de tout, elle recule et son corps s’échoue dans le canapé.
Son regard divague. Son âme virevolte ailleurs.
Un instant touché par la grâce où elle s’imagine vivante, heureuse, elle. Puis la réalité chassant l’accalmie. Ses yeux divaguent vers le sac de l’homme.
— Always with your stuff. Right ? Le dessinateur. Ses doigts qui remuent sur le papier pour animer des silhouettes, des émotions, des points ancrés dans sa mémoire. Une passion, un métier. Une rencontre entre les deux. L’âme brisée ; l’âme d’artiste. Les contradictions qui se sont enchaînées. — Tell me, how do you choose your models ? Une interrogation. Cette curiosité aiguisée. Les idées qui crépitent à cause de l’alcool. Sa main qui frôle ce carnet dans le sac, qui s’imagine ses secrets.
Et les siens qui brûlent dans un incendie interminable.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyJeu 6 Déc 2018 - 18:52

Peu importe où ses yeux se posent, Nick ne voit qu’une chose. Du vide. Dans les coins mal éclairés du salon, dans les bouteilles qui s’y disséminent mais surtout, dans le regard d’Ivy. Pas de pitié, chez Nick. Simplement une profonde empathie et la promesse, silencieuse, de ne pas poser de questions. De ne raviver de vieilles plaies, en plus d’anciens souvenirs. De ne pas réveiller les peines mais plutôt, de les assoupir.
Il ne sait pas s’il doit se sentir à l’aise ou non – et cette hésitation-là se traduit dans ses gestes lents et réfléchis. Dans sa posture, trop droite, en parfaite contradiction avec celle d’Ivy. Voûtée, déséquilibrée, alcoolisée. Des adjectifs sur lesquels elle insiste lorsqu’elle lui tend son verre. Lorsqu’elle s’approche, maladroite jusque dans les mots qu’elle lui jette. Un instant, Nick craint qu’elle s’écroule, Ivy. Qu’elle se laisse tomber – qu’elle se laisse porter, entre ses bras. Qu’elle se laisse traîner jusqu’au canapé pour s’y échouer. C’est ce qu’elle insinue, du bout des lèvres. C’est ce qu’elle propose, du bout des doigts. Et Nick, il déglutit bêtement. Il la dévisage, de la tête aux pieds. Il admire ce tableau aux courbes catastrophiques, dérouté. Pris au dépourvu par une phrase enivrée, pris de court par quelques mots lubriques qu’il devine n’être qu’une mascarade.
Une blague, dit-elle. Mais lui, il y voit une moyen de s’ouvrir. De se dévoiler, même un peu. Même lorsqu’il s’agit d’une hypothèse qui ne sera jamais vérifiée. Même s’ils savent tous les deux qu’ils ne dépasseront jamais cette ligne-là. Pas dans ce sens-là, en tout cas – pas dans celui auquel les gens normaux s’attendent. La norme de Nick diffère. Ses principes sont ceux d’un artiste. Et s’il cède volontiers aux courbes de Ryn, celles d’Ivy l’intéressent aussi. D’une autre façon.
Elle traîne toujours quelque part au fond de son crâne, cette idée. Celle de l’immortaliser sur un bout de papier. De l’esquisser, comme il a dessiné des dizaines d’autres personnes avant elle. Comme il en dessinera d’autres, après elle. Certains, qu’il conserve. D’autres, qu’il concède. Il ne les offre jamais, Nick – pas vraiment. Il les cède parce qu’on le lui demande. Parce qu’il estime que ces œuvres-là sont autant les leurs que les siennes. Et, assis sur le canapé, il sourit simplement lorsqu’Ivy le rejoint sur le canapé. « Well, your humour has never been one of your strong suits. You can’t blame me to be surprised when you’re trying – and I insist, trying to make a joke. » Soupire-t-il, un sourire amusé étiré sur les lippes.  
Il ne touche pas à son verre. Pas encore.
Nick, il n’aime pas ce que l’alcool provoque chez les gens. Il n’aime pas ce qu’il réveille chez lui non plus – le malaise s’efface. La spontanéité le remplace. L’impression d’être un étranger au sein de son propre corps. La sensation de ne plus avoir conscience de ce qu’il dit. De ne plus avoir le contrôle sur ce qu’il fait. Langue pâteuse, neurones éteints, mains tremblantes – un mal dont il se passe sans la moindre hésitation. Mais au-delà de la notion d’identité perdue, l’espace d’une poignée d’heures, Nick n’a simplement rien qu’il souhaite oublier. Rien à cacher, rien à enterrer. Stable, dans tous les sens du terme. Dans sa vie personnelle et dans la sphère professionnelle. Ou presque. Mais cette erreur de parcours-là n’en est pas une. Il n’en parle pas vraiment. Il n’en a pas eu besoin – ça crève les yeux. Ou en tout cas, ça crève les yeux de ce qui regardent. Ceux qui observent et ceux qui s’y attardent. Et Nick, il attrape finalement son verre pour le porter à ses lèvres. Ivy, à ses côtés, lorgne sur son sac.
Son foutoir, ses carnets, ses crayons. « I’m naked without them. » Répond-il, plus honnête qu’il n’aurait souhaité l’être. Ivy sait poser les bonnes questions. Mais elle sait surtout les poser au bon moment. Intuition de journaliste, peut-être. Une finesse perspicace qui tourne si souvent aux drames. Nick n’en croise pas souvent – son travail à lui se fait dans l’ombre. Dans un anonymat discret, loin du concret et du produit fini. Alors, c’est d’histoire qu’il se nourrit – celles de son frangin. Celles des interviews indécents et des questions gênantes. Et à l’instant, la question qu’Ivy lui pose l’est, dans un sens. Gênante, sans l’être.
Nick roule des épaules et extirpe un carnet aux pages cornées – utilisées – de son sac. Il le lui tend. « You can look at it, if you want. » Même si le malaise s’installe. Si Nick ne bronche pas lorsqu’on critique son travail, il se tend toujours lorsqu’on regarde ses dessins. Une excuse pour méditer son interrogation.
Comment choisit-il ses modèles ? Qu’est-ce qui le pousse à dessiner cette personne-là, et non pas une autre ? Une question qu’il ne s’est jamais posé, en vérité. Alors, il choisit l’option la plus facile. « I don’t know. » Ou la plus compliquée. « I don’t choose them, I guess. They choose themselves. » Parce qu’ils ont à l’aise. Parce qu’ils s’assument. Parce qu’ils veulent se réapproprier sur le papier. Parce qu’ils veulent arrondir leurs fins de mois. Tout un tas de raisons différentes. Toutes valides, à ses yeux. Et Nick, il se tourne vers Ivy. Il arque un sourcil. Sa propre question au bord des lèvres. Jusqu’à ce qu’elle y déborde. « Will you? Pose for me, I mean. »

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptySam 8 Déc 2018 - 7:37

– You're saying my jokes are so bad ? You're the worst friend ever. La remarque claque sous le palais. Y a ce sourire qui étire la courbure rosée de ses lippes. L'instant ne dure que quelques secondes. Il est aussi éphémère que les émotions positives. Le cœur renfrogné par le pire ; l'impossibilité de s'accrocher à autre chose qu'à la haine. Soif de vengeance qui rythme sa carotide et chaque pulsation. Cœur à peine battant qui s'anime comme les fils d'un pantin de bois. Poupée décharnée qui appelle au secours. Chaque son de sa voix préfère se mourir dans une complainte mutine.  Ivy, elle sait plus faire semblant. Ni face aux autres. Ni face à Nick. Gorge serrée de tout ce qu'elle ravale comme un précipice amer. La peau maculée sur laquelle danse les idées lubriques, les idées assassines. Une plaie béante qui se referme pas. Douleur à chaque réveil pour une piqûre de rappel. Reflet insupportable dans le miroir. Sirène qui s'éloigne de ce corps à peine contrôlé. Dégoût de ses courbes, dégoût de ses maux. Elle arrive plus à se l'approprier ; ni même à se regarder sans avoir envie de gerber.
Gerber sa colère. Gerber les mots blessants. Germer sa rancœur. Palpitant ravagé par les détonations. Et par tout ce que la chute a crée. Alors elle dit rien. L'alcool imbibant ses veines. Effluves alcoolisées qui ravivent l'éveil de ses sens. Effluves venant lui rappeler l’innommable réalité. Tour d'ivoire s'effondrant au sol ; et toutes les certitudes emportées avec. La brune observe Nick du coin de l'œil et reporte son attention sur la trousse, le carnet de dessins. Ses pensées se bloquent. Ses pensées n'opèrent plus la liaison entre toutes les informations. Elle laisse ses phalanges courir dessus. Chaque feuille blanche est caressée de la pulpe de ses doigts. Pression échaudée alors que son regard détaille chaque œuvre. Des courbes dessinées. Des courbes noircies. Des émotions dépeintes. Un talent certain. Son œil qui se perd entre les pages. Elle ne dit rien, Ivy. Sans doute bouleversée par ce qu'elle voit. Sans doute émue de ses propres craintes. Celles qui rôdent et enferment son palpitant dans un étau. Comme pour l'étouffer. Comme pour l'empêcher de respirer correctement. L'espace de quelques secondes, elle se meurt dans un souffle en suspend. La bouche entrouverte. Les lèvres qui tremblent. Et son regard qui brille. Il brille à la guise des étoiles qui se sont éteintes trop tôt. Il brille à la guise du bonheur qui a filé avec la rosée matinale. Les souvenirs remontent.
Les détonations. Les appels à l'aide. Le visage de ses proches devenant fantomatique.  Le froid. Cette brise glaciale contre l'échine. Le dernier souffle. Les machines. La fin.
Quand Nick reprend la parole ; Ivy semble loin. Elle n'écoute qu'à moitié. Les mots s'allient avec l’atmosphère pesante. Plus rien ne paraît tourner rond entre eux. À sa question, la reporter sursaute. Le calepin qui tombe au sol. Les crayons qui s'étalent près de lui. La brune se relève, un retrait opéré pour s'éloigner de son ami. La crainte de l'interrogation ; la crainte de ce que ça pourrait causer. Elle tremble, Ivy. D'un coup, sans possibilité d'arrêter le mécanisme et ça lui donne envie de chialer comme une gamine. Ses doigts tirent sur le t-shirt qui recouvre son corps. Pour masquer sa peau. Pour masquer le pire. Depuis le drame, les questions tournent en boucle. Les peurs deviennent une seconde peau. L'incapacité de se mettre à nue. Son regard qui détourne la cicatrice lorsque l'eau de la douche crépite sur ses courbes. Le dos voûté et la mine effacée pour ne rien regarder ; pour ne rien rendre réel. Des contrôles réguliers chez le médecin. Des examens à n'en plus finir. Le même constat qui défonce sa boîte crânienne d'une douleur abominable. Une barrière d'acier qui encercle sa gorge et l'empêche de respirer.
Ivy, elle est chancelante face à Nick. L'alcool ayant usé sa raison. L'alcool ayant envoyé au loin ses certitudes. Son dos frappe le mur. Ses phalanges craquent alors qu'elle tremble. L'agneau blessé. L'agneau brisé. Ses paupières à moitié closes pour marquer une pause; pour s'offrir du répit. Et ça fonctionne pas. Les échos de ces voix. Le clan diabolique. Le pacte avec les enfers. Et l'innocence presque contradictoire de Nick en face. En le fixant, elle comprend le malaise. Elle vient de le créer de son attitude déconcertante. – Only if you decide to pay me. Seule réponse qui flirte de ses lèvres. Seule réponse qu'elle s'autorise avant de lâcher un rire qui éradique les vérités. La fausseté de cette résonance vocale ; la fausseté de son attitude qui n'est plus que chaos.  – Sorry. I'm trying to make a joke. Is it better ? La dérision de ses mots. Palabres qui ne riment plus à rien. Elle fait un pas vers Nick. Et pour la première fois depuis l'accident, depuis le drame, depuis ces détonations, y a une larme qui dévale sur sa joue rosée. Une larme qu'elle ne cherche pas à chasser. Émotion incontrôlable qui vient la bouleverser. Amertume qui ne suffit plus à gagner. Une enfant brisée par la vie. Une gamine devenue poupée au scandale qui teinte sa bouche.
Le creux des reins qui s'actionne pour charmer et obtenir ce qu'elle veut. En vain. Alors sans réfléchir et parce que son ami lui octroie l'envie d'être sincère, Ivy tire sur son t-shirt. Morceau de tissu qui chute au sol. Le corps qui tremble et s'affole. Lingerie restante mais qui ne camoufle plus la disgrâce. Cette cicatrice que sa main cherche à cacher avant de baisser les armes. Plaie encore rosée, qui ne s'efface pas avec le temps. Les souvenirs de ses yeux qui se sont posés dessus dans cette chambre aseptisée. Le produit brûlant pour la désinfecter qui lui a valu un cri strident. Les perles salées refoulées pour pas être faible. Les berges de la cicatrice encore en relief par la douleur et l'utopie d'une guérison. Moindre mouvement lui rappelant la vérité déchirante. Son abdomen écartelé par les balles. Les paroles à peine réconfortantes des médecins, des infirmières.
Une mise à nue opérée devant Nick. Elle ne le regarde pas. Elle n'ose pas. Honteuse. Perdue. Blessée. Ses doigts dégrafent son soutient-gorge qui tombe à terre. Son chignon se défait et laisse masquer la pointe de ses seins. Elle lâche un soupire. Regard perdu vers la fenêtre, vers les gouttes de pluie qui défient le ciel sombre. – I want you to draw my pain. Les mots sont arrachés de cette bouche  intimidée. Incapable de le regarder. Incapable d'assumer. – I don't need pity, questions or something else. I only need to feel alive again.
Sentir qu'elle n'est pas totalement morte dans ce hangar.
Sentir que ce corps lui appartient encore.
Sentir qu'elle n'a pas à rougir du pire.
Sentir que Nick sera là, même après ça. Y a son myocarde qui se contracte. Y a son corps qui cède à l'angoisse. Pétrifiée sur place et incapable de bouger.
Petite poupée brisée qui s'éprend d'un sentiment de liberté.

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Nick Mun

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyDim 23 Déc 2018 - 0:49

C’est lui qu’on scrute, lorsqu’on se perd dans la contemplation de ses dessins. Des esquisses le long des pages de ses carnets qu’il destine, d’ordinaire, qu’à lui-même. Nick repose son verre sur la table basse. Décidé à garder les idées claires. Persuadé qu’il faut bien que quelqu’un les ait. Il ne s’en persuade pas vraiment, en vérité – c’est une nécessité. Ivy ne lui aurait pas téléphoné, sinon. Ne l’aurait pas appelé à l’aide entre les lignes d’une chanson aussi mièvre que tragique. Et du coin de l’œil, il l’observe. Il la détaille. Il la dessine sur sa rétine. Image mentale aux traits parfaits qu’autrefois, il peinait à retranscrire sur une feuille de papier.
Un attrait pour le beau mais surtout, pour le parfait. Un parfait qu’ils cherchent tous. Un idéal aux contours élégants et aux courbes merveilleuses. L’achèvement mais surtout, la consécration de l’artiste. Nick ne se borde pas d’illusions – la subjectivité déborde sur la sacro-sainte objectivité des critiques. Ce qui est beau pour l’un, est laid pour l’autre. Mais Nick, c’est la beauté humaine avec tous ses défauts qui l’intéressent. Traits bruts et organiques qui s’ornent, parfois, de ratures. Visages fins ou faciès anguleux, corps élancés ou corps ronds, il en tire toujours quelque chose. Des ébauches, des portraits et tout ce qui s’en suit – mais le carnet, Ivy ne le parcoure déjà plus. Il s’échappe d’entre ses doigts et c’est un sourcil qui s’arque chez Nick. Elle hésite, Ivy. Une hésitation qu’il a prémédité à l’instant même où il lui a posé la question qui dérange. Qui fâche. Qui s’attaque à cette fragilité qu’elle essaye tant de dissimuler. Qui crève les yeux, pourtant – elle s’étale sur les bouteilles qui traînent et dans ses mots pâteux aux relents vacillants. Nick, il se demande si ce n’est pas un faux-pas. S’il ne profite pas de son état pour arriver à ses fins – à cette idée qui le hante depuis qu’elle l’a interviewé, quelques mois plus tôt. Et c’est à son tour, d’être professionnel. S’il est venu en tant qu’ami, qu’il l’esquisse sur les pages de son carnet implique des règles intrinsèques qu’il s’impose. Pour son confort, et celui des autres. « Actually, I'm supposed to pay you. » Répond-il en penchant la tête sur le côté.
La dérision d’Ivy, il l’écarte pour la remplacer par son honnêteté. Et puis par ses sourcils qui se foncent lorsqu’elle se débarrasse déjà de son t-shirt. Sans qu’il n’ait le temps de lui proposer de s’échapper dans la salle de bain pour s’envelopper dans un peignoir – sans qu’elle n’ait le temps de se préparer. Peut-être est-ce pour le mieux, songe-t-il l’espace d’une seconde. Ou peut-être est-ce pour le pire, rajoute-t-il lorsque son regard se pose enfin sur son corps. Sur les cicatrices. Meurtrissures rosâtre dont il ne veut pas connaître l’origine. Même s’il la devine. Il ne laisse rien paraître, Nick. Imperturbable, pour elle. Pourtant, d’innombrables questions se bousculent au fond de son crâne. S’accumulent sans qu’il ne parvienne à les formuler – sans qu’il n’en ait envie. Une envie qu’Ivy étouffe, de toute façon ; elle ne veut pas les entendre. Et Nick, il ne peut de toute façon pas lui faire ça. Il ne peut pas raviver les monstres tapis sous sa peau alors qu’il l’oblige déjà à en dévoiler les silhouettes. Les contours encore brûlants. Son propre mal, si dérisoire face au sien. Un poignet qui s’enflamme, invisible à l’œil nu. Un mal commun, un mal connu. Un mal qu’il ne dissimule pas.
Nick, il ramasse le carnet abandonné sur le parquet. Il se redresse dans une tranquillité enrobée de nonchalance. Mal à l’aise, pourtant – toujours un peu, quoi qu’il fasse et où qu’il aille.
Un peu en public, et terriblement plus face à la souffrance de l’être humain. « I won’t ask any questions, but one. » Lâche-t-il en se redressant. En s’avançant. En s’arrêtant finalement à sa hauteur pour dégager ses cheveux de sa poitrine et glisser ses mèches derrière ses épaules. D’un mouvement de la tête, Nick désigne le canapé. « Are you sure you don’t want to sit down? It could take a while. » C’est un euphémisme. Les heures s’étirent si vite, lorsqu’il dessine. Elles se dissipent sous les coups de son crayon et se délitent sur l’œuvre finale. Il n’attend pas sa réponse, Nick – il se rend jusqu’à la cuisine pour en dérober une chaise. Il s’y assoit, les pieds croisés. Son carnet, sur les cuisses. Il lisse une page du bout des doigts dans un geste tranquille.
Habitué, contrairement à Ivy. À l’école, d’abord – où il a gloussé face à la nudité, comme tous les autres. Où il s’y est finalement accoutumé. Et Nick, il essaye – il résiste à l’attraction de la cicatrice sur laquelle son regard se pose plus qu’il ne le devrait. « Get rid of your panties. They’re going to be a hindrance for both of us. » Pour elle, parce qu’elle se cache encore. Pour lui, parce qu’il ne pourra pas l’esquisser dans son entièreté.
Il s’adosse au fond de sa chaise inconfortable. Un mot qui lui colle à la peau mais qui doit être exempt de celle d’Ivy. « Lay down and try to stay as still as possible. » Un sourire charmant – ses lippes étirées par l’amusement. « Try not to fall alseep either, will you? Even if I’m that boring. » Ennuyant. C’est ainsi qu’on le décrit. Vie tranquille, posée. Et même s’il gravite dans le monde du gaming, il apparaît toujours plus vieux qu’il ne l’est. Un défaut, pour ses frangins. Une qualité, pour lui.
Parce qu’en étant en paix avec lui-même, il peut plus facilement se tourner vers les autres.
Et c’est ce qu’il fait, en regardant Ivy.
En prenant le temps de l’admirer de la tête aux pieds. De découvrir ses qualités et ses défauts. Son regard terne, contrasté par sa peau de lumière. Ses cicatrices, les visibles comme les invisibles.
Un regard qui explore ses courbes sans ambiguïté. Sans jugement. Sans commentaire non plus – ce n'est pas à lui d'estimer sa valeur. Mais s'il le pouvait, il n'aurait besoin que d'un mot. D'un adjectif.
Belle.

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Ivy Rhodes

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyDim 23 Déc 2018 - 13:09

Le regard est fuyant. Le corps est tremblant. L’émotion se dessine dans les vagues impétueuses qui sèment le trouble. Instant de disgrâce où Ivy sent la nausée galber sa gorge. Bile sur le point de se déverser ; quand sa cage thoracique étouffe en silence. Des mots arrachés du moindre son. La honte charriant le paysage macabre. Funeste dédale où les monstres réussissent à lui tordre les entrailles. Poignard dans le ventre en guise d’écho au drame. La musique chancelante des détonations.
Cruelle réminiscence qui lui donne envie de disparaître.
La trachée nouée, brûlante d’une colère assumée.
La pointe de ses pieds prête à se dérober dans le vide. Métaphore imagée des centaines de fois. Les paupières closes sur une envie inavouée ; contée par un désespoir libérateur. Funambule à l’équilibre mal assuré dont la chute disloquerait les morceaux de chaire à peine cicatrisés. Berges d’une plaie encore béante. Blessure mal apprivoisée malgré le temps. Une chambre aseptisée où les soins ont laissé une trainée amère. Des iris à l’abandon de cette marque indélébile. Pointe venimeuse contre l’échine. Les poings serrés à même les draps maculés. Des larmes salées pour posséder le rosé de ses joues. Une douleur imprégnée à la surface des pores infectés.
Et des résidus nauséabonds.
Ses propres phalanges incapables d’y rôder trop longtemps. Celles de son ex-fiancée qui ont tenté d’effacer le vice pour mieux se faire renier. Contact impossible. Contact putride. L’espoir gangréné par la soif du pire. Idéaux incarnés par cette vengeance dominant le ciel endeuillé. Des étoiles éteintes comme son palpitant. Tempo à peine vorace. Organe dévitalisé sous le regard surfait de ses bourreaux. Alors face à Nick, Ivy reste sur la défense.
Y a qu’à voir comment sa silhouette se tend lorsqu’il s’approche. Douceur de ses doigts qui déplacent les mèches ébènes. Poitrine exposée dans une nudité corrosive. Le galbe arrondi de ses seins ; une peau d’ivoire où le rosé s’impose par la honte. L’abdomen contracté d’un effet-papillon. Elle avale avec peine sa salive ; autorise l’homme à s’activer. Poupée de chiffon traînée dans la boue ; poupée de porcelaine qui s’articule à l’envers. Le palpitant au bord de l’implosion alors qu’aucun mot ne trouve écho aux siens. Une discussion à sens unique pendant que la reporter essaye de retrouver ses esprits. Les cils battants ; l’angoisse épousant ses courbes.
Elle le regarde s’imposer dans le paysage dans un professionnalisme rare. Le carnet sur les genoux, le crayon à la main. La sirène bravant les vagues alors que ses sourcils se haussent. Une remarque. Une intention. Une peur qui domine ses traits. Elle ravale sa salive, Ivy. Un mouvement de recul alors que les doutes deviennent victorieux.
Mise à nue qui anime les fantômes. Ils ne laissent aucun répit à la brune. Un disque rayé qui condamne aux craintes, au mal-être et à l’ivresse d’un danger constant. Celui qu’elle récupère de ses lippes tentatrices. Ondulation des hanches dans le manoir du diable. Les regards guettant son corps chimérique. Attitude pour leurrer son monde ; identité bafouée.
Elle risque gros Ivy. Et elle fonce droit dans le mur avec l’incapacité à freiner.
— My panties ? Come on Nick. I’m currently showing you my boobs. La voix est tremblante. Le constant édifiant. Un haussement d’épaule alors qu’elle cherche à gagner du temps. Peut-être parce qu’elle craint cette mise à nue. Peut-être parce qu’elle craint de n’être qu’un monstre exposé sous le regard curieux de la foule. Un sourire épuré borde ses lèvres alors qu’elle soupire. — What kind of hindrance are you talking about ? Quelques secondes s’étreignent alors que ses phalanges glissent sur la dentelle. Des aprioris chassés vers les flammes des enfers. Le tissu qui finit par chuter à terre. La silhouette offerte dans une disgrâce symptomatique.
Là, à présent étendue sur le canapé, Ivy sent sa respiration s’accélérer.
Mesure irritée par les doutes. Mesure irritée par les angoisses.
Poumons atrophiés alors qu’elle esquisse un sourire. Nick, il cherche pas à profiter de l’instant. Il se contente de faire vivre sa passion. Il dessine la peine de Ivy. Il contourne cette blessure que son oeil ne peut s’empêcher de fixer. Soif de questions, soif de scénarios qui doivent s’activer. — Yeah. I’m going to try but no promises. Echo de leur première rencontre ; de cette interview contrainte et forcée. Aucun attrait pour son art ; aucune émotion sur l’instant. Puis un bouleversement ravivé par les esquisses plus personnelles.
Ivy, elle sent sa main trembler ; presque incapable de ne pas chercher à camoufler sa cicatrice. Elle avale avec peine sa salive et le regarde les yeux bordés par l’émotion. Calque contre la plaie ; voile qui ne dure que quelques secondes. Une cuisse légèrement repliée ; son bras qui s’écarte. Il n’y a pas plus grande sincérité que la scène qui prend forme. Le désaveux surplombant le tissu abimé. Inflammation qui perdure ; échine rosée et gonflée pour lui rappeler que le pire ne cessera jamais réellement. Une chute sidérale où elle a tout perdu.
— I can see my reflection in your eyes which is a bit frightening.
Une pause.
L’impression du drame qui se reflète dans les yeux de Nick. Un amas de vie qui s’émancipe au creux de ses prunelles. La peur au ventre de n’être rien de plus qu’une poupée brisée, qu’une poupée répugnante. Elle pourrait presque chialer, Ivy. Des larmes interdites. Des larmes chassées par la rage. Ciment d’une existence qu’on a bafoué, qu’on a anéanti d’une poigne sanglante. —  So tell me, is my body enough inspiring for you ?
Parce que moi, il me répugne qu’elle a envie de souffler.
Et pour la première fois depuis quelques minutes, son regard croise celui de Nick. Les lippes à peine entrouvertes. La sensibilité est palpable.
La peine qui se mêle à la douleur.
Une renaissance dépeinte aux traits noirs ; mais qu’en serait-il demain à l’aube ?

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyVen 4 Jan 2019 - 0:04

Elle n’est pas là, Ivy. Son corps l’est, mais pas son âme. Elle s’est faite la malle, embarquant son coeur au passage. Nick se pince les lèvres – une grimace s’y étire. Le crayon s’agite, se tourne et se retourne entre ses doigts. Vieille habitude, vieux réflexe pour insuffler un brin de cohérence dans ses pensées et sur ce qu’il s’apprête à dessiner – Ivy, aujourd’hui. Et c’est qu’il crève d’envie de lui demander si elle est toujours avec lui. Si ses pieds dénudés, contre le parquet, suffisent à l’encrer dans la réalité. S’il s’apprête à griffonner quelqu’un, au lieu d’une coquille vide. Une question indélicate qu’il met de côté. Une interrogation qu’il ravale.
Nick, il est tout aussi mal à l’aise qu’elle. Il ne le montre pas. Il a appris, au fil du temps, à étouffer les rougeurs et retrouver le contrôle de ses émotions. À exhaler le professionnalisme quand on s’exhibe sous ses yeux. Ce n’est pas facile. Il le sait. Elle n’a pas besoin de le dire pour qu’il le devine. À sa remarque, c’est un sourire qui s’esquisse. Son attention qui se reporte sur son carnet. Un semblant d’intimité qu’il lui rend. Ça ne dure qu’une fraction de seconde ; son regard se lève à nouveau. S’encre dans le sien. Il ne roule pas sur ses courbes – il ne s’en imprègne pas encore. La question d’Ivy, elle est légitime. Elle mérite une réponse. Et Nick s’adosse contre la chaise inconfortable qu’il a dérobé dans la cuisine. « Because it just is. » Moue à peine ennuyée sur ses lippes. Une réponse imparfaite en plus d’être insatisfaisante. Il en a conscience. Alors, il soupire et secoue la tête. Une réponse qu’en vérité, Ivy a déjà exprimé elle-même. « As you said, you’re already topless. Taking off your panties shouldn’t be an issue. » Nick roule des épaules, comme elle. La tête penchée sur le côté, son sourire taquin est bien trop encré sur ses lèvres pour qu’il se dissipe. Tranquille, jusqu’au bout des ongles. Façade si bien taillée qu’elle illusionne tous ceux qu’il croise. Ceux qui s’arrêtent aux apparences. Ceux qui ne lisent pas entre les lignes. Ceux qui ne creusent pas. Ce n’est pas le cas d’Ivy. Dans d’autres circonstances – habillée – peut-être remarquerait-elle ce soupçon de gêne incrédule au fond de ses prunelles qui scrutent et qui détaillent. Sur ses pieds qui se croisent et se décroisent. Sur ses doigts qui s’agitent, autant par réflexe que pour réveiller ses muscles endormis par sa tendinite. Une tension qui s’étire jusqu’au coude. Une pression lancinante qu’il ignore pour le bien d’Ivy, à défaut du sien. Et cette souffrance-là, il la tolérera jusqu’à la guérison. S’il y parvient. S’il y met du sien. Et dans un sens, c’est ce qu’il fait, Nick.
Mais pas aux bons endroits. Pas aux bons moments. C’est une pause, dont il a besoin. Un arrêt brutal de ses habitudes – dans son travail comme dans sa passion. Et quand il regarde Ivy, il n’en a pas envie.
Quand il l’observe, c’est son crayon qu’il serre un peu plus entre son ponce et son annulaire. Et il attend qu’elle achève son effeuillage. Qu’elle se dénude enfin, entièrement. Qu’elle se dévoile et s’expose dans toute sa splendeur miséreuse. Elle luirait presque, la plaie. Illuminée par les ampoules. Enjolivée par les reflets et les ombres qui dansent sur sa peau. Des commentaires qu’il garde pour lui afin de ne pas la froisser. De ne pas rouvrir les bords de la cicatrice. De ne pas la rendre plus béante qu’elle ne l’est déjà. Elle s’installe et il la dessine enfin. La vie, revenue dans une silhouette esquissée, exempt de détails – ils viendront plus tard. C’est les courbes qu’il crayonne. Des traits maîtrisés qui n’hésitent pas. Qui n’hésitent plus depuis qu’il a quitté les bancs de l’école. Son talent s’affirme à chaque coup. À chaque esquisse adroite. Le poignet, il grince. Les joints s’irritent et les tendons s’échauffent. Nick n’y songe pas. À quoi cela servirait-il ? En quoi cela l’aiderait-il ? Pas il mais elle. Ivy, qui réclame ce qu’il peut lui offrir.
Ce qu’il essaye de lui révéler.
De la beauté, au creux du drame.
Du sublime, par-delà l’âme immolée.
De l’élégance, au milieu de plaies. Celles qu’on voit et celles qui se cachent.
Il secoue à nouveau la tête lorsque son crayonné s’affine. Insistance sur les courbes délicates de ses jambes et celles, plus marquées, de son ventre. « You’re not relaxed, are you? » Demande-t-il, les yeux rivés sur le papier. Il s’attend à une négation ; l’évidence, peinte sur ses traits. L’évidence qu’il redessine malgré lui. Un visage fermé alors qu’il devrait être ouvert. Une esquisse raté et c’est la page qui se tourne pour recommencer.
Jusqu’à son interrogation.
Sa question qui espère, contrairement à la sienne, du positif. Nick pose son crayon entre les pages ouvertes de son carnet et redresse l’échine. Redresse les yeux. Yeux scrutateurs qui s’accrochent à la silhouette alanguie dans le canapé. Il croise les bras, hausse un sourcil. Hausse ensuite les épaules. « Does my opinion matter than much to you? » Des mots joints à une pensée. Ils ne devraient pas. « You’ll see soon enough what the answer is, Ivy. » Si elle veut les voir, ses gribouilles. Si elle trouve le courage de s’admirer sur un bout de papier. Et dans un sens, c’est un miroir qu’il lui colle au visage.
Sauf que ce qu’il dessine, Nick, ce n’est pas simplement son corps.
C’est son âme. Et la sienne qui s’y glisse. Un morceau, seulement, qu’il laisse sur chacun de ses dessins. Une passion qui transcende tout le reste. Sa voie, découverte dans sa profession. Sa voix, trouvée dans sa touche personnelle. Il reprend son crayon, Nick. En silence. Sa concentration s’aiguise au rythme de l’horloge. Des secondes qui défilent et des minutes qui passent. Ses yeux voguent entre Ivy et son reflet. Ses reflets, alignés par dizaines, griffonnés sur une page. La suivante et celle d’après. Une myriade de copies pourtant toutes différentes.
Une migraine s’immisce entre ses neurones. Il enfile sa paire de lunettes. Sa santé, il l’oublie toujours un peu plus. Et c’est lui, le coupable. Lui, qui prend une pause pour se détendre le poignet gauche. Il abandonne le carnet, l’espace d’une minute et ramasse son whisky. Une gorgée brûlante.
Une seule. Sa tête reste claire, sa gorge, un peu moins. Il dévisage le verre. « It’s not even that good. » Les mots s’échappent d’entre ses lèvres, sans filtre. Une honnêteté brutale qu’il n’arrive pas à étendre à d’autres domaines.
À sa requête. À son envie de savoir si elle l’inspire. Parce qu’il n’est pas doué avec les mots, Nick.
Ne l’a jamais été.

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Ivy Rhodes

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptySam 5 Jan 2019 - 13:19

Les poumons en érosion. Les poings qui capitulent.
Léthargie consommée d’un drame encore marqué sous la peau. La respiration qui vrille ; les doutes qui s’installent. Elle est terrifiée, Ivy. Regard placide, vidé de toute émotion, aspirant au néant. Les iris braquées vers le plafond. Souillure du temps qu’elle observe en se raccrochant à des espoirs saccadés depuis trop longtemps. Une existence brouillée par la vengeance. Une âme noircie comme les contours qu’il s’évertue à créer.
Mise à nue qui a l’effet d’une bombe en pleine gueule. Les peurs qui deviennent greffons autour de ce derme abimé. Berges qui saignent. Hémorragie incessante. Tempête pourpre là où les souvenirs se posent. Un refrain pour filer la nausée. Un refrain pour assassiner le myocarde. Parce qu’elle crève, Ivy. A chaque fois un peu plus. Chute dans les profondeurs d’une âme qui racole l’envie de gagner. Combat face à des monstres anonymes pour la déraciner de toutes ses valeurs.
Les murs qu’elle longe à ces grandes soirées. Les sourires qui pèsent sur la courbure effrontée des lippes. Les hanches qui roulent avec la séduction en aspiration. Poupée qui dompte le vice ; en cherchant le pire de tous. Bourreau à la main sanglante qui a décidé de la laisser crever comme une chienne. Un corps à l’abandon dans ce hangar. Une vie mise entre parenthèse. Des conséquences gravées dans chaque pore du derme. Réminiscence pour la bousiller.
Comme elle a tout bousillé. Le rappel de l’effluve sucrée d’Halley. Le premier contact de ses phalanges sur la plaie. Un geste anodin. Un geste tendre. Un geste assassin. Le regard dans le vide d’Ivy. Comme une pauvre catin qu’on viole et qu’on souille. Comme une pauvre catin qui n’a plus son mot à dire. Impression consternante à l’époque. Sa main pour capturer le poignet de la fiancée maudite. Des mots balbutiés pour faire taire l’incendie. Des mots assumés pour l’empêcher de s’y attarder. La silhouette pour disparaître loin de son regard ; loin d’elle.
Loin de la vie. Loin de ce monde qui a arrêté de tourner rond.
Des regrets. Une amertume. Un abandon. Avancer seule pour ne plus risquer de baiser la vie d’une autre personne. Constat affligeant. La gorge qui se serre sous le poids du silence. La pièce plongée dans une atmosphère restreinte. Il y a elle et son corps meurtri. Il y a Nick et son regard d’artiste. Modèle ébranlé par le pire. Modèle qui n’est qu’un reflet nauséabond, elle en est convaincue.
Reflet pris d’assaut par la honte.
Reflet pris d’assaut par l’amertume.
Sa gorge qui brûle. Les lippes qui s’entrouvrent prêtes à quelques confessions. Mécanique arrière quand elles se scellent à nouveau. Petite poupée sur le fil biscornu de la vie. Petite poupée assassine de son regard éreinté. Nick, il questionne. Nick, il s’enquiert de vérités qui ne sont pas non plus bonnes à prendre.
Elle n’est pas à l’aise, Ivy. Il n’y a qu’à voir les phalanges qui tremblent. Il n’y qu’à voir ses iris qui brillent. Il n’y a qu’à voir l’anarchie de cette poitrine qui se soulève. Les jambes qui ne se calent que sur la mesure des angoisses. Une main scellée sur le tissu du canapé ; l’autre qui pend dans le vide. Celui où elle danse telle une ballerine sans assurance. La pointe des pieds pour claquer sur le bitume. Les os pour craquer et amener la chute.
— Not really easy to be relaxed when i'm totally naked front of you. Le son de sa voix qui retrace la peur. Le son de sa voix qui retrace la gêne. Ses phalanges qui ne peuvent pas s’empêcher de filer vers la cicatrice. Comme pour la camoufler. Comme pour l’empêcher de briller. Reine corrosive qui marque l’échiquier. Sans roi, sans fou. Il n’y a plus que son pouvoir nauséabond. — No offense Nick, you're not the problem. I am. Et, elle ricane. Mélodie fausse. Mélodie blessée. Elle a l’impression de le décevoir. Elle a l’impression de lui faire perdre son temps. Un instant de gêne qui pourtant paraît compter. Plus que n’importe quelle connerie à cette seconde précise.
Craintes conjuguées aux mots de l’artiste. Maladresse verbale. Maladresse de ces lettres qu’il fait danser en guise de réponse. Maladresse de ces lettres qu’il sert avec nonchalance. Comme s’il s’en rendait pas compte. Comme s’il ne pouvait pas réaliser l’impact de sa réaction.
Des mouvements anarchiques au creux du palpitant. Des poumons qui saturent.
Les organes vitaux qui se font la malle ; comme tout ce qu’elle croyait vrai. Ivy, elle resserre l’étreinte de sa main sur le canapé. Des secondes de latence pour essayer de retrouver ses esprits.
Mais ça ne suffit pas. La silhouette qui vrille. La silhouette victime des démons. Le corps nu et fragile là offert sur ce canapé. Des trémulations où les muscles s’atrophient. Vestige d’une vie oubliée. Vestige d’une vie abandonnée. Crise d’angoisse à répétition. Comme chaque nuit depuis le drame. Réveil en sursaut. Sueur sur le front. Phalanges qui craquent. Respiration en alerte. Des cris. Des hurlements dans la nuit sauvage. Des appels à l’aide ignorés. Des appels à l’aide bafoués. Comme elle. Comme ce corps en vrac. Silhouette d’une sirène qui claque sur les rochers. Carcasse qui meurt dans des vagues impétueuses. Les pêcheurs pour témoin, des cierges à la main pour poser la dernière condamnation. Alors, elle se relève. Là, totalement nue. Là totalement vulnérable. Première personne qui peut entrevoir la vraie souffrance ; la vraie Ivy. Première fois qu’elle craque, qu’elle se laisse aller. Première fois qu’elle n’est pas qu’un monstre qui tente de surpasser tous les autres. — I can’t. I can’t do that. I can’t breath without impression of death. I’m falling apart. I’m sorry. I’m sorry, Nick. Elle rit nerveusement. Des contradictions qui font désordre. Des contradictions qui finissent de l’achever. Une main contre son ventre. Une autre dans son cou là où tout se serre, là où tout s’embrase. Impression d’étouffer sur place. Impression de ne plus rien être à part un fantôme.
L’air qui manque. L’air qui prend la fuite. Comme sa raison.
Distance rompue avec son ami. Debout devant lui, exposée de sa nudité et de sa fragilité. Les yeux empreints d’émotion. Les yeux empreints de doute. Une main qu’elle fait glisser sous son menton pour forcer l’échange. Pour qu’il ne s’attarde pas sur les zones ébréchées. — Could you just help me to feel alive once again ? Requête pour se calmer. Requête pour apaiser les maux. Requête nécessaire pour espérer poursuivre l’oeuvre maudite. — Put your fingers on it. Please.  Ambiguïté envoyée aux enfers. Cette cicatrice qu’elle montre de ses yeux. Cette cicatrice qui n’est que poison. Vice marqué au fer rouge. Inflammation latente. Elle le regarde, elle veut ce contact.  Juste ce contact. Elle veut se réanimer pour quelques minutes. Fêlures offertes à son ami. Fêlures offertes à ces doigts qui ont gribouillé les émotions du monde.

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Nick Mun

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptyMar 29 Jan 2019 - 18:15

« If it helps, I’ve seen worse. » Soupire-t-il malgré sa promesse d’effacer tout soupçon d’opinion. Il se résigne au pire dans l’espoir d’offrir le mieux. Mais aide-t-il vraiment, Nick ? Ne l’enfonce-t-il pas simplement un peu plus dans l’évidence esquissée sur sa peau, avant de l’être sur un bout de papier ? Même s’il le voulait – même s’il se le répétait jusqu’à en perdre la boule, Nick n’est qu’un être humain comme les autres. Ni bon, ni mauvais. Et Ivy, n’est-elle pas similaire à toutes les autres, brisée ? Anéantie jusque dans l’âme. Érodée jusqu’au coeur. Étouffée dans une misère dont il ne connaît pas encore les limites. S’il y en a. Le doute s’installe au creux de son estomac alors qu’il s’adosse contre le dossier de sa chaise.
Il pourrait les connaître. Il lui suffirait de poser la question. Mais il n’ose pas, Nick. À la place, c’est son œil qui s’accroche à sa silhouette tremblante. Les doigts d’Ivy s’agitent sans qu’elle se rende compte que c’est tout son corps qui meurt à petit feu.
Qui meurt sur tous les traits qu’il dessine.
Une minute – une seconde – il se demande s’il a bien fait de venir. S’il ne s’est pas avancé sur un terrain bardé de mines, en plus de barbelés. Ce ne sont pas ses vêtements qui s’y accrochent. Encore moins sa peau. C’est son âme que les lignes meurtrières retiennent alors qu’il retient son souffle. Qu’il ne sait pas quoi faire. Qu’il ne sait pas comment réagir. Les neurones s’agitent sous toutes les idées qui les traversent. Tendre la main ? Une option qu’elle rejettera, se doute-t-il. Offrir quelques mots doux ? Une alternative aussi glissante que la pente sur laquelle il se risque déjà. Nick, il choisit l’option qui lui correspond le mieux – il abandonne la réflexion.
Les synapses s’éteignent et le sang coule ailleurs. Entre les côtes, il file jusqu’aux aortes. Jusqu’à son myocarde. Les émotions, pourtant, glissent plus facilement sur des feuilles de papier. Mal à l’aise lorsqu’il s’agit de la formuler avec des mots, Nick chasse simplement sa remarque d’un geste de la main. « None taken. » Une vérité ornée d’un sourire qui s’espère tranquille. Incertain, sur trop de points. Nick, il perd les pédales.
Il perd pied, tout simplement.
Peut-être est-ce la crise de la quarantaine qui s’annonce – celle qui l’attend au prochain virage. Y a-t-il plus ridicule que ça ? Que cette gêne perpétuelle, exacerbée par l’âme trop grande nichée au sein de sa cage thoracique ? Immobile au fond de sa chaise, il n’ose pas encore se lever. Pas sans une invitation explicite de sa part – comme lorsqu’il l’a dessiné.
Il n’y a que les pages de son carnet qui se ferment autour de son crayon. Elle en a assez, Ivy. Il le devine avant même qu’elle ne lui souffle. Ça se lit sur ses courbes. Ça se lit dans sa respiration hachurée. Ça se lit sur ses traits étirés. Sur cette fatigue qui dépasse la simple souffrance physique. Nick se surprend à songer à avoir refouler sa proposition au lieu de l’expliciter. Au lieu de l’obliger à se dénuder. À s’exposer, toute entière. Nick, il a simplement voulu lui montrer qu’il y a du beau dans la misère.
Qu’il y a de la perfection dans l’imparfait. Que sous l’ombrage des plaies, c’est l’être humain qui s’impose. Lui, et tous ses défauts. Il se mord la lèvre pour mieux étouffer un soupir en-dessous d’une paire de sourcils froncés. Les doigts suspendus au-dessus de son genoux se crispent. Son poignet le lancine dans un picotement qu’il ne remarque pas vraiment.
Qu’il ne chasse pas non plus.
Mais si sa souffrance à lui, il l’ignore, il n’arrive pas à faire subir le même sort à celle d’Ivy. Alors il abandonne définitivement son carnet. Son stylo et tout ce qu’il avait prévu avec. Plus de dessins pour magnifier son amie.
Plus d’esquisses pour idéaliser ce qui ne doit pas l’être.
Plus de gribouillis, plus de croquis, plus rien du tout.
Il n’y a plus qu’Ivy, en face de lui. Elle, et les cadavres des bouteilles qu’il discerne encore du coin de l’œil. Ils sont intactes, eux. Mais ils sont aussi vides que ce qu’il épouse de ses yeux. Il ne peut pas s’en empêcher. C’est plus fort que lui – cet attrait pour l’art le perd. Pour le dessin, au-delà de son travail répétitif. Une notion dédaignée par les critiques – pour eux, l’art s’arrête à l’unique. Aux années offertes à l’oeuvre parfaite. Ils oublient toutes les pièces ratées qui les précèdent. Elles aussi, sont essentielles. Elles aussi, sont vitales. Vivantes. Froissées, brisées et déchirées, certes, mais transpirantes de quelque chose de plus grand. Il sort de sa transe, Nick. Et ses prunelles se lèvent à nouveau vers les siennes. S’il parle peu – s’il parle toujours avec modération, ce n’est plus le cas. « Just breathe, it’s okay. » Est tout ce qu’il trouve à dire. Ses doigts, eux, ils s’occupent du reste. Ils murmurent toutes les choses qu’il aimerait lui souffler. Ceux qui se coincent au fond de sa gorge et trébuchent sur sa langue.
Il se sent mal, aussi.
Comme s’il partageait sa peine. Ou plutôt comme s’il s’en imprégnait.
La gêne persiste sous son épiderme. Il ne s’agite pas, pourtant. Il craint qu’un geste brusque – qu’un mouvement mal avisé – l’oblige à disparaître à nouveau. À se dissiper dans un lieu où il ne pourra pas la retrouver.
Il inspire une longue goulée d’air salvatrice. Ses doigts s’écartent autour de la plaie jusqu’à l’y dissimuler en-dessous. « Listen, Ivy. » Commence-t-il avant d’hésiter. Avant de se raviser. Avant de chasser l’idée – Nick, il finit toujours ce qu’il a commencé. Son autre main agrippe sa mâchoire. L’encadre simplement, en vérité – les doigts sont aussi doux que les autres. « There’s more. » Elle dissimule bien plus que cette cicatrice, il le sait. Mais ce n’est pas là où il veut en venir. « There’s more to you than this. » Cette chose qu’il ne nomme pas. Cette abomination silencieuse, tapie dans les tréfonds de l’âme et de la peau. Cette monstruosité écarlate qu’il souhaite toujours abattre sur une feuille de papier.
Mais il se perd dans ses tentatives rassurantes, Nick. Ses doigts s’écartent de son menton pour rejoigne son propre visage. Il remonte ses lunettes sur son nez dans un geste emprunt de maladresse gênée. Ce n’est pas cette nudité-là, qui l’effraye. C’est celle de son âme crucifiée sous ses doigts. « What do you think I’m referring to, Ivy? » Nick, il lui demande simplement d’exposer ce qu’il manque.
Le bon, après le mauvais.
Le beau, après le laid.
Les deux termes qui s'emmêlent pour n'être plus qu'un.
Ivy.

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MessageSujet: Re: summertime sadness (nick).   summertime sadness (nick). EmptySam 2 Fév 2019 - 22:21

Le murmure des pas contre le bitume. L’odeur nauséabonde de l’humidité mêlée à la moisissure du lieu. Les semelles crasseuses pour s’ancrer à la poussière. Le sursaut de la carcasse. La panique au bout des phalanges. Les lippes dont plus aucun son n’ose se dégager. La courbure charnue et dessinée de rose qui frôle l’overdose de vie.
Le claquement du talon. Le claquement de sa présence. Le dérapage de trop. L’ombre de ses yeux fusillée par celle des bourreaux. Il n’y a plus aucun recul possible. Un sursaut. Une respiration approximative. Le canon du flingue dans son viseur. Elle, ancrée dans le leur. Les mots coincés au fond de la trachée. Les lèvres pétrifiées des nébuleuses angoisses. La main tremblante. Le corps vacillant. Des voix pour s’élever. Des voix pour maudire la reporter. L’approche rapide. Trop rapide. Un homme pour coincer sa silhouette. Les paumes font ravages sur ses bras. L’ivoire sertie d’écarlate sous l’impulsion colérique. L’autre, il ricane une première fois. Et c’est le flingue qui s’appose sur l’abdomen. Une première menace. Ivy, supplie. Ivy réclame l’accalmie. La tempête fait rage dans son crâne. Les idées qui défilent. Sa vie qui marque un tournant. L’accumulation des images.
L’accumulation des souvenirs. De sa fiancée à son frère. De son frère à sa mère. Des larmes aux éclats de rire. Des éclats de rire à la tendresse des mots.
Une deuxième menace.
Celle qui éradique la vie. Celle qui repousse la chaire. L’effluve carbonisée. La fumée perçant l’asphalte. Une détonation ricoche. La main du bourreau tremble. Réaction affolée du geste. Alors une seconde s’éprend des râles où l’oxygène n’est plus qu’un spectre. Fardeau du corps qui s’éclate sur le sol. La tête fracasse le bitume. Les bras se disloquent dans la chute. Les yeux se révulsent. Les lèvres qui tremblent. Le filet pourpre pour peindre la courbure. La respiration haletante. Les poumons nécrosés.
Le myocarde assassiné. Les derniers battements surplombés par des supplications qu’on entend plus. Des supplications qui fusent avec l’écho sardonique des balles. Le champ de bataille où l’unique victime ne se relève pas. Les paupières pèsent de tout leur poids. Les lippes se ferment. Et la vie disparaît.
Comme Ivy, cette nuit là.
Comme Ivy, quand les souvenirs sont trop violents.
Comme Ivy, le corps dénudé et exposé à la vie de Nick.
Et la respiration qui n’est plus qu’un spectre. La poitrine qui se gonfle. L’expiration impossible. L’expiration invisible aux yeux de tous. Même les siens. La requête. L’ordre. La nécessité. La cicatrice affichée. La cicatrice peinte de cette main qui retombe. Les berges encore gonflées. Les berges encore enflammées des souvenirs macabres. L’écarlate contour pour stigmatiser le mal. Il ne part pas. Il ne fait qu’accroître. Telle cette soif de vengeance pour ravager les idées. Telle cette soif de vengeance qui danse à la surface du palpitant. Mouvements en arrêt. Idées ancrées vers une seule destination. Les secondes de latence. Les secondes en suspend. Les secondes pour faire rougir ses pommettes. Les secondes pour faire filtrer les larmes au coin des yeux. L’incapacité à les laisser couler. L’incapacité à laisser sa fragilité gagner. Un coeur éteint, un coeur noirci. Un coeur anesthésié. Un coeur ravagé. Le tiens, Ivy. Et si tu l’autorisais à battre à nouveau ? Pour ses proches, pour ses amis, pour Nick, pour lui.
Et le dessinateur s’approche. Distance rompue. Distance annihilée. Les mouvements de la poitrine pour détonner. De plus en plus rapidement. Symphonie archaïque des pulsations qui cognent si fort, qui déforment la cage thoracique.
Le bout des doigts sur la cicatrice. Le contact rassurant. Le contact doux. L’anarchie au creux de l’abdomen. La bouche entrouverte. Les mots captifs. La bouche entrouverte. Les larmes abandonnées au creux des iris. Les mots pour capter son attention. Les mots pour signer l’armistice en son fort intérieur. Le geste salvateur sur le maculé. Contours qu’il trace de la pulpe comme avant avec la mine sombre. Le menton accaparé. Les regards qui se croisent. Les regards qui se toisent. L’abandon le plus total. La confiance conduite sur un plateau de cendres. La plus pure des confessions. La plus pire des intentions. La gorge où l’amertume s’exile. Les lèvres où la langue flirte à peine. L’éprise impression de vie.
Un cran d’arrêt. Comme celui du flingue.
Un cran d’arrêt. Comme celui de sa vie suspendue aux machines.
Les souvenirs ricochent à la surface.  — I don’t really know. L’intonation pour simple trémulation. Les mots crachés d’une lassitude débordante. Les bras tombant le long de son corps. Les phalanges craquent et se contorsionnent sous l’impact de la nervosité. Mise à nue inespérée. Mise à nue irréelle. La salive avalée avec peine. Et Ivy qui baisse les yeux. Ivy qui ose pour la première fois détailler de plein fouet sa cicatrice. Ailleurs que dans le reflet brouillon du miroir. Ailleurs que dans la buée qui colle à la glace et embrume la vue. Les iris sombres où la brillance crée un dégradé. Les iris pour fustiger le dernier sacrifice.
Le vestige à peine cicatrisé. — I’m feeling empty et broken, Nick. Le rire chagrin. Les traits bouleversés. Ses propres doigts pour venir accrocher ceux de l’artiste.
Contact de coton. Contact de soie. La disposition des matières pour adoucir l’instant. Une superposition où les émotions sont reines.
La proximité qui gagne du terrain. Elle le toise, Ivy. À la recherche d’une réaction, à la recherche d’un accord au milieu des décombres. — I’m trying to talk. I'm trying to let it all out but I can't find the words. And it's making me lose my mind. Une larme dévale. L’unique trace des méandres. L’unique accord signé avec les cieux. Le courroux balancé de là haut pour punir ses actions. Pour dénaturer son corps. Et elle le réapprend sous l’appui de ses phalanges à lui.
Une inspiration.
Une expiration. Et les mots qui brûlent les lippes. Les mots prêts à condamner l’air trop lourd. — Two shots, got hit pretty hard. See, I’m still alive but i'm already gone. Le maléfice du ricanement. L’abattement des dernières cartes.
La reine qui se fourvoie à terre. La reine qui perd sa dernière armure. L’aveu pour toute explication. L’aveu pour toute histoire. Conte macabre soupiré d’une voix brisée, chevrotante. Et plus fragile qu’avant, Ivy s’autorise le dernier pas vers la paix.
Le dernier pas vers lui. Son corps blottis dans ses bras.
Son corps calé contre la carcasse du dessinateur. Juste pour fermer les yeux. Juste pour se calmer. Juste pour se dire qu’elle arrive encore à respirer.
Même avec ce trou béant sur l’abdomen.
Même avec trou béant dans le myocarde.

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