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 someone to stay @rhysian.

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MessageSujet: someone to stay @rhysian.   Mer 21 Nov 2018 - 14:54

Ses phalanges se cramponnent sur le rebord de l’évier. Ses mèches dorées brouillent l’azur de ses yeux. Un regard teinté par l’angoisse. Celle qui rôde et déchire son myocarde depuis une semaine à présent. Des symptômes qu’elle a préféré ignorer. Une fatigue extrême, des nausées et un retard considérable. Elle n’a rien dit. L’avocate s’est contentée de garder le silence. Une peur viscérale lui soulevant le coeur. L’idée d’être enceinte tombait comme un couperet. Une corde autour du cou qui l’empêchait de respirer. Encore plus après l’annonce de Teddy. Ce n’était pas possible. Une répétition qu’elle soupirait en boucle d’une voix brisée. Jillian n’avait pas eu la tête à travailler ; encore moins à se focaliser sur ce procès qui touchait à sa fin.
Une instabilité émotionnelle qui forçait la distance. Avec sa famille, avec Rhys, avec tout.  Elle avait poussé la porte de la clinique une première fois. Le coeur chagrin à l’idée du résultat. Lâche, ses mains se contentèrent d’abandonner l’étreinte de la poignée pour déguerpir au plus vite. Le souffle rythmé par une course effrénée pour ne pas affronter la réalité. La blonde préféra passer le plus clair de son temps enfermée dans son appartement. Le regard dans le vague en observant les photographies de Soren. Les sens en éveil à se nourrir de l’odeur boisée de Rhys ; encore présente sur un sweat qu’il avait oublié. Des contradictions dont l’effet-domino causait un trouble inéluctable. Comme une lame plantée entre les côtes. Il ne manquait plus que le sang pour colorer un paysage morne et vide.  Elle avait désiré un enfant avec le militaire. Un désir avorté par sa mort cruelle. Une maternité qui a disparu au milieu des cendres. Au milieu de l’écho de la funeste réalité. Il est mort. Et il ne reviendra pas. Son ventre déchiré d’une envie mise sous silence. Encore plus face à Rhys. Peut-être parce qu’ils avaient bien trop de choses à reconstruire avant d’envisager cette option là.  Des semaines à défier les astres, à se malmener le coeur, à tanguer entre l’amour et l’incompréhension. Des semaines à se battre contre ses démons, contre ses frères pour oser avouer tout haut à quel point elle n’avait pas cessé de l’aimer. Même au bras de Soren. Même avec ce diamant à l’annulaire. Constat édifiant. Sans doute dégueulasse pour d’autres.
La culpabilité croissante au creux du palpitant.
Les vagues déchaînées au milieu d’un océan de sentiments.
Les lèvres pincées de tout ce qu’elle a cherché à camoufler depuis quinze années. C’est fébrile qu’elle attrape ce test de grossesse. Ses prunelles s’égarent sur la notice. Et trois minutes plus tard, c’est un négatif qui s’affiche. La blonde lâche un soupire — le coeur au bord de l’explosion. Chaque pulsation devient l’écho d’un trouble. Ses traits s’affaissant face à ce qu’elle arrive à nommer déception. Alors à tord ou à raison, un second test rejoint le premier. Puis un troisième et un quatrième. Une obsession qui se solde par le même constat. Les même lettres qui dansent et rythment sa vision. Négatif. Touchée-coulée.
Instinctivement, sa main glisse le long de son ventre. Celui qu’elle aurait imaginé rebondi. Un endroit maternant où accueillir le fruit de son amour pour Rhys. Une envie lui arrachant le goût acide de sa bile sur les rebords de sa trachée. Une larme est prête à dévaler. Mais elle est chassée. Comme toutes les autres. Comme toutes les émotions sur le bas coté. Ce n’est qu’un poing supplémentaire dans le visage. Un revers qu’elle accueille la mâchoire contractée et douloureuse. Durant quelques secondes, son reflet dans le miroir lui offre l’image du désespoir. Une peine qui forme une couche de son épiderme. Des plaies béantes qu’aucun savon ne peut désinfecter. Qu’aucun pansement ne peut faire cicatriser. Les images défilent et sèment le chaos. Elle revoit Soren. Son cercueil. Cette tombe.
Elle entend la voix de Rhys. S’imprègne de son regard et peut sentir les battements de son palpitant.
Un amour à contre-courant qui pourtant lui donne la force de se relever.
C’est le bruit de la porte qui sonne l’alerte. Jillian n’a pas le temps de ranger ce foutoir. Son regard finit par croiser celui de Rhys. La silhouette postée devant elle. La blonde accroupie au sol, un test à la main. Sa mine se décompose, son teint devient aussi pâle qu’un par-terre enneigé. Sa respiration se saccade et s’effrite. Elle ne l’attendait pas. Ni ce maintenant, ni après. Une habitude de débarquer quand bon lui chantait. Une clé obtenue des mains de sa mère. Parce qu’elle rêvait de les voir heureux. Elle rêvait de les voir s’exiler dans l’ombre du bonheur. Pour mieux chasser les fantômes, les souvenirs pesants et nauséabonds. Une course à l’amour. Une ode à la vie. Rhys, il dit rien. Pourtant son regard pétrifié et ses poings serrés traduisent les émotions de passage. Elle n’a pas besoin de réponses. La colère file à son tour pour envelopper chaque muscle. Ses phalanges craquent une à une à l’instant où elle se relève. Une léthargie quittée pour l’affronter.
— Tu as pas besoin de faire cette tête.
Et de me briser le coeur un peu plus. Elle se refait le film de leur histoire. Elle s’interroge sur la suite, sur ce qu’aurait été sa réaction face à sa potentielle grossesse. Une énième déchirure. Les pages d’un bouquin qui se tordent et perdent le fil. — Il est négatif.  Elle crache le fardeau qui pèse sur ses épaules d’un ton froid. Tous les tests terminent à la poubelle et ses gestes sont vifs, coriaces.  Son pied cogne dans l’opercule métallique alors qu’elle balance une insulte. Un mot flirtant avec la courbure de ses lippes. Et merde. — Rassuré ? Elle ricane. La mélodie est désagréable. Un son carnassier qui dévore ses émotions. Un son libérateur du trouble. Comme ses larmes qui embuent ses prunelles. L’amour chaotique, l’amour divergeant. Et pourtant, comment imaginer son existence sans lui ?

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Mer 21 Nov 2018 - 20:11

Une passion douloureuse — aiguisée. La lutte contre les pulsions sauvages et le vide du coeur. Mais elle ne comprenait pas. Elle ne voyait jamais. L’attente d’un regard. L’anonyme qui s’alanguissait sur ma peau. La cicatrice béante et pesante, d’un orphelin de nom. Un orphelin de tout. Chienne de vie. Mensonge sur mensonge. Départ sur désillusion. Un père volé en éclats. Parce qu’il n’existait plus. Il n’était qu’imagination. Mes semelles raclaient la surface du sol, alors que ma moto était là, gisant sur le goudron sale. Les roues tournant encore sous l’effet du choc. L’odeur de la fumée, créant un voile de carbon sur mes yeux. Je n’avais rien. Aucune blessure physique. Seulement des entailles de sentiments. Des lames qui s’enfonçaient encore. Qui me noyaient et me perdaient. Le sang, couleur du ciel. Le sang, partout autour de la ville et de ses allées nuageuses. Je marchais la gorge serré. Je m’éloignais du trottoir, bousillé par l’impact rapide. Le constat des flics et la circulation bloquée. Il fallait payer une amende et le mécanicien. Il fallait signer des papiers et réparer les dégâts. Et moi ? Pouvaient-ils effacer le mal, alors que le poignard enlaçait ma poitrine ? Je haussais les épaules en ricanant. Bien sûr que non. Tout le monde s’en fiche. Tout le monde s’en va. Mes paupières chancelaient sous les lumières des lampadaires. Le doux plaisir du souvenir glissait entre mes cils. Une enfance d’insouciance, trop vite, balayée par l’oppression de l’adolescence. Les moqueries des gosses et l’envie d’évasion. La rébellion avait commencé . Sur les bancs de l’école. Au coin de chaque rue. Au détour de chaque maison. Entre jalousie et déception. Une haine viscérale, broyant mes chairs et mes espérances. Je n’étais qu’un paria. Même à ses côtés. Même avec Jillian. Je grommelais en longeant la galerie. Les façades s’emmêlaient à mon reflet. La silhouette mouvante, se transformait en image sombre. Je m’arrêtais subitement. Mon esprit s’endormait tendrement dans le crépuscule. Je ne pensais plus. Je ne voulais rien. Le corps vain et le chagrin brûlant. Une vérité qui ne se prononçait pas. Le secret d’un destin qui s’abandonnait de l’autre côté de l’Océanie. Je trébuchais sur mes pas. Les décorations de Noel était aveuglantes. Les guirlandes, les voeux. Promesses exécrables marmonnées dans des chants aigus. Symbole, d’une sentence que j’endurais sans crime. Parce que je n’avais pas de famille. Parce que le père Noel ne descendait pas les cheminées pour les mauvais garçons. Je crispais les doigts en sortant un paquet de clopes. La tige se consumait au coin de ma bouche. Un poison délicat, inhalé dans mes poumons gangrénés. A jeun, le tabac troublait ma vision. La musique grinçait dans mes oreilles et la foule rayonnait. Je me cramponnais au rebord des murs, laissant le temps me guider jusqu’aux résidences de l’autre côté de Brighton. Je marchais au son de la mer. Je me laissais bercer et noyer. Un serment qui se liait à mon âme. Une échappatoire à cette foutue de crise existentielle qui ne passait pas. Une carrière de gigolo. Une nonchalance feinte et répétitive. La rencontre de Scott, de sa mâchoire carrée, identique à la mienne. De ses yeux perçants, étalant les secrets d’une vie qui aurait pu être mienne. J’aurais voulu le détester mais le dépit me tétanisait. Alors, je me moquais. Je tirais sur la corde jusqu’à ce qu’elle se rompe. Mes prunelles enlaçaient le tombeau scellé dans le silence. Un géniteur inquiet, si lourd et si imaginaire. Je frissonnais sous les plis de mon manteau. Pouvait-il deviner l’émotion ? La peur de l’abandon ? La malédiction de l’amoureux en probation ? Il s’agissait de ça, aussi. De mon incapacité à refléter l’image du gendre parfait. De mon ombre, que les fantômes du militaire bouffaient. Je n’étais pas assez. Je n’étais personne. Je poussais la porte et escaladais les marches jusqu’à en perdre le souffle. Mon poing déplorait mes sentiments. Je tremblais en faisant tourner la serrure. Le salon était étrangement silencieux. L’odeur d’une pièce différente. D’une peur qui se faufilait dans mes veines. Je longeais le couloir jusqu’à la salle de bain. Jillian apparaissait entre les néons de la lampe. Une silhouette accroupie, tordue dans un océans de tests. Les mots se distillaient au bout de ma langue. Pourtant, mon visage trahissait mon expression. Une béatitude courroucée par la colère. Elle n’avait rien dis. Elle s’était enfermée dans ses craintes. Dans les routines du travail et de la vie. Une distance qui se creusait comme un gouffre entre nous. Je me redressais et l’observais en soupirant. Les réminiscences du tabac coulaient sur mes vêtements, éveillant la sensation de manque. Ses reproches fusaient rapidement. Elle attaquait, en premier. L’amour revolver au creux des yeux. Les munitions chargées, prêtes à me taillader au moindre mouvement. Et je la comprenais. Je lisais sa déception et ses angoisses. L’espérance d’une maternité fauchée par la perte d’un fiancé. Je serrais les poings en esquissant un sourire insolent. Ce serait trop facile de soutenir sa chute. De rattraper ses faux pas. Alors je me barricadais derrière un mur d’idioties. Je la blâmais aussi. Puis je donnais l’assaut. « Tant mieux. » Sifflai-je en lui faisant face. C’était une réalité. Nous n’étions pas prêts. Elle, avant moi. L’empreinte de Soren imprégnait encore sa peau. Je le sentais en elle. Un mirage immaculé, bordant les courbes de son myocarde essoufflé d’en aimer un autre que lui. « J’espère qu’il aurait été de moi, au moins. » Grommelai-je en m’approchant, comme pour lui tendre la joue. Comme pour accueillir la gifle que je méritais. Celle qui pouvait me réveiller de cette putain de torpeur.


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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Jeu 22 Nov 2018 - 15:25

Les mots sont acides.
Une décharge électrique au creux de son coeur. Une contraction de ce muscle en léthargie. Puis une seconde. Les étoiles qui ne sont plus que des fantômes dans le ciel lourd. Aussi lourde que toute cette carcasse qu’elle se force à relever pour lui faire face. Des vagues anonymes qui frappent les recoins de sa peau ; l’impression dévastatrice de se noyer. La tête enfouie sous l’eau. Les poumons qui se gonflent à la recherche d’un appel l’air. Mais ça ne fonctionne pas. Sa respiration bat la mesure d’une mélodie effrénée. Le tempo engrangé dans cette danse impersonnelle.
Jill serre les poings. Elle hésite une première fois à claquer sa main contre la joue de Rhys. Refrain désabusé. Refrain écorché. Comme son palpitant. Comme sa peau qui s’électrise tout près de lui. Et son coeur qui se soulève. Une nausée brutale qu’elle veut lui cracher au visage. Une plaie à peine refermée qu’il rouvre de ses doigts virils, de ses lippes assassines, saupoudrant du sel dessus. Ses traits débordent de colère. De l'amour à la passion. de la passion à la haine. De la haine à la mort. Une première fois, les pilules enfoncées dans sa gorge. Les doutes qui ont ramassé les peurs. Un ras bol. Une fatigue généralisée. Une impression que demain ne serait plus qu’un cauchemar. Une vie qui s'éteint ; rythmée au son des machines. Ce respirateur qui hante encore le creux de ses oreilles. Chaque nuit trop oppressante. Chaque fois que son corps sursaute, que la sueur dévale sur son front. Le son de sa voix se mourant dans une supplication. Il y a eu ce regain d’énergie. Les retrouvailles avec Rhys qui ont eu l’effet d’un pansement, d’un antidépresseur, d’un calque assez fort pour lui donner le courage de se relever. Sans Soren. Sans l’imaginaire d’envies avortées. A cette seconde-ci, c’est une deuxième vie qu’on lui arrache.
Une déchirure brutale. Tel un poignard qui s’enfonce dans sa carotide.
Une hémorragie qu’aucun acte ne peut encore contrôler.
— Ouais. Il aurait été de tous les autres. Ceux qui ont été là pour combler ce que tu as pas été foutu de me donner. Le ton est acerbe. Son regard n’est qu’un incendie en devenir. Les flammes prêtes à défier la clarté de ses iris. Celles qui entourent leurs silhouettes et déploient leurs ailes. Du paradis aux enfers. Les pantins diaboliques flirtant avec l’innocence passée. Il n’y en a pas eu d’autres. Il n’y a eu que lui après et avant Soren. Un palpitant anesthésié ; incapable de se fourvoyer. Un corps exilé de toute sensation enivrante. Sa peau maculée orpheline de ces phalanges qui auraient pu courir contre. Jill a fait un pacte avec la solitude — ses rêves suspendus au fantôme du surfeur. La corde à son arc, l'empereur de son royaume, l'eau de sa source. Vie qu’ils auraient pu entamer à deux. Bataille contre les phrases perfides soufflées à voix basse. Le coeur chagrin avec cette envie de le retrouver définitivement ; redécouverte de celui qui avait capturé l’année de ses quinze ans, puis les dix autres sans lui rendre. Un pion qu’il aurait pu malmener, éloigner, rapprocher et marteler de ses doigts virils. Rhys et Jill ont marché à contre-courant. Une course effrénée au milieu de l’océan. Une valse à l’amour. Une valse à l’ivresse. A chaque fois qu’il est venu ronger ses lèvres des siennes, c'est sa peau qui craquèle. Le coeur qui chavire. Les idées qui se bousculent. C’est cette main qui rêve de se perdre le long de son échine. Valse tentatrice comme ses lippes qui se métamorphosent comme des éveils viles et lubriques. L’instant traverse son esprit une seconde. Oui, pour lui, elle aurait tout accepté. De l’aimer et de souffrir. De souffrir et de mourir.
L’amour à mal. Les bleus au coeur.
Comme maintenant.
En le retrouvant, ça avait été un point lumineux, une source vaporeuse devenant aveuglante au milieu d’une obscurité morose. Les doutes éclaboussés de ses sentiments incontrôlables. Les contradictions familiales ne suffisaient plus à la retenir. La tête la première dans la gueule du grand méchant loup. Comme si les monstres gagnaient à chaque fois. Alors sa main tremble. Et elle quitte la salle de bain en bousculant son corps. chétive, incapable de faire le poids ou de le blesser comme elle le voudrait.
Elle attrape son sweat à peine quitté depuis une semaine. Le soupçon de son odeur croule sous ses pulpes échaudées. Elle lui balance au visage ; comme pour marquer un peu plus la rage qui s’abat. Ses tempes cognent. Une douleur exacerbée qui vient décrier tous les sales souvenirs. La porte qui s’ouvre. La pluie comme témoin. Ce baiser. Cette infidélité passagère. Ces militaires. Les mots qui s’encastrent les uns aux autres mais ne font aucun sens. L’enterrement. La vie sans lui. Cette boîte de nuit. Cet appartement. Ce restaurant. Les retrouvailles. Et l’impression d’un nouveau qui débute avant que le pire ne choisisse de poser son courroux.
— C’est plus facile pour toi de me cracher tes conneries à la gueule plutôt que d’assumer ce qui te ronge à l’intérieur ? Tout ce que tu ne me dis pas.  Elle n’est pas dupe. Jill, elle a remarqué que l’esprit de Rhys est ailleurs depuis quelques semaines. Que les mots paraissent prisonniers de sa bouche. Que son regard se perd dans le vide ; que son coeur porte le fardeau d’une réalité mutine. Il ne dit rien. Aucune confession. Aucun aveu.
Il se renfrogne, demeure enfermé dans sa coquille. Il ne lui fait aucune place. Et ne trouve pas le courage nécessaire pour se mettre à nu. Les mots comme des lucioles qui éclairaient les alentours. Les mots comme des caresses salvatrices qui lui permettraient de cicatriser. Les questions tourbillonnent et construisent les doutes un à un.
Le silence gagne le salon. Il paraît si vide ; si froid. Une tempête glaciale qui fait rougir les peaux, qui abîment les coeurs. Effet papillon d’un mal d’amour. Les ecchymoses à l’âme de ce qu’ils ont vécu et vivront encore. Alors lassée, Jill s’assoit près du rebord de sa fenêtre. Les doigts accrochés à la vitre. Le dos tourné à son petit-ami.
Sa gorge est nouée. Elle déploie une acidité déconcertante. Peut-être autant que les idées qu’elle s’imagine. Une maîtresse. Une double-vie. Une autre qu’il saurait aimé avec plus de force (et de courage). Simple idée qui fait suinter ses blessures.
— Continue Rhys. Je te donne tous les droits. Ça fait longtemps que tu as appris à me décevoir. Les mots dansent tel ce fardeau. Ils sont crachés et se teintent de lassitude. Ma vie pour la tienne, Rhys  ; si ça lui permettrait de plus souffrir, de se libérer de ses démons. Nourrir cet espoir égoïste de le sauver lui avant elle.
Avant eux.

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Dim 2 Déc 2018 - 13:43

Le coeur étroit et toutes les bronches fermées autour. Le sang afflué à contre sens, dans une dérision de sentiments sauvages. Je me redressais, le visage desséché par le vide. Elle tenait la réponse du bout des doigts. Négatif. Comme cet amour incertain. Cette désillusion infantile. Négatif et le monde cessait de tourner. Parce que l’orbite n’existait pas. Parce qu’entre elle et moi — les étoiles s’écrasaient et devenaient poussières. Le ciel s’affaissait et les nuages grondaient sur l’horizon. Une terrible harmonie, balançant entre les choeurs et les grincements des instruments. Je pinçais les lèvres. Son profil était fluctuant sous les néons de la lampe. Elle avait la rage, Jill. Une haine de vivre. De m’appartenir. L’ignominie était là, écorchée sur sa bouche que j’embrassais. Enlacée sur sa peau que j’effleurais. Les mots se tordaient dans la gorge et se transformaient en acide. L’injure avant la confession. Le faux pas sans l’étreinte. Je grommelais en la regardant. Je me souvenais de si peu. Des retrouvailles pluvieuses. De l’ivresse confession. De l’exode intemporelle et de la quête du bonheur. Une identité cherchée sur les berges du fossé. Un millier de contrées croisées et de pistes chevauchées. Des hommes vagabonds, portant le masque du fantôme oublié. Un millier de pères et aucun de vrai. Je soupirais en fixant son profil. On se tenait silencieux, absorbés par le bûcher de vanités que la hargne enflammait. On dansait autour du grand feu, le regard exalté par les lueurs de ces cendres qui s’éteignaient dans la boue. Combler ce que je n’étais pas foutu de lui donner. La bonne blague ! Mon expression s’élargissait et mon oeil était vile. « Tu veux dire un orgasme ? Ton vagin ne serait pas d’accord, love. » L’aigreur du tabac se mêlaient aux fragrances de la nuit. Je prenais mes distances au fond du gouffre. Ce qu’elle ne comprenait pas. Ce que je ne disais pas. Il ne s’agissait que d’espace. Du vide creusé dans une relation qui n’avait pas d’équilibre. Ma chair tremblait et saignait. Tu m’aimes mais tu vois rien. J’ai mal — de porter le deuil d’un inconnu. D’entendre l’accent rustique et les syllabes australiennes. D’être le chainon manquant d’une famille qui se dissolvait hors de ses frontières. Mon estomac se crispait et le reflux brûlait mon oesophage. Je n’étais pas prêt pour cette tristesse. Je n’étais pas prêt pour les disputes et les instants de zèle. J’étais l’égoïste choisi. Le connard élu. Qu’elle m’aime ou qu’elle recule. Qu’elle appuie sur la gâchette ou lâche le flingue. J’étais fatigue de me rassurer dans son étreinte. De revenir et de résister. Mes jambes fléchissais dans le couloir. Elle n’esquissait pas le moindre geste. Mais son dégout suffisait à me cramer la peau. Ses prunelles larmoyantes et l’angoisse d’une grossesse imaginaire. Elle voulait se donner — s’offrir une dernière chance. Mais le gosse ne pouvait en engendrer un autre. Je grommelais en frottant mes mains sur ma barbe. Le contact grumeleux des poils éveillait mon esprit. Je la suivais avec angoisse et nostalgie. Avec un abandon total. Nous fixions de loin nos peurs, les péchés de nos pères devenus les nôtres. Les jouissances lubrique d’une partie en jambe en l’air exaltante et nos passions cruelles. Comme ces soleils d’été suivant leur courses dans le ciel, sans jamais l’atteindre. Nous étions les astres tournoyant dans le vide. Les âmes perdues entre deux promesses. Celles de la vie et de la mort. Mon esprit flottait au gré des balancements de sa silhouette. Une humeur ambivalente, douce-amère. Elle était tout simplement cassée. Eprise par la beauté interdite de ces baisers échangés dans le secret. Le plaisir de gouter — de toucher, de respirer mille vices au creux de ses reins. Ici ou ailleurs, nous n’étions jamais compatibles. Jill, sensuelle et raffinée. Gracieuse et lumineuse. Moi, à ses côtés, putride et ternis. Ravagés par les escarres d’une enfance intemporelle. Et la douleur qui continuait. Qui ne s’arrêtait plus. Même à vingt ans. Même à trente ans. Je me raclais la gorge et l’observais avec colère. « Te dire quoi, Jill ? Que l’amour c’est pour les attardés ? Que ça me fatigue de supporter tes frères, tes crises existentielles et le monde autour ? Chill, t’es pas en cloque tu devrais remercier ta bonne étoile ! » Sifflai-je en m’éloignant. Les meubles tournoyaient dans une pièce devenue fade. J’avais pris peur face à ses accusations. Face à la vérité tranchante qui s’abattait sur ma poitrine. Nous étions amis. Notre sentiment éternel était figé dans l’immobilité glacial de Brighton. Une rencontre esquissée. Des promesses bafouées. Et maintenant, des disputes incessantes. Une amour qui ne suffisait pas à couvrir les plaies. J’ignorais tout de ses paroles. Des déceptions que j’infligeais encore. Sa beauté rieuse se dissolvait dans le chagrin. « Tu m’aimes comme deux amants qui vont se quitter. Comme si c’était dernière fois à chaque fois. Comme si tu n’attendais que ça … Ma prochaine déception… » C’était quoi son problème.
Elle me connaissait.
Elle pouvait me sonder.
Anticiper mes failles.
Et maintenant, elle me poussait la dérive.

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Dim 2 Déc 2018 - 18:28

Elle a le coeur qui cède. 
L’impression de tomber d’une falaise ; sans aucun filet de sécurité. Le creux de ses yeux imbibé par les larmes qui ne coulent pas. Rhys, métaphore d’une fêlure. D’une cicatrice. D’une plaie béante. Une hémorragie continuelle. Un amour impossible ; torturé. Elle sent son palpitant qui s’embrase à chaque mot, chaque pique acerbe. Des propos qui lui retournent la boîte crânienne. Ironie, colère, déception. Les émotions tourbillonnent, éteignent les étoiles. La nuit noire qui entourent les amants d’une couverture s’alliant aux ténèbres. Un amour qui s’éteint, se rallume et brûle ses entrailles. 
La sensation d’une peine indescriptible chez Rhys. Une peur de l’attachement. Une peur de l’amour. Une peur de la vie. Enfance brisée par l’absence de ce père. Un bon à rien qui a choisi d’opter pour la case abandon. Une mère esquintée qui a fait son possible. Une famille de substitution pour camoufler les bleus à l’âme. Des zones d’ombres jamais résolues. Des sentiments contradictoires qui doivent continuer de le consumer. Quoiqu’il dise. Quoiqu’il montre. L’absence de cet homme comme miroir de ses agissements. Jillian devenant le refuge du tumulte. Elle voudrait parler. Elle voudrait lui dire à quel point ses sentiments sont forts. A quel point elle est fière de son parcours sans ce père maudit. A quel point elle est fière de l’aimer et d’avoir choisi l’option de la seconde chance.
Au lieu de ça, sa gorge est serrée. Une contracture qui l’empêche de respirer. La poitrine qui se soulève sans oxygène. Un amour mort-né. Un amour qui n’est que ruines. Les brisures de ces sentiments à terre. Des éclats de verre sur lesquels elle marcherait ; les pieds en sang. Le palpitant coagulé et gangréné. Elle l’écoute. Elle ne trouve pas le courage de le stopper. Déferlante acerbe qui lui ronge la chaire. Un rire faux, un rire triste. Éclosion d’une mélodie qui crie au scandale, à la douleur. Il n’y a plus rien de beau. Il n’y a plus rien d’exquis. Le souvenir encore brûlant de leurs corps qui se retrouvent. Les baisers qui parsèment la courbe de ses reins. Les mots qui sont soufflés. Les mots qui sont imagés. Elle croule sous cet amour. Elle croule tout court. 
Alors quand il se stoppe, Jill elle opère un pas en arrière. Un retrait qui marque un énième fossé. Celui qui se creuse, celui qui ravage les amants. Son dos qui frappe la fenêtre. Contraste entre la chaleur de sa peau ; et le froid qui empiète dehors. La clarté de ses yeux brille et se reflète dans cette atmosphère lourde. La tête courbée, le regard vissé vers le sol. Nécrose de ses muscles qu’elle n’arrive plus à articuler. Incapacité à y croire. Incapacité à voir tout se briser comme un château de carte. 
La reine et le roi qui se déchirent.
À bout de force, la blonde se rapproche. Une étreinte sur le visage de Rhys. Ses phalanges qui dessinent le contour de ses traits affaissés par la fatigue. Une autre main sur son poignet pour l’empêcher de reculer ; d’abandonner ce contact. Douceur qu’elle peint. Douceur qu’elle anime malgré l’enfer qui dévore ses entrailles. — C’est ton père, le problème ? T’es terrifié de reproduire ses erreurs hein ? Mais putain Rhys, tu as jamais été comme lui. Tu crois que t’es qu’une putain de pièce rapportée mais c’est faux. T’es tellement persuadé de ça que tu es pas capable de voir à quel point les gens t’aiment. A quel point je t’aime. A quel point, j’étais prête à tout. Et je donnerai tout pour qu’il le voit. Pour qu’il réalise que t’abandonner a été la plus grosse connerie de sa vie.  Discours dépeint de ses lèvres tremblantes. Évoquer la figure paternelle. Dessiner ce manque qui s’anime au travers des mots. Tentative vaine de lui prouver sa réalité. Enfant abandonné qui croit que sa vie entière doit être vouée à la souffrance et l’exil. Enfant abandonné qui n’a pas su vivre sans cette ombre pesante. Jill, elle a appris à conjuguer avec tout ça. Elle a aimé Rhys avec ou son père. Elle a aimé le surfeur depuis trop longtemps pour autoriser les fantômes du passé à les briser. — Il a pas le droit de gagner, Rhys. Je te parle pas de nous. Je te parle de toi.  Manière déguisée de lui dire de résister à l’appel du pire. Manière déguisée de lui démontrer qu’il doit vivre et ne pas regretter de le faire. Qu’il doit aimer sans marche arrière possible. Qu’il doit arrêter de s’imprégner d’idées complètements faussées. Il n’est pas comme son père. Il ne le sera probablement jamais. Malgré tout ce que la rage a pu lui faire dire ; penser. Sa main dévale sur sa nuque ; ce torse. Puis Jill, elle s’éloigne.
A bout de force, à bout d’elle-même. A bout d’eux.
Ses yeux brillent. Ses yeux scandent son amour.
Un poignard dans le myocarde pour trancher avec les souvenirs.
— Je vais te simplifier la vie Rhys, t’es libre. Tu as pas cessé de l’être. Tire-toi et va vivre ta vie comme ça te chante. Fais comme si nos chemins se sont pas croisés ce soir là. Comme si nous n’avions pas existé. Si ça panse tes blessures et te permets d’avancer, fais le. Il n’y a plus d’animosité. Plus de rancoeur. Plus de déception. Il n’y a plus qu’un coeur brisé. Qu’une âme qui se déchire. Un peau à peau qui cesse. Une relation qui s’effrite encore. Sacrifice de l’amour. Elle est prête à abandonner, Jill. Elle est prête à lui rendre sa liberté si ça lui permet d’être heureux. Prête à ravaler ses sentiments à nouveau si ça lui permet de combattre ses démons. 
Elle regarde avec un sourire triste. 
Les larmes prêtes à dévaler. La peine comme masque indélébile.
Pars, détruis-moi, détruis-toi, mais ça m’empêchera pas de t’aimer.

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Dim 9 Déc 2018 - 0:08

Ses yeux meurtriers. L’étreinte du silence.
Les papillons et les aiguilles jalonnant mon estomac.
Un coeur balloté par l’espérance.
Et la mâchoire soudée par la colère.
Par les tourbillons d'une vie qui se rebellait contre ses créateurs.
Je me redressais lascivement, les doigts crispés et le visage éteint. C'était trop à réaliser. Trop à emmagasiner. La rage de se languir et d’aimer. La rage de souffrir et de guérir. La rage de me tenir là, sous l’assaut de ses mots. Les secrets et les mystères d’un amour qui se dissolvait dans la peur de nous. La peur d’exister. Elle était le symbole d’une chute infinie. De l’impact violent entre le ciel et la terre. Jillian, Déesse vénale et sans pitié. Jillian, blessée et maculée de larmes salées. J’aurais voulu approcher et étreindre les confusions. Lui jurer fidélité pour toujours. Mais je n’étais qu’une ombre dans son sillage. Un abandonné sans nom. Quelle identité aurait-elle donné à ce gosse imaginaire ? Né sous X. De patronyme anonyme. Je n’avais que ça à offrir. Ma gorge se serrait et la bile montait. Les viscères retournées et enflammées, je me sentais vaciller vers le mur. Il était mort, putain. Swanson était mort et je demeurais à jamais non reconnu. Je soupirais en agitant les épaules. Elle blâmait mes humeurs mais elle était le maître d’orchestre — celui qui dirigeait les sentiments et les amplifiait. Elle et sa petite famille parfaite. Ses rêves et ses ambitions.
La fierté de son père face ses accomplissements.
Face à son intelligence et ses réussites.
Moi, je n’avais rien.
Je n'avais personne.
Sa main se posait sur ma joue. Et la brûlure reprenait. La douleur ravageuse d’une flamme qu’elle insufflait sur chaque parcelle de peau. Je ne reculais pas, lesté par le son de sa voix. Les vibrations d’une passion essoufflée dans une orgie d’obscénités. Je ne voulais pas écouter. Elle tirait sur la corde raide — évoquait la déchirure douloureuse. Cette idée était encrée dans mon cerveau. Elle ne réalisait pas la portée de ses actions. Je me fichais de son amour — de la confession sincère et de l’émotion dans ses yeux. Je me fichais de ces faiblesses qui nous liaient dans cette danse macabre, encore et encore. Jillian ne savait rien. Ne saurait jamais. Je levais le bras et me détachais brusquement. Mes prunelles fixées sur ses lèvres. Un geste retenu. Un baiser interdit. Je ne devais pas succomber au diable. Plier et riposter. Mais la tentation était plus forte. Ma silhouette planait au-dessus de la sienne, grande et imposante. Je m’enivrais de son parfum et de sa lumière. Malgré moi, elle saccadait ma respiration. Les battements du sang affluaient dans mes veines et rendaient la colère virulente. Mes pas s’enlisaient dans le sol. Je clignais des paupières, la main en suspens dans les poches. Jillian restait immobile, coincée dans l'étreinte de son ombre. « Tais toi, si tu le pensais vraiment tu ne douterais pas à chaque putain de seconde! Je veux pas de ton gosse parce que j’ai pas d’héritage pour lui. Tu le vois pas ? J’ai pas de nom à transmettre. Alors tu peux ravaler tes sérénades et tes je t’aime. » Suicidaires par nos traits de caractère. Suicidaires par nos tempéraments et nos amours. Je plissais les yeux en humant les vapeurs de la nuit dans ses cheveux. L’obscurité s’était logée dans ses prunelles. Jillian était mon opposée. Il y avait une certaine frénésie dans la confrontation. Une douleur qui s’emmêlait à l’envie. Je grommelais en me tournant vers la fenêtre. Les lampadaires se mourraient sur les graviers. Les passants s’amenuisaient sous les fluctuations de la lune, portés par les bourrasques du vent et les giboulées fraiches. J’ouvris la vitre et sortis une cigarette. La fumée transperçait mes poumons. Je me laissais le temps de planer. La vision floue et vindicative. Le myocarde las et fatigué. Ma tête déplorait ce que mon coeur ne pouvait ressentir. Le deuil d’un inconnu. Le deuil d’un rêve de gamin. Mon visage s’était noyé sous le masque. J’arborais un sourire particulier. Un sourire sans lueur. Je m’arrêtais en face d’elle, savourant précieusement les rares instants de quiétude de la ville. Jillian avait raison. J’étais le salop de l’histoire. Il n’y avait pas de justice dans cette bataille. La vérité me semblait ridicule. J’avais l’impression qu’elle venait d’un univers différent. J’agitais les doigts afin de libérer les cendres de mon mégot. Ma bouche était engourdie. « Tu me quittes aussi ?» L’envie de la retenir au creux de mes paupières. Le chagrin, comme une lame dans la chair. J’écrasais le mégot sur le rebord et ricanais nerveusement. « Même quand tu me vires tu trouves le moyen de passer pour la victime. Tu te sacrifies pas pour mon bonheur, Jill. Tu prends la tangente parce que t’es une menteuse. » Un nouvel abandon. Un autre départ. On n’osait plus se regarder, désorientés et lessivés, comme deux papillons de nuit qui se heurtaient et brûlaient au contact des réverbères.

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Dim 9 Déc 2018 - 8:05

Les esprits s’embrasent. Les coeurs se barricadent d’une amertume répugnante. Des non-dits. Des mystères qui viennent pourrir le paysage. L’ombre d’un père absent qui plane. L’ombre d’un fiancé qui a tiré sa révérence.
Deux amants maudits. Deux amoureux qui ne le seront qu’à moitié. Quinze ans que ça dure. Quinze ans que ça éreinte. Jill à bout de force ; perdue entre sa raison et ce que son coeur réclame. Des disputes avec ses frères et sa famille pour faire valoir son amour. Des disputes pour leurs faire comprendre que Rhys n’est pas un bon à rien. Fossé qui se creuse et qui cause le chaos. Comme à cette seconde-ci. Des regards qui se croisent mais qui ne sont plus que ruines. Des corps qui se frôlent mais s’éloignent aussitôt. Contact autrefois brûlant qui n’est qu’une vague glaciale. L’eau rongée par un écho amer. Ils ne se comprennent pas. Ils ne le feront plus. Balle qui se lance d’un camp à un camp. Le creux de son ventre percuté de plein fouet par les mots de Rhys. Corde sensible sur laquelle il danse sans être foutu de causer. Poids constant autour du palpitant. Nécrose qui court depuis l’enfance. Ces années à fixer les gosses du quartier en se demandant pourquoi son père s’est tiré. Les remises de diplôme, le regard dans le vide, à espérer de le voir débarquer. Les instants importants d’une vie qu’il a raté sans même savoir si c’était grave ou pas. Dommages collatéraux qui pèsent et éloignent le surfeur de la réalité. Amour qui nécrose. Une gangrène à l’échine à chaque mot qui claque sous le palais.
Des paroles acides, symptomatiques d’un mal profond. Jill qui a tenté d’ouvrir une porte et s’en prend dix autres en plein visage. Les épaules vissées vers le haut ; un souffle qui s’écrase contre cette fenêtre. Nos sentiments, notre perdition, notre douleur, d’amour à désamour.
Les mots sont des lames qui déchirent les vivants. Des coups en plein coeur, en plein ventre. Abdomen pris d’assaut par une douleur lancinante. Le dos vouté en l’écoutant, comme pour encaisser, les lèvres closes. Les émotions ravagées comme tout le reste. Un regard vers l’horizon. Un regard vers Rhys. Son estomac qui se soulève. La bile qui pique sa trachée. L’envie de gerber sa colère. L’envie de gerber tout court. Amour sanguinaire qui roule des mécaniques. L’as de coeur qui renverse la reine et piétine le roi. Le valet qui tire sa référence comme un putain de diable dans l’histoire. Ça ne rime plus rien. Une question. Une interrogation. Et Jill qui se met à rire nerveusement. Les lèvres pincées, tremblantes, un énième mouvement de recul. La pièce qui paraît se refermer autour de sa silhouette frêle. Une main ramène sa chevelure dorée vers l’arrière. — Tu es venu m’embrasser puis tu t’es barré. J’ai essayé de me suicider et là encore, tu es parti. Quand tu es revenu, on a couché ensemble et on a décidé d’y croire. Et maintenant, tu vrilles totalement. C’est pas moi qui prend la tangente, Rhys. C’est pas moi qui te quitte. Les mots roulent sous sa langue. Départ inopiné à chaque fois. Souvenir encore ardent de ce baiser sur le pas de la porte. C’est à cet instant-ci que tout aurait dû changer. Jill impuissante et surprise. Jill partagée entre la raison d’un mariage avec Soren et la passion de son amour pour Rhys. Un choix cornélien dont elle connaissait pourtant la réponse. La peur a suffit à l’emporter. Les souvenirs et lui avec. Le lendemain de ce baiser, l’effet de gueule de bois avait déraciné toute envie. Soren est rentré et il n’y avait plus rien à dire.
Coeur anesthésié ; empreinte encore sucrée de ses lèvres sur les siennes.
Elle n’avait rien dit. Sourire de façade alors qu’elle crevait de l’intérieur en s’imaginant sans Rhys.
Un ricanement résonne. Mélodie qui ridiculise l’instant. Qui vient la ridiculiser elle-même. — Menteuse ? J’endosse cette étiquette si ça te chante. Tu portes bien celle de connard à la perfection. Faut croire qu’elle a été faite pour toi. Ses lèvres rosées s’étirent d’un sourire faux. Méprise des mots, venin injecté dans son regard clair. Incapable de rester de marbre, incapable de faire comme si tout ça ne l’atteignait plus. Parce qu’elle souffre Jill. Un calque de sa souffrance, de celle du surfeur et de toute cette histoire qui finira par les rendre fous.
Fous de tout ce qu’ils ne seront plus. Fous de tout ce qu’ils auraient pu être avec un peu de courage. — J’en ai rien à foutre d’avoir le rôle de victime. C’est pas ça qui va changer quoique ce soit. File moi tous les tords de l’histoire, que grand bien t’en fasse. Une révérence bercée vers le type en face. Un autre ricanement alors qu’elle se dirige vers le canapé. Epuisée. A bout de forces. A bout de lui. Le dos vouté. Une clope attrapée. Une mauvaise habitude quand les angoisses deviennent dansantes au creux de sa chaire. La fumée qui s’extirpe. La nicotine qui apaise. Berges des plaies béantes sur lesquelles il appuie pour réveiller l’hémorragie. — Déteste moi comme tu le détestes. Mais fais le bien cette fois-ci et surtout, définitivement.  Enième écho à son père. Le grand absent de l’équation. Celui qui est venu le briser avant même de l’avoir serré une fois dans ses bras. Celui qui n’a aucune idée des conséquences de son abandon. Gamin brisé dont elle voit le reflet vide au travers de ses prunelles. Colère qui y brille. Incompréhension qui y règne.
Un mouvement de tête vers la porte d’entrée. Sa main qui saisit les clés détenues par Rhys pour les récupérer. — La porte est ouverte, tire-toi. Je verserai quelques larmes ensuite en tapant du pied. Juste pour mon rôle de victime, okay ? Un sourire cynique sur la bordure de ses lèvres. La clope coincée entre. Et son dos qui tape le canapé. Regard anonyme. Regard distant. Incapable de le soutenir. Incapable de réaliser l’inévitable.
on est morts-nés avant d’avoir su s’aimer autrement qu’à contre-courant.

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MessageSujet: Re: someone to stay @rhysian.   Lun 10 Déc 2018 - 22:50

Le sentiment déchiré à même la peau. Des rêves devenus écarlates — sirupeux. Elle était différente cette Jill, si étrangère à mon coeur. Je reculais vers le mur. Mes mains effleuraient la paroi glacée tandis que mes yeux dansaient sur les ondulations de la fumée. Cette merveilleuse amie m’avait parlé des étoiles et montré que même dans mes divagations les plus singulières, je n’étais jamais seul et incompris. Elle m’avait raconté ses plaidoiries et sa lutte contre l’injustice d’un monde corrompu. Et malgré la solitude, je n’étais pas un cas isolé, il y avait sa voix pour cracher mes vérités. Une avocate au nom du coeur. Une guerrière à la chevelure astrale, noyée dans les couloirs tourbillonnants du tribunal. Je pouvais lui faire confiance. Je pouvais me pencher et effleurer sa peau, embrasser les doutes et m’enivrer des silences. Mais déjà, je sombrais — Mon âme coulait dans le vide. Il y avait quelque chose d’épouvantable en moi. Une rupture infinie. La terreur d’un nom qui résonnait comme un chant macabre dans ma tête. Swanson, Rhys Swanson. Cet autre, fracturé de l’autre côté du miroir. Un alter ego meilleur. Avec ses vêtements propres et ses sourires plein d’espoir. Un orateur amoureux, capable de plier le genou et de demander sa main. De braver tous les dangers pour la posséder, elle. Pour la chérir toujours. L’évidence d’un amour qui répugne. La passion d’un corps qui fait mal. Je comprenais tout. Et je ressentais le reste. Mille fardeaux écrasés sur mon dos. Ma bouche s’ouvrait sans articuler les mots. Ni les excuses, ni le secret de mon père. La distance se creusait entre nos silhouettes désabusées. L’aimer, c’était le plus difficile. Alors, je n’opposais aucune résistance, la laissant brasser nos chairs dans un tourbillon de mensonges. Ces confusions inavouées. Le manque d’un fiancé déchu. Et la colère, soutenue par les désapprobations de ses frères. Les choses étaient devenues compliquées. Nous étions illégitimes — écorchés par les malédictions de ces destinées qui s’entrelaçaient dans le noir. Je n’étais qu’un gamin effarouché. Et elle était le rayon de soleil qui transperçait mes rétines. Une étreinte terriblement imparfaite. Parce qu’elle me réchauffait avant de m’aveugler. Elle me serrait avant de m’étouffer. Sa voix se brisait au milieu de la pièce. Des syllabes qui dégoulinaient sur les meubles. Les fragments d’une conscience universelle. Soren avait raison — Je n’étais pas à sa hauteur. Mes jambes tremblaient et le souffle manquait dans mes bronches. Paralysé, asphyxié par ces pensées qui tailladaient la chair. Les coups bas de cette chienne de vie. D’attendre. D’espérer. Puis d’être orphelin. De ne jamais le toucher. Le connaître. Je vrillais de ne rien lui dire. Je vrillais dans mes ermitages et mes absences. Parce que je l’avais trouvé, putain ! J’avais élucidé le grand mystère de ma vie ! Elle me reprochait mes chagrins et mes deuils. Elle me reprochait cette humanité qui perforait mes os. Je n’en pouvais plus. Je respirais mes déceptions — Je les imaginais tout autour du salon, matérielles et scrutatrices. Je pinçais les lèvres en m’approchant du canapé. Jillian fumait encore. Je déposais un cendrier sur la table, à portée de la cigarette. « Fais gaffe aux cendres, Soren aimerait pas que tu ruines le bois de chêne. » Je grommelais en balançant ma carcasse en direction du vestibule. Elle avait cette tendance à me chasser — à me rappeler que cet appartement, comme tout ce qui m’entourait, n’étaient que les réminiscences de sa vie précédente. Un héritage que je traînais comme une malédiction. Une ombre dans laquelle j’étouffais tout le temps. « Je suis désolé, Jill. » Je sifflais entre mes dents, incapable d’abdiquer — de lui révéler mes tourments. Mon amour, je voudrais te dire quelque chose. Tu le sais déjà, mais comme moi tu as préféré ne pas l’avouer. Toi, Jillian, tu es un être de lumière, débordant de pensée et d’intelligence. Tu possèdes ce sourire sublime et éternel. Le même qu’à quinze ans. Et putain, je te regarde et j’ai le coeur qui chavire, les yeux qui picotent et la gorge qui s’entaille. Tu es une battante — une warrior. Tu ne te satisfais jamais de ce qui est médiocre. Puis il y a eu moi, Rhys, le p’tit con. Et tu t’es enfoncé jusqu’au cou dans la souffrance. Tu t’es enfoncée et tu m’as entraîné. Et entraîné … C’est pas toi que je déteste comme lui. C’est moi, babe. C'est toujours moi.  

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