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 pink lemonade + rhysian

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MessageSujet: pink lemonade + rhysian   Jeu 6 Sep - 12:57

Une porte claquée au bout du couloir. Des enjambées succédant à la colère et la frénésie d’une bataille éternelle. Jill était jalouse. Depuis des années. Depuis toujours. Une passion nécrosée au cœur du palpitant et des confessions murmurées dans le secret d’une nuit solitaire où la pluie léchait les courbes de nos lippes enlacées. Ma supplication, presque pathétique, de prendre la fuite loin de l’autel. De l’emmener ailleurs, au milieu des délices, de l’affliction et des douleurs. Une lâcheté qui conditionnait la chute. Une lâcheté qui réprouvait le bonheur. Je voulais oublier le passé et chasser l’infinité d’azur. La prendre entièrement, sous la pulpe de mes doigts et suivre l’horizon bleu. Un rêve distillé entre les vagues. Un rêve qui ne valait plus rien, maintenant. Je n’étais bon qu’à la faire souffrir. Je préférais les autres et l’extase d’une étreinte éphémère. Des mots creux, qu’elle dispersait comme des fragments de poésie. Une injure, m’arrachant de la crypte pour me pousser dans le gouffre suivant. Je me redressais sur mon siège. Le micro vibrait sous ma bouche. Les ondes électriques s’évadaient, transportant ma voix jusqu’au fond du boitier. Des blagues postillonnées sur un auditoire lointain. Une carapace qui se forgeait chaque jour, pour préserver cette image de petit con. Ils ne savaient rien de l’inconnu, du manque originel et de l’abandon. Une douleur lancinante creusée dans ma peau. Être le gosse coincé dans un corps d’adulte. Se tourner vers le miroir et fixer le reflet d’un étranger. Le sang fusait dans mes bronches et j’en ignorais l’histoire et les vices. Mes poings se serraient. La lumière tourbillonnait dans la pièce. Des néons colorés, transperçant mes rétines et le souvenir cruel d’un père fantôme. Je retenais ma respiration. Le standard sonnait. Une tonalité qui s’élevait dans le ciel. Des milliers d’adolescents à la recherche de réponse. Des canulars téléphoniques et des blagues putrides, laissant la marque d’un ulcère sur mon palais. Mes pensées se confondaient dans mon crâne. Une liberté chamboulée par Jillian. C’était vrai. Je vagabondais dans les draps du monde. Des brunes. Des blondes. Des vénales. Des cœurs leurrés dans l’illusion sentimentale à mille lieux de Brighton, à mille lieux d’ici. Mais je revenais sans cesse. Je bravais la peur de l’attachement pour mourir sous le coup de ses provocations. Le désir était resté là, au creux de mes reins. Et la caresse à peine esquissée. Le fantasme injustement suspendu dans le temps. Tant de flammes jaillissant dans mes veines. Un délice ardu dont je me détournais pour gagner le défi. Deux amoureux immatures, incapables de renier l’évidence. Incapables de l’embrasser et de succomber. Mes yeux glissaient sur les murs du bâtiment. Je me levais après l’émission. Un temps de parole étonnement long. Des fans qui en redemandaient, qui s’amusaient d’une bêtise qui portait préjudice à mes relations. Je soupirais en saluant la réceptionniste. Un charme séducteur, devenu un masque à même la peau. Je calais une cigarette dans ma bouche et m’accoudais au rebord de ma moto. Vieille bécane de métal, un cercueil sans toit filant entre les étoiles du ciel infini. Je hochais la tête en crachant les volutes grises. Des cercles de fumée, ondulant autour de mon profil saillant et d’un esprit si aiguisé, qu’il me tranchait la gorge. Je comptais les cendres agglutinées sur le goudron, redoutant nos prochaines rencontres et les nouvelles promesses à rompre. Des confessions avouées dans un moment de faiblesse, bafouées dans l’autre. L’amertume du tabac enserrait mes poumons. L’air se raréfiait et la pulsion devenait réelle. Je chevauchais ma monture et grognais au rythme du moteur. Un chemin sinueux, emprunté entre les détours des ruelles fades et agitées. Je m’arrêtais au centre-ville, face aux immeubles prestigieux du quartier des affaires. Une firme d’avocats reconnu. Des pingouins en costume, entamant la parade nuptiale sur la banquise qui se fendillait lentement. Je sortis mon portable. Les noms défilaient sur l’écran. Toutes ces autres qu’elle redoutait. Ces autres qui n’existaient que dans l’instant. T’es où ? Un message envoyé dans un éclair. Et l’attente qui s’allongeait face à la devanture. Ce monde était différent. Bien trop effrayant. Je n’avais pas l’éloquence de ses paires. Je ne possédais que des chimères au bord des yeux, des souvenirs incrustés de malice et l’usure d’une blessure qui ne guérissait pas. Je n’étais pas prêt, intellectuellement. Je ne le serais probablement jamais. Les minutes se consumaient dans ma chair pétrifiée. Sa silhouette ondulait gracieusement à travers la vitre. Une barrière invisible, majestueusement dressée entre nous. Le soleil se reflétait sur la paroi, injectant sa chevelure nuageuse de ses éclats dorés. De mon côté, l’astre ne faisait que chauffer – brûlant chaque cellule et chaque nerf. J’apercevais la stature débonnaire de Cooper. Un collègue mielleux, dégoulinant sur son dos afin de soutenir sa démarche. Je fronçais les sourcils. Jillian riait – elle s’amusait du danger. Des mes revers maléfiques. Ils vacillaient vers l’entrée. Je m’approchais d’un pas assuré, bousculant l’avocat pour happer le bras de Jill. « Si t’as besoin d’être assisté pour marcher, je t’offre des béquilles et on en parle plus.  » Grommelai-je en coupant court à la conversation. « On va être en retard. Dépêche-toi, pas envie de perdre ma réservation. » Gamin. Petit. Une impolitesse qui gonflait l’âme. Ma prise était insistante autour de son poignet. Je voulais m’en aller. Quitter ces lieux de perdition et la retrouver seule. Je l’attirais vers moi et plantais Cooper dans la rue. C’était étrange. Une possessivité douloureuse. Un appel sourd, retentissant dans mon crâne et contraignant mes paroles.  « C’est bon, j’ai ramené une boite de préservatif cette fois ! » Mais il ne s’agissait pas ça. Le mal était plus grand. Un vide immense, s’étirant sur les cloisons de ma poitrine. Un deuil qui entaillait les souvenirs et entachait le cerveau. Il y avait Soren et la peur du bonheur après lui. L’angoisse du sentiment et l’évidence de nos étoiles qui scintillaient dans le noir. Un amour revolver, pointé sur nos organes fébriles. Tirons-nous, Jill. Tirons-nous dessus ou tirons-nous ailleurs.
 

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Dernière édition par Rhys Egerton le Ven 7 Sep - 19:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Jeu 6 Sep - 20:04

Le stylo roule entre ses doigts. Les avocats réunis conversent mais les pensées de la blonde sont dispersées dans l’opale du ciel. Le temps grisâtre qui renferme sa tristesse. Et les songes qui s’éveillent à la clarté de la vie. Les quelques gouttes d’eau tombent sur sa silhouette, teintant son sourire d’une mélancolie solaire. Ses doigts frôlent la pierre tombale où le nom de Soren est gravé. L’écriture dorée qui efface une existence. Ses pupilles dilatées du malheur causé par la disparition du médecin. La gorge bloquée par les mots qui se font nécessaires. Un poids constant au coeur depuis ses retrouvailles avec Rhys. L’envie d’un coeur à coeur où elle serait l’unique. Un second souffle à une relation ternie par les portes du purgatoire. Un bonheur éphémère qui conjugue avec les drames et les maladresses. Alors à genoux, face au fantôme de son fiancé, Jill se laisse aller.
Les lèvres libératrices de confessions accablantes.
Le coeur dégommé d’une chute brutale.
Même dans ses rêves, le pire devient roi.
Je suis désolée. Je pensais pas que ça allait arriver. Je crois que tu l’avais compris avant même que lui ne percute. Rhys et moi, c’est comme ça. C’est aussi fort qu’instable. C’est une passion qui m’a dévorée depuis l’adolescence. Je pensais pouvoir le détester et le rayer de ma vie. Mais Soren, la vérité c’est pas celle-ci. Je. Je l’aime. Et ça ne change rien à l’amour que j’ai eu pour toi. Mais je peux pas mentir plus. Ne me déteste pas. Ne regrette pas de m’avoir aimé un jour.
Les mots sont raclés par les larmes qui coulent. Ces perles salées qui déteignent sur son épiderme rosie. La silhouette tremblante, dévastée par l’évidence.
Son évidence.
La voix de Cooper suffit à l’extirper de ses pensées. Elle lui adresse un rictus de politesse pour mieux se concentrer sur l’affaire en cours. Un licenciement abusif d’une employée de la mairie. Parce qu’elle a pointé du doigt des trafics sordides. Des comptes secrets dont le maire profite sans vergogne. Un homme de poigne qui croit pouvoir agir impunément. Le cabinet s’est emparé de l’affaire, jouant gros. C’est Cooper et Jill qui ont été désignés pour mener à bien ce combat. Une marque de confiance auquel la blonde ne peut déroger. Elle n’a pas le droit à l’erreur. Pas après avoir flirté avec la mort. Pas après avoir mené une valse macabre avec l’au-delà.
Et le temps s’envole au grès des heures à éplucher chaque dossier, chaque document. Et le temps s’envole quand la nuit vient rompre la distance. Le bruit de ses talons résonne dans le grand hall et la main de son collègue vient glisser contre ses reins. Jill ne voit rien. Ni le regard séducteur qu’il offre. Ni ses lèvres qui narguent le désir éprouvé. Elle est aveuglée par ses propres sentiments. Parce que dans sa tête, c’est le visage de Rhys qui revient. Son talon d’Achille. La faille qui fracasse son myocarde. Le poison qui nécrose ses entrailles. Cette maladie chopée à l’aube de ses quinze ans. Cette nécessité. Ce besoin vital. L’oxygène qui galbe ses poumons.  Le pire. Le mieux. Les rires. Les larmes.
La brise rafraîchit le contour de son visage mais c’est un mouvement glacial qui surprend la blonde. Son bras emprisonné par l’étreinte forcée de Rhys. Des remarques acides qui piquent à vif l’avocat. Une scène au milieu de la rue où les passants errèrent sans même le voir. Jill lance un regard désolé à Cooper avant de fixer Egerton. Les mots lacèrent son coeur. L’incompréhension se fait dévorante. Leur amour devient la chimère d’un monde oublié. Les coeurs sont aux abonnés absents d’un paradis bancale. La dérision qu’il porte à ses paroles. L’oubli trop soudain du pire, de leurs disputes. Un engrenage fait de rouille et d’amertume.
— Oh, waouh. Elle est au complet cette fois-ci ou tu as laissé traîner tes capotes usagées dans tout Brighton ?
Là où le fantôme de ses conquêtes plane. Ces filles qu’il souille de son charme. De son sourire carnassier. De ses envies salaces. Celles qui obtiennent ses faveurs quand Jill bouffe son indifférence. Cette jalousie qui ne fait qu’accroître au point de déballer une lente agonie. Les images reviennent. Elles se font oppressantes. Comme ces doigts virils qui marquent sa peau. Ce corps tremblant, prisonnier de pulpes tentatrices. Les reins qui se creusent et en réclament tellement plus. Et le désaveu. Les mots colériques. Les yeux chagrins. Et le vide. Le corps inerte à même le sol froid de son appartement. Les larmes qui dévalent. Les s.o.s qui passent sous silence.
—  Pourquoi dîner ? Saute-moi directement Rhys, ça évitera de bavasser pour rien.
Elle devient vulgaire. Les paroles claquent sous son palais et forment un voile obscène. Ce n’est pas ce qu’elle veut. Devenir une vulgaire catin de passage. Froisser les draps, rompre la distance, gémir son prénom, le ronger de ses pulpes. Puis disparaître dans l’embrasure de la porte en prononçant un vague adieu d’une voix brisée. Elle rêve de plus. Sentir son corps tremblant. Devenir sienne. Goûter à la saveur de sa peau et inonder ses sens d’un désir infini. Frémir sous le charme de ses phalanges et la beauté de ses traits. Crever d’une overdose enchanteresse. Être l’unique. La seule qu’il pourrait désirer. La seule qu’il pourrait aimer.
Des rêves qui s’écrasent comme des comètes opposées.
Des rêves qui se meurent comme les étoiles qu’ils ne touchent plus que d’un regard dévasté.
Des aimants contraires qui sont chétifs et à bout de souffle.
— Je sais pas à quoi ton numéro rimait, mais c’est ridicule.
Elle s’écarte de lui. Le fossé se creuse comme ses pommettes sous l’effet de l’agacement. Il n’a pas le droit. Ni d’étaler sa possessivité, ni de venir se mêler de sa vie professionnelle. Pas quand il ose se taper tout Brighton sans imaginer un quart de seconde la douleur que ça cause. Ses yeux regorgent de colère et elle sent sa respiration filer à toute allure. Une main dans sa chevelure vient la ramener en arrière, là où les boucles ne sont qu’une cascade vaporeuse. Et sans réfléchir, à bout de force, elle s’approche. Sa main agrippe son t-shirt. Un baiser scelle leurs lèvres. Une morsure galvanisante et l’éloignement cède. Et la voilà qui monte sur sa moto, attrapant le casque au passage.
— Maintenant on peut y aller.
Et tant pis si nos coeurs éclatent au passage.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Sam 8 Sep - 23:09

Une danse inconsciente de nos lèvres scellées. Les coeurs se fermaient autour de l’amour insupportable. Une étreinte de la conjuration, alliant la peur et le ressac. Ma colère jonglait sur le fil d’une vague sauvage. Nous étions captifs de la mer. Et nos bouches succombaient dans l’ivre euphorie qui s’adonnait pour la première fois au plaisir d’être deux. Puis trois. Et quatre. Les chimères de Soren. La menace de Cooper. Une silhouette bien vivante cette fois, happant ses courbes et son attention. Je m’éloignais de ses rêves. Un imposteur sur sa planche, le visage émacié par le temps et l’esprit vagabond au milieu de la foule. Un cliché ambulant. Un meilleur ami à la place du prochain amant. L’être à remplacer, à abandonner. Mes yeux s’écarquillaient devant l’image. Une séquence figée sur les opales et l’impression d’un naufrage qui engloutissait le sentiment. Je voulais me battre, sentir la saveur du sang et le choc des phalanges. Lutter contre mes démons et tous les prétendants de Jillian. Elle était si belle – si désirable. Tout semblait impossible. Cette mascarade romantique et l’escapade au bout de la ville. Le moteur qui vrombissait et les vacarmes de la rue. Son monde contre le mien. L’opposition d’un ridicule qui coulait dans mes veines. Nos étoiles contraires, s’alignaient pendant une fraction de secondes. Puis le noir entre les galaxies, brûlait les espoirs. Une distance qui se creusait toujours. J’anticipais nos séparations. J’anticipais ses doutes et la comparaison. Je pinçais les lèvres et me penchais afin de soutenir son dos. Un baiser approfondi, ruisselant dans mes chairs. Une affection qui faisait mal. Elle ne comprenait pas. La voix altière crachait ses poisons sur une imagination devenue prémonitoire. Les autres, leurs courbes et leurs baisers. Les feulements et les rencontres bestiales. C’était avant. Quand il n’y avait que le goulot pour accompagner ma solitude. Quand il faisait sombre et qu’elle se couchait dans les bras de son fiancé. Je me pressais contre sa poitrine, cherchant dans sa chaleur l’esquisse d’une réconciliation. Il n’y avait qu’elle. Mes confessions se heurtaient à la surdité cruelle de son coeur. Elle me refusait. Jillian et ses souvenirs endeuillés. Jillian et ses ambitions ravageuses. Un million de raisons de l’aimer et aucune de rester. Le plaisir interdit conditionnait la chute. La frénésie d’une chasse qui durait une éternité. Je me penchais afin de la soulever. Son étreinte glissait dans mes poumons. Je vacillais vers le trottoir, la démarche peu assurée et l’équilibre instable. Les effets du poison mélangé au tabac. Un songe de nostalgie et l’illusion enivrée de son parfum. Je ne supportais plus ces reproches. Je la fixais avec étrangeté, les yeux d’un bleu électrique et les cils foncés, vantant la stature fluctuante de nos promesses desséchées jusqu’à la moelle. J’en avais marre. Les mensonges et les absences, sa trahison puis la mienne, encore plus grande — impardonnable. Le sentiment était difficile à restituer par les mots. Alors je n’exprimais pas. Je ne définissais plus nos retrouvailles et les jeux de séduction qui faisaient chavirer nos silences. « T’es complètement folle. » Grommelai-je en lui tendant un casque. La protection enveloppait son visage. Seule les mèches nébuleuses d’un jaune éclatant, se dessinaient sur le chemin derrière nous. La vitesse de la lumière. Ses mains cramponnées à mon torse. Les feux colorés et le bitume soupirant sous la pression des pneus. Une succession d’émotions fugaces, affolant mes prunelles sur la route menant jusqu’au restaurant. Je cambrais la bécane en filant entre les buildings, conscient que là, sous les battants d’ivoire de nos cages thoraciques, la pointe acérée creusait son entaille afin de tuer l’espoir. Je nous offrais ce doute — une aventure à deux, où la douleur était volontaire. Je m’arrêtais sur le côté. « Tu peux me lâcher maintenant. » Me moquai-je en me tournant vers son profil. Je l’observais en riant. Mes doigts encadraient ses épaules. Un frisson se faufilait dans ma peau. Je voulais la tenir en moi, caresser sa bouche et rompre le charme. Pouvait-elle m’aimer réellement ? Et effacer les restes de Soren ? Ma gorge se serrait alors que j’effleurais son menton. « T’es tellement needy, Jill. » Je m’inclinais afin de libérer sa chevelure ondulante. Mon regard, ému de sa grâce impétueuse, tombait sur ses expressions saillantes. Une heure sublime, nous dérobant de la réalité. Des périls et des explosions du coeur. Je portais la fureur du feu. Et elle était la beauté singulière de l’océan. Lequel, éteignait l’autre. Et lequel, le soutenait. Je descendis et lui tendis le bras. On se touchait, l’effleurement du cuir contre l’âme et la braise qui s’éveillait tout à coup. « T’as pas tord, tu sais. Je te sauterais bien avant le repas mais si je propose, j’passe pour un goujat. Foutu sexisme ! » Je rouspétais en l’attirant vers l’entrée. Une façade étincelante, surmontée par un couloir sombre et une galerie lumineuse. Un restaurant au-delà de mes moyens avec un agencement étrange et des décorations prestigieuses. Un univers ailleurs que j’essayais de forcer à tout prix, simplement pour lui tenir la main de l’autre côté du tunnel. « T’es pas moche, ce soir. » Je m’arrêtais pour l’embrasser. Une confession frémissante au bout des lèvres, marquant mon territoire sur le sien. Parce qu’elle était mienne le temps d’une hérésie. Elle était mienne et je refusais de partager.



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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Lun 10 Sep - 17:37

Elle est folle. Douce euphorie qui vient raviver l’éclat de son sourire. Douce folie qui vient la ronger telle une maladie pour laquelle Jill se sentirait prête à mourir. Celle qui cause peine et désarroi. Celle qui amène la passion et l’envie. Celle qui dévore et libère cette dose d’adrénaline capable d’oxygéner ses poumons nécrosés par la vie. La blonde autorise ses phalanges à se cramponner à lui. Les ronronnements de la bécane défiant les crissements sur le bitume. Elle s’accroche comme une forcenée, les paupières à moitié closes. La froideur du vent dérapant sur son échine rosée. Rhys devenant son ancre, sa bouée de sauvetage, cette nécessité pour continuer.
Et les souvenirs qui remontent.
Les éclats du passé qui se font oppressants.
Les deux adolescents sur la moto qui parcourent les contrées lointaines.
Le même tableau qui se dépeint dans sa boîte crânienne.
Alors elle s’accroche comme avant. Fort. Eperdument. Comme si demain allait s’effondrer. Comme si demain ne serait que l’ombre de la vie. Les fantômes qui s’agitent et les doutes qui s’installent. Jill combat les monstres intérieures, la tête calée contre le dos de Rhys. Elle se nourrit de sa force, de son odeur boisée. Elle se nourrit de l’éternel qui ne durera pas. La vitesse devient une alliée, un tremplin à ce qui les unit. Tout ce qui reste anonyme. Tout ce qui appartient à l’imaginaire, là où les songes sont fait de soie. Là où les rêves semblent vivants. Et les battements de son coeur s’accélèrent. Un rictus né sur la courbure de ses pulpes. Pour la première fois depuis des mois, Jill se sent libre. Libre d’être contre lui. Libre d’être avec lui. Le prénom de l’anglais qui résonne telle une symphonie approximative et qui pourtant dégaine tant de certitudes. Elle l’aime. Elle n’a pas cessé de le faire. Malgré la culpabilité qui pèse, les leurres ne prennent plus.
L’arrêt devient brutal.
La course contre la montre aussi. La course contre la vie cède.
Les boucles blondes dévalent ses épaules et elle le fixe. Les prunelles ancrées aux siennes. Celles qui évoquent tout ce que ses lèvres retiennent prisonnières. Le fardeau de ses craintes. Le fardeau des lames aiguisées qui s’enfoncent entre ses côtes.
La mécanique est rodée.
Le contact sur sa peau qui ramène les frissons. L’euphorie de ses sens qui s’éveillent, s’exacerbent et appellent à tellement plus. Les yeux brillants de ses rêves d’adolescentes. De cet amour dévastateur qui n’a pas eu le temps d’éclore. La rosée du matin devenue une terre d’accueil si sombre, si chaotique. Les flammes brulantes relayant les rayons du soleil. Le ciel est gris. Son coeur subit l’effet d’une gueule de bois perpétuelle.
Les mots qui cognent à son visage comme une claque. Comme un tango macabre dans laquelle Jill se perd à chaque fois. Rhys crachant sur la délicatesse et la finesse. La blonde roule des yeux, bouffée par la lassitude. Les lettres prêtent à frôler son palais au moment où le baiser devient galvanisant. La surprise de leurs pulpes qui se rencontrent, se bouffent et s’apprivoisent. Une main sur son visage pour saisir l’instant. Alors qu’elle en redemande en venant mordiller sa lèvre inférieure avec ce sourire en coin.
— Tu es à deux doigts de te prendre une autre gifle. Je savais que tu aimais les rapports un peu violents, mais à ce point là…
Le souvenir maladif de sa main qui claque sur son visage. La ruelle sombre comme témoin brisée des retrouvailles. Les mots qui s’exilent pour devenir des détonations de guerre. Une trêve impossible là où leurs égos se sont battus dans un coeur à coeur engagé. Elle esquisse un sourire qui camoufle la blessure béante. Celle qui saigne. Qui pourri à chaque seconde qui passe. Celle qui appelle à un pansement de l’éternel. Mais il n’arrive pas. La cicatrice est ouverte, privée d’une cicatrisation réelle. Un sourire en coin nargue pourtant sa bouche et elle le suit de près. Et sans réfléchir, ses phalanges frôlent les siennes. Ils apparaissent aux yeux du monde entier comme un couple. Des illusions menées de front. Des apparences victorieuses d’une amour bancale. Les prunelles de la blonde sont vite scotchées par la décoration fantasque. Les dorures qui s’étalent sur les sommets lumineux. Les tables qui sont épousées par le tissu épuré. Les bougies qui offrent un élan romantique à l’ambiance. Ces statuts qui donnent de l’ampleur aux mouvements.
Et le décor qui ne suffit pas à effacer la bizarrerie du moment.
Comme s’ils n’étaient pas fait pour tant de fioritures.
Comme s’ils n’étaient pas fait pour vivre dans l’accalmie.
— C’est mon coté snob qui t’as poussé à m’inviter ici ? Je m’étais presque préparée à l’idée des tacos.
Elle se fait moqueuse et tourne en dérision les propos de ce dernier. Elle sait que cet endroit n’a rien à voir avec ce qu’il aime. Et l’effort semble attendrissant. Touchée en plein coeur de ce qu’il tente de faire naître. De faire renaître. Cette flamme à peine éteinte. Cette flamme consumée par les ténèbres et le distance. Cette flamme qui rode comme une tarentule. Ce besoin viscéral de l’avoir à ses côtés et de sentir que tout ça n’est pas qu’un mirage.
— T’es présentable ce soir.
Son compliment fait un peau à un peau avec le sien. En quelque sorte. À leur manière. Les fiertés ravalées et les aveux se mêlant aux effluves des bougies parfumées. Sa main sur la table qui se rapproche de la sienne. Les phalanges qui se frôlent. Les phalanges qui se cherchent. Puis elles s’étreignent dans un contact de velours. Une impression vivifiante alors que son échine frissonne. Instant de grâce brisée par l’arrivée de la serveuse qui dépose les cartes dans un élan insolent. Un regard qui pue la rancune et transperce l’atmosphère d’une impression étrange.
Une sensation de déjà-vu.
L’idée du pire qui recommence.
Le coeur qui s’accroche pour lutter contre les démons intérieurs.
Et cette brune au loin qui ne cesse d’observer la scène. Elle ne cesse de bouffer Rhys des yeux avec la rancune en exil au creux des iris.
Putain.
— C’est marrant, on dirait que la serveuse te connait. Elle arrête pas de te dévisager.
Et la réponse fait peur.
Et la réponse sème la terreur.
Parce qu’elle s’attend au pire et chasse le mieux d’un revers de l’esprit.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Lun 10 Sep - 18:27

L’étreinte acide. Une passion corrosive dans la bouche. Tant de rêves inavoués et de souvenirs captifs. Elle était si belle, Jillian. Le vent cheminait autour nous, épandant les vapeurs d’une ivresse passagère. Un amour mijoté comme une grappe de raisin au fond du tonneau. Des années dans la cave. Des années dans le noir. Puis la consécration sous les lueurs de la ville. L’envol au delà des sphères terrestres. Les roues hurlaient de désarroi, lapant les tranchées goudronneuses et les allées poussiéreuses de Brighton. Une vitesse vibrant sur mes poignets et le moteur nous transportant ailleurs, sous les étoiles invisibles d’un ciel qui nous avait répudié. Je fixais l’horizon et mâchais mes sourires. Un bonheur étrange. Un bonheur à s’en tordre les yeux. Je l’aimais, putain. Et tout semblait magnifique. Tout semblait merveilleux. L’absence du père et le sacrifice de la mère. Les mensonges autour de l’enfance et l’abandon cruel. Elle effaçait les peines et écrasait les chagrins. Son parfum voltigeait autour de mon visage, se faufilant entre l’armature du casque et le cuir de la veste. Mille contacts volés au gré de la course. Je me redressais, le visage exalté — l’âme déployée au bord du gouffre qui engloutissait les peurs et les incertitudes. Cooper n’était plus là. Son reflet s’amenuisait entre ses cils courbés. Muse éternelle, ondulant dans une danse enchanteresse. Une silhouette affinée, marchant comme dans une valse féerique. Je la dévorais du regard, ancrais mes prunelles sur son profil fluctuant. Ses iris se confondaient dans mes pensées. Et la question revenait sans cesse. Pourquoi Jill ? Qu’avait-elle de particulier ? J’empoignais sa hanche et la gardais précieusement entre les côtes. Un baiser murmuré trop vite. L’effleurement de nos pulpes fiévreuses et l’instant découpé entre les ondoiements des réverbères. Une soirée calculée et la table réservée près de la fontaine. Vile tentative de marquer des points. De terrasser ces adversaires morts et vivants, voulant dérober son attention. Je me sentais étranger. Un intrus au milieu des lustres et des tables étincelantes. Loin de mes habitudes, des stands de pizza et des fastfoods. Un barre dressée trop haut. L’impression de suffoquer sous le poids d’une comparaison tacite, à jamais suspendue au dessus de notre histoire. Je souris en effleurant ses doigts. Un jeu d’enfants ridicule, alliant provocations et taquineries. Un désir maquillé sous les piques et les regrets. Puis toujours ce creux dans le coeur, ce vide sidéral qui nous attirait l’un vers dans l’autre. C’était donc ça, les destinées amoureuses. Les âmes soeurs et les mièvreries littéraires. Un amalgame de sentiments, le mélange entre la réalité et le fantasme. Un challenge constant. L’hôtesse nous guida jusqu’à la table. Je tirais sa chaise avant de m’assoir. Mes prunelles glissaient sur son visage, détaillant l’éclat vermillon de ses lèvres qui se fracturaient à chaque battement de cils. « J’ai un côté snob aussi c’est tout!» Sifflai-je en arborant un large sourire. L’air idiot et l’amour imbécile. Une combinaison tragique, menaçant l’équilibre. J’anticipais le retour du crépuscule et les voiles de la nuit. La noirceur de ses insultes et la blessure béante, saignant à retord dans ses cavités. Nous étions les prisonniers de ce désir tourmenté qui affolait le palpitant. Le deuil de Soren qui l’éloignait. Le deuil de Soren qui me tuait. Je frôlais ses doigts avec hésitation. Avais-je le droit seulement ? Combien fallait-il attendre pour que mes sentiments deviennent légitimes ? Elle était ma seule conscience. L’unique cicatrice sur ma peau. Celle qui stupéfiait et abîmait les cellules. Une ferveur immonde, distillée dans le sang et les fluides. Des larmes gluantes versées à la mer. Des heures à hurler son nom, à le répéter sur les rives de ces villes lointaines. Parce que le mal était si grand et qu’elle était la seule à taire ces voix horribles. Celles qui me répétaient qui j’étais. Un batard, jugé rédhibitoire avant la naissance. Je me redressais lascivement. Le dos droit et les yeux fixés sur elle, toujours. La serveuse s’approcha de la table. Ses gestes violents et son allure familière se dispersaient dans l’espace. Je la reconnaissais. Une ancienne aventure sur les verges de l’océan. Une promesse brisée entre nos reins et l’éveil matinal, succédant au départ. Je ne l’avais plus revu. Je n’avais pas essayé. La main de Jillian se crispait, l’euphorie disparaissait et je sentais le gouffre se creuser. « Je sais pas. » Sifflai-je en me tournant vers la jeune brune. Son visage était auréolé de déception. Elle arborait une expression étrange, surmonté d’un tic nerveux et d’une posture rigide qui exhalait une colère infinie. Je pinçais les lèvres et optais pour la facilité. «Moi, je pense que c’est toi qu’elle dévisage. Je pari qu’elle te demande un tutto make up avant la fin du diner. » Raillai-je en me concentrant sur le menu. Un choix détaillé, des plats onéreux et l’angoisse d’être pris en flagrant délit.  « Prend pas de truc à base d’ail. Tu sais pour après, quand je voudrais t’embrasser. » Je haussais les épaules avec nonchalance. Mes yeux dévalaient les murs, les décorations, les autres clients. Pourtant, la serveuse continuait. Elle nous étouffait dans un flux d’opales. Une rancune brûlante dirigée vers moi. Vers tout ce que cette soirée représentait d’important. J’attrapais la main de Jillian. « Hey, oublie la. » Un murmure qui se fracturait entre les lumières de la salle. Je me tenais craintivement aux aguets. L’effroi au coeur— la peur de l’erreur encore.
Mais il était trop tard.
Le voile des nuages s’échappait du ciel.
Le feu jaillissait, menaçant de tout détruire.
Et chaque dispute semblait être la dernière.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Lun 10 Sep - 19:56

Dans ses songes les plus fous, ils ont été heureux. Les sourires qui s’échangent. Les coeurs qui balancent au détour de sentiments exacerbés. Les corps qui s’enlacent. Les lèvres qui se trouvent et déteignent l’une sur l’autre. La chaleur qui devient grandissante. Les échines qui frissonnent et le désir devenant cruel. Les draps qui se froissent. Les soupirs qui éclosent. Les déclarations qui frôlent la barrière de ses lèvres. Et le bonheur qui revit. Le bonheur inonde la pièce. Le rêve devenant fabuleux. L’idéal d’une vie imaginée avec lui. Les mirages d’une adolescente amoureuse et incomprise.
Le ciel qui s’assombrit et les nuages devenant gorgés de tristesse.
Le réveil brutal comme une nuit amère qui vient de s’écouler.
Jill qui s’extirpe de ses rêves abîmés pour se concentrer sur Rhys. La tension défiant les mouvements maladroits de ses phalanges. Elles étreignent celles de l’homme avec l’aveu anonyme de cette crainte. Celle de l’abandon. Encore. Ne me lâche pas. Mais la barrière se ferme alors que les paroles de l’anglais se veulent rassurant.
Mais ça ne prend pas.
La méfiance est asphyxiante. Le manque d’air se faisant cruel. La sensation d’étouffer. Le myocarde qui se contracte à l’anormal. Les doutes dévorent sa peau. Les stigmates de ce pressentiment pèsent sur ses épaules. Elle sent sa gorge se nouer. Ses yeux brillent d’une mélancolie retrouvée. Cette serveuse qui n’a de cesse de les observer, de marmonner des paroles éloignées à une collègue. Jill bouillonne de ne pas comprendre. Elle bouillonne de cette sensation qui fait rage. Elle veut éloigner le pire. Elle veut quitter le rivage des enfers. Elle prie les dieux capricieux de lui laisser un peu de répit. Avec lui. Après le pire. Après les drames. Comme si les larmes se faisaient menaçantes. Comme si son coeur allait exploser.
Elle combat ses démons intérieurs et se force à un sourire en le voyant agir avec recul.
Elle veut lui faire confiance. Elle doit lui faire confiance.
Alors elle resserre ses doigts autour des siens. Elle mordille avec nervosité sa pulpe et se penche vers Rhys. Son regard est ravageur de désir, ravageur d’amour.
Mais est ce que tu le vois Rhys ? Est ce que tu comprends à quel point je t’ai dans la peau ?
Les paroles se font aléatoires. Les voiles lumineux camouflent les larmes refoulées. Les dorures apostrophent l’instant lui conférant une beauté sans égale. Le creux de ses entrailles se tord à l’entendre. Le fantôme de ses lèvres qui courent le long de sa peau. Ses cuisses qui s’offrent à lui dans des caresses suaves, faites de charmes et de luxure. Le bonheur gagnant l’ivresse. L’ivresse devenant immortelle pour quelques heures. Le manque cruel et l’éloignement en le voyant quitter son appartement. Cette sensation brûlante à chaque pensée qui s’égare. Sa bouche est venue la marquer à l’encre rouge. Une marque indélébile comme ses sentiments.
— Je promets de pas prendre d’ail, si toi tu promets de m’embrasser toute la nuit…
Des paroles murmurées d’une voix rauque. Cette promesse pour quelques heures. Les deux qui s’enivrent. Les deux qui se trouvent. Le besoin d’un corps à corps pour défier les démons. Le besoin de le trouver, de le garder près d’elle. Cette nécessité vitale de chasser la culpabilité et le fantôme omniprésent de son fiancé. Pour un temps. Jusqu’à ce que l’aube s’anime. Jusqu’à ce que la rosée du matin disparaisse pour laisser place à la noirceur. À la pluie qui chahuterait sur son échine claire.
Ils ne sont que deux pantins.
Ils ne savent s’apprivoiser qu’à moitié.
Et ça tue, ça fait mal, ça assiège.
— Je pourrais même répondre à tes baisers avec un peu de chance.
Puis son pied s’échappe. Il remonte lascivement contre la hanche de l’homme. Il vient user son désir jusqu’à la moelle alors que ses mains rêvent d’effleurer sa peau. Du bout des doigts. Du bout des lèvres. Cette peau qu’elle a imaginé contre la sienne. Durant son absence. Durant ces années à éradiquer les aveux. Durant ces années à s’oublier dans les bras de celui qui a su l’aimer. Celui qui a su lui promettre fidélité et respect. Elle pense à lui et se demande s’il la déteste. Elle pense à lui et se demande s’il l’autoriserait à refaire sa vie. Cette existence décharnée qu’elle n’imagine plus qu’avec Rhys à présent. La blonde s’apprête à plonger la tête la première. Elle  est là, à deux doigts de se pencher pour déposer un baiser sur ses lèvres. Mais la brune vient les séparer. Le plateau est balancé sur la table avec hargnes alors que les flûtes en cristal s’abattent sous leurs regards médusés.
— Vos coupes de champagne.
Les mots claquent dans une amertume qui défie les étoiles. Celles qui ne brillent plus. Celles qui s’éteignent une à une. Celles qui laissent ce ciel orphelin du moindre signe d’espoir. Jill lance un regard à Rhys sans trouver quoique ce soit à dire.
La gorge bloquée par la douleur.
La gorge bloquée par le couperet qui va s’abattre.
Une lame tranchante sur sa carotide.
Ce sang qui coule et vient les encercler.
Le rythme de son coeur qui s’accélère.
Dame colère s’invite au repas.
— Il a sorti le grand jeu pour vous foutre dans son pieu. J’espère qu’il vous rappellera demain matin.
Et la serveuse disparaît avoir après semé le pire. Le silence est religieux. Il traduit les larmes qui ne coulent pas. Mais qui viennent border le creux de ses yeux.  Il traduit les mots qui ne sortent pas. L’avocate est pétrifiée.
D’y avoir cru. D’avoir espéré. D’avoir voulu un coin de paradis avec lui.
De l’aimer. De le détester. De ne pas réussir à le faire.
D’être qu’une putain d’accroc qui crèvera d’une overdose d’amour.
Evidemment. A nous. A ce désastre.
Elle fait cogner sa coupe contre celle de Rhys. Comme pour trinquer. Comme pour célébrer le chaos. Et elle avale la totalité du liquide pétillant. Elle se resserre un deuxième verre. L’alcool panse les blessures. Les comprimés aussi. Ceux qu’elle a pris à l’époque. Ceux qui auraient dû achever sa souffrance.
Parce que tu viens de m’achever, Rhys.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Mar 11 Sep - 18:59

« Je t’embrasserais toutes les nuits. » Un sourire séducteur et l’aveu qui se distillait dans le vide. La chute était violente. Les mots tremblaient au coin de ses lèvres. Et je voulais annihiler la douleur. Je voulais effacer les autres et rester prisonnier de ses chimères. Elle, seulement. Elle, pour toujours. Poser le genou à terre et me noyer dans l’abîme. Terreur et colère se succédaient sur son faciès grisonnant. Un flux de sentiments intermittent. Le combat d’une vie intérieure. Une erreur de plus, soufflée avant que le repentir et l’échec ne me punissent. J’étais condamné par un mal qui me dépassait. Un revers pourri de la médaille, épandant ses poisons sur nous. Je me détestais de ces efforts exécrables et de cette soirée rêvée. Je me détestais d’essayer et de tomber encore. Je n’étais bon à rien. Seulement aux déceptions. Aux abandons. Mes prunelles glissaient sur la table. Une vision déchirée sur les lettres brodées à la surface du menu. Une vision perdue, loin de ses opales électriques et de nos angoisses calcinées. Mille nuits de fantasmes, essoufflée sous les jougs du destin. La fièvre était virulente. Elle se glissait dans mes entrailles. Jillian m’en voulait. Et je restais là, immobile au milieu des tirs, paralysé sous les coups des blessures infligés par la parole. Je n’avais rien fait pourtant — Cette serveuse était une inconnue surgissant du passé. Une aventure honteuse, consumée sur les bordures de la plage. Il y en avait des dizaines comme elle. Des femmes et des courbes caressées, enlacées puis possédées. Des étreintes disséminées pour étouffer l’envie d’elle. Pour échapper à l’amour au-dessus des nuages. Celui de Soren, des clichés qu’elle gardait précieusement sur les meubles. Un fantôme se couchant sur nos tentatives. Un visage qui hantait son âme et repoussait la mienne. Je soupirais en relevant la tête. L’instant se brisait entre mes cils. Il y avait le feu dans son regard. Des crevasses et des rochers, qu’elle brûlait pour venger sa douleur. L’air perforait mon coeur. Une odeur saturée de souffre, coulant péniblement dans mes bronches. Je suffoquais dans mes vêtements. Je suffoquais au son des verres claqués et de l’alcool versé. L’instinct primaire me sommait de me lever. De courir vers la bécane et de laisser le moteur rugir sur le goudron. Une fuite qui en présageait une autre. Le retour à mes anciens vices, sans les responsabilités d’une relation et des comptes à rendre. Je pinçais les lèvres et buvais une gorgée de champagne. Le grand jeu se transformait en spectacle de guerre. Un échafaud où le bourreau portait la lame jusqu’au sang. La malaise s’abattait sur nous. Je fronçais les sourcils et fixais les silhouettes autour du restaurant. Je ne voyais pas de désastre. Puisque nous étions ensemble. Qu’il suffisait d’un rire pour briser le silence. Il lui suffisait de me faire confiance. Mais elle refusait de se détacher de ses doutes. Elle refusait de croire au sentiment qui s’affolait dans ma poitrine. Je me redressais afin de me pencher vers sa joue. « Jill. » Une plainte susurrée à même la peau. Le souffle humidifiée par l’émotion et l’alcool. Le besoin irrépressible de la tenir entre mes lippes, de déposer des promesses sur les commissures rosées de sa bouche et de succomber dans ses bras. « T’as pas envie d’y croire, pas vrai ? » Je plissais les yeux. Elle avait tant de choses à me reprocher. Le baiser sous la pluie. L’évasion, ailleurs. L’absence de retours, de messages. Le manque de considération face à son suicide raté. Je grinçais les dents en me posant sur mon siège. Elle ne voyait pas mes raisons. Le chagrin lancinant, au creux de ma gorge. L’impression de vivre en apnée. De ne jamais respirer. Parce que je ne savais pas qui j’étais. J’ignorais tout de mon père et de mes origines. J’avais besoin d’une trêve. J’avais besoin de m’éloigner de tout et surtout d’elle. Les images revenaient tout à coup. Dan et le magasin d’équipement sportifs. L’incapacité de formuler ma rage, de le blâmer d’être parti. Un secret qui pesait sur ma chair. Un secret que je me refusais d’énoncer par peur de blesser ma mère. « J’ai pas envie de parler de cette connasse. Je me souviens même plus de son prénom. Ce que tu fais là, c’est juste un prétexte pour me prendre la tête. » Je haussais les épaules avec nonchalance. Sa détresse s’épandait sur la mienne. Je devenais désagréable. Le voile tombait et la carapace se refermait sur les jolies attentions. Mon attitude changeait, tout à coup. Le monstre se réveillait et l’égoïsme obstruait ses yeux. « Vas y. Dis-moi ce que tu as sur le coeur. Pourquoi tu as la haine à ce point ? Je ne suis pas le premier mec à t’avoir quitté. On était même pas ensemble. » Je me renfrognais, croisant les mains sur ma poitrine. Je portais le verre à mes lèvres. Tel qu’elle me l’avait ordonné, je trinquais à nos tragédies. Au poignard meurtrier qui rencontrait la poitrine. A la blessure qui gangrenait et la conscience qui s’endormait lentement.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Mar 11 Sep - 20:39

Tu seras toujours là dis ? Ne me laisse pas Rhys, tu sais que sans toi, la vie est triste. Le souvenir de cette scène remonte alors que l’alcool dévale. Les deux étendus sur le lit de Jillian. Les phalanges prêtes à s’étreindre. La fin du lycée qui sonne comme un chapitre interminable. Les regards qui se croisent. Rhys qui sourit en déposant un baiser sur sa tempe. Un jamais murmuré dans un souffle que Jill veut capturer de ses lèvres. Un sourire d’opale en guise de réponse. Et leurs mains qui se scellent. L’éternité, c’est eux à cet instant. Mais tout est noir, tout s’embrase.Le réveil brutal au milieu des coupes qui cognent.
Le réveil douloureux sur le par-terre de cendres.
Le réveil agonisant face à la peine qui les saccage.
Les mots deviennent des poignards. Ils se logent entre les côtes de la blonde. Une douleur lancinante qui déchire son ventre. La poitrine comprimée par une respiration pillée de toute envie. Le regard vidé des émotions passées. La colère devenant un fantôme. La tristesse se fondant telle une couche trop épaisse de son derme. Elle l’écoute mais les idées sont au bord du vide. Et le rire se fait sarcastique. Le rire sonne faux. Elle boit une nouvelle gorgée. L’alcool se faisant roi là où la blessure saigne.
Les bulles qui taquinent son palais comme les mots assassins.
Elle recule dans sa chaise et pose une main sur la table. Ses phalanges tremblantes s’accrochent à la nappe nacrée. Une bouée de sauvetage dans cet océan de cruauté. La disgrâce d’un amour qui bouffe la poussière. Le bonheur qui devient un ennemi. Une guerre entamée où les balles font rage. Une guerre perdue d’avance pour la blonde. Le corps en alerte du pire. Le coeur en exil du mieux. Elle hausse les épaule, lassée.
— J’ai la haine contre moi-même.
Sa voix est calme. La tempête s’éloignant au profit d’une accalmie. La douleur si forte qu’elle atrophie ses pensées. Elle n’a plus la force. D’hurler. De se battre. De faire saigner les contours écorchés de son myocarde. Elle lui a fait la guerre comme une forcenée. En implorant son retour. En l’imaginant prononcer les mots qui font peur. Ceux qui dérangeant. En se rêvant sienne au milieu de toutes les autres. L’abandon semble plus simple. L’aimer devient usant. L’aimer devient une folie à l’état pure. Une maladie qui dévore la chaire et bousille tout sur son passage. Une maladie privée de traitement pour laquelle Jillian voudrait faire le grand saut. Les pieds coincés sur une corde raide telle une funambule. Rhys au loin et l’envie furieuse de le rattraper.
Le fil qui cède.
La chute qui disloque son corps. Et lui qui disparaît pour se perdre dans des draps brûlants.
Pour l’oublier comme un vieux souvenir. Ceux qu’on enterre dans une boîte.
— Je croyais que ton retour ne signifierait rien. J’étais persuadée que te détester devenait l’option la plus facile. Et j’y arrive pas. C’est ce que tu veux entendre ? Savoir que depuis l’âge de quinze ans, t’es là, ancré en moi. Même avec les autres. Même avec Soren. Tu es une drogue. Un putain de poison qui me consume depuis des années. Et personne n’a réussi à me sevrer. Tu te bats contre le souvenir de Soren. Et tu vois pas que je me bats contre moi-même. Contre mes sentiments. Et ça me fait un mal de chien.
Les confessions deviennent des aveux tremblants. Elle se livre à lui comme si demain tout se stopperait. Comme si leurs chemins allaient se séparer. Comme s’ils ne seraient plus que des inconnus d’une histoire dévastée. Des années à l’aimer en silence. Des années à arborer le rôle de la meilleure amie. Des années à rêver de plus quand il se perdait auprès des autres. Des années à se perdre dans les bras de ses frères en pleurant. Des sentiments qui ont semé le pire. Des sentiments qui sont devenus une agonie lente.
Une douleur exquise qu’elle a voulu redemander pourtant.
Rien que pour être avec lui. Rien que pour se sentir aimée.
— Mais on était pas ensemble. Alors pourquoi ce serait important.
Elle lui sourit. Le visage peignant la tristesse. Les armes baissées et le coeur écrasée par la souffrance. L’avocate se lève et prend la fuite. Elle cogne avec hargne contre la serveuse et se retrouve dans les toilettes du restaurant. Le grand miroir offrant son reflet sur un tapis macabre. Le silence pesant qui côtoie sa respiration saccadée. Ses mains posées sur le marbre. Les dorures qui rappellent le luxe des lieux. La beauté des matières qui efface le chaos. (…) Les secondes qui s’éternisent et la porte qui claque.
— Rhys, j’ai vraiment pas envie de te. voir. Et la gorge qui se bloque. Et le regard qui vacille. Les images qui deviennent un précipice. Leur rencontre à l’aube d’une enfance brisée pour le gamin. Les éclats de rire. La complicité. L’émoi. Les accolades. La distance. L’annonce de ses fiançailles et le regard brisé de Rhys. Le baiser sur ce porche avec la pluie qui imbibe leurs vêtements. La mort de Soren. Les appels sans réponse. L’eau qui retient prisonnier son corps inerte. Le réveil à l’hôpital. La voix de Teddy, de Layton, de ses parents. Les messages aux abonnés absents. Ce bar. Les retrouvailles. Toutes ces filles. Toutes ces anonymes. Leur baiser. La chaleur de leurs silhouettes. Les éclats de voix. La culpabilité. La haine. L’amour. Le désir. Tout défile trop vite. Ses pensées ne suivent plus la mesure. Elle va le regretter. Elle le regrette déjà.  — Verrouille la porte.
Il reste pantois. Et c’est elle qui s’approche dans un élan vif pour abattre le loquet. Elle le regarde. Une demie-seconde qui prend une allure d’éternité. Plus rien ne compte. Les phalanges qui s’accrochent à son tissu. Les lèvres qui cherchent les siennes. Le bonheur retrouvé d’une sensation d’euphorie. Mieux que tous les cachets. Mieux que la dope. Mieux que la vie, putain. Jill l’attire contre elle en reculant. Son bassin cogne le rebord du lavabo. Mais ça n’a pas une once d’importance. Sa bouche devient l’empreinte de la sienne. Les pulpes amoureuses et ébahies. Elle soupire, se laisse aller et oublie les regrets. La culpabilité s’éloigne quand le désir gronde. Les étoiles deviennent des aimants. Ils s’accrochent comme si leur vie en dépendait. Les caresses s’alimentent de la haine. Les baisers deviennent un hymne à l’amour.  Elle se hisse sur le marbre et l’autorise à frôler l’interdit. Ses cuisses se referment autour de lui. Il est pris d’assaut par les phalanges qui font tomber les couches de tissu. Les pulpes de l’avocate devenant une aquarelle sur son échine. Une peinture revigorante. Une peinture nommée vie.
— Je te veux. Je te veux depuis trop longtemps.
Les confessions qui ravagent le creux de son oreille. Sa main qui devient détentrice de son désir. Là où les caresses débutent. Là où la soie devient violente. Un tango entamé sous le témoin dévoilé de la chaleur. Elle le fixe sans abandonner. Elle le fixe en le sentant vibrer. Comme elle vibre. Lèvres contre lèvres. Souffle contre souffle. Elle devient sienne. Elle vient la posséder de ses mains, de cette tentation au coeur. Sa robe qui remonte. L’échine maculée qui offre un goût d’Eden.
Et elle n’a jamais été aussi vivante qu’à cette seconde-ci.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Ven 14 Sep - 2:36

La vision floue entre les rétines. Des images ravagées par l’absence et la peur du vide. Je la regardais en silence, l’apnée au creux des poumons. Un amour qui s’éclipsait alors que le coeur propageait le mal dans les veines. J’étais parti sans elle, rêvant d’une évasion lointaine. Seul face à la mer. Seul dans ma tête. Ma silhouette se perdait entre les courbes de l’horizon et ses nuances rougeoyantes. Vingt ans de fantasmes. Vingt ans à l’imaginer sous les draps, à effleurer ses joues et ses lèvres. Nous étions deux amoureux, chacun dans son nuage. Nos visages s’éclairaient sous les néons des lampadaires et des mégots de cigarettes. Une fumée sordide, roulant au fond de la gorge comme une goutte de poison. Le sentiment devenait brûlant. Une attraction fatale déployée sur nos chaires mutilées. Je ne répondais plus. Jillian avait ses illusions — milles pensées où j’étais toujours coupable. D’avoir trompé. D’avoir menti. D’avoir abandonné. Des tords mélangés au désir ardent. L’écho tragique d’un amour qui résonnait dans l’âme. L’impulsion fiévreuse. Puis l’impulsion nocturne, froissée sous les paupières de ces étrangers qui s’agitaient autour de nous. La serveuse, les autres filles, le vieux couple attablé près de la porte. Des apparences mouvantes au milieu de la scène, spectatrices de l’échafaud qui menaçait de décapiter nos espoirs. J’étais pris au piège. Mes épaules se redressaient et mon esprit entamait le voyage. Une amorce où l’erreur prenait doucement forme. Un point jeté entre les côtes et l’organe vital, donnant lieu aux échos d’une douleur fébrile qui se distillait dans les souvenirs. Cette enfance baisée par le manque. Un gosse sans famille, réfugié dans ses bras, humant son parfum et sa lassitude. Une vie superposée à la sienne, à ses douleurs et ses craintes. Comment pouvait-elle croire que la distance effaçait le lien ? Qu’il suffisait de la quitter pour oublier ? Pour se détacher complètement ? Je l’avais senti en moi. A chaque instant. A chaque cachet. Je m’étais raccroché à la céramique. Aux désespoirs imaginaires. Sans elle. Sans Teddy et Layton. Ma carcasse à la dérive. Mais mon coeur, à ses côtés. Mes pensées et mes promesses. Rien n’avait changé. Mes jambes vacillaient sous la table, ébahies par les enchainements de syllabes. Des paroles balancées sous influence. La colère qui tailladait les bronches pour nous soustraire à la réalité. Des injures lasses d’être répétées. De toujours poignarder le dos. Elle se levait pour disparaitre au bout du couloir. Ses talons brillants, lançant un appel à l’aide. Une détresse partagée entre deux. Le temps était suspendu sur les cadrans de l’horloge. Des secondes filantes, devenues minutes puis éternité. Le doute se frayait un chemin dans mon crâne. Et si la chute était imminente ? Si les cachets revenaient à l’assaut, remplissant son gosier de nuances édulcorées. Je déglutis en me redressant brusquement. Ma démarche se précipitait dans le hall, criant pas à pas, son nom écorché entre mes lippes. Jillian, arrête de te cacher. Arrête de me repousser. Je poussais la porte des toilettes. Son profil se dessinait dans la pénombre. Une lumière tamisée, créant l’illusion d’une chambre close, une seconde dimension parallèle au monde extérieur. Elle balbutiait ses mots en dansant autour des flammes. Un incendie qu’elle voulait éteindre mais qui brillait d’avantage sous la pulpe de mes doigts. Puis tout à coup, les bouches fracassées et l’étau impérial de la passion refoulée. Tout s’entrechoquait. Tout s’emmêlait. Je happais ses hanches afin de la serrer contre le mur. Une étreinte profanée où la peau était le dernier sanctuaire. Je soupirais au creux de son oreille — laissant la trace sinueuse de nos baisers engendrés par la collision inattendue. « Quoi? » Elle se hissait sur le marbre et m’attirait dans une tourbillon de sentiments. La robe se hissait, dévoilant l’éclat ivoire de ces courbes rêvées. Je m’approchais, prêt à mourir entre ses cuisses. Prêt à braver l’interdit dans la chaleur de son étreinte. Jill déployait ses ailes. Un être de lumière libre. Une créature féerique, cheminant autour de ma poitrine. Et tel un papillon de nuit, je m’approchais de la source originelle. Je me noyais en elle, le coeur cramé et le souffle braisé, lorsqu’il tombait sur son cou. Une étreinte moite, fuyant d’une hanche à l’autre. Asphyxiant mon égoïsme et mes craintes. L’impression de respirer les cendres de Soren. De l’évacuer dans un soupir enchanté. J’arrachais la dentelle et les voiles d’une intimité qui nous rongeait la moelle. L’effleurement bestial suivi du feulement animal. Une tension qui se relâchait, enfin. La frustration de toutes ces années de silence. Nos corps s’emboitaient gracieusement, animés par l’envie. Un idéal insaisissable échappant à nos paumes liées dans un chevauchement de mouvements rapides. Un exercice du coeur qui se déhanchait dans une valse harmonieuse. L’instant se déchirait sous mes paupières. Les songes, la mélancolie et la fièvre. Nos vices éparpillés sur le carrelage reluisant. Jill se débattant entre mes bras, succombant aux contrebasses du plaisir qui s’achevait au son de sa voix. Puis la coupure brutale. Une harmonie décalée. Encore une fois, je n’avais pas eu le temps de nous protéger. Un désir sans morale et sans latex, jeté dans les profondeurs de l’océan turbulent. Je me retirais en serrant la mâchoire. «Tu me rend dingue ! » Un murmure haletant, échoué entre ses lèvres. Un baiser ininterrompue tatoué comme un aveu sur ses muqueuses. « J’vais avoir les couilles bleues … » Je me plaignais en remontant mon pantalon. « T’as envie de moi mais t’en parles comme si c’était le virus Ebola. Je crache pas sur du bon sexe mais tu me kiffes depuis que tu as quel âge ? Dix ? Douze ans ? J’avoue, je suis lent. J’ai commencé à te remarquer plus tard. Tes fiançailles ça été un électrochoc. Mais t’es une évidence, Jill. T’es une putain d’évidence. J’ai besoin que tu sois ma meilleure amie. Que t’écoutes. J’ai besoin que tu comprennes que je suis pas puceau. Cette serveuse, une autre … Tu peux pas faire une crise parce que j’ai le malheur d’aimer le sexe. » Une façon un peu étrange de la rassurer. De lui demander de me faire confiance et de sceller nos existences dans un voyage incertain entre les étoiles.
J’ignorais tout de nos présages.
J’ignorais tout des sentiments.
Mais j’avais cette nécessité à l’aimer.
Cette nécessité à la toucher.
Fais moi confiance, merde.
J’ai pas de père ailleurs.
J’ai plus aucune raison de partir.
Je le jure.

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MessageSujet: Re: pink lemonade + rhysian   Ven 14 Sep - 15:43

Elle cède.
Elle ne réfléchit pas. Les pensées mécanisées par le désir. Celui qui dévore. Celui qui brûle. Elle perd pieds. La volupté de l’instant se greffant à la sensualité. Cette envie hardante qui emprisonne sa chaire. Les regards qui se croisent, qui tiennent tous les discours de ce monde. Les mots n’ont plus besoin d’exister. Les étoiles gagnent. Elles se rejoignent pour briller à l’unisson. Leurs univers contraires qui entrent en collision et viennent tout balayer. Elle soupire à même sa peau. Ses phalanges graciles empoignent sa nuque et remontent dans sa chevelure. Et sa chute de rein se cambre. Les pensées deviennent impures. L’étau de ses cuisses qui se serre. Elle vient l’emprisonner et le dévore d’un regard amoureux.
À cet instant, il n’y a plus qu’eux.
Les échos du plaisir. Les échos des rêves réanimés.
Les silences qui s’imposent parfois.
Leurs lèvres se possèdent. Les rictus se font rois. Les tissus chutent au sol. La dentelle détaillant le sol froid. L’union de leurs corps formant une symphonie inégalable. Elle l’embrasse, Jill. Elle l’embrasse comme si sa vie en dépendait. Comme si son monde allait s’arrêter de tourner.
Comme si demain disparaîtrait sous un ciel orageux.
L’avocate se cramponne. Telle une forcenée. Une enragée qui refuse de le perdre à nouveau. Ses ongles qui glissent sous l’échine échaudée. Les traces rougies qui s’imposent. Elle vient le marquer. Pour que le goût de l’éternel subsiste. Que les souvenirs demeurent intacts lorsque la rosée du matin déploiera ses ailes.
Ses sens flambent. Son coeur s’emballe. Sa gorge s’assèche. Leurs souffles ne sont plus qu’un rythme qui s’unit. Une mélodie. Une ode à la luxure. Une ode à la vie. Elle est vivante. Tellement vivante. La chaire en exil de tout ce qu’elle veut lui souffler. De ces mots bloqués au fond de sa gorge qui se métamorphosent en une envolée lyrique. Des baisers tendres. Des baisers passionnés. Les émotions contrastes et l’apogée qui se transforme en gloire éternelle. Ses pulpes calées à même cette épaule robuste. Une respiration saccadée où l’oxygène devient denrée rare.
Ses hanches tremblent. Comme tout son corps. Le plaisir. L’envie.
Et cette peur cruelle de l’abandon. L’idée dévastatrice de le voir disparaître. Jill devenant l’orpheline de ses sentiments, de son amour. Alors me laisse pas. Pars pas cette fois-ci.
Mais les mots ne sortent pas. Ses phalanges font glisser le tissu de dentelle sous sa robe. Elle se relève et sent les mèches ondulées qui collent à sa nuque. Puis, les confessions effleurent son myocarde. Elle le fixe. Les yeux brillants. La clarté émeraude qui s’ancre au maculé des murs. Les aveux deviennent des vérités surprenantes. Comme si elle s’y attendait pas. Comme si ça paraissait inespéré.
L’Electrochoc. Elle s’en rappelle. Tout le monde réunit dans le grand salon. Sa main mêlée à celle de Soren. La nouvelle qui a claqué comme une gifle pour Rhys. Le regard noir de colère. Le recul imposé. Elle n’a rien su lui dire. Elle n’a rien su faire. La blonde a été spectatrice de l’effet domino. Une chute frôlant l’agonie. Les félicitations. Les voeux de bonheur. Les baisers chaleureux. Son regard vide de toute émotion lorsqu’elle le détaillait dans ce coin de la pièce. Elle aurait aimé s’avancer. Elle aurait aimé l’entendre parler. Mais il n’a rien dit. Il s’est contenté de la voir s’offrir à un autre. Sans chercher à la retenir. Sans oser prendre l’ultime risque. Et plus rien. Sauf les doutes. La colère. l’incompréhension. La fuite.
L’espace d’une seconde, Jill se demande. S’il aurait été prêt à lui demander de tout quitter. S’il aurait prêt sans la vodka imbibée dans les veines à la choisir. Elle. Rien qu’elle. Malgré toutes les conséquences que ça aurait imposé. Mais le passé semble loin. La culpabilité subsistant pourtant. Mais la blonde peut plus reculer.
Elle ne veut pas. C’est ça l’évidence. Son évidence. Celle gardée sous le silence depuis des années. Celle remplacée par des sourires mensongers. Par un palpitant gangrénée à cause de l’absence.
— Mais je suis en colère ! Je déteste ces filles qui ont été plus moins importantes que  moi pendant toutes ces heures. Plus importantes que nous.
Ça avait commencé au lycée. Son dos plaqué aux casiers à le regarder, sourire charmeur courbé sur ses lèvres. Toutes ces silhouettes féminines autour de lui. Toutes celles qui essayaient d’attirer l’attention. Jill, témoin attristée du chaos. Ça a continué. Ça n’a pas arrêté de tourner à l’envers. L’ivresse comme nécessité chez lui. La peine comme seconde peau chez elle. Spectacle pathétique. Des hurlements déguisés derrière des sourires. Une haine exacerbée pour toutes les autres. Toutes celles qu’il a préféré. Toutes celles à qu’il a offert de l’attention.
Les égratignures au coeur. Les bleus à l’âme.
Alors, Jill elle est dit plus rien. Elle se rapproche de lui et le force à reculer contre le mur. Ses idées sont floues. Ses sentiments se galvanisent. Il courbe l’échine. Sa bouche emprisonne la sienne. Une morsure légère pour graver l’instant. Et ses ses pulpes se perdent sur sa peau. Ses mains font chuter le pantalon sur ses chevilles. Les caresses deviennent de la soie. Ses phalanges prennent le relais de ses lèvres. Ses lèvres reviennent victorieuses sur sa peau comme une terre d’exil. Elle le rend fou à l’embrasser, le caresser de sa bouche, manier la douceur et le vice au détour de ses yeux tentateurs. La blonde s’impose comme la seule. Comme l’unique. La reine de coeur qui pique à vif son désir. Elle lui offre l’éternité. Elle lui offre son monde. Son univers brisé. Sa vie bancale. Ses démons qui rôdent. Elle lui offre le pire et sans doute le mieux. Elle se donne à lui dans des caresses qui se suspendent par instant pour le voir en redemander. La sirène s’éprend de son parfum. Les effluves qui déchaînent les sens. Les effluves qui lui font tourner la tête. Et elle reprend. La mécanique reprend. L’instant dure. L’instant s’éternise. Puis le précipice est là. Et elle sourit. Elle le regarde de cet amoureux. De cet air victorieux. Sa bouche vient s’emparer de la sienne dans une dernière étreinte. La fusion cramant la peau de l’anglais. La fusion lui offrant le plaisir abandonné.
— Tu peux aimer le sexe. Les mots forment une danse au creux de son oreille. Elle vient la mordiller, la chercher de ses canines alors que ses mains glissent le long de son torse. Ses phalanges devenant le miroir de sa peau claire. Ses doigts venant le posséder de caresses furtives mais tellement vivifiantes. — Mais qu’avec moi. C’est une option imaginable ? Elle hausse les épaules avec un air désinvolte. C’est ce qu’elle veut Jill. Une putain d’exclusivité au milieu du désordre. Elle veut le rendre fou. Le rendre accroc comme elle l’est. Lui faire réaliser qu’il pourrait n’y avoir qu’eux si seulement il le voulait aussi. Et durant quelques secondes, un éventuel refus vient la faire trembler de peur. Elle pense au pire. Elle revoit les scènes de l’absurde. Le palpitant qui se serre. Les muscles qui se contractent. Et ses lèvres qui voudraient murmurer tellement plus. — Je veux continuer à te rendre dingue.
Ses yeux sont un hymne à l’amour.
Un paradis d’ivoire dans lequel elle se perd avec lui.
Les cendres défiant la glace.
Le volupté de l’instant emportant tout sur son passage.
— Je t’attends dehors. Je compte pas rentrer seule.
Une manière symbolique de passer leur première nuit ensemble. Une manière symbolique de tendre sa main vers la sienne pour un avenir à deux. Malgré les peurs. Malgré l’imaginaire souillé par les autres filles. Le coeur en alerte de cette envie d’y croire. Le coeur en alerte de l’aimer. Même quand ça fait mal. Même quand ça ronge sa moelle. Même quand ça bloque sa respiration.
Même quand j’ai la sensation de crever Rhys.
— Rhys ? La main sur la poignée, Jill se retourne. Elle le fixe de cet air doux. Celui qui lui confère une beauté d’ailleurs. Une grâce qui épouse ses formes. Une malice qui possède le vert de ses yeux.  — J’avais quinze ans. J’avais quinze ans quand t’es devenu une évidence.
Quand je suis tombée amoureuse sans comprendre ce qui se passait. Quand j’ai imaginé que ma vie ce serait avec toi et personne d’autre. J’avais quinze ans quand t’es devenu mon alter-ego, ma moitié, mon jardin d’Eden, mon paradis. J’avais quinze ans et je savais pas qu’on se ferait la guerre. J’avais quinze ans et je voulais seulement que tu m’aimes.
Et elle disparaît dans l’allée du restaurant. Elle quitte l’endroit pour l’attendre dehors. La brise glacée qui refroidit les souvenirs brûlants sur sa peau. Une inspiration profonde pour lui permettre de reprendre ses esprits.
Se dire que tout peut s’écrire.
Se dire que tout pour se reconstruire.
Si seulement, ils se donnaient la peine de faire les choses bien.

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