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Victoria Walker

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MessageSujet: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptySam 1 Sep 2018 - 22:45



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L’ego humain. L’ego surdimensionné. En voilà une bien délicate chose. Ces personnes qui sont les plus simples à cerner. Contradictoirement, les plus difficiles à cadrer. Des âmes fissurées qui cherchent à surcompenser leur quotidien en ayant une vision supérieure de leurs êtres. La personne la moins appréciée d’une fratrie cherche à retrouver son estime de soi. L’homme ignoré par un crush cherche à soigner ses sentiments dans les bras de quelqu’un d’autre. Tout le monde en a, mais ceux dont l’ego s’affirme aux dépens des autres sont les plus compliqués. Ceux qui bataillent quotidiennement leur entourage, pour tout dominer, peu importe les pensées et les ressentis des autres. Souvent, ils sont aveuglés quant à leur véritable grandeur. Souvent cela est plus pathologique qu’ils n’osent l’admettre. Cecil est un très bon cas d’étude. Il ne s’est jamais dévoilé suffisamment pour que Victoria parvienne à le classer dans l’une ou l’autre des catégories. Est-il un homme fier de lui et ne fait que refléter son aisance ? Est-il un homme tellement détruit qu’il n’en a plus rien à faire de ce qu’il fait subir aux autres ? Peut-être que si la brune arrivait à résoudre le mystère du dramaturge, ce dernier arrivera à résoudre le mystère de son drame raté.

Ce soir, l’Anglaise se rendait dans le bureau du trentenaire, sans le prévenir ou crier gare. Sur un simple coup de tête, et parce qu’elle a su libérer un moment de son calendrier pour accorder au jeune homme ce qu’il a demandé. Un avis sur une de ces ébauches d’écrivain. Une opinion sur un personnage dont il voulait faire l’élément négatif clé de son récit. Écrit noir sur blanc, mais qui manquait tout de même de profondeur. Cecil aimerait peut-être autre chose, et lui comme Vicky savaient que cette proposition professionnelle n’était qu’une énième excuse pour l’homme de jouer ses cartes. Dans ce petit jeu qui a perduré au fil des années. Seulement, les deux parties n’avaient point la même définition du game. Pour l’un il s’agissait de séduire. Pour l’autre il s’agissait de comprendre. It wont be difficult to guess which is which, huh..

Au-delà de ce qu’on dit de lui. Au-delà de ce qu’il veut montrer de lui. Qui était-il vraiment ? L’ombre d’une personnalité imaginaire que le professeur prône pour extérioriser une image précise au monde ? Un sketch ambulant ? Ou quelqu’un qui se protège comme il peut dans une existence bien trop cruelle ? Time will tell. Pour l’instant, en tout cas, la brunette se contente de pousser la porte du bureau, après avoir toqué. Elle n’est pas aussi sauvage non plus. « Est-ce réellement le meilleur que tu puisses faire ? », directe. Tourner autour du pot n’a jamais été sa tasse de thé. « Donner à l’antagoniste les traits de ton ex-femme. », dit-elle tandis que ses opales inspectaient la pièce. « Est-ce une preuve d’amour enfoui, ou un simple moyen d’attiser ma curiosité ? ». Les deux hypothèses étaient probables. Surtout venant de la part d’un homme qui ne s’est jamais montré honnête envers Victoria. Il dira l’inverse. Il plaidera. Prônera la franchise. Or, ce n’est qu’un masque parmi d’autres que Cecil enfilait durant chacune de leurs séances.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyDim 23 Sep 2018 - 1:17

i don't really wanna know what's good for me,
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C’est une thèse de plus qui n’avance pas, qui s’égare inlassablement entre les murs effondrés d’une épopée qui ne verra sans doute jamais le jour. Rimbaud et Salinger ont été relégués à quelque coin plus sombre de son esprit d’un irrévérencieux geste de la main. Les pieds nonchalamment posés sur son bureau, il se laisse aller à un état idéalement placé entre la somnolence et la rêverie rousseauiste (tout du moins, c’est l’adjectif que Cecil aime employer pour donner un peu de classe à ses séances de procrastination). Radeau inconstant qui se laisse dériver au gré d’un mistral indolent, Cecil ne veut pas penser aux obligations qui le guettent depuis son bureau. Et cette thèse qui n’avance pas. Et cette pièce dont il oublie peu à peu les tenants et les aboutissants. Lui se complaît dans une inactivité qu’il n’avoue que rarement – l’épithète l’ardent est indiscutablement plus valorisant que l’apathique ou, pire encore, l’ankylosé. Le personnage le plus abouti que Cecil a créé est sans aucun doute lui-même et il est hors de question que qui que ce soit (une personne extérieure ou même sa propre conscience) s’approche un tant soit peu de la conclusion que sa personnalité n’est en réalité qu’une longue succession d’adjectifs qu’il a jugé assez pompeux et grandiloquents pour être constitutifs de ce qu’il est. Cecil n’est pas, il paraît, et il ne lui semble pas avoir un jour rencontré celui qu’il est censé être, fondamentalement. Il n’est pas sûr de vouloir rencontrer cet autre lui, a sans doute trop peur de se trouver faible, ou lent, ou indigne, incapable de s’inscrire dans l’Histoire. Il n’y avait que dans ces moments là, où il se laisse complétement aller à la pulsion de ses vices naturels, qu’il entrapercevait inconsciemment l’ombre de son propre être.
Mais que quelqu’un d’autre l’aperçoive est inconcevable.
Alors lorsqu’il entend toquer, il sursaute au point de faire dangereusement tanguer son fauteuil en arrière, cherchant à retrouver une position normale avant que l’intrus ne pose ses yeux sur lui. Dans le même temps, son visage devient rouge, ses yeux noirs, et son égo s’irrite de la mortification de s’être fait surprendre dans une telle disposition. Déjà, il s’apprête à tonner, à fulminer, à regretter la disparition des bonnes manières (tout cela à partir d’un simple je ne pense pas que nous ayons rendez-vous, et la bienséance veut que l’on prévienne plutôt que de débarquer à l’improviste, parce que Cecil aime faire compliqué plutôt que simple). Mais alors, ses yeux reconnaissent celle qui se trouve devant lui, et toute son offense, toute sa détermination retombent aussi sec, comme un ballon de baudruche qui rencontre trop tôt une aiguille en argent. Parce que c’est Victoria. Alors il se contente de marmonner un pathétique Eh mais j’étais occupé… Parce que quoiqu’il en dise, il ne peut pas tenir tête à Victoria.
Victoria, elle agite cette carte de la psychologie sous son nez – Cecil déteste ça.
Elle prend appui sur ses offenses. Elle prend plaisir à le sonder, à vouloir lui révéler des choses qui sont tout aussi bien là où elles sont – enfouies dans une des contrées les plus obscures de sa propre psyché. Alors Cecil, face à elle, il s’efforce de rester calme, d’arborer son plus beau masque. Le plus étincelant, celui qui l’aveuglera à coup sûr. Plutôt mourir que de se laisser prendre à un jeu dont il est censé être le maître. Et déjà, Victoria met sur la table ces affreuses questions qui sont bien plus profondes qu’elles ne semblent l’être en réalité. L’auteur, lui, arque un sourcil, semble juger la question de la psychologue alors qu’en réalité, il sonde ses propres réponses. Chaque mot qu’il prononce est une pièce dans cet infernal jeu d’échec, et il refuse catégoriquement les pertes, même celle d’un simple pion. Il finit par hausser les épaules, par feindre la feinte de l’incompréhension. Un jeu de mise en abyme complexe qu’il a fini par maîtriser après des années de pratique. Mon ex-femme ? Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.] Puis ce satané sourire, qui trahit systématiquement ses réelles intentions. Ce sourire alors qu’il se redresse dans son siège, arborant cet air beaucoup trop hautain, cet air qui lui donne l’air d’un ministre alors qu’il n’est qu’un écrivain raté de plus. Ses mains se joignent, ses yeux se baissent l’histoire d’un instant. Ou peut-être que si.
Il la fixe à présent, veut la déstabiliser. Il sait qu’elle ne le sera surement pas – l’effet du regard insistant a fini par se dissiper après tant d’années, se dit-il. Il se rappelle à peine de l’ébauche qu’il lui a envoyée. Ce qu’il voulait, c’était la faire réagir. Et maintenant qu’elle est là, devant lui, il peut enfin s’amuser – parce que rien ne plaît plus à Cecil les paris où il risque de laisser sa peau et son intégrité. Rien ne l’excite plus, et déjà, il aiguise ses armes. Tu poses beaucoup trop de questions, Vick. Tu as déjà envie d’explorer mon « esprit » en profondeur ? Je ne demande que ça, tu le sais. Et tant de sous-entendus se cachent derrière le lexème « esprit » que le mot en lui-même menace d’exploser. Cecil sait que Victoria sait à quoi s’attendre lorsqu’elle entre dans son bureau. Il sait aussi que la bataille sera longue, et qu’il est encore loin de l’avoir remportée.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyDim 23 Sep 2018 - 21:53



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Il feint l’incompréhension, Cecil. L’ignorance et l’absurdité. Cela aurait pu marcher. Il y a des années de cela, ou si au fond de ses yeux, la Londonienne ne percevait pas cette allure narquoise. Mischief. C’est un terme qui ne décrirait que trop bien le professeur. Habitué d’user de ses mots, tout comme elle. De ses charmes, tout comme elle. Ils se tenaient, néanmoins, à deux côtés différents de la pratique. Ils le faisaient au quotidien, mais la fin de l’un et de l’autre ne résultait pas à la même conclusion. Il n’était que débauche. Elle n’était qu’extrême droiture. Quoique… « Je ne m’en cache même pas. », se contenta-t-elle de dire. L’Anglaise ne prétendait en rien l’inverse. Même si l’allusion du jeune homme était à oublier, le sens générique de ses mots était véridique. Il a su titiller sa curiosité (à défaut d’avoir réussi à titiller autre chose chez elle, d’ailleurs), suffisamment pour que l’héritière Walker veuille creuser un peu plus. Veuille le comprendre un peu plus.

Cette étrange relation était motivée de part et d’autre par deux intérêts complètement différents. Voire même opposés. L’homme n’y voyait que l’enveloppe charnelle. La femme n’y voyait que la profondeur de son âme. « Et tu vois, ça, c’est une des principales raisons. », la démarche assurée de la brunette ne la quittait jamais. Peu importe le lieu ou les circonstances. Ses pas la mènent gracieusement à côté du bureau du trentenaire. Directe, de nature, et taquine, par habitude. Elle préfère se poser sur la surface du meuble, jambes croisées, posture droite, et une attitude des plus incendiaires. Car dans cet échange, ou dans un autre, face à Cecil ou face à un autre, le caractère de Victoria subsistait et demeurait pareil. En aucun cas elle ne laisse la main, en aucun cas elle ne cède du terrain. Sauf quand cela l’arrange, en toute occurrence. « Tellement de potentiel, et pourtant tu t’entêtes à réduire ton être à un seul et unique attribut. », le regard azure de la brune glissait sans la moindre once d’hésitation sur le corps de cet homme, osant reluquer son froc, avant de recroiser à nouveau ses opales. Parce qu’entre les deux, elle n’avait pas à passer par quatre chemins. Parce qu’entre les deux, elle n’avait que faire des sous-entendus.

« Pourquoi ? ». La seule interrogation qui compte le plus. Au-delà du fait de s’accepter comme tel, au-delà du fait d’avoir fait le deuil de ses défauts, il devait y avoir un pincé de sel supplémentaire. « Et par pitié ne me dit pas que tu es une déité de la sexualité, que tes prouesses sous les draps sont sans pareil, ou que tu es tout bonnement inoubliable. », un surplus de confiance en soi que beaucoup d’hommes semblent partager, et une affirmation mensongère que Victoria –comme toute femme sur cette terre- a entendu un bon nombre de fois. De l’exagération profonde, et de la dramatisation ridicule. La psychiatre ne savait pas pourquoi, mais à force que ce sujet revenait sur le tapis entre le dramaturge et elle, elle avait pris la décision de creuser derrière, en toute connaissance de cause. Advienne que pourra.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyLun 29 Oct 2018 - 22:00

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Ce sourire suffisant collé sur le visage, le menton appuyé sur ses doigts trop fins. Victoria lui plaît, et pas seulement en tant qu'objet de désir, pas seulement comme un défi de plus. C'est sa personne qui est intéressante – sa personne et sa façon de lui renvoyer ses caprices comme s'il ne s'agissait que de volants maladroitement lancés. Il la fixe, et pourtant, elle n'est pas oppressée par le poids de son regard – se mouve avec une assurance telle que Cecil la jalouserait presque. Victoria est de ces créatures qui connaissent trop bien les parades habituelles pour s'en inquiéter, et, systématiquement, elle l'observe s'escrimer pour l'ébranler, de ce regard indolent qui lui va si bien.
Alors Cecil se laisse tomber dans son fauteuil et l'examine à son tour. Il décide de la laisser parler, de l'écouter sans réfléchir directement à ce qu'il va répondre ensuite. Peut-être même qu'il se sentira généreux aujourd'hui, et décidera de répondre honnêtement à une des questions de la psychiatre. Mais cela n'est qu'une supputation fantasque, et un sourire narquois étire de nouveau ses lèvres. Il sait pertinemment qu'il ne se risquerait jamais à être sincère avec Walker. Elle est beaucoup trop physionomiste, beaucoup trop attentive. En un mot ; beaucoup trop dangereuse. Et si elle mettait le doigt sur quelque chose qu'il n'a pas envie de déceler ? Cecil, derrière son air cavalier, se méfie. Hybride inusité entre une valse et un duel d'escrimeurs, leur relation n'en est que plus risquée pour le professeur. Et il glorifie ce côté là. Il révère les risques qu'il prend lorsqu'il présente à Victoria, ne serait-ce que la plus infirme partie de ce qu'il est – parce que, qui sait ce qu'elle pourrait en faire, ce qu'elle pourrait en déduire, ce qu'elle pourrait comprendre. Et dans son regard insolent brille une lueur d'appréhension à chaque parole échangée – étincelle suivie des effluves du soulagement lorsqu'il se rend compte que son tendon d'Achille n'a pas encore été tranché. Rares sont ceux avec qui Cecil doit faire preuve d'un tel éveil, d'une telle adresse.
Fidèle à elle-même, Victoria est directe, ne s'encombre pas d'une gêne grossière ou de quelque tabou. Sa hardiesse fait sourire Cecil, et il doit même contenir un léger rire. Il inspire, puis enfin, se penche de nouveau, appuie son menton dans le creux de sa paume en la regardant par en dessous. Pendant un moment, il garde le silence, et on n'entend dans le bureau que le bruit systématique et obsédant de l'horloge norvégienne accrochée au mur. Cecil ne supporte pas ce bruit, et Dieu seul sait pourquoi il conserve cet objet, également franchement laid, dans son bureau. Parce que, Victoria, si je me vantais sans cesse de mon intelligence, tu me dirais que je suis narcissique, ou égocentrique. Quand je me vante de mes capacités sexuelles, tu te dis que je suis un homme, rien de plus. Il baisse les yeux vers son bureau et attrape son stylo plume pourpre, négligemment laissé sur une pile de feuille. Désintéressé, il se met à tracer des arabesques informes sur un vieux papier, également oublié là. C'est beaucoup moins désagréable de se faire reprocher la seconde chose. Et puis, tu sais bien. Il relève ses yeux clairs vers elle et lui adresse un sourire trop faux, trop doucereux, trop cavalier – trop Cecil, en somme. Ce serait signer mon arrêt de mort que de te laisser farfouiller dans mon esprit de manière trop inconsidérée.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyMar 30 Oct 2018 - 20:14



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Le regard de la brunette ne s’était pas déplacé. Toujours fixé sur sa cible. Guettant le moment fatidique où le professeur se rendra à l’évidence ; la confrontation inévitable entre tout ce qu’il défend, et tout ce qu’il pense réellement au fond de son être. La logique de Cecil était inversée. Son raisonnement ne faisait que sourire la trentenaire qui ne daignait plus baisser les yeux. Elle n’avait pas à prétendre farfouiller sur son bureau. Elle n’avait pas peur du silence, ni de la parole d’ailleurs. La psychiatre laissait ainsi son interlocuteur avancer le fond de sa pensée… Ou ce qu’il essaie de lui faire croire. La foutaise n’a jamais tué personne, non ? « C’est là où tu te fourvoies. ». Quand l’homme ne fait que vanter ses prouesses sexuelles, il se montre puéril. Un adolescent en pleine crise de puberté tout au mieux. Un animal sans raison tout au pire. « Le narcissisme et l’égocentrisme représentent le fond de la bêtise humaine. Des défauts comme tant d’autres qui décrivent justement l’homme. La sexualité quant à elle, c’est le mâle, l’animal. ». Les mains de l’Anglaise venaient rejoindre ses genoux, se posant délicatement sur le tissu de sa robe tandis qu’elle exposait le fond de sa pensée. « Tes instincts primaires ne te rapportent que des parties de jambes en l’air. Majoritairement oubliables, peu souvent remarquables. » , pourquoi diable insisterait-il sur sa magnificence, si ce n’est pour se convaincre lui-même qu’il ne peut exister de meilleurs coups que lui ? « En toute sincérité, Cecil, ce n’est pas ce qui te met le plus en valeur, ni ce qui fait de toi un homme. Par contre, ton intelligence, la facilité dont tu te joues des mots à ton unique bénéfice, c’est ce qui te rend remarquable. » , au lieu de consumer plus d’énergie qu’il ne le faut à tenter de se glisser entre des cuisses ou une paire de fesses, qu’il en laisse un peu pour donner des bribes de son panache à ses écrits et ses personnages.

Victoria est curieuse. Depuis toujours. Elle aimerait comprendre l’esprit, la manière de penser et le raisonnement aussi logique ou illogique soit-il qui se terre derrière chaque pensée, et chaque prise de décision. « Pourquoi donc ? À ce jour, tu ne m’as jamais donné de raison convaincante pour justifier ton refus catégorique. ». En d’autres termes, quel est le pire qui puisse réellement lui arriver au dramaturge ? Le mariage de Cecil n’existait plus, il ne cherchait donc plus à faire d’effort ou à se prouver à son autre moitié. Vicky n’est plus sa psychiatre et n’avait aucune obligation de se restreindre avec son professionnalisme. Concrètement, il n’avait rien à craindre. La réalité est que le jeune homme avait plus à perdre dans le cas inverse. Après s’être interrompue, l’Anglaise reprit la parole, un rictus accroché au bout des lippes. « Et surtout, penses-tu sérieusement que je n’arriverai pas à me frayer un chemin vers ton esprit, au moment où tu seras le plus fragile et vulnérable ? ». Quand la petite mort sonne, ravage et emporte tout sur son passage. Même les esprits les plus aiguisés s’y perdent. De vives joies ou à contre cœur. Les émotions fusent et les langues se dénouent. Il ne suffisait que de peu, vraiment très peu, pour tirer profit de cet instant de perdition. Vicky, elle, s’efforçait de garder ses pieds sur terre. Toujours. Très rarement éprise ou entichée. Ces moments d’abandon absolu ne se déroulaient qu’avec un certain blond, sans quoi leur relation n’aurait aucun sens. Avec les autres, cependant, l’histoire était foncièrement différente. Soit, la brune n’était pas venue ici pour parler d’elle. Elle l’était pour mieux comprendre la logique Cecilienne, s’il y en avait réellement une.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyLun 12 Nov 2018 - 21:20

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Il l'écoute. La tête appuyée sur son poing fermé, un sourire cavalier collé aux lèvres, il l'écoute – mais ne veut pas paraître trop convaincu, trop impressionné. Ce serait admettre son infériorité, avouer que Victoria en sait plus que lui – et c'est le cas, très certainement. La psyché humaine et tous ses dédales effondrés, c'est le terrain de jeu de la brune. Cecil ne s'appuie que sur un empire d'encre et de papier qu'il vend comme une réalité, en bon illusionniste qu'il est. Mais il est bien trop fier pour hausser les épaules, se défaire de son ego, et accorder à Victoria l'admiration qu'il lui doit. Alliée et ennemie, il sent qu'elle cherche sans cesse à s'aventurer en terrain miné – son propre subconscient. Alors il dresse ses barrières, ses murs, et ses forteresses. Fait de son mieux pour la déstabiliser à son tour, pour la faire reculer, pour lui faire passer l'envie de s'approcher de trop près. En réduisant leur relation à une pure attraction physique, Cecil compte détourner l'attention de Victoria de ses errances animiques, de son monde intelligible. C'est passionnant, Victoria. Et tu sais quoi ? J'ai toujours été attiré par les femmes intelligentes. Insolent, insupportable. Cecil ne peut s'empêcher d'être ce gamin irrévérencieux qu'il a toujours été, avec toute la subtilité dont peut faire preuve un homme de lettres (c'es-à-dire, finalement, pas beaucoup). Il prend une cigarette dans le paquet qui se trouve dans la poche de son costume et se l'allume, plus pour se donner un peu plus de prestance que pour satisfaire une réelle envie. Cecil ne vit qu'à travers ces mises en scène, destinées pour la plupart à détourner l'attention de ses hésitations, de ses balbutiements, de ses maladresses – rares, mais bel et bien là. Pendant que son interlocutrice le regarde tirer sur sa cigarette d'un air suffisant, elle ne voit pas qu'il cherche encore quoi lui répondre. Elle ne voit pas qu'elle l'a en effet déstabilisé avec sa science psychologue et qu'il tente comme il peut de se remettre d’aplomb, de ne pas se précipiter avec des mots qu'elle pourrait trop facilement retourner à son avantage. Des mots qui le dévoileraient peut-être un peu trop. Mais – oubliables et peu remarquables ? Victoria, comment tu peux juger si sévèrement quelque chose dont tu n'as jamais fait l'expérience ? Il sourit en coin alors que la fumée s'élève entre eux deux. Zeugma séparateur, à la fois métaphorique et concret – cette distance qui les divise. Ce hiatus mental que Cecil leur impose et ce fossé physique prescrit par Victoria. L'un comme l'autre ne semble pas enclin à abandonner ses positions. Mais je sais que tu aimes toujours en apprendre plus sur le monde. Et alors que je t'offre une occasion en or de savoir un peu de quoi tu parles, tu t'acharnes à refuser si froidement ? Tu es tellement compliquée, Victoria. Sa voix se fait volontairement plus lasse qu'elle ne devrait l'être. La caricature, c'est le ressors de Cecil – accentuer les traits ou les édulcorer, pourvu qu'ils ne soient pas fidèle à la réalité.
Mais Victoria veut des réponses, veut des explications, et Cecil n'en a pas à donner. Lui, il se protège juste, et admettre cela revient à dire qu'il a des choses à cacher, effectivement. Des secrets dont lui-même n'est pas au courant. C'est tellement plus simple de se considérer comme un homme qui porte son identité sur un mouchoir de poche – c'est tellement plus facile de vivre avec soi-même quand ce soi-même n'est rien d'autre qu'un anonyme bidimensionnel dont on connaît tout. Le professeur vit dans un havre de déni permanent – un oasis de sérénité que Victoria menace de détruire, de raser de fond en comble, avec ses inquisitions et ses yeux bleus intelligents. T'es audacieuse, Victoria. On pense que c'est moi qui suis le plus cavalier des deux à cause de mes propositions indécentes. Mais toi – toi, tu peux revenir sans cesse à la charge, insister pour pénétrer dans mon esprit, et c'est considéré comme parfaitement normal. Il la fixe à présent, intensément, comme s'il essayait de trouver la réponse à quelque question intrinsèque dans le regard de Victoria. Puis, sans prévenir, il se lève et se détourne, allant ouvrir la fenêtre de son bureau, pour aérer un peu la pièce. Silencieux, un long moment – son souffle se perd quelque part dans l'espace éventé et éhonté de la grande ville, et, l'espace d'un instant, il se sent saisit d'un vertige. Comme partagé inconfortablement entre la proximité de cette confrontation et l'immensité du vide sous lui. Et peut-être que nous ne sommes pas si différents que cela. Peut-être que si tu te posais ces questions à toi-même, tu obtiendrais les réponses que tu attends de moi. De nouveau, il se tourne vers elle, la cigarette entre les lèvres. Ce n'est qu'une proposition, bien entendu. Ce n'est pas moi, le psychologue émérite dans cette pièce, n'est-il pas ?

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyMar 13 Nov 2018 - 23:38



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Some people take no mental exercise apart from jumping to conclusions. À cet endroit, en ce moment, c’était Cecil. Et Victoria s’en délectait. De son rictus amusé et son regard transcendant. Le dramaturge venait de tendre le bâton pour se faire battre. Il était idiot de sa part de le faire, et cela serait idiot de la part de l’Anglaise de l’ignorer. Naturellement, elle allait sauter sur l’occasion sans hésitation. « Je parlais surtout de tes conquêtes ; oubliables, je suis certaine que tu te souviens rarement des personnes avec qui tu batifoles. Peu remarquables, sans quoi tu ne chercherais pas continuellement de nouvelles proies. ». L’homme pouvait plaider l’inverse. Pour soulager sa conscience ou tenter de se sortir de ce piège monté en toute pièce pour l’engouffrer. Il pouvait, oui, mais cela serait grossièrement inutile. « Mais vu que tu sembles prendre la remarque pour toi, c’est que tu n’es pas si sûr de tes capacités tous comptes faits. ». C’est un terrain glissant que de s’aventurer avec Victoria dans un sujet pareil. Un danger imminent. Qu’il se cache derrière sa cigarette, sa fumée maladroitement évaporée dans la pièce, le trentenaire. Pourvu que ce bouclier futile puisse le préserver.

Vicky l’observe, sans bouger d’un iota. Daignant finalement répondre à son second questionnement. Si c’en était un, bien évidemment. « Au contraire, je suis tout ce qu’il y a de plus simple sur cette terre. ». Parce qu’elle ne tourne jamais autour du pot. Parce qu’elle n’emprunte jamais quatre chemins différents. Tout ce qu’elle veut, c’est un peu plus d’honnêteté. Une conversation moins superficielle. Rien de plus simple. « Je t’accorde ce point. Audacieuse, je le suis bien. Par contre » et pour reprendre les mots de Cecil « Je ne veux pénétrer dans ton esprit que pour essayer de t’aider. En toute honnêteté. Alors que toi, tu ne veux que me pénétrer. Tout court. », aussi grossiers ces paroles soient-elles, c’était la vérité. Inutile donc pour elle, ou lui, de se voiler la face avec de fausses politesses. C’était le leitmotiv initial du trentenaire. Un thème caractéristique qu’il remet sans cesse sur table. Victoria l’a connu marié, l’a connu divorcé, l’a connu seul et accompagné. Peu importe l’état. « Tu devrais me connaître un minimum maintenant pour savoir que tu ne peux pas échapper à cette conversation, même en retournant mes techniques contre moi. », quand bien même il arrivait à le faire. Non pas qu’elle lui laisserait l’occasion de le faire cela dit. Parler abondamment est souvent perçu comme un point faible. À force de trop en dire, l’autre saura en tirer profit. Mais, qu’en est-il quand l’interlocuteur n’arrive même plus à se concentrer sur les mots ? Qu’en est-il quand il est incapable de donner à chaque parole un véritable sens ?

Au final, le choix n’appartenait qu’à Von Sydow. Uniquement à lui et à personne d’autre. Le choix de mettre entre parenthèses ses manies grotesques, pour pouvoir se focaliser sur ce qui est plus important. Une trame psychologique pour ses personnages, qui ne ferait pas de ces derniers une caricature en plus, à rajouter à une liste devenue interminable. « Si tu ne veux pas répondre, comme tu veux. Mais un jour, tu seras à bout de combines et tu n’auras plus d'autre choix que de parler. J’espère que tu décideras de le faire à temps. » , et ce, avant qu’il ne soit trop tard. Pour lui, pour sa vie, pour sa carrière non entamée. Une aventure d’écrivain qui n’attendait pourtant qu’être débutée, et qui promettait bien des choses à Cecil.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyJeu 22 Nov 2018 - 21:55

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Irrévérencieux. Il lui jette un regard insolent, comme si c'était tout ce qu'il pouvait lui accorder. Il se rassure, se tempère – Victoria ne le connaît pas tant que ça. Victoria scrute un dédale de carton plâtre, sans se douter une seule seconde de l'existence des catacombes gigantesques, construites sur les fondations d'un sentiment d'injustice putréfié, qui s'élèvent indolemment au sein de l'âme du professeur. Lui-même n'a qu'à moitié conscience de ses propres guerres intérieures, mais il en sait juste assez pour être convaincu que tout cela est enfoui suffisamment loin pour ne pas apparaître aux yeux de Victoria. Vick – cette généralisation grossière est presque indigne de toi. Les personnes sont oubliables, effectivement. Inintéressantes, simples, fades. La jouissance, cependant ? Elle est divine. Une épectase systématique qui se renouvelle à chaque fois. Il tire sur sa cigarette, et la fumée s'élève lentement entre la psychiatre et l'écrivain. Elle enfle, bouillonne, agonise, et meurt, en l'espace de quelques secondes, et Cecil se surprend à être plus captivé par les danses sensuelles d'une nébuleuse expirante que par ses propres mots. Je cherche des nouvelles proies parce que je ne fais pas ça pour la personne. Je fais ça pour l'apothéose. Et toutes – presque toutes, me font y parvenir. Est-ce que tu en as conscience ? De toute la divinité de la chose ? Il poursuit, alors qu'enfin son regard s'accroche de nouveau aux yeux bleus de Victoria. Elle lui résiste, encore. Elle lui résiste aujourd'hui,
Et sans doute lui résistera-t-elle encore demain,
Et après-demain. Et durant tous les siècles qui suivront.
Elle exaspère Cecil, le fascine. Comment peut-il y avoir autant de détermination dans un corps d'apparence si frêle ? Et sa sous-estimation entêtée de la gente féminine le perdra sûrement mais il se braque. Il n'a pas ce qu'il veut, donc il se braque – et au diable les bonnes intentions de Victoria. Il se fait chaque fois le serment silencieux que jamais il ne lui concédera ce qu'elle demande – même si c'est la seule chose qu'elle doive lui demander. C'est une danse macabre, et chaque sourire, chaque question, chaque geste un peu trop emprunté semble siffler la même assertive, un peu trop classique, un peu trop libertine, un peu trop vue et revue ; eh bien, la guerre. C'est la Marquise de Merteuil, c'est le Vicomte de Valmont ; un attachement qui ne dit pas son nom, une rivalité qui bouillonne et éclate en bouffées de tensions. Et Cecil laisse échapper un rire moqueur – parce qu'après tout, il ne peut que rire de cette situation. Mécanique de défense ou réelle indolence pathologique (on ne le sait pas, on ne le saura vraiment jamais). Quoi ? Qu'est-ce que c'est ? Un putain de film de Woody Allen ? Il crache sa fumée sur le côté, la fenêtre ouverte derrière lui laissant entrer un mince filet d'air, suffisant pour disperser le brouillard translucide qui expire entre ses lèvres. T'essaies pas de m'aider, Victoria. T'essaies de t'assurer qu'un caractère aussi imbuvable que le mien ne peut être le fruit que d'un complexe traumatico-pathologique. Flash info, mon amour ; il n'en est rien. Ses mots ont l'accent typique de cette affirmation détestable ; si je te dis ça, c'est pour ton propre bien. Pour t'éviter de te torturer l'esprit trop longtemps, Victoria. Et pour t'éviter de venir torturer le mien. Il refuse d'admettre qu'il a besoin d'aide, Cecil. Son esprit est splendide, pas défaillant – le fait que Victoria ose supputer qu'il a besoin d'une main tendue et d'un regard empli de bonnes intentions l'offusque, le débecte. Il est fort.
Il a toujours été comme ça. Solitaire, replié dans une cage dorée sous couvert d'une retraite émotive.
Il a toujours survécu.
Le coeur intact. Il n'a jamais fini pulvérisé sur les lattes d'un plancher bon marché. Il n'a jamais fini nécrosé et inerte. Son coeur, son âme – ils n'en finissent plus de grandir, qu'il se dit. A l'abris des mains sales et mal intentionnées d'autrui. Alors pourquoi Victoria veut-elle mettre un terme à tout cela ? Peut-être qu'un jour, tu parviendras à faire parler mon fantôme. Genre, à travers une de ces planches ouija que tu trouves dans les vides-greniers. C'est toujours plus réaliste que de penser que je te dirai ce que tu veux entendre.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptySam 24 Nov 2018 - 20:22



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En neuf ans, il ne l’a jamais comprise. En neuf ans, il n’a jamais cherché à la comprendre. Si c’était le cas, Cecil aurait saisi la simple vérité, exposée au grand jour sous son regard insolent et ses manies teintées d’impudeur. « Tu ne vois que ce que tu veux voir. Je n’ai pas besoin de faire plus d’effort que ça pour le savoir. Alors, love, je n’ai pas à m’assurer. Je le sais déjà. », et la psychiatre s’arrêtait là. Elle n’avait pas besoin d’en dire plus, et ne ressentait pas l’envie de se prendre la tête avec lui sur ce sujet. Pas tout de suite en tout cas. Pour revenir aux paroles précédentes du dramaturge, « Veux-tu vraiment savoir pourquoi je refuse tes avances, Cecil ? ». Ce n’était pas parce qu’il était un de ses patients, un jour. Le professeur ne l’est plus aujourd’hui, et quelque part, il ne l’a jamais vraiment été. Ce n’était pas non plus parce qu’il est l’ex-époux de Pippa, une vieille amie de Victoria. Cette dernière vivait sa vie avec de très simples principes ; les personnes adultes sont matures pour faire leurs propres choix. Choisir leurs propres amis et ennemis. Si l’Anglaise apprécie un minimum le jeune homme, personne ne pourra altérer cela. Parce que ça ne concerne personne, encore moins une ex-femme. « Parce que tu ne le fait jamais pour personne. », ces mots n’étaient d’ailleurs pas un reproche. « Et moi, je ne le fais que pour moi-même. », Rarement pour l’autre. Très rarement pour l’autre. Les années d’explorations sont derrière elle. Ces années, où elle se découvrait, où elle façonnait ses goûts et ses envies. Ce n’est qu’un souvenir lointain d’une vie antécédente. Aujourd’hui c’est Victoria veut, Victoria prend. Aussi simple que ça. Elle ne cède pas, elle ne donne pas. « Je ne veux le faire que pour moi-même. », et c’était par choix. Parce que le partage est trop sentimental pour elle, and she was not that kind of person anymore.

« Pour revenir aux choses sérieuses, je veux t’aider parce que tu as du potentiel. J’en ai rien à faire que tu sois pathologique ou non. Quelque part, tout le monde l’est. », et Victoria était la mieux placée pour le savoir, avec la plus grande des certitudes. Si le mal-être du jeune homme (si on pouvait décrire cela ainsi) tenait toute sa force d’une quelconque pathologie, il n’était qu’une personne parmi tant d’autre à en avoir une. Avec un vécut, une expérience, un enchaînement de péripéties qui fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. L’Anglaise ne prétendait aucunement être capable de le réparer. Si ça se trouve, il n’y a rien à réparer. Elle n’y croyait pas, mais c’était une possibilité. Tout ce qu’il y a dans cette histoire, c’est, au fil du temps et des années, les conversations et les échanges de dialogues, Von Sydow a changé de case dans le répertoire de la brune. Il passait d’une personne entièrement insignifiante à quelqu’un qui titille suffisamment sa curiosité. Aujourd’hui, il s’approchait dangereusement de la case… ami. S’il n’en voulait pas, Vicky ne pouvait pas le forcer. La trentenaire délaisse finalement le bureau qu’elle occupait, et marche jusqu’au siège. En tête la seule idée d’atteindre son sac qu’elle a abandonné à son arrivée. « Et je ne suis pas la seule à y croire, tu sais… », elle marque une pause, le temps de farfouiller pour sortir plusieurs pages de son sac à main. « … ton potentiel. », qu’elle termine. L’héritière Walker est culottée, Cecil l’a bien remarqué. Alors, elle a osé. Elle a franchi une limite qu’elle n’aurait pas dû dépasser. Si pour la mère célibataire le semblant d’essai que le professeur a envoyé n’est qu’une blague de mauvais goût, d’autres n’ont pas partagé cet avis. Elle a imprimé ces pages, et était sur le point de lui expliquer ce qu’elle en a fait. « J’ai montré ça à mon éditeur. », les pas féminins traçaient leur chemin jusqu’à l’homme, pour une énième confrontation. « Il ne connaît pas Pippa. Il ne te connaît pas non plus. Son avis est plus objectif que le mien, et il a l’air de bien aimer. », les pages contenaient des remarques, des notes, et des pistes d’améliorations. « Il pense que ça peut mener quelque part. Il serait même prêt à se joindre à l’aventure. », si Cecil s’arrêtait deux secondes pour réfléchir, il devrait être en mesure de voir en Victoria ce qu’elle était ; une alliée potentielle. La personne avec des contacts. Les bons contacts. « Tu te braques pour rien, Cece. ». Le regard de la brunette ne se détache pas du sien. « Si tu veux que j’arrête, tu n’as qu’à le demander. », plus de jeux, plus de paroles. Il n’aura plus que le vide viscéral qu’il chérissait tant. « Mais j’espère de tout cœur que tu prendras ça au sérieux… », et par ça, Vicky parlait de ses écrits. Ces pages qu’elle remue maintenant sous son nez.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptySam 1 Déc 2018 - 21:39

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Son regard se fait plus dur. C'est une dominance certaine qu'il a besoin d'assertir, un coup de poing sur la table, une affirmation muette ; ce n'est pas parce que je te cours après que j'ai besoin de toi. Victoria, Cecil l'apprécie – le défi qu'elle représente pour lui, sa finesse d'esprit et chaque coup de fouet que son ses mots. Il y a quelque chose de stimulant chez elle – et c'est bien pour cela que Cecil soutient son regard altier au lieu de s'en détourner. Mais son assurance le titille parfois un peu trop – l'hardiesse avec laquelle elle empoigne son esprit. Cecil n'est réellement à l'aise qu'avec le contact physique. Une main posée sur son âme, et son coeur (son corps) qui brûle. Douleur et humiliation lorsqu'on expose ce qu'il est un peu trop abruptement, et ses murs se dressent, un par un. Aujourd'hui, Victoria manie trop bien le caducée cérébral (elle le manie trop bien, un peu trop souvent aussi). Alors il prend ses distances, se recule – son regard se fait plus dédaigneux. Lui, se retire en son âme inabordable. Ne demeure qu'une enveloppe charnelle glacée, hautaine, indifférente. L'archétype même de la femme indépendante, n'est-il pas ? Il arque un sourcil, alors que ses bras se croisent derrière son dos. Dans l'histoire de sa vie, Victoria est un personnage à part entière. Une entité inaccessible et puissante, une force qu'il ne peut pas contrôler. Elle entre systématiquement dans ses intrigues comme elle est entrée, précédemment, dans son bureau ; imprévue, indomptable, irréprimable. Et Cecil ne peut que la regarder, lutter en des joutes verbales qui, ils le savent tous deux, ne seront remportées par, ni l'un, ni l'autre, puis l'observer repartir. C'est le schéma nécessaire et dogmatique de leurs entrevues – et cette danse infernale, doctrinaire, n'est au fond enhancée que par Cecil, par son caractère prolixe, ses manières insupportables, son ego ingouvernable. Parfois, tu me fais penser à un personnage que j'aurais écrit il y a des années, tu sais. La cigarette qu'il tient entre son index et son majeur rencontre de nouveau ses lèvres. La chaleur au bout de ses doigts – une brûlure qu'il ignore. Et la fumée de glisser hors de ses lèvres, de les effleurer dans une caresse qu'il ne sent pas. Qu'il ne sent jamais,
Qu'il ne sentira jamais. Caricatural, vu, revu, rerevu. Lorsque tu parles, ce sont les échos de milliers de femmes avant toi. Il devient mauvais, Cecil. Il veut la pousser dans ses propres retranchements pour la forcer à sortir les mains de son cerveau. C'est son seul moyen de défense, présentement. Et c'est cet instinct qui le crispe ;
Se défendre. Ne pas la laisser s'approcher.
Et tant pis s'il s'en éloigne, charnellement, aussi.
Discuter est hors de sa portée à présent. Chaque geste de la part de Victoria lui semble être une moquerie sous-jacente, les signes auroraux d'une attaque prochaine. Chaque parole bien intentionnée lui apparaît comme dégoulinante de pitié. Et les feuilles qu'elle lui tend, comme une passerelle entre leurs deux ambitions, pourtant ô combien différentes, ne ressemblent à rien d'autre qu'une agression. Une claque indolore, et pourtant humiliante. Il sent que sa cigarette se froisse un peu, coincée entre ses lèvres à présent pincées. D'un geste rapide, dont on sent tout l'énervement, il retire la sèche de sa bouche, la garde entre ses deux doigts. Si ton éditeur à trouvé que ça, c'était pas mauvais... Peut-être que tu devrais te charger de te trouver un meilleur éditeur, Victoria. Froid. Glacé, même. Enfermé dans le château polaire de sa propre fierté. De sa main libre et d'un geste sec, il prend les feuilles, qui finissent leur trajet dans la poubelle à papier, à côté de son bureau. Très vite, sa cigarette vient retrouver le bord de ses lèvres – il fume trop. Rien à voir avec son allure habituelle, avec les bouffées distantes, lentes, calmes, calculées qu'il tire normalement. A présent, alors même qu'il paraît être sur le point de reprendre la parole, il semble interrompu par son propre besoin de fumer. Signe qu'il est nerveux, crispé,
(signe qu'il ne sait plus vraiment quoi dire, comment agir).
Tout cela ? Ce n'était rien. Rien qu'une putain d'excuse, et certainement pas le terreau de ce que je veux faire. Puis il se retourne vers elle. Il n'est certainement pas furieux. Énervé, peut-être. Mais son agacement est celui d'une proie qui se sent acculée et qui se débat une dernière fois pour ne pas se laisser prendre – pas celui d'un homme qui se sent tout-puissant, et qui veut assertir sa grandiose omnipotence. Pas celui que Cecil pourrait ressentir en temps normal, autrement dit. Je te fais parvenir tout cela pour tes conseils, pas pour que tu fasses jouer ton carnet d'adresse, Victoria. Je choisis ce qui m'amènera à la postérité, et t'as pas ton mot à dire là-dessus.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptySam 1 Déc 2018 - 23:44



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Un personnage. Intéressante vision. « Peut-être. Mais essaie de voir les choses de mon point de vue. », Victoria a aimé. De tout son cœur, de tout son être. Elle aime encore aujourd’hui de toute son âme. Elle a également tout donné au nom de ces mêmes sentiments. Sauf que maintenant, cette abondance d’émotions n’avait plus lieu d’être. Sa générosité sans limite n’avait plus lieu d’être. Faire passer les autres, offrir jusqu’à en périr… Tout. Ça n’avait plus lieu d’être. Pas dans son monde en tout cas. « J’ai fait le tour, Cecil. J’ai connu la trahison, le chagrin qui vient avec. J’ai connu l’amour, le vrai. J’ai connu tout ce qu’il y a de plus tangible, et tout ce qu’il y a de plus éphémère aussi. », donc, comme elle venait de dire, elle a fait le tour. Et de toutes ses histoires passées, il ne restait plus aujourd’hui qu’une seule évidence. « Je n’ai plus aucune raison de faire semblant. Je n’ai plus aucune raison de faire passer le plaisir de quelqu’un d’autre avant le mien. », et la psychiatre ne se démordait pas. Elle était ce qu’elle était. Pour le meilleur et pour le pire. Peu importe la vision du monde extérieur. Peu importe la vision de cet homme qui se dressait devant elle. Ce même homme qui tentait par tous les moyens de la déstabiliser. Amer, odieux. Déballant ses propos injurieux, un mot après l’autre, comme s’il venait de faire la révélation du siècle. À cet instant, l’Anglaise se contenta de lever les yeux vers le ciel. Des opales qui se figeaient par la suite sur Cecil pour le laisser terminer le bout de sa pensée. Et alors ? Avait-elle envie de l’interrompre. Big. Fucking. Deal. L’attitude de l’héritière Walker n’était pas originale, et alors ? Des femmes, semblables à elle, déambulaient les rues, et alors ? Qu’est-ce qu’il cherchait à se prouver en pointant tout cela du doigt ? « Et ? ». Vicky ne faisait pas semblant. Elle sentait dans le ton du jeune homme qu’il tentait de l’atteindre, sauf qu’elle n’arrivait pas à cerner ce qu’il lui reprochait. À vrai dire, c’est surtout que la brune ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qui est censé être l’insulte. « Suis-je censée me sentir blessée ? Triste ? ». L’héritière Walker n’a jamais prétendu être unique en son genre. D’autant plus qu’il n’y avait aucun copyright sur ce qu’il décrivait. La femme indépendante. « Si c’est ton objectif, Cece, ce n’est pas comme ça qu’il faut le faire. ». Si c’était son objectif, elle en serait même un peu déçue.

Victoria l’était encore plus de la réaction à venir du professeur. Déçue, parce qu’elle le savait égocentrique, mais ne le pensait pas stupide. Aveuglé. Pas à ce point en tout cas. Il n’y avait rien de mal à être entêté. Cependant, c’était une chose de rester accroché, très haut, et de tenter de faire du mal pour le simple plaisir de faire du mal. « Ravie de t’entendre l’admettre, au moins. Que ce n’est qu’une putain d’excuse. », l’Anglaise ne comptait pas revenir sur les actes enfantins du dramaturge, c’était inutile. L’enfant offusqué pour un oui ou un non. L’enfant odieux qui se rebelle en mettant à la poubelle tout ce qu’on lui propose. Au sens propre comme au figuré. « Je ne peux pas te fournir un conseil sur un personnage pareil si je ne peux pas être objective. », Pippa, ou ses traits grossièrement exploité pour un pseudo-personnage. Et Von Sydow se braquait. Digne à lui-même, il se rétractait dans un coin de la pièce. Ses airs hautains masquaient vainement sa détresse. En temps normal, Vicky aurait pris cela comme un signe pour s’éloigner. Oui. Sauf que, en temps normal, le trentenaire ne s’amusait pas à l’insulter comme il venait de le faire. Bien qu’elle ne le prenait pas contre elle, l’Anglaise n’allait pas lui offrir la courtoisie de lui laisser du répits. Ses pas qui le suivaient, le son de ses talons qui claquaient sur le sol pour l’approcher. Elle n’allait plus lui laisser de répits. La brune s’approprie l’espace personnel de son opponent , et ses doigts sa cigarette. Un magot qu’elle écrase contre le mur à proximité, une flamme qu’elle éteint avant de s’en débarrasser. « Que veux-tu de moi, exactement, Cecil ? », puis, c’est sur le menton du jeune homme que ses phalanges s’échouent. Son regard azure insiste, et ses paroles reprennent. « Dis-le, hein. Que veux-tu ? », la question n’est que rhétorique, car la réponse… oh la brune ne la connaissait que trop bien. Sa main glisse alors jusqu’au haut du torse de Cecil, bientôt suivie de la seconde. Victoria le pousse, sans le lâcher des opales, jusqu’au mur. Parce qu’il n’avait plus d’échappatoire maintenant. « Pour qui me prends-tu ? Une gamine froissée qui partira en pleurant d’ici, à cause de deux petites insultes minables ? ». En toute honnêteté, elle ne savait pas ce qui était le plus triste dans tout cela. Que Cecil repousse sans cesse les autres, ou qu’une tactique aussi juvénile porte tellement ses fruits sur d’autres, au point que le professeur l’adopte définitivement.

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptySam 22 Déc 2018 - 18:41

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Il l’écoute, même s’il n’en a pas envie. Il y a peu de gens en ce monde pour qui Cecil a un tant soit peu de respect. Victoria est de ceux-là. L’estime est infime, mais pourtant présente – s’il se braque, il n’est pas totalement fermé. Il est toujours là, à entendre les explications de Victoria, son bon sens et son entendement faisant peser chacun de ses mots sur ceux de Cecil (tellement superficiels, tellement légers, tellement inconscient). Après tout, Cecil n’est qu’un écrivain, et il ne peut pas s’improviser philosophe – ses phrases, elles ne sont qu’esthétiques, par porteuses d’une quelconque révélation. Victoria sait de quoi elle parle, c’est sa science qui éclate dans ses mots, cette maturité qui les porte et qui les envoie contre la carapace de Cecil. Il déteste ça. Cependant, sa frustration est éclipsée par l’audience que suscite en lui les paroles de la brune – « j’en ai fait le tour », qu’elle dit. Il se retourne vers elle et son regard rencontre le sien – un contact qu’il assume pour une fois, une tension qu’il ne fuit pas. Et ses prunelles supportent les siennes, alors qu’il écoute la fin de sa tirade, plus qu’il ne l’entend réellement. Tu en as fait le tour ? Sa voix est moins tendue. On entend encore, dans la bassesse de son ton, les grondements lointains de l’éréthisme propre aux animaux pris au piège – mais c’est de toute évidence la curiosité qui dicte ses paroles. Une interrogation à double tranchant, hybride subtil de la curiosité sincère et de l’incrédulité moqueuse. L’excuse de Victoria ne le convainc pas, en réalité. Cecil a toujours été abreuvé par les pensées néo-classiques, par le platonisme modernisé et les grandes théories de l’intelligible. Connaître tout ce que l’humain peut ressentir est, à ses yeux, une prétention ambitieuse, voire orgueilleuse. L’hubris du deuxième millénaire, la vanité des scientifiques qui pensent que la totalité de l’étant en tant qu’étant est cartographiable. Risible. Allez Vick. T’as quoi ? Même pas quarante ans encore. Est-ce que tu penses vraiment que tu as vu tout ce qu’il y avait à voir ? Et peut-être aussi que Cecil, il est tellement embourbé dans le mensonge, tellement intoxiqué par la lymphe hypocrite qui coule dans ses artères, qu’il peut pas admettre que certains aient déjà trouvé qui ils doivent être. Que certains assument déjà tout ce qu’ils sont – il refuse de tolérer un tel schisme. Est-ce que ce ne serait pas plutôt une excuse, hein ? Pour te sentir mieux dans la peau de celle que tu veux être ? Ca doit effectivement être agréable que de se persuader que l’on a plus rien à cacher, que l’on a plus à mentir. Je te comprends quelque part, Victoria – mais, pitié, trésor, ne viens pas me dire que tu as tout vu.
Il se rapproche d’elle dans la pièce, probablement pour mieux s’en éloigner sur le plan psychique. Ses yeux se plissent, et ses lèvres se crispent autour de sa cigarette. Bâton de brouillard qui lui engourdit l’esprit et les doigts, qui apaise un tant soit peu ses nerfs endoloris, ses nerfs fiévreux. Alors qu’il s’appuie contre son bureau, ses doigts viennent masser ses paupières – il a l’air agacé, en réalité, Cecil, il est embarrassé. Il s’est foutu dans une position inconfortable, voire douloureuse. Il a joué son joker, cette carte froissée et sale de la violence verbale et de l’agressivité. Mais Victoria est encore là. Victoria est restée alors qu’il est imbuvable – elle n’a pas tourné les talons, n’a pas claqué la porte pour le laisser seul avec les échos de ses interjections.
Elle est encore là.
Et Cecil ne comprend pas.
Et les formes polychromes qui se dessinent sous ses paupières,
Et les roulements sourds de son sang qui tonnent contre ses tympans,
Ca le distrait, ça lui fait oublier qu’il doit répondre quelque chose (mais qu’il n’a rien à répondre).
Cecil, il est pas sanguin, il est pas lymphatique. Cecil, c’est un nerveux, et c’est maintenant que les nerfs lâchent, explosent ; maintenant que cette tension permanente qui bouillonne sous sa peau cède pour laisser place à un silence terrorisant. Cette conversation tourne mal – pour lui, pour les illusions qu’il se fait sur sa propre personne. Pourtant, au lieu de déclarer forfait, il s’accroche à sa baïonnette comme si la femme en face de lui était vraiment son ennemie. Il n’en est rien. Il le sait (pourtant, il continue à se battre).
A se battre contre le vide.
Je ne sais pas ce que j’attends de toi, Victoria ! L’exclamative est lancée comme une conclusion. Un point final au silence assourdissant qui bourdonne dans sa gorge. Sa voix se casse un peu sur la fin – il sait qu’il ne devrait pas dire ça. Ces mots, ils sonnent bien trop comme une résignation. Comme l’aveu d’une défaite sur laquelle il veut fermer les yeux. Et si je veux quelque chose de toi, si j’attends quelque chose, ce n’est certainement pas tes expertises psychologiques. Et je ne comprends pas – Il s’arrête – son ego lui entrave la gorge. Il prend une grande inspiration, déchiré entre la détresse de la soumission intellectuelle et la fierté que lui inspire cet homme qu’il veut être (mais qu’il n’est pas.
Et qu’il ne sera jamais).
Pourtant, il continue. Je ne comprends pas pourquoi tu t’obstines à me mettre dans cette position. Il secoue la tête, et tire longuement sur sa cigarette – dans l’espoir vain que la fumée engourdisse ses muscles, son esprit, son cœur, ses intestins. Dans l’espoir vain de ne pas ressentir cette angoisse thétique au fond de son être. C’est plus un jeu, maintenant, Victoria.

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Victoria Walker

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MessageSujet: Re: shameless (cecil)   shameless (cecil) EmptyJeu 27 Déc 2018 - 19:13



i have never seen a greater monster or miracle than myself.
— w/@cecil von sydow




Pourquoi était-ce si difficile pour Cecil d'y croire ? Cherchait-il inconsciemment à justifier son désir incessant, insatiable, d'en avoir toujours plus, d'en vouloir toujours plus ? Les questions auxquelles le professeur n'oserait jamais répondre. Peut-être n'en est-il même pas capable. Oui, Victoria en a fait le tour. Elle a vu ce qu'elle avait à voir. Pour d'autres personnes, peut-être, ils s'attardent plus sur des futilités. Pour d'autres personnes, peut-être, la recherche de soi n'a pas encore abouti. Mais, Vicky, elle se connaît. Elle connaît suffisamment sur elle-même pour savoir ce qui lui plaît, ou lui déplaît. Elle accepte ses goûts et ne s'en cache pas. Il y avait tout de même une nuance à établir ; l'Anglaise est on ne peut plus discrète sur sa vie privée, les hommes qui partagent ses draps. Sauf qu'elle ne se prétend pas farouche. L'innocence l'a quitté bien plus tôt qu'elle ne l'aurait souhaité. Bien plus tôt qu'elle ne l'aurait espéré. Elle n'avait pas son mot à dur là-dessus. Alors, encore une fois, oui, la brune en a fait le tour. Elle a vécu, et/ou subi. Tout ce qu'il y a de plus pur. Tout ce qu'il y a de plus beau. Tout ce qu'il y a de plus monstrueux. Tout ce qu'il y a de plus immonde. Et quelque part, Victoria s'est trouvée. Ses convictions se sont forgées. Ses goûts ont rapidement suivi. Et l'héritière Walker ne se cache pas. Jamais. « D'accord. », sa voix calme. Une tonalité qui demeure la même depuis que la psychiatre s'est introduite dans cette pièce. « Laisse-moi te retourner la question, en la formulant autrement. », parce qu'il le fallait. Parce que Von Sydow ne pouvait plus y échapper, maintenant. « Que peux-tu, toi, me rapporter de plus que d'autres hommes ?. », Cecil a besoin d'admettre une vérité. Sa virilité ne fait pas sa force. C'est sa vulnérabilité la plus cruelle. En acceptant d'être aussi volage, il a accepté une illusion. Il est tombé dans un piège. Se dire qu'il est maître de ses agissements. Qu'il a droit à sa liberté, qu'il a droit de l'exprimer. L'Anglaise n'en connaît pas plus que Cecil a pu lui dire, ou que Philippa a pu lui raconter, certes, mais c'était suffisant pour établir une hypothèse. À force, le professeur s'est égaré. À force, il est devenu bien trop facile de l'embrumer davantage. Cela aussi, il ne l'admettra pas. Alors Victoria s'approche de lui, à nouveau. Dans cette promiscuité physique retrouvée, elle joue avec le feu. Au-delà de tout, c'est la moralité de la brune qui l'a toujours empêché de flancher, face à lui. Il était bien trop vulnérable ainsi. Il était un beau parleur, mais il était un homme bien trop vulnérable. « Il suffit d’un seul geste mal placé pour t’incendier les veines, Cecil. », comme les phalanges de la brune qui s'échouent maintenant sur le menton du dramaturge. Leurs bouts se hissent le long de son torse, survolent chaque bouton de sa chemise. Ils se frayent un chemin insidieux, amorcent une illusion qui ne se manifeste pas. Car la voilà, s'éloignant déjà de l'homme pour reprendre la parole. « De nous deux, s'il y a quelqu'un qui se cherche des excuses, c'est toi. », sur vendre ses prouesses, c'est une belle excuse. Ne parler que de ça, c'est une belle excuse. Pour empêcher les autres d'aller plus loin. Soit on lui collera l'étiquette de la perversité et on l’évitera. Soit on trouvera sa libération des plus irrésistibles et on succombera.

Avec Victoria, aucune de ces deux options n’était envisageable. Par son réalisme, la trentenaire s’éloignait de la première. Par pure moralité, elle ne tombait pas dans la seconde. Tout être humain est en parti animal. Prétendre l’inverse, c’est se fourvoyer. Elle n’était pas la mieux placée pour juger Cecil et son narcissisme. Elle se permet les remarques assassines, sauf que toute personne qui comprend cette femme un minimum sait que rien n’est jamais pour omettre un jugement. Elle ne faisait que pointer l’éléphant du doigt. Pour confronter ce qu’il y a à confronter et passer outre. C’était ce qui se passait avec le jeune homme, en partie. Pied contre le mur, il devait se rendre à ses propres évidences. Et Victoria s’éloigne. Impose un minimum de distance physique pour le laisser enfin respirer. Elle pouvait achever de l’étouffer, ici et maintenant, mais ça ne servirait à rien. Sauf à le braquer davantage une fois la vague de remise en question passée. « Ça ne l’a jamais été, Cece. », un jeu. C’est un terme qui n’a jamais définit Cecil aux yeux de la brunette. Il était l’âme de sa plus proche amie, à une époque. Il était un patient. Il était un être, à part entier, qu’elle n’a jamais considéré comme un jouet. Leurs joutes verbales, ce n’était pas un jeu non plus. C’était le seul moyen pour permettre au professeur de communiquer, à sa propre manière. « Pas pour moi, en tout cas. ». Aucun jeu ne dure une décennie. Pas même un jeu de séduction. « Si tu ne connais pas la réponse, essayons de la trouver. Veux-tu ? »

(outfit)


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