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 i will not fall from grace (yasin)

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Logan Ramirez

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MessageSujet: i will not fall from grace (yasin)   Dim 26 Aoû - 21:22

(tenue) | Tu croises tes jambes. Tu les décroises. Tu soupires. Tu fixes le mur en face de toi. Tu te dis que t'aurais peut-être dû insister pour avoir un rendez-vous plus rapidement. Que t'aurais pas dû laisser les choses se faire en attendant de te retrouver enfin ici. Un mois et demi entre ta demande pour le voir et aujourd'hui. Un mois et demi durant lequel ta vie est complètement partie en couille, durant lequel t'as vu le pire défiler sous tes yeux. Mais tu ne peux pas lui en vouloir pour le délai, tu ne peux pas lui en vouloir de ne pas t'avoir programmée plus tôt. T'es pas la seule de ses patientes, t'es pas la seule qui ait besoin de lui. Tu secoues nerveusement ta jambe, tu regardes une nouvelle fois ta montre. Il n'est pas en retard, c'est toi qui es en avance, comme d'habitude. T'es dans un silence de mort, seule dans la salle d'attente. Tu prends un magazine sans vraiment en lire le contenu, tu tournes simplement les pages en attendant que le temps passe. N'importe quoi pour t'empêcher de penser, pour t'empêcher de réfléchir à la situation dans laquelle tu t'es foutue. Pas maintenant, pas quand t'es seule.
Tu vas pour sortir ton téléphone quand la porte à ta gauche s'ouvre. Machinalement, tu te lèves et tu ne peux réprimer un sourire en croisant le regard de Yasin. Et tu fonds, peut-être un peu. Tu lui sers la main, sûrement trop longtemps, et tu rentres dans son cabinet. « Ce plafond m'avait manqué. », que tu dis le ton rieur, les yeux vers le haut. T'es à peine arriver que tu cherches à oublier tes problèmes, que tu cherches à détourner l'attention pour parler d'autre chose. Comment tu veux t'en sortir si tu continues d'agir de la sorte ? « Vous allez bien, Yasin ? », tu lui demandes en posant de nouveau ton regard sur lui, ton plus beau sourire ornant tes lèvres décorées au rouge à lèvre. T'en fais trop, et tu le sais très bien. S'il ne remarque pas ton intérêt certain, c'est qu'il est profondément débile. Tu t'installes à ta place habituelle et le manège recommence. Tu croises et décroises les jambes ; t'as beau être tout sourire Logan, t'es toujours autant stressée. T'es toujours autant horrifiée parce qu'il t'arrive. Tu te passes une main dans la nuque, tu te racles la gorge, tu remets tes cheveux en place. Y'a rien qui va, absolument rien. Et c'est pas la belle gueule de Yasin qui va te réparer. Non, t'as besoin de ses mots, t'as besoin qu'il te rassure, qu'il te fasse comprendre que ça va.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Lun 27 Aoû - 12:12

Les jours filent, depuis le début de l'été. Comme une danse sans fin. Un défilé de patients ininterrompu, ne laissant à Yasin que quelques maigres jours de congé pour souffler. Il ne s'en plaint pas. Il est plus fatigué qu'à son habitude, mais il arrive encore à le cacher. Puisqu'aucun de ses patients n'est là pour s'accorder une pause, puisque personne ne l'attend impatiemment chez lui, il se perd dans le travail.
L'été est une rude période, mais tellement intéressante. Il peut proposer des nouvelles choses à ses patients, les inciter à sortir, à s'épanouir au soleil - pendant que lui croupit derrière son bureau. Sacrifice qu'il fait le sourire aux lèvres, lorsqu'ils voient les progrès réalisés. Quand il voit ses ados anticiper la rentrée scolaire avec excitation plutôt qu'anxiété, quand il voit les marques de bronzage d'une patiente ou deux complexées par leurs corps.
Quand il laisse filer, entre ses doigts, un patient après plus d'un an de consultations et de progrès - elle est là, sa récompense.

Aujourd'hui n'est donc qu'un jour comme tous les autres, à l'exception seulement de son rendez-vous avec Logan. Rendez-vous que Yasin appréhende. Ils ne pensaient pas vraiment se revoir, la dernière fois, ils n'avaient pas planifié un futur rendez-vous - ce qu'il fait automatiquement, en règle générale. Et celui-ci avait été pris il y a longtemps. Beaucoup trop longtemps. Alors il a prit le temps d'ouvrir son dossier et de relire ses dernières notes, avant d'aller la trouver dans la salle d'attente, légèrement nerveux.
Il croise son regard quand elle se lève vers lui, imite son sourire poli quand il lui tend la main. Bonjour, Logan, énonce-t-il avant de s'effacer, pour la laisser entrer.
Sa remarque sur son plafond, pourtant dite sur un ton joyeux, ne lui extirpe qu'un sentiment de culpabilité. Il avait fini de repeindre le plafond peu avant leur dernière séance ... autant dire que cela remontait à des semaines.

Il entend bien sa question, Yasin, alors qu'il s'installe sur son propre siège, le bureau entre lui et sa patiente. Mais il prend soin de réfléchir à sa réponse. Il ne peut pas répondre "je vais bien, merci, et vous ?" au risque de se voir répondre "je vais bien". Ce qui couperait bien vite la conversation et entâcherait le déroulement de la séance. Puisque commencer avec un mensonge n'était pas en sa faveur. Alors il doit s'appliquer et déposer un peu de matière dans leur échange, de quoi commencer à construire leur discussion.
Ma semaine a été bien chargée, par conséquent je me sens fatigué. Et je vous dois des excuses, Logan, pour vous avoir fait autant attendre avant cette séance. Tellement attendre qu'il a dû mal à retrouver le ton de leurs échanges passés. Comme si la couleur s'était effacée au lavage, au passage du temps. Comme si les teintes naturelles, essentielles, n'appartenaient qu'au passé. Elle a mit du carmin sur ses lèvres, souligné ses grands yeux, appliqué de nouvelles couleurs qui ne seront jamais tout à fait les mêmes. Et il la déteste un peu pour ça - pour le distraire, pour dérober son attention. Il le voit dans ses moues et son jeu de jambes, qu'elle n'est pas à l'aise, qu'elle joue avec lui. Peut-être l'un ou l'autre, peut-être les deux. Se dérober ne sera pourtant pas une option. Et vous, comment allez-vous ?
Aujourd'hui, hier, la semaine passée, au moment de la prise du rendez-vous. Qu'est-ce qui a pu changer dans le quotidien de la brune ? Il veut savoir, rattraper le temps qui s'est échappé, recoller les morceaux d'elle, impatiemment.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Sam 1 Sep - 22:48

Tu chasses ses excuses d'un geste de la main et d'un sourire, comme si cette trop longue durée sans le voir était sans conséquence. Tu fais comme si ça ne t'atteignait pas, comme à l'habitude. Mais ça t'a bouffée, Logan. Seule, face à l'adversité. Seule, face aux trop nombreuses attaques. Tes confidents éparpillés, soit trop loin, soit trop occupés pour que tu veuilles les déranger avec tes petits problème. Parce que c'était ça au départ, simplement ça. Quelques types mal attentionnés au sein du Red Velvet, une proposition malsaine. Et le mal-être qui s'est installé innocemment, creusant toujours un peu plus profondément dans ton crâne, sous ta peau jusqu'à tes os. Ça s'est propagé sans que tu t'en rendes compte, et c'était bientôt trop tard. T'as plus osé rien dire, t'as plus osé rien faire. Tu t'es piégée toute seule entre les pattes de Cerbère et dans les yeux gelés du flic. T'as repoussé l'échéance, t'as voulu tout contrôler toute seule, mais t'as lamentablement échoué.
Tu penses trop, tu ressasses, mais ça t'empêche pas de sourire, jamais. « Faut vous reposer, Yasin. Vous avez déjà pensé à prendre des vacances ? », tu lui demandes, tes yeux plantés dans les siens. La couleur est presque la même, t'as eu le loisir de t'y perdre à de trop nombreuses reprises. C'est pas sain, et tu le sais très bien. C'est pernicieux, c'est mauvais. Mais t'as jamais réussi à t'en empêcher, t'as jamais vraiment réussi à borner cette attirance que tu lui dévoues. « Si vous voulez, j'peux vous montrer les plus belles choses qu'offre le Mexique. » Une proposition qui s'veut innocente, mais bourrée de sens cachés. La retenue, c'est pour les autres.
Mais il brise tes aspirations Yasin, il te ramène au sol avec cette question pourtant légitime. Comment allez-vous. Un ricanement passe trop vite entre tes lèvres, sans que tu aies le temps de l'arrêter. T'aimerais bien savoir toi-même comment tu vas. C'est qu'un cauchemar ambulant, depuis des semaines. Ce n'est que douleur, supplication et insanité. Toi qui voulais être le témoin silencieux, la nana dans l'obscurité qui laisse passer et qui fait comme si de rien n'était. Mais tu t'es retrouvée entraînée contre ton gré. Tu t'es retrouvée de l'ombre à la lumière en une poignée de jour. Propulsée au milieu de la table alors qu'on cherche à festoyer sur ton corps. Cerbère qui t'a abordée en premier, puis Smith qui s'est rajouté comme de l'huile sur le feu. Comme une explosion, le danger brûlant qui attire pourtant l'œil, qui appelle vers sa chaleur. Et toi, t'as couru droit dans les débris. Alors non, tu ne vas pas bien. Non, tu n'es pas tranquille. Non, tu ne te sens pas en sécurité. Plus maintenant. Plus jamais. Et pour une fois assez rare pour être notée, tes iris quittent celle du psychologue. Tes yeux, ils préfèrent se poser sur le pied d'un canapé, un peu plus loin. Parce que c'est plus simple de mentir à ça. « Quelques petits ennuis au travail. », que tu lâches. Un euphémisme à peine dissimulé. T'auras beau dire tout c'que tu veux, il saura que ce ne sont que mensonges. C'est son boulot. « Vous savez, y'a toujours quelques risques quand on fait un métier comme le mien. », t'ajoutes avec un rire trop forcé. Tu lui as déjà parlé du Red Velvet, tu lui as déjà parlé du stress avant de monter sur scène. Tu l'as déjà invité à venir te voir, sans succès. Mais là, c'est plus qu'une peur de la scène qui te dévore. C'est la peur de crever.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Sam 8 Sep - 15:38

Les voilà reparti. Dans cette danse infinie composée d'évitements plus que de rapprochements, de vide qu'il faut combler – sans pour autant effacer entièrement. Le silence avait son importance. Ce n'était pas qu'une question de suivre le rythme, il fallait aussi que Yasin l'impose. Qu'il s'aventure sans trébucher sur le chemin de ses pensées.
Pour le moment, il en était encore à prendre ses marques. Il ne peut s'empêcher de sourire néanmoins, quand elle lui suggère de prendre des vacances. Ce dont il rêve, bien sûr – qui ne rêve pas de déconnecter, au moins pour un moment, de mettre sa vie en pause, de s'occuper de soi avant des autres ? … Quoique. Yasin se complaît dans son métier, à garder un œil sur ses patients, un œil dans leurs vies.
Et ses deux yeux plantés dans ceux de la mexicaine. Qui ne tarde pas à en rajouter une couche et à lui proposer de visiter le Mexique en sa compagnie. Ce n'était pas la première fois que Logan lui faisait des propositions de ce genre, plus ou moins détournées. Parfois pour changer de sujet, ou tenter de détourner son attention. Et parfois, mais il n'en était pas complètement sûr, il sentait qu'une part de vérité et de sérieux se cachait dans ses propos.
J'ai eu quelques jours de congé … mais visiblement, pas assez. se contenta-t-il de répondre, avant de lui demander comment elle allait.

Parce qu'il n'avait ni le temps ni l'envie de se perdre en charabias, de tourner autour du pot pendant une heure pour la voir se ronger les ongles – qu'elle avait par ailleurs parfaitement manucurés – dès la séance achevée. Mais en lui posant cette simple question, qu'il espérait, provoquerait une réaction quelconque chez sa patiente, il enclencha plutôt une nouvelle guerre froide. Il sentit Logan se retirer au fond de son siège plus qu'il ne le vit physiquement, sentant une distance se créer entre eux.
Ce n'était pas ce qu'il avait espéré, mais une réaction tout autant. Alors, il suspecta que ses « quelques petits ennuis au travail » n'étaient peut-être pas si anodins que cela. Il sait qu'elle travaille au Red Velvet, qu'elle y passe ses soirées à se déhancher sur scène. En revanche, et malgré ses invitations, Yasin n'a jamais foutu les pieds sur son lieu de travail. Pour plusieurs raisons qu'il gardait personnelles, allant du désir de garder leur relation purement professionnelle et par conséquent, de ne pas s'afficher sur son lieu de travail – comme il évitait les autres lieux fréquentés par ses autres patients – au fait qu'il ne se voyait pas assister à un tel spectacle ; en passant par l'appréhension sournoise de pouvoir aimer le spectacle. Même si sa curiosité maladive et les invitations répétées de Logan l'avaient plusieurs fois amené à considérer son offre, son boulot envahissant l'avait jusque-là empêché d'y mettre les pieds.
Une danseuse ne devrait pas parler de risques en parlant de son lieu de travail. Vous n'êtes pas sur le chantier de construction du Burj Khalifa. Son babillement n'avait pas vraiment d'intérêt autre que de remplir la pièce avec des mots. Puisqu'il se doutait, désormais, que son travail était sans doute à l'origine de son appel, de cette séance. Il avait remarqué comment les « ennuis » s'étaient transformés en « risque » … et on qualifie une machine à café en panne d'ennuyeux, mais pas de risqué. Alors, que pouvait-il bien se passer de si dangereux, entre les rideaux en velours et les costumes de plume, qui nécessite d'en parler à son psy ?
Est-ce que je peux vous aider à trouver une solution, ou souhaitez-vous juste en parler ? Feignant l'ignorance, Yasin marchait sur des œufs. Si elle l'avait appelé, c'était déjà un pas en avant, un appel à l'aide en soi. Mais il avait besoin de plus d'informations, à présent. Il ne pouvait pas prétendre savoir. Il ne pouvait pas prétendre connaître.
Ils ne pouvaient plus se voiler la face, faire semblant de ne pas avoir confiance en l'autre.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Mer 12 Sep - 23:20

La question fatidique qui brûle, et tes réponses amères qui meurent sur tes lippes. Est-ce que tu pourrais réussir à parler ? A lui parler ? Quand t'as pris ton téléphone pour lui envoyer un message, y'a quelques jours, tu t'étais dit que ça serait simple. Qu'avec Yasin, les choses avaient toujours été simples. T'avais juste à parler, juste à sourire et attendre ses réactions. Le psy, il t'a toujours fait du bien ; de par ses mots, de ses attentions et de sa patience. Et cette idée à la con que tu t'étais mis en tête à votre tout premier rendez-vous, ce défi de le séduire, ça c'était violemment renfermé sur toi. Piégée dans ta propre connerie, t'as réussi à t'attacher salement à cet homme. A ne plus le vouloir pour ce qu'il avait l'air, mais pour ce qu'il est. Un homme bon, un homme à l'écoute. Un homme, un vrai. Yasin, il n'est pas de la trempe des brutes qui te malmènent sur ton lieu de travail. Il n'a pas l'œil lubrique de ces types qui viennent te voir sur scène. Il n'est pas de ceux qui s'intéressent à la danseuse. Non, il s'intéresse à toi, Logan. Et putain, ça t'avait tellement manqué. T'as bien ton frère dans le coin, à promettre sa présence encore et toujours. Mais malgré toutes ces belles paroles, Luvian n'est plus que l'ombre de lui-même. Toi, t'as beau essayer de le rattraper, mais tu le sens sombrer un peu plus chaque jour, ta main glissant contre la sienne sans jamais réussir à la saisir.
Tu te racles la gorge, tu baisses les yeux. T'évites ce visage qui t'inspire pourtant tellement de confiance. Et c'est d'une voix tremblante que tu reprends enfin la parole. Le silence, tu ne l'avais pas entendu s'installer. « Peut-être, j'sais pas. » Trouver une solution, la douce ironie, s'il le savait. Entre Cerbère et Smith, la seule solution qu'on t'ait proposée, c'est l'ouverture de tes cuisses. Pas d'échappatoire, prise au piège dans une cage aux barreaux extensibles. Il a beau bien parler, Yasin. Il a beau avoir les bons mots, mais ce ne sont pas de jolies paroles qui vont te sortir de cette spirale dantesque. Les jambes qui se croisent. Qui se décroisent. Ton stress qui se traduit dans tes membres inférieurs. Peut-être que tu trembles un peu, aussi. « On me demande plus, toujours plus. Et j'me dis que c'est sûrement de ma faute, en fait. C'est le côté moins reluisant de la réussite. » Mais ta réussite, elle est empoisonnée. Star du Red Velvet, danseuse phare du cabaret. L'atout de charme. La meilleure cible. « C'est toi qui couterait le plus cher », c'est ce qu'on t'a dit, à plusieurs reprises. Le plus cher, 10 000£ plus exactement. Le prix de ton corps à leurs yeux et entre les mains sales.
Tu relèves les yeux et dans un élan de courage, tu croises le regard de Yasin. T'as sans doute les larmes qui montent, mais t'as le crâne trop déconnecté pour le comprendre. Parce que tout te revient en pleine tronche, tout se bouscule dans ta mémoire. Les enveloppes grossies par les billets. La présence quasi permanente de ces trois types derrière toi. Cette filature en pleine nuit. Ce sms que t'as dû envoyer à Smith alors que tu craignais pour ta vie. Et ton corps qui s'entrechoque contre le sien. Ça te donne la nausée. « J'en peux plus, Yasin. Je sature. » Ta tête se fait lourde sur ta nuque, et c'est dans tes mains qu'elle se réfugie. Tu fermes les yeux, tu laisses le noir t'enrober un peu plus chaque seconde. « Je crois que je vais mourir. », tu lâches finalement dans un murmure. Un appel à l'aide, un cri de détresse. Une prière, au seul dieu qui pourrait l'entendre.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Jeu 13 Sep - 14:36

La moitié du travail de Yasin consistait à apprivoiser ses patients et leurs problèmes, l'autre moitié de son travail … ne dépendait aucunement de lui. Si la personne ne voulait pas lui parler, alors il ne pourrait rien y changer.
La torture, avait-il découvert, ne le servait pas dans le cadre de son travail.
Alors, malgré le fait que Logan avait fait le premier pas en sollicitant cette rencontre, il ne pouvait rien pour elle si elle se renfermait et ne le laissait pas voir le reflet de ses soucis. Il n'était pas du genre à baisser les bras et à renvoyer ses patients dans le même état que celui dans lequel ils arrivaient jusqu'à lui – néanmoins, il ne pouvait pas imaginer des solutions s'il ne connaissait pas le problème. Il devait faire confiance à Logan. Il devait lui faire confiance ; elle finirait par céder, par se libérer. Aussi s'abstint-il de tout commentaire après sa question.
De tout commentaire quand il la voit baisser les yeux devant lui – fait bien trop rare pour être souligné. De tout commentaire quand elle lui répond quelques mots, la voix cassée, l'espoir brisé.
Qu'est-ce qui avait réussit à faire courber l'échine à Logan Ramirez ? Il a l'impression d'avoir prit une claque, d'avoir régressé avec elle de manière exponentielle, comme si la tableau qu'ils avaient peint ensemble, au fur et à mesure de leurs séances, était à nouveau vierge de tout progrès. D'un blanc mortuaire.
Il tient sa langue, pourtant. Il attend – et la suite ne tarde pas à franchir les lèvres de la danseuse. Ramassis d'inepties. Heureusement qu'il savait qu'elle parlait de son boulot, parce que dans d'autres circonstances, ses fichues paroles ressemblaient bien trop à un discours de victime qui s'accusait. Les mâchoires de Yasin s'étaient serrées sans qu'il ne puisse le contrôler. Logan avait tellement travaillé pour être là où elle était, pour briller sur scène, qu'il avait bien du mal à croire qu'elle ne pouvait supporter ni le travail, ni la réussite.

Pensif, il ne dit toujours rien, essayant de se faire à l'idée absurde que Logan lui disait tout ceci en étant complètement transparente sur ce qui se passait dans sa vie. Il n'est pas insensible, cependant, aux yeux de la mexicaine qui s'embrument quand elle ose enfin soutenir son regard. Pas insensible quand elle crie au secours, derrière ses mains, dans la noirceur de ses pensées. C'est une étoile qui se meurt sous ses yeux.
Un train qui le fauche, à pleine vitesse, quand ses neurones déchiffrent le dernier message qu'elle lui délivre. Non. Le mot a traversé la barrière de ses lippes bien plus vite qu'il ne l'aurait cru. Il aurait voulu toucher Logan, mais le bureau qui se dressait entre eux compliquait les choses. Et il ne voulait pas se retrouver dans une position mi-debout mi-penché, et parfaitement inconfortable. Alors il se lève et fait le tour de son bureau, pour venir prendre l'une de ses mains dans la sienne, et son menton dans l'autre. Il tourne doucement ce dernier pour pouvoir la regarder dans les yeux, pour être sûr que ses paroles s'incrustent dans les recoins de son esprit et y chassent la stupidité qui s'y est imprégnée. Tu ne vas pas mourir. Il ne s'était pas attendu à un burn-out. Il n'y a aucun mal à dire stop, ou à demander moins de charge de travail. Mais il soupçonnait que la jeune femme n'était pas du genre à renoncer facilement. A tourner les talons et à oublier les sacrifices qu'elle avait fait pour se hisser à cette position. Ou à chercher du travail ailleurs. Parfois, la seule façon de continuer à fonctionner, c'est de tout plaquer, et de tout recommencer. A plus ou moins grande échelle.
Yasin parlait d'expérience. De son expérience. Fuir, diraient certains. Lui avait fini par embrasser sa décision, et ne la regrettait aucunement, à l'heure actuelle. Il voulait qu'elle sache que ces options étaient envisageable. Qu'il n'y avait personne à impressionner pour garder sa santé mentale. Finalement, il relâcha son menton, sa main, conscient qu'imposer son contact physique n'avait peut-être pas été la meilleure décision qu'il ait faite. Il avait agit par instinct, mais il se fiait à celui-ci.

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Sam 15 Sep - 23:21

Tes mots ne doivent sûrement rien dire. Ta réaction doit être démesurée. Et tu te dis qu'il va sûrement se moquer de toi, que tes petits problèmes sont moindres face à ce qu'il doit entendre à longueur de journée. Que ce ne sont pas tes histoires qui vont retenir son attention. Putain, t'es tellement inutile, Logan, à perdre le temps des autres de cette façon. Tellement inutile à te plaindre comme une enfant. Mais pourtant, tu n'arrives à vous contrôler, toi et tes tremblements. Toi et tes larmes. Ces dernières, elles laissent un sillon sur tes joues, laissant ton maquillage waterproof intact. Comme quoi, y'a des trucs qui fonctionnent encore normalement dans ta vie de merde. Non. Ce mot qui vient trancher le silence ponctué de tes sanglots. T'as pas le temps de comprendre que ça vient de Yasin, t'as pas le temps de réaliser que c'est sa silhouette que tu discernes contourner le bureau. Que ce sont ses doigts à lui qui entre en contact avec ta peau chevrotante. Que ce sont ses yeux qui capturent les tiens. Tu déglutis, Logan, tes muscles se desserrent sous l'effet de son touché. Et son regard, tu te perds dedans. Quelques secondes, peut-être des minutes, tu ne sais pas vraiment. Tu t'y raccroches, pour éviter de sombrer en Enfer. T'y retrouves ton souffle. T'es en sécurité, ici. C'est c'que tu comprends à ses paroles, à son affirmation. Ton trépas n'interviendra pas. Pas en ces murs, en tout cas.
Il se veut rassurant, Yasin. Et il y arrive, dans un sens. Mais il n’a pas tous les éléments, il n’a pas toutes les clés en main pour comprendre ta souffrance. Pour apaiser cette douleur destructrice. Tu n’arrives pourtant pas à lui expliquer, pas alors que tu le sens si proche de toi. Pas quand tu ressens cette chaleur se glisser sur ton épiderme par son contact. Pas quand ton cœur se remet tout juste à battre.
Mais il s'écarte, ne laissant que le froid prendre sa place. Les peaux de nouveau éloignées, mais ton regard est toujours planté dans le sien. Tu n'arrives plus à t'en défaire, comme si c'était la seule chose qui te tenait encore en vie. Chercher ailleurs, qu'il t'a dit. Oublier le Red Velvet, tirer un trait sur tout ça, tu y as déjà pensé. T'as déjà songé à tout plaquer. Mais tu t'es vite rendue à l'évidence : c'est la seule chose que tu sais faire. Tu n'as aucun bagage professionnel. Tu n'as aucun diplôme. T'as même pas été foutue de rester à l'université. Danser, divertir, ce sont les seules choses que tu es capable de faire pour gagner ta vie. Et putain, t'as travaillé tellement dur pour en arriver là. T'as bossé jusqu'à faire souffrir ton corps, t'as bossé jusqu'à briser ton esprit. Pour être la meilleure. Pour être celle que tu es maintenant. Non, tu ne veux pas abandonner le Red Velvet aux mains de Cerbère. Tu ne veux pas abandonner une carrière et une réussite de la sorte. Pitoyable, de se contenter d'une semi-popularité dans une ville de seconde zone. « J'peux pas. », que tu finis par lui dire. Impossible pour toi de tourner les talons. Impossible de faire autre chose, parce que t'es bonne à rien à part utiliser tes formes et ton sourire. « Qu’est-ce que j’pourrais faire ? C’est la seule chose où j’suis réellement bonne. » Bordel, t’as même sacrifié ta relation avec Guillaume pour ce boulot. Pour cet eldorado désormais nécrosé par la pègre et la prostitution. Pour ce rêve déformé en cauchemar. Perdue dans ses iris, t’aimerais délier ta langue. T’aimerais tout lui avouer, Logan. Mais t’as tellement peur de sa réaction, de ce qu’il pourrait penser de toi. Peur qu’il se sente obligé de le répéter. Yasin, tu lui fais aveuglément confiance. Tu lui confierais ta vie s’il le fallait. Cependant, tu restes persuadée qu’il a des obligations face aux forces de l’ordre, à la justice. Comment garder le silence quand on vous avoue des choses pareilles ?
Du revers de la main, tu effaces les larmes présentes sur tes pommettes. Tu te racles la gorge, et c’est à contrecœur que tu quittes son regard. A partir de quel moment seras-tu obligée d’arrêter de lui parler, si jamais tu trouves le courage de lui conter tes déboires ? A quel instant devras-tu positionner ta protection avant ta santé mentale ?

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MessageSujet: Re: i will not fall from grace (yasin)   Dim 16 Sep - 22:06

Le scepticisme autour de la profession de Yasin lui revenait parfois en pleine face. Que ça ne sert à rien, que ce n'est qu'un charlatan, un beau parleur qui se complaît de la souffrance des autres. Qu'il se contente de s'asseoir dans un fauteuil et de faire semblant de prendre des notes, de dire « hum-hum » derrière des lunettes qui lui donnent un air hautain, de citer Freud et Sauron à longueur de journée sur des tons monocordes ne changera pas la donne. Qu'il ne fait rien, à part écouter et espérer qu'on ne remarque pas ses baillements. Qu'il s'en met plein les poches. Des dizaines et des dizaines d'exemples qui au final, veulent tous dire plus ou moins la même chose.
Sauron putain. Il avait faillit passer ses nerfs sur le type qui lui avait sorti ça.
- face à la détresse de Logan, il voulait bien les croire, ces rumeurs. Inutile. Inutile. Inutile. Inutile. Comme un néon qui déconne, c'est le seul mot qui grésille encore, le seul qui agite ses dernières neurones encore en état de fonctionner.
Inutile, face à ce qu'il pense être le burn-out de Logan.
Inutile, lorsqu'il tente de la rassurer,
inutile quand il propose des alternatives,
inutile quand il voit la détresse au fond de ses yeux de biche effarée.
Les quelques secondes de silence qui s'en suivent sont lourdes de sens. Si Yasin parle d'expérience, d'alternatives, et qu'il tente d'étirer l'horizon de Logan au-delà du Red Velvet, il comprend que celle-ci ne l'entend pas. Ne l'écoute pas. Ne voit pas.

Elle est bloquée, là, quelque part. Quelque part où Yasin ne peut pas l'atteindre, ni accéder. Si elle ne pouvait faire moins, ni faire autant, ailleurs, et que faire plus était ce qui avait causé la rechute de Logan, alors il se trouvait bien embêté.
Il devait avoir loupé quelque chose.
Si vous êtes aussi importante pour le cabaret, alors il y en a sûrement d'autres qui seraient ravis de vous compter parmi eux. Mais cette solution lui avait semblé inenvisageable, s'il lisait entre les lignes. Que ne pouvait-elle pas faire, au juste ?
Aidez-moi à comprendre, Logan. Aidez-moi à comprendre pourquoi tout cela est inenvisageable. Il avait beau chercher au fond de ses prunelles, ses yeux ne lui parlaient pas vraiment, en cet instant. Quelque chose manquait. Fermant les paupières, il prit une longue inspiration. Il n'aimait pas pousser ses patients dans leurs retranchements. Il n'aimait pas les forcer à parler si ceux-ci n'en avaient pas envie ; mais il avait trop longtemps repoussé cette séance, et cela avait des conséquences.
Parlez-moi de ce qui provoque vos angoisses. Parlez-moi de vos ennuis, au travail. Parlez-moi.
Il s'en foutait, qu'on le prenne pour un cliché. Il n'était pas assis dans son fauteuil et ses lunettes étaient au fond de son tiroir.
Yasin, il était debout et à terre à la fois. Crevant d'aider sa patiente mais incapable de le faire tant qu'elle ne lui permettait pas d'accéder à ses démons. Tant qu'elle ne partageait pas le poids sur ses épaules.

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i will not fall from grace (yasin)
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