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 i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).

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MessageSujet: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Dim 26 Aoû 2018 - 16:30

La silhouette de Jill se faufile au milieu des convives. Sa robe longue et couleur émeraude vient épouser sa peau de porcelaine. Des courbes ravivées par le tissu de satin. Elle attrape une coupe de champagne et vient la porter à ses lèvres pêches. Les bulles chatouillent son palais alors que ses yeux cherchent un visage connu. Une soirée de plus pour son travail. Un gala de charité organisé par son patron. L’avocate ne peut y déroger. L’idée omniprésente de faire ses preuves. Le besoin viscéral de récupérer la confiance de l’homme. Et de ses collègues. Un retour aux sources encore difficile. Y a qu’à voir le regard plein de pitié de certains. Y a qu’à voir comment d’autres craignent de la voir replonger à chaque seconde qui passe. Alors elle se bat. Elle serre les poings et ravale son agacement. Comme ce soir à l’instant où son regard croise celui de son boss. Elle lui offre un signe de la main et un sourire en coin. Un rictus où les illusions se perdent. Prête à avancer vers lui et à entamer la discussion. Mais cette dernière est coupée par la sonnerie de son téléphone.
Numéro inconnu au bataillon.
Elle hésite. Puis décroche. Une voix féminine. Un médecin. Puis les mots qui s’accolent comme un puzzle. Rhys Egerton. Accident. Personne à prévenir. Venez au plus vite. Les paroles s’accordent mal et la blonde se stoppe net. Les lèvres scellées par la peur grandissante qui lui ronge le creux des entrailles. Les secondes paraissent des heures. Le téléphone manque de basculer au sol. Comme Jillian. Ses paupières à moitié closes. Les images qui défilent. Cette boîte de nuit. Leurs regards qui se croisent. Les mots qui ravivent les blessures. L’hémorragie au coeur qui devient massive. Sa disparition dans l’ombre glaciale de la nuit. Des messages échangés pour mieux se tuer à petits feux. Elle revoit tout et ressent une décharge électrique autour du myocarde. C’est la main de son patron le long de sa chute de rein qui vient la réveiller. Elle le fixe, crédule, paniquée. Quelques excuses sont vainement balbutiées et la blonde quitte les lieux dans une précipitation significative. Ses talons aiguilles à la main, Jill file dans les rues de Brighton. Elle cours à s’en cramer les poumons. Sa respiration devenant secondaire. Les larmes prêtes à dévaler. Elle pense au pire et éloigne le mieux. La mort de Soren revient lui frapper le visage comme une claque monumentale. La peur éhontée de revivre la même chose avec Rhys. Les dernières paroles échangées prenant le visage d’un refrain nauséabond.
L’hôpital n’est qu’à quelques minutes. Mais le temps suspend son envol. Sa peau claire rougit face à la brise glaciale. Ses cheveux virevoltent et plus rien ne semble avoir d’importance. Son corps qui cogne dans certains passants. La réalité foudroyante dégomme tout sur son passage. Elle ne veut pas la perdre. Pas encore. Pas définitivement.
Même s’ils s’aiment à l’envers.
Même s’ils se tuent à petits feux.
Même s’ils abandonnent les espoirs à la porte des enfers.
Le fantôme de son fiancé revenant au galop. La même sensation. Cette nouvelle balancée sur le pas de sa porte. Cette nouvelle balancée pour anéantir son univers. Alors quand Jill arrive devant l’hôpital, sa silhouette se stoppe net. Durant quelques secondes, elle se réfère aux astres. À ce dieu auquel elle ne croit plus depuis longtemps maintenant. Elle prie. Pour lui. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de survivre. Pour elle. Pour ceux qui sont les grands absents de la vie. Pour eux. Et c’est à bout de souffle qu’elle se présente à l’accueil des urgences. Une infirmière venant la guider auprès du médecin. Et cette dernière qui évoque l’accident en question. Un trop plein d’alcool dans le sang. Une bagarre au milieu d’un bar. Une arcade ouverte. Un bon coquard. Un potentiel traumatisme crânien à surveiller. Et un patient incapable de repartir seul. Un patient qui n’en fait qu’à sa tête. Et qui ne respecte rien.
Jill manque de rire.
Jill manque de céder à l’appel des nerfs qui lâchent.
Il ne changera pas.
Elle acquiesce d’un signe de la tête et s’avance, pieds nus, dans le corridor pour gagner ce box. Il est là. Étendu de son long. Le visage portant les résidus de sang coagulé. La mine à moitié joyeuse à cause du liquide amer qui imbibe ses veines. Elle ne dit rien. Le silence portant le poids de sa colère. Ses talons à la main, la blonde s’avance. Ses yeux croisent ceux de Rhys. Un frisson se déchargeant dans sa chute de rein dénudée.
— Tu es sérieux ? J’ai quitté une soirée organisée par mon patron à cause d’une énième cuite ? Et t’es même pas assez amoché à mon goût pour faire passer la pilule.
Malgré son agacement, le soulagement est bien là. Il apaise ses muscles. Il calme sa respiration saccadée. Il panse la blessure réouverte en une fraction de seconde. L’avocate ne bouge pas. Ses yeux brillants comme prisonniers des siens.
Elle est prisonnière de ses sentiments.
Elle est prisonnière de lui.
Et rien ne pourra changer cette sensation. Pas même ses maladresses. Pas même ses mots destructeurs. Ni ses mensonges. Rien ne pourra changer ce qui se trame, Rhys. Les aveux coincés au fond de sa gorge.
Impossible à assumer, impossible à dire tout haut.
Comme si la vie viendrait la punir. Comme si Soren viendrait la hanter.
Comme si elle incarnerait ce monstre dont elle croise le reflet dans le miroir, chaque matin.
— Qu’est ce qui tourne pas rond chez toi Rhys, putain ?
Sa question est claquée à son visage comme son talon aiguille qui s’envole à son encontre. Geste vif. Geste bancale. Comme elle. Jill lâche un soupire. Elle recule. Elle sent son dos qui cogne le mur. Ce box aseptisé qui devient le refuge d’une histoire brisée. Les souvenirs remontant. Son propre corps étendu. Le bruit des machines. Les voix lointaines des médecins. Ses paupières peinant à s’ouvrir. Cette main serrée dans la sienne. Celle de Teddy. Puis le réveil. Ce trop plein dans la boîte crânienne. Ses battements cardiaques reliés à un scope. Le corps endolori. L’esprit anesthésié. Une gueule de bois qui devient un refrain fracassant.
Jill balance les idées noires d’un revers de l’esprit.
Elle le regarde lui. Elle s’imprègne de son être entier.
L’évidence est là. Celle qu’elle ne nomme pas.
— Ne compte pas sur moi pour éponger tes conneries.
Même s’il est vivant.
Même s’il est là.
Même si un nouveau face à face s’entame.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Dim 26 Aoû 2018 - 21:58

Une goutte d’alcool sur un petit feu. Des tourments qui s’élançaient et ravageaient l’estomac. Brûlure d’éthanol et blessure de coeur. L’escarre s’ouvrait et enflammait les viscères. Etrange désillusion. Des étrangers dans la fosse et une bouteille qui basculait encore, faisant couler l’ivresse dans les veines et la colère dans les yeux. Je vacillais vers le comptoir. Une rotation dans l’espace, semant l’indifférence à l’origine de la douleur, effaçant le souvenir de Jill et de ses lèvres magnifiques. Un instant égaré dans mes pensées. Un amour de guerre qui illuminait la pièce. Je me redressais en tapant du pied. Une âme d’enfant coincé dans un corps de géant. Des chaussures trop grandes, des sentiments trop vastes et l’incapacité d’encaisser, de supporter plus longtemps. A chaque fois, elle me manquait plus que les autres. Alors les verres s’enchainaient et la consommation succédait au délire. Je marchais dans le couloir, guidé par un pressentiment étrange. Des amis que je ne reconnaissais pas. Des conquêtes d’une nuit, devenues les chimères d’une existence. Ma conscience s’effritait sans elle. Sans la douceur de ses caresses et la chaleur de ses mots. Elle était là, encrée dans mes os. Une gravure qui représentait la malédiction. Vingt ans de silences et une passion qui se diluait dans une cage de cartilage. Mon reflet se moquait de tout. Le miroir me fixait et me narguait. Je lui adressais un sourire pour effacer l’expression solitaire et tragique qui affleurait sous le masque d’une désinvolture ridicule. Ils y croyaient tous. Jill, la première. Elle ne voyait que mes lacunes et mes départs. La disparition d’une amitié qui crevait au milieu des étoiles. Je soupirais en me tournant dans un mouvement théâtral. Mes genoux se repliaient et je trébuchais sur la table d’un ivrogne. Un coup de poing répondait à ma maladresse. Une bagarre sciemment commencé. Ma bouche provoquait ce que ma mâchoire encaissait. Je ne bougeais pas, laissant le mal me définir. La saveur poisseuse qui éveillait mes instincts. Le vieil homme frappait. Mais c’était Soren que je voyais. Son fantôme enragé, vengeant le baiser qui avait ruiné sa dulcinée. Les larmes perlaient au coin de mes rétine injectées de sang. Je le laissais avoir le dessus. Une violence qui s’enfonçait dans mon arcade et une peau qui éclatait sous les phalanges monstrueuses. Je ricanais, le col serré et le dos courbé, vasant de chaise en chaise. Une foule de bras qui m’accueillait pour mieux m’achever. Mon rire se transformait en sanglots. Mes paupières s’agglutinaient et mon orbite se fermait, emprisonné dans une réaction inflammatoire atroce. Des éclats de verre et des bouts de bois qui m’accompagnaient dans une chute mortuaire. A bout de souffle, je me relevais pour plonger dans le chaos. Et quand ils en avaient fini. Quand les poitrines saccadées se tournaient vers le goulot et que les consciences se détournaient. Je passais à l’attaque. Je brandissais mon insolence et cognais jusqu’à en éclater mes doigts. Une soirée qui finissait de l’autre côté de la vitre. Jeté à terre, la face contre le bitume et le cerveau en miettes. La police m’avait raccompagné à l’hôpital. Une ballade honteuse au rythme des sirènes et des insultes. L’infirmière m’avait examiné - mais je ne l’entendais pas. Sa voix se perdait dans le néant. Je la fixais et balbutiais le numéro d’urgence. Le seul dont je me souvenais encore. Le seul, qui importait encore. Puis je m’allongeais sur le lit et me recroquevillais sur les draps. Je refusais qu’on me touche. Je refusais qu'on soigne les plaies et les contusions. Tout allait bien. La douleur n’était qu’une conséquence de ces actes manqués - d’une confession coincée dans ma gorge. Je fermais les yeux quelques instants. Une accalmie médicamenteuse, berçant mon esprit et mon âme. Un impression de planer. De vivre à l’envers. Puis sa silhouette venait à ma rencontre. Une féerie ondulant entre les parois livides et les salles caustiques. Une longue robe et la teinte émeraude d’un tissu qui se reflétait dans ses prunelles. Elle était encore plus belle. Une manifestation cruelle. Un rappel perpétuel de mes pertes et de mes échecs. Elle aurait pu être à moi. Elle aurait pu me choisir et épouser mes fautes. Je me levais lentement. La chaussure cognait mon torse et je reculais pour trouver l’équilibre. « Jillian ? » Je grimaçais en me tenant la tête. Une difficulté à articuler. Une langue pâteuse et l’impression de couler. « Qu’est tu fais là ? Tu t’es battu aussi ? » Je plissais les yeux et détaillais son visage. Des couches de maquillage et des substances crémeuses au ras de ses cils. Un coquard artificiel. L’illusion d’une ecchymose. Je tendais le bras et essuyais sa paupière. « Oh mon dieu, il nous faut un chirurgien d’urgence ! Mon amie est blessée ! » J’encadrais ses épaules. Son parfum embaumait mon esprit. Je l’attirais dans mes bras et logeais sa joue dans mon cou. Je me sentais heureux. Mais sous nos étreintes, il y avait une détresse impossible à dissiper. La séparation qui était devenue une déchirure. Je n’y arrivais plus. Ses mots. Ses insultes. Les ricochets d’une réalité qui me poignardait sans cesse. « Eponge rien. J’vais tout arranger, promis.» La supplication s’évanouissait entre mes lèvres. C’était donc ça ma façon de l’aimer. Une tendresse en pointillé. Des murmures alcoolisées. Un baiser furtif que je déposais sur sa tempe avant de m’éloigner. Cette fois, pour toujours. « Va voir le médecin. Il va te soigner et moi j’vais attendre maman. » C’est plus simple comme ça. Je déglutis en fixant le sol. Je l’observais avec étrangeté puis je posais un genoux à terre. Ses pieds étaient nus. Elle devait avoir froid. « J’vais t’aider. » Grommelai-je en agitant sa chaussure. Une cendrillon qui s’improvisait sur le carrelage aseptisé de l’hôpital. La princesse et l’idiot qui s’était pris pour le héros du comte romantique.
C’était stupide.
Être là, c’était vraiment con.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Mar 28 Aoû 2018 - 7:40

Elle a eu peur. Une angoisse viscérale de le perdre. De le voir étendu sans vie sur un lit à cause d’un accident tragique. Une réalité lui claquant dans le visage comme une gifle irritante. Les méandres du deuil forcé avec la mort de Soren. Le voile noir sur ses épaules fragile lui offrant le visage d’une veuve avant l’heure. Les même mots qui auraient pu raisonner. La même sensation dévastatrice au creux des entrailles. Le ventre tordu à l’idée de replonger un peu plus en enfer. Mais les craintes sont remplacées par l’incompréhension et l’agacement. Les veines imbibées d’alcool. Le visage meurtri par des coups assassins. L’échine portant les vestiges d’une énième bagarre. D’un énième duel avec l’inconnu. Rhys n’a pas changé. Il continue à agir comme un idiot. Il ne se soucie pas des conséquences. Ni des inquiétudes que son attitude peut susciter. Jill n’en démord pas. Prête à tourner les talons et le laisser se débrouiller. Mais c’est les bras de l’homme qui viennent happer sa silhouette. Une étreinte forcée contre sa peau dénudée qui rosie sous l’instant. Son souffle chaud qui se loge au creux de sa nuque et amène un frisson. La blonde qui se tend de son être, priant les cieux pour que l’instant dure. Pour qu’ils se retrouvent dans un instant d’égarement. Là où l’avis extérieur ne compte plus. Là où l’amour triompherait. Le désir grandissant de goûter ses lèvres et la saveur de sa peau.
Mais Jill ne cède pas.
Le regard déterminé à le faire cesser tout ça. Elle tente de s’éloigner mais fait face au discours décousu de l’homme. Les mots fusent comme une rythmique qui détonne. Rien ne s’accorde. Rien n’est réel. Et c’est à terre qu’il finit en voulant lui mettre son escarpin. Une scène au romantisme dépeint dans chaque conte de fée. Mais elle n’y croit plus à ce genre de fantaisie.
Le coeur anéanti par la vie.
Le coeur gangrené par la perte.
Elle lâche un soupire et entoure son visage de ses mains. Sa silhouette s’abaisse à sa hauteur alors qu’elle le regarde de ses yeux inquisiteurs et perdus. Ils ne brillent que par le désarroi causé. Par les inquiétudes se teintant d’amertume. Les lèvres pincées alors que malgré tout, Jill se fait douce, rassurante. Le bout de ses doigts déposant un voile de coton sur ses joues. Des caresses marquées par les doutes et la culpabilité. Alchimie certaine entre les deux alors que leurs souffles se mêlent dans une union aiguisée. Le temps suspend son envol. Le visage de Jill se ternie de cette envie subite, irréelle. Et se ferme lorsque sa raison se fait ambassadrice de ses actes. Elle se redresse et l’invite à en faire autant. Ses yeux ne brillent plus que par les désillusions. L’effet domino qui assiège sa boîte crânienne l’empêchant de prendre les bonnes décisions.
— Arrête. Rhys, s’il te plaît. Tu es complètement à la ramasse.
Et moi aussi. J’arrive plus à penser. J’arrive plus à respirer.
Les paupières deviennent lourdes comme le poids constant autour de son coeur. Et lorsqu’elle ose rouvrir les yeux, c’est des médecins qui s’affairent. Rhys retrouvant son lit, à moitié endormi par les médicaments administrés. Des drogues douces qui inondent ses veines pour le faire planer, pour l’empêcher de penser et d’agir. La blonde s’approche. Elle s’assoit sur le rebord du lit. Puis l’observe. Son visage apaisé. Le calme qui entoure leurs silhouettes. Cette accalmie au milieu de la bataille. Et sans réfléchir, Jill vient saisir sa main. Leurs phalanges s’étreignent alors qu’elle se sent incapable de partir. De le laisser. De l’abandonner.
(…)
La clé tourne dans la serrure et c’est non sans difficultés que l’avocate aide Rhys à aligner trois pas. Son esprit plus coopérant, moins brouillé par les verres d’alcool. Elle le fait retomber dans son sofa d’un velours noir avant de se redresser. Ses yeux croisent les siens. La gêne devant une seconde peau. De se retrouver en tête à tête avec lui. De sentir son corps chercher une proximité avec le sien comme une camée en manque. De repenser aux mots balancés dans cette ruelle sombre.
— Installe toi.
Et elle disparaît dans l’embrasure de la porte. Elle quitte le salon pour reprendre ses esprits. Les mains recroquevillées contre le plan de travail. Le dos vouté par le poids des doutes, des questions. Elle baisse la tête, prend une inspiration profonde. Les battements de son palpitant se faisant de plus en plus irréguliers. Et maintenant ? Et maintenant, rien tente-elle de se persuader. Rien ne va changer. Rien ne va reprendre. Rien ne va fonctionner. Rien. Rien. Rien. Répétition à peine assurée pour se persuader que le pire n’est pas derrière elle. Trop habituée à bouffer la poussière depuis des mois maintenant. Lassée, elle attrape une vessie de glace et revient à hauteur de Rhys. Ce dernier est étendu dans le canapé.
— Un peu de glace, ça te fera du bien.
Elle s’assoit à coté de lui et dépose la poche glacée contre sa joue. Pour apaiser la douleur. Pour éradiquer la couleur bleutée qui se dessine à même son échine. Jill pourrait le détester. Parce que c’est tellement plus simple. Pour ses mots odieux. Pour son sourire insolent. Pour son attitude pernicieuse. Pour tout ce qu’il a fait sans chercher à réparer ses erreurs. Mais à cette seconde-ci, le soulagement de le voir vivant semble prendre le pas sur les doutes. Sa main glisse contre sa peau marquée et descend le long de son cou. Puis, elle se stoppe.
—  Qu’est ce qui s’est passé ? Dis-moi pourquoi tu t’es mis dans un état pareil ? C’est ridicule. Je t’interdis de me foutre une telle trouille à nouveau.
Parce que j’y survivrai pas.
Ni ce soir, ni demain.
Ni jamais.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Mar 28 Aoû 2018 - 23:29

Nos sentiments désaccordés, les soupirs de l’alcool et l’illusion d’un bonheur qu’on écrasait lèvre contre lèvre.  L’amour en déclin, l’ivresse dans la peau et l’azur dans les yeux. Un monde qui s’effondrait en moi. Une distance écrasante, logée dans mes côtes. Je n’avais plus la force. La douleur s’enfonçait dans mon orbite. Un sang ruisselant à travers la rupture des tissus. Le coup était parti trop vite. Le goulot s’était cassé et le verre s’était perdu dans mes joues comme les éclats d’une autre vie. Elle me manquait tellement, mais il était déjà trop tard. Un sourire de gravité. Un sourire de mélancolie puis l’envie de s’éteindre tristement, de se perdre dans un coin sombre et obscur. Devenir l’idiot - le ridicule. Le symbole rouge d’une hérésie universelle. Ma voix retentissait dans les ondes électriques. Des fractions de secondes qui s’alanguissaient sur le micro. Ramassis de conneries et ramassis de nous, un million de façons d’échapper à la réalité. Les soirées dérisoires et les flirts passagers. Des courbes saillantes et aiguisées, se fracturant dans une mémoire qui hurlait son nom. Putain, il n’y avait qu’elle. Mes mains tremblaient sur ses épaules. Jillian se rapprochait, une vision qui devenait pourpre entre mes cils. Elle était magnifique, le dessin d’une lueur qui se dissolvait dans la lumière. Sa robe se noyait dans mon coeur, dans la fierté qui m’empêchait d’esquisser le premier pas. Une peur qui enlaçait mes poumons et faisait vaciller mon âme. Des mots restés muets et l’incertitude toujours, de n’être qu’une flamme oubliée dans le cercueil de Soren. Il n’y avait pas d’espoir. L’absence déliait les chaînes d’une servitude de vingt ans. Je m’envolais ailleurs, rampant sur les courbes flamboyantes de ces femmes chimères. Le sol se dérobait sous mes pieds. Le sentiment restait en suspens, lascivement couché sur les parois grises de l’hôpital. Une vapeur de térébenthine tournoyait dans ma tête. Une danse macabre, renversant l’équilibre et me ramenant sur le lit. Les injections endormaient le corps et mon myocarde parachevait le fantasme. Elle était là - à chaque instant, entre les gémissements et les soupirs, les passions inavoués et les feulements exilés. Elle était ma damnation. Mon amour à perpétuité. Comme un bagne. Une prison de feu qui me tuait lentement. Je n’avais pas de réponse à ses supplications. Alors je fermais mon regard et me noyais dans la perfusion. Des substances tranquillisantes qui rallumaient le brasier. Même à terre, elle s’accrochait à mes paupières.
Je la pensais.
Je serrais sa main.
Je m’accrochais.
Puis je cédais enfin.
(…)
Je me tournais.
Une démarche feutrée, ponctuée par les vacillements de sa silhouette dans le noir. Mon rythme succédait au sien dans une mesure folle. Une soumission forcée par ses bras - par l’inquiétude au bord de ses yeux. Pourquoi, Jill? Pourquoi nous ? L’esprit nostalgique, je m’installais au fond de la pièce - au milieu des délices et de l’affliction, à jamais tourmenté par le désir. La lune disparaissait à travers la vitre, emportée par les ondulations nuageuses de sa chevelure dorée. Le contact était glacé sur ma peau. Une vessie de givre qu’elle apposait sur la blessure pour soulager le mal. Je levais le bras pour effleurer son poignet. Je ne voulais pas qu’elle me soigne - ni ce soir, ni jamais. Mes sourcils se fronçaient et je m’éloignais en grommelant. Elle voulait une raison à ma connerie. Une moindre raison à ma bêtise. Mais il n’y en avait aucune. Nos regards se chevauchaient, juchant l’un l’autre sans qu'aucun ne fléchisse. Une bravoure qui devenait sauvage. La fureur se mélangeait à la colère et le sang bouillonnait dans mes veines. Je crispais les phalanges et l’attirais violemment contre ma poitrine. « J’ai rien à dire, Jill. Y a pas de circonstance atténuante. J’ai trop bu et si t'veux la vérité, j’ai encore soif.» Mes prunelles la dévoraient. J’aurais voulu ne plus la contempler, effacer sa figure enchanteresse et sa grâce provocante. Une taille élancée, de longs cheveux blonds sans poudre, des pommettes racées, un parfum délicieux mais surtout, surtout ce coeur magnifique, saignant à l’envers d’un monde qui ne le mérite pas. Un esprit vif et poétique, saupoudré d’étoiles et d’une douce éloquence. Ma gorge se serrait un peu plus. « T’aurais eu la trouille s’il était vivant ? » Un secret terrible, brûlant en moi, ruinant le fond de mon être. Les flammes éclataient mais par orgueil, par caprice, je dédaignais cette passion. Une confession qui se retournait contre moi. Qui rongeait la moelle de mes os. Je me penchais lentement, bercé par la fragrance d’une mélancolie qui auréolait ses boucles dorées, le sourire un peu triste d’une conclusion inévitable. Mes doigts s’enfonçaient dans sa nuque et les reflets de la lampe illuminaient son visage tiré par le deuil. « Il est mort mais c’est comme s’il te prenait encore, à chaque fois que je ferme les yeux … A chaque fois que je pense à t’embrasser … » Un murmure insaisissable susurré par un coeur qui cherchait désespérément son âme soeur. Une moitié à considérer, à compléter dans un spectacle inachevé. « Dis quelque chose cette fois, d’accord? » Ma bouche succombait dans l’étreinte timide d’un baiser interdit. La chaleur s’était pétrifiée lorsque ma tête avait bougé. Je me redressais pour encadrer ses joues. C’était con. Tellement con. J’avalais mes regrets et mourrais dans un fossé de silence. L’amertume remontait dans mon oesophage. L’angoisse mêlée aux médicaments - aux vertiges d’un manège qui durait depuis une éternité. «Maintenant, t’as une bonne raison de faire une scène. » Une arcade ensanglantée que j’arquais malgré la suture et la douleur - simplement pour me rétracter, pour revenir en arrière.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Mer 29 Aoû 2018 - 12:38

Jill tremble. La poupée mal assurée face à son bourreau. Sa silhouette terrassée telle une vague trop impressionnante. Celle qui défie l’océan, qui met à mal les navires et qui laisse sur le carreau bien des pêcheurs. Un corps à corps qui débute. Un corps à corps qui déboussole et lui offre cette sensation de vie. Une résurrection au milieu des cendres. Le chaos devenant un morceau de paradis. Paysage teinté de maculé qu’elle rêve de toucher du bout des doigts. Comme un lieu où être heureuse. Comme un lieu où abandonner sa peine sur le bitume. Il force l’étreinte et elle ne recule pas. Incapable de le faire. Ses yeux si brillants qu’une larme pourrait s’en échapper. Quand il parle. Quand il questionne. Quand il use de mots à l’impact dévastateur. L’avocate veut répliquer mais sa bouche est sclérosée par les doutes. Ils sont si pesants, si forts, si inégales, que tout devient flou.
Sa silhouette chancelante épousée par la soie.
Sa silhouette blessée support de vestiges d’une énième bagarre.
Sa voix paraît amère. Ce n’est pas un reproche. Ni un désaveu. C’est une vérité universelle. Elle ne pourra pas chasser son souvenir. Il restera à vie dans un coin de sa tête, une bribe de son coeur. Pour ce qu’il a su lui offrir. Pour l’amour qu’il a fait naître. Pour les blessures qu’il a pensé. Pour les rêves qu’il a rendu accessibles. Pour tout ce qu’il a été sans rien demander en retour.
Ni qu’elle oublie Rhys.
Ni qu’elle cesse de l’aimer, là, dans ce palpitant anesthésié par ses erreurs.
Une fêlure à peine réparée. Une brisure qui cogne le sol et fait saigner.
Malgré les mois écoulés. Malgré le temps qui file.
Leurs corps dans le vide de ces envies qu’ils taisent, qu’ils mettent sous silence. Puis ses doigts à lui qui viennent s’ancrer dans sa nuque. Contact fusionnel qui ravive le désir. L’éveil de ses sens lorsque son échine devient un terrain de jeu. Elle clos les paupières durant quelques secondes. Quelques secondes où les souvenirs remontent. Le baiser. Ce déchirement au ventre en le voyant partir. L’absence. Les appels dans le vide. Les messages sans réponse. Le visage de Soren qui revient au galop. Leurs retrouvailles. L’appel de la clinique. Et maintenant.
Leurs lèvres s’étreignent dans un baiser révélateur. Jill sent son myocarde battre à s’en rompre. Chaque mouvement défie les astres au creux de sa cage thoracique. Le ciel, elle l’imagine d’une couleur bleutée où chaque étoile teinterait l’environ d’une mélancolie rayonnante. Mais son esprit est bloqué. Il est resté sur le bas coté. Son coeur prenant le pas sur le reste. Sa main glissant sur le torse de l’homme alors que leurs lèvres se cherchent avec envie. Elle se laisse aller. Elle s’autorise à y répondre. Elle accepte de perdre la partie. Sa fierté restant sur la réserve et ses lèvres s’imprégnant des siennes.
Puis le recul. Les regards inquisiteurs.
La perte d’énergie et sa silhouette qui disparaît brutalement dans la chambre. Son dos scotché au mur. Les larmes qui coulent. Le désarroi qui redevient vif. Comme le désir au creux des entrailles. Puis sa main qui attrape ce portrait. Elle et Soren sur une plage de Bali. Un sourire triste étire ses lèvres qui portent encore le goût de Rhys. Parce que Rhys, il est là. Il est partout. Un souvenir perpétuel. Une lutte de l’infini. Elle passe le bout de ses phalanges sur le cadre de verre. Je suis désolée. Je suis tellement désolée de plus réussir à lutter. Je suis désolée d’être une fiancée monstrueuse. J’ai essayé. J’ai tellement voulu gagner. Et toi, tu me manques. Tu me manques tout le temps. Mais c’est Rhys. Et… Le discours de la blonde est décousu par les sanglots. Elle repose le portrait et gagne la salle de bain. Son corps nu devient refuge de gouttes d’eau brûlantes. Sur ses cheveux blonds qui créent le mirage d’une scène vaporeuse. Sur son corps qui porte les stigmates d’une vie sans lui, sans eux. Elle prend une profonde inspiration. Ses poumons se ravivant d’une oxygène retrouvée. Sa silhouette quitte la cabine de douche. Elle se sèche à peine, enfilant un t-shirt trop grand et un sous-vêtement en dentelle. Puis ses pas suffisent à la guider au salon. Ils sont matérialisés par chaque goutte cristalline qui ricoche sur le sol.
C’est son regard qui capte le sien en premier.
Les prunelles émeraudes dont l’espoir s’abandonne.
— Je veux que tu arrêtes de te battre contre lui.
Le combat est perdu d’avance. Parce que le militaire est mort. Et aucune bataille ne suffira à le ramener. Sa vie pour celles de tous ces habitants. Sa vie pour toutes celles qu’il a sauvé. Son corps se retrouvant dans cet habitacle de bois. Ses paupières closes. Ses mains croisées sur sa poitrine. L’air apaisé dominant son visage. Son coeur lâche de tout battement. Sa silhouette à elle présente devant le cercueil. Un drapeau anglais à la main. Les bras de ses frères entourant son corps tremblant. Les larmes perlant sur ses joues blanchies par la fatigue. Cette sirène. Cette mélodie. Les regards compatissants. Et la terre qui a commencé à être balancée. Pour l’ensevelir. Pour le faire disparaître. Quelle mécanique de l’abominable. Elle n’a pas pu se résoudre à partir. Jill, elle est restée une heure, plus même devant cette tombe. Sa famille en retrait pour la laisser en paix. Une paix à peine retrouvée. Une paix à peine visible. Là où les larmes croulaient. Là où elle maudissait la guerre, la violence, les attentats et toutes ces vies arrachées.
— Soren est mort. Et une part de moi continuera de l’aimer. Une part de moi continuera d’éprouver ce manque terrible. Et ni toi, ni personne ne changera ça.
Sa voix paraît amère. Ce n’est pas un reproche. Ni un désaveu. C’est une vérité universelle. Elle ne pourra pas chasser son souvenir. Il restera à vie dans un coin de sa tête, une bribe de son coeur. Pour ce qu’il a su lui offrir. Pour l’amour qu’il a fait naître. Pour les blessures qu’il a pensé. Pour les rêves qu’il a rendu accessibles. Pour tout ce qu’il a été sans rien demander en retour.
Ni qu’elle oublie Rhys.
Ni qu’elle cesse de l’aimer, là, dans ce palpitant anesthésié par ses erreurs.
Une fêlure à peine réparée. Une brisure qui cogne le sol et fait saigner.
Malgré les mois écoulés. Malgré le temps qui file.
Jill s’approche. Elle se retrouve assise tout près de lui. Une main glissant contre sa joue. Mère tendresse venant s’accaparer ses gestes. Ses prunelles cherchent les siennes comme un exécutoire à la vie. Des perles humides chutent sur son t-shirt tâché de sang. La dilution créant une couleur rosée. Ses yeux se braquent contre. Et en une fraction de seconde, l’avocate arrête de réfléchir. Elle refoule les doutes. Elle enfouie sa culpabilité pour quelques minutes, quelques heures.
Et c’est à califourchon qu’elle se retrouve sur lui. Ses deux mains encerclant son visage.
Son corps tremblant épouse le sien d’une manière enchantée.
Les doutes pèsent, la culpabilité grogne mais l'envie est plus forte.
— Mais la réponse est oui. Même s’il avait été vivant, ça aurait été pareil. J’aurais cru mourir en recevant ce coup de téléphone. Je me serais précipitée dans les couloirs de l’hôpital en priant tous les dieux pour que tu sois en vie. J’aurais eu la sensation de me perdre en te perdant toi.
Comme quand t’es parti.
Elle s’est perdue. Elle a perdu un morceau de son palpitant.
La peine a été coriace. Le manque a été répugnant. Alors il n’a pas besoin de se battre. Ni de réfuter l’inévitable. Comme cet instant où ses lèvres attrapent les siennes dans un baiser plus franc, plus passionné. Là où ses mains se perdent dans sa chevelure. Une impulsion qui devient le miroir de cette bouche démonstrative. De tout ce qu’elle ne dit pas. De tout ce qu’elle n’ose plus prononcer de peur de le voir disparaître la seconde suivante. Jill lâche un soupire. Elle retrouve tout dans ce passage de l’irréel. Lui. Le goût de ses lèvres. Son parfum. Sa présence. Les sensations qui effleurent son échine comme un délicieux poison. Un poison qu’elle réclame davantage en se faisant plus pressante, là contre ce corps meurtri. Puis à bout de souffle, elle se recule. Sa main cognant sur sa nuque. Elle le fixe à la recherche d’une réponse, d’un signe.
Comme si la suite restait à tracer.
Comme si la suite n’appartenait plus qu’à eux.
Et elle dépose un baiser dans son cou. Son souffle chaud venant s’y mêler. Et Jill baisse les armes. Blottie contre lui. La tête nichée tout près de son oreille. Elle pourrait y verser les mots interdits. Mais c’est le silence qui gagne.
Parce qu’à cette seconde-ci, l’avocate n’a besoin de rien de plus.
Et tant pis si le lendemain se fera dans l'ombre des ténèbres.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Sam 1 Sep 2018 - 20:01

Un baiser contre nos lèvres. La passion dégoulinant de bout en bout, au travers des sentiments et de la peur du vide. Les regrets qui s’accumulaient et formaient des métastases dans la chair. Puis la douleur qui succédait au reste. Une déchirure béante et une cicatrice intemporelle. Aimer Jillian était trop difficile. La chérir, la caresser. Être là et épouser ses failles. Mes mains agrippaient ses cuisses dans un mouvement frustre, glissant entre les plis du tissu afin de mourrir sur ses hanches. Caresse voluptueuse, asphyxiant le coeur et la pensée. Les images s’emmêlaient dans ma tête, le désir - l’angoisse, les médicaments, une avalanche de douleurs et d’illusions. Je ne la méritais pas après toutes ces années. Ma poitrine se serrait et le sang embuait mes yeux. Des prunelles d’azur noyées dans l’écume de la mer rouge. Des vaisseaux éclatés et une paupière qui tombait sur les cils. L’amour aveuglait vraiment. Mes doigts la retenaient avec désespoir, alors que ma conscience repoussait notre étreinte. Il ne fallait pas tomber dans mes bras et s’enivrer de mes poisons. Je n’étais qu’une déception de plus. L’eau ruisselait sur ses joues rosées, une fraîcheur qui s’épandait sur mon visage. Elle tremblait aussi. Elle se perdait dans le firmament étoilé, cherchant entre les nuages, le fantôme de Soren et l’esquisse de ces rêves avortés. Une demande en mariage féerique, hurlée au téléphone. Un sourire qui s’élargissait sur le combiné et nouait la voix. Jillian avait été heureuse. Et je n’avais eu que des fragments de bonheur. Des nuits dans les bras d’autres et des journées d’ivresse, tourbillonnant autour des bars. Je voulais partir depuis des mois. Bien avant, l’enterrement. L’angoisse de vivre sans elle. D’être à tout jamais son meilleur ami. Et la lâcheté surtout, ce gêne héréditaire qui enflammait mes organes et me poussait à l’aventure. Suivre les traces d’un paternel absent. Imaginer son nom sur le mien. Mon pouce roulait sur son épaule. Une pulpe qui se pressait sur son derme immaculé. Je ne pouvais pas la blâmer de choisir quelqu’un de mieux. Et ni toi, ni personne ne changera ça. Les mots ondulaient dans l’espace, faisant des ricochets contre les murs et les vestiges de leur histoire. Je me détournais lentement et remarquais pour la première fois, les photos, les décorations. Un appartement harmonieux, si grand et lumineux. Un style de vie qui ne s’apparentait en rien à mes envies, à ma personnalité. Je déglutis difficilement, incapable de rétorquer. Incapable de me dégager du canapé et de claquer la porte. Ce serait trop prévisible. Mes jambes se repliaient lentement. Le mal brûlait. La distance et le souvenir, toujours, de ce fiancé qui nous regardait de haut. Je ne pouvais pas lutter. Je ne pouvais même pas me battre pour la femme que j’aimais. « Me dis pas ça.  » Je refusais de l’entendre. Je refusais de partager. Je refusais d’être important. La jalousie était là, encrée dans ma peau. Elle soulevait le coeur et tordait l’estomac. Je détestais ce sentiment. Je détestais ces retrouvailles et les vacarmes de la rue. Jill se rapprochait lorsque je voulais rompre. Elle brisait le mur et se faufilait en moi, ses lèvres sensuelles sur mon cou. Le baiser éveillait mes sens, comme une constellation qui perçait la voute et laissait échapper la tempête. Je me relevais maladroitement, la portant à bout de bras jusqu’au vestibule. Son dos plaqué contre la paroi, servant de limite - de barrière à ne pas franchir. Mes mains glissaient sur ses joues. Je l’embrassais avec voracité, laissant toute la ferveur de ces années s’abattre sur nous. L’évidence d’une attirance refoulée. Des idées moroses et sept diables dans le giron. Nous vivions les prémisses d’une pulsion charnelle qui définissait, maintenant, tout ce que l’émotion ne pouvait confesser. Mais elle n’était pas comme les autres. Elle n’était pas l’instrument sexuel d’une seule nuit. Je me rétractais en grimaçant. « Je crois que je pourrais pas arrêter de me battre contre lui. Et j’ai pas envie que tu m’prennes par défaut. » Je la fixais avec étrangeté. Un sourire échangé et l’arrogance qui revenait au galop. Elle se méprenait, Jill. Sur la finalité de nos amours. Sur les baisers et les valses romantiques. « T’as trop attendu, Walsh.» Je prenais sa main et posais sa paume sur ma joue. Avais-je manqué une occasion de tendresse ? Une trêve dans une infinité de silences ? Je l’emprisonnais contre le mur, les yeux rivés sur ses prunelles. « On peut plus être potes après ça. » Mon âme prenait son envol, retrouvant son abysse extatique. Nous étions trop différents. Une évidence qui échouait sur ses lèvres. Une affection maladive qui se creusait entre nous. « J’arriverais jamais à te dire pourquoi je suis parti, ni pourquoi j’ai pas répondu aux appels. C’est compliqué… » D’avouer que j’avais trouvé sa trace. Qu’il avait une famille et un fils à Blackpool. Qu’il ne s’était pas retourné, même quand je l’avais bousculé au milieu de la plage. J’étais invisible. Sans identité. Et j’avais bêtement pensé qu’il suffisait d’avoir un idéal pour guérir. Que je ne serais pas aussi endommagé. Mais c’était faux. J’étais la réplique parfaite du monstre. Son exacte reflet dans le miroir. Au détail, près. A chaque putain de détail. La même figure et le même regard. Une taille élancée et des pas de géant, faisant trembler l’asphalte sous le pied. Un rire guttural et une voix biaisée par la connerie. Il s’appelait Dan Ackroyd. Il possédait un magasin de sport sur la jetée. Et chaque matin, pendant trois mois, j’étais passé devant la porte. J’avais souris en regardant les planches. A l’entendre, il n’avait jamais surfé. Et je ne faisais que me raccrocher à des chimères. Les appels de Jill étaient un rappel de ce que j’avais laissé derrière. Chaque message me mettait à terre. Je n’avais pas la force de la consoler. De prétendre que les choses iraient mieux. Mon monde s’écroulait ailleurs, loin de ses malheurs. « Comment tu veux procéder ? Je te drague autour d’un verre ou je t’emmène manger un tacos ? Clairement, le diner chic est pas en option. » Sifflai-je en haussant les épaules. Je ne pensais pas aux conséquences. Et si tout foirait, je pouvais peut-être, enfin, me détourner et l’oublier.
Je pouvais revenir à mes anciens vices.
A mes échecs prédestinés.

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Dernière édition par Rhys Egerton le Lun 3 Sep 2018 - 23:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Dim 2 Sep 2018 - 7:03

C’est l’irréel qui devient roi.
L’instant rêvé depuis des années qui éclos au milieu du salon. Les pensées obscures qui s’égarent sur le bas coté. Jill ne pense plus. La boîte crânienne bloquée par le désir qui grimpe. Cette peau qui brûle au contact de la sienne. Cette bouche qui devient vorace, désireuse de plus. Et son corps qui se soulève contre le sien. Les doigts de Rhys s’enfonçant dans ses cuisses dénudées. Leurs lèvres scellées par une étreinte passionnée, révélatrice d’années de non-dits. Son dos cogne au mur du long corridor. À bout de souffle, elle accroche son regard. Ses prunelles brillent d’une mélancolie passée et d’une peur viscérale. Elle culpabilise. Elle s’en veut. Elle se dit que c’est mal. Des mois à s’interdire d’aimer. Des mois à s’interdire de vivre. Puis l’instant présent qui réveille ses sens et lui donne envie de goûter au bonheur. Celui de le retrouver. Celui de sentir ce corps à corps débutant dont elle imagine les effluves depuis des années. Alors elle claque à nouveau sa bouche sur la sienne. Ses mains agrippent ses cheveux forçant sa nuque à se vouter. Nuque qui devient terre d’accueil de baisers incendiaires. Elle se laisse aller, oublie ses malheurs, masque sa peine. Parce que Rhys lui fait omettre le paradis noir. Les paumes de ses mains parcourent le long de ses joues. Elle esquisse un sourire en coin, revient l’embrasser avec une douceur sans égale.
La renaissance prend le visage d’un baiser égaré.
La renaissance prend le visage de cet amour dévorant.
Et la rancoeur se refoule pour quelques heures.
Elle l’écoute. Chaque mot vient percuter son coeur. Chaque mot vient soulever les doutes. Des questions en suspend. Des réponses aux abonnées absentes. Un constat édifiant. Une amitié qui se meurt. Une amitié brisée par des sentiments épineux. Comme ces pétales de roses qui s’évanouissent à terre et deviennent symboles de la peur. Elle l’observe sans un mot. Ses lèvres dansant près des siennes.
La scène semble inespérée pour Jill. Parce qu’elle se souvent du baiser sous la pluie. De son coeur qui a battu à s’en rompre. Des mots bloqués au fond de sa gorge. De cette impression d’éprouver quelque chose de si fort, quelque chose de si beau. Un sentiment inexploré même avec Soren. Aussi difficile que ce soit à admettre. Puis la culpabilité. L’incapacité d’en parler au principal intéressé. Et la nouvelle dévastatrice une semaine plus tard. Ce baiser, même avec l’absence, elle y pensait. Quand la colère devenait symptomatique. Quand la rancune inondait ses veines. Ce baiser subsistait. Ce goût sucré devenu amer avec les mois loin de lui. Alors à présent tout semble flou. Le futur. Le lendemain. Les heures à venir. Elle n’a aucune réponse et ne cherche pas à en avoir. Comme si les mots ne servaient plus à grand chose. Son sourire s’apparente à une parole sainte.
— Choisis l’option la moins graveleuse. J’veux pas me retrouver dans un club échangiste.
C’est la seule réponse qui filtre, avec ce sourire en coin. L’idée d’un vrai rendez-vous demeure inespérée. Après l’absence. Après les silences. Et connaissant Rhys, il est évident que l’instant ne sera en rien ce qu’elle pourrait imaginer. Alors Jill préfère esquiver les plans sur la comète. Et sans prononcer un mot de plus, ses lèvres reviennent dévorer les siennes. Ses phalanges graciles s’accrochent au tissu de son haut. Elle le fait reculer, l’attirant à sa hauteur d’une courbure du dos. Elle lâche un soupire dans ce tourbillon ardent. D’un geste, sa main repousse son torse, le forçant à tomber sur le canapé. L’avocate se fait redoutable dans la tentation. Là, à nouveau à califourchon sur lui. Elle frôle sa bouche, la peau de son cou, glisse ses doigts sur la peau de son ventre et attrape sa main pour la guider contre ses hanches, ses reins. Rien que pour en apprécier la sensation.  Rien que pour se prouver qu’elle est bien vivante.
Rien que pour démontrer à esprit que tout est réel.
Elle l’embrasse à en perdre haleine, à en perdre la raison. Comme si demain tout allait s’écrouler. L’effet domino d’une amitié maladroite dévorée par des sentiments exacerbés. Les étoiles peuvent bien briller. La lune peut bien dominer dans le ciel assombri des esprits qui se déchaînent.
Il n’y a plus qu’eux à présent.
Et tant pis pour les remords qui rongent sa chaire.
Le souffle en vrac, Jill se redresse. Son bassin tanguant contre celui de l’homme. Elle se stoppe alors que sa main vient s’apposer le long de cette joue rosie. Un regard tendre défie l’instant. Parce qu’elle veut pas être une de plus au compteur. Elle veut pas d’une baise passionnée dans ce salon et d’un réveil trop brutal quand il disparaîtra. Alors, ses gestes s’évaporent.
— J’ai essayé. J’ai essayé des centaines de fois de faire le premier pas. Mais tu avais l’air si bien entouré de toutes ces nanas. J’ai mis de coté mes sentiments, Rhys. J’ai choisi d’être heureuse avec un autre à défaut d’être malheureuse en t’attendant indéfiniment.
Il n’est pas question de premier ou second choix. Il est question d’une souffrance cachée aux yeux de tous. Une souffrance qui a duré des années. Une amitié pour camoufler la triste vérité. Des sentiments amoureux. Un bonheur rêvé et broyé avec les aventures de Rhys. Des envies dévorées par son attitude de gamin. Et sa faiblesse à elle. Celle d’être forte. Celle d’oser assumer tout haut ce que son palpitant vivait tout bas. Soren a été une rencontre inespérée. Un bonheur retrouvé pour combler la tristesse. Des sentiments sincères malgré ceux qui narguaient son coeur en silence. Et maintenant qu’il n’est plus là, un autre choix se pose. Rhys n’incarne pas un refuge pour combler le vide. Ni une personne sur qui se rabattre pour ne pas être seule.
C’est plus fort. C’est plus vrai.
C’est tellement eux.
— Et tout ça me terrifie. Je suis morte de peur à l’idée de me réveiller demain et de réaliser que tu vas encore partir ou me faire du mal.
Les yeux brillants de l’influence de ses craintes. Elle est pétrifiée, oui. Parce que tout est fragile entre eux. Des retrouvailles qui ont baigné dans le sang. Des mots aiguisés comme des lames de couteaux. Des larmes et une disparition dans la nuit. Alors de quoi sera fait demain ? Elle n’en sait rien. Et la simple idée de le perdre encore une fois lui soulève le coeur.
Son corps s’ancre au sien. Là, le dos voutée pour nicher sa tête dans son cou. Son souffle cognant à même son échine et formant une mélodie vaporeuse. Le silence devient lourd. Mais sa seule certitude réside dans chaque battement de ce palpitant. Celui qui se réanime, qui réapprend à battre.
— Serre-moi. Serre-moi fort. S’il te plaît…
Et ne pars plus. Et ne me détruis plus. Et arrête de douter.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Mar 4 Sep 2018 - 1:37

Nous, les âmes vagabondes — de la matière captives, luttant pour la délivrance d’un baiser qui déliait les sentiments. Une friction mélodieuse de mon coeur entre ses côtes et l’allure saccadée d’une caresse qui s’évadait sur ses lippes. Jillian, magnifique aux aurores, éblouie par l’obscurité qui glissait sur les murs. Je hochais la tête, égaré ici et là au milieu de l’appartement. Un espace trop vaste, où les souvenirs se déployaient sur l’arc bleu. Le soupir s’élevait gracieusement, fracassant les courbes de la nuit et l’ultime illusion d’un bonheur fuyant. Une cicatrice devenue fêlure. L’os brisé qui se dressait pour former la cage dorée. Je me penchais et embrassais sa joue. A même la peau. A même la confession. Un mutisme qui étreignait les émotions. Tant d’années à l’espérer dans le secret d’une adolescence ravagée par le manque. Une vie sans identité. Une mère étouffante, geôle de ma propre douleur. Avec ses omissions et ses mensonges. Elle ne voulait jamais parler de lui. Elle me refusait son nom et son mirage. Parce qu’il était parti trop vite. Il l’avait abandonné pendant la grossesse. Et j’étais le fruit de ces regrets passionnels. Un gosse à l’image de son paternel. Un reflet outrageusement identique. M’avait-elle détesté de lui ressembler ? D’arborer son sourire et ses manières ? Une expression génétique murmurée au creux des vagues. Je me détachais suavement, bercé par les frissons qui roulaient sur mon dos. On pouvait faire comme les autres - s’oublier et froisser les draps. Une extase de cristal portée par les secousses de nos reines enflammées. Une valse du diable, brûlant et saccageant nos amitiés. Mes prunelles fixaient les siennes. Un instant suspendu dans le vide. S’affoler ou s’éloigner ? Une complainte haletante s’échappait dans le corridor. Je serrais ses hanches et la retenais vivement contre le mur. Des contradictions du corps qui devenaient les frasques d’un imbécile heureux. Je fermais les paupières, l’âme enivrée par ses parfums exhalés. Des mélanges boisés qui s’épandaient sur mon visage. La saveur immortelle, immoralement poussée au fond de ma gorge. Elle avait essayé, avant. Elle aurait voulu me choisir et saigner à mes côtés sur le bûcher des abandonnés. Ensemble, main dans la main, genoux repliés dans les flammes ardentes d’une tristesse qui ne me quittait jamais. Elle était là, ce soir encore. Elle creusait des sillons dans ma chair. Je pouvais l’entendre hurler mon nom. Retenir la larme. Elle avait perdu Soren. Mais j’avais besoin d’elle, aussi. J’avais besoin de ses mots et de ses lèvres au milieu de ce cortège funeste. C’était tellement égoïste de forcer mon deuil sur le sien. De lui parler de mon enfance assassinée, de ces exodes sur les plages du monde à la recherche de la plus haute vague, des entrainements acharnés et la certitude d’un sujet de conversation parfait. Le surf et ses compétitions. Le ressac et l’écume blanche, bavant sur les galets. Puis la déchirure. La collision avec la réalité. Dan n’y connaissait rien. Dan n’était qu’un vendeur de babioles sportives. J’étais perdu dans ces illusions forgées dans mon esprit. J’étais perdu au sommet de sa silhouette, effleuré par les délices d’un amour fragmenté. Un coeur que je partageais avec le fantôme. Lui, toujours. Lui, suspendu au bout de ses cils. « J’ai envie de partir tout l’temps.  » Un murmure dans son oreille. Des phalanges ondulant dans ses boucles lumineuses. Syllabe sur syllabe, je crachais le poison. « J’ouvre les yeux et j’veux m’en aller. » Parce qu’elle m’avait privé de lui. Elle avait gardé le silence, tout ce temps, jugeant mes faux pas et mes blessures. Ma mère m’en veux aussi. De t’aimer de travers. De gâcher la plus belle chose qui me soit arrivé. Elle se revoit en nous. En lui. La fièvre secouait mon échine. Je l’observais avec intensité. Mes mains entouraient sa silhouette. Elle était si fragile — ancrée en moi, dans cette carcasse qui ployait doucement vers le sol. Je la serrais contre mon coeur. Une évasion solitaire, dansée  à deux dans cette pièce sombre et mal éclairée. Le sang perlait au coin de ses lèvres. Une blessure qui devenait sienne. Une entaille contaminée, voyageant de mes cicatrices vers sa peau. Nos doigts s’entrelaçaient dans le vide. Je tombais dans le vice. Un délice charnel, vécu dans le fantasme. Et je la touchais maintenant. Je mourrais mille fois plus profondément. « Jillian, je te veux. » C’était sa façon de se tenir. Son charme et son incandescence. Sa voix entière et passionnée. La courbure saillante de son bassin et ma main, soulevant lentement les pans de son T-shirt afin de libérer ses otages. Je lui adressais un regard avide, la transperçant des prunelles jusqu’au coeur. Le brasier s’allumait. Le danger de nos actes et nos démesures. Je l’embrassais sans m’arrêter. Une tentation scandaleuse qui s’accompagnait de gestes intrusives. Sa chair humide qui répondait, sans le vouloir, à mes hérésies nocturnes. Je léchais son cou en la prenant à bout de bras. Ses jambes se tordaient naturellement, prenant place autour de mon profil afin d’entamer la chute. Une chorégraphie improvisée, devenue le prémisse d’un ballet émouvant. Je la déposais sur le canapé et posais un genou à terre. Sa cuisse s’arquait sous ma prise, ouvrant le passage secret vers le paradis caché au bout du long tunnel. Ma langue remuait la plaie sur sa peau. Une exode brûlante vers la pointe de sa hanche. Il y avait nos émois partagés et l’oppression d’une révolte juvénile. Le temps passé et la fulgurante de la réalité qui frappait de plein fouet. Je me redressais avec un sourire. « Je crois que j’ai déjà utilisé mon dernier préservatif. » Sifflai-je en haussant les épaules. Elle me détesterait d’être honnête. Elle me détesterait d’avoir le coeur tordu et l’esprit raisonnable.
Elle s’éloignerait, vaincue par mon idiotie.
Elle étoufferait ces instants et la complicité.
Puis elle reviendrait.
Elle se tournerait, pour me vouloir à nouveau.
Elle me regarderait et je l’embrasserais encore, à bout de souffle.
A bout de vie.

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MessageSujet: Re: i know we kept losing touch got lost in the rush @ (rhysian).   Mar 4 Sep 2018 - 17:41

C’est l’écho de son coeur contre le sien. Un appel à l’aide déguisé au détour d’une complainte faite de désillusions. Elle vient le supplier de sa voix brisée par les sanglots. Ses bras cramponnés à sa silhouette avec l’envie démesurée de le voir l’enlacer. La serrer si fort comme si demain n’existerait pas. Comme si sa vie en dépendait. Et c’est les mots dévastateurs qui viennent éclore à son oreille. Cette envie de partir. Ce besoin de l’abandon. En une fraction de seconde, sa vue se brouille. Sa gorge se serre. Elle tremble comme une gamine effrayée. Le cercle infernal reprenant ses droits tel un empereur conquérant. Les prunelles vacillantes de toutes ces émotions néfastes. L’idée de s’éloigner apparaît comme une option salvatrice. Mais c’est de ses bras que Jill finit prisonnière. Le corps à corps débute dans une étreinte faite de passion, d’amertume et de sentiments inexplorés. L’avocate n’a plus la force de le repousser.
Elle n’en a pas envie.
Alors leurs lèvres se scellent. Le baiser paraît inespéré. Le souffle rauque vient taper sur sa bouche qu’elle dévore. Les mains cramponnées à sa chevelure claire et son bassin devenant le refuge d’ondulations sensuelles. Une seconde peau qu’elle forme à même la sienne. Et Jill tuerait pour que l’instant dure. Un réveil dont elle ne veut pas pour continuer à se nourrir de lui. De tout ce qu’il représente et réanime sur sa chaire brûlante. Lorsqu’il vient la débarrasser de son morceau de tissu, la blonde tremble. Elle le regarde, intimidée, gênée de se retrouver nue face à lui. La poitrine chantante de son désir ardent. Et les yeux perdus des émotions contrastantes.
Est ce que tu me trouves belles ? veut-t-elle souffler avant que ses lèvres se ravisent. Elle agrippe son t-shirt et se laisse faire telle une poupée de chiffon. Le corps en exil de la ferveur qui s’étale. Le dos cognant contre le canapé alors que Rhys se faufile entre ses cuisses. Elle soupire. Le souffle haletant de tout ce qu’elle éprouve. Pour quelques minutes, Jill oublie tout.
L’incompréhension, les autres filles, son instabilité.
Son départ brutal, les mots absents et le retour trop douloureux.
Elle devient sienne et ce rêve inespéré suffit à la rendre heureuse. Un rictus en coin s’empare de sa bouche rosie. Sa chute de rein se cambre alors que ses doigts glissent sur ses épaules. Elle ferme les yeux, devenant pantin de ses gestes. Ceux qui créent le chaos dans sa chaire. Un chaos qui flirte avec le paradis. Un paradis doré où il n’y a plus que ces baisers, que ces caresses faites de miel et de soie. Elle gémit, clame son prénom dans des soupirs assurés. Une ode à lui. Une ode à l’instant. Et dieu qu’il est beau. Comme des songes précieux, là où les diamants perlent. Elle peine à respirer. Pourtant cette asphyxie en devenir est galvanisante. La tête redressée par instant pour l’observer, pour venir le chercher de ses yeux brillants. Ses caresses sont des vagues qui se déchaînent. L’interdit possédé de sa bouche tentatrice. Elle devient une sirène perdue au milieu des courants. Ses yeux figés vers le plafond. Ses dents qui mordillent sa bouche.
Et les désillusions qui cognent à son coeur.
L'espace de quelques secondes, l’instant s’apparente à un précipice. Un arrêt sur image du chapitre final. Une pause au milieu de l’enfer qui dévale. La noirceur venant teinter le paysage. Le paradis blanc s’efface au profit d’une couverture de cendres. Celles qui chutent à terre, qui crament et qui dévorent. Elle le regarde. La colère vient ronger son myocarde comme une putain de maladie. Un poison pernicieux qui s’infiltre pour ne plus repartir. Elle le voit avec d’autres filles. Elle l’imagine les sauter pendant que ses larmes coulent. Quand elle l’attendait. Quand elle priait son retour. Et le dégoût monte. Cette nausée qui saisit le creux de sa gorge. Là où sa trachée est prisonnière d’une amertume sans précédent. Mais Jill veut se venger. Alors elle fait mine de sourire. Cette dernière bascule sur lui, là à même le sol. Le galbe harmonieux de son buste fait pression sur son torse. Ses lèvres se perdent le long de son cou. La blonde relève le tissu de son haut et dépose des baisers sur la ligne de son abdomen. Elle remonte contre son torse et vient mordiller son échine par endroit. Une marque au fer rouge de sa rage et du désespoir qui compose leur relation.
T’es bon qu’à me faire souffrir. Sa main glisse sur le fruit interdit. Celui qu’elle ne cueillera pas de ses lèvres assassines. Elle feinte des caresses qui s’exilent et révèlent son désir. La luxure guidant les actes de ses phalanges graciles. Le regard qui défie le sien. Son désir n’étant qu’un artifice au milieu des songes brisés. Elle feint de lui offrir une rivière d’ivresse pour mieux se raviser. Là tout près de son oreille où la blonde laisse l’empreinte de son souffle rauque.
— Va trouver une pute pour continuer. Je serai pas une énième gonzesse que tu sauteras avant de te tirer.
Les mots filent. Ils cognent. Ils blessent. Ils mettent fin à la douceur retrouvée. Ils sont perfides comme lui. Et Jill se redresse. Elle attrape son haut et vient camoufler cette peau ravagée par son empreinte.
Et le fossé se creuse.
La distance reprend ses droits.
Les désillusions deviennent trop fortes.
— Tu vois, c’est exactement pour ça que j’ai rien dis après ton baiser. Parce que tu changeras jamais. Et moi j’ai plus la force d’espérer que tu ne vois que moi un jour.
Si lui se bat contre la présence de Soren, Jill se bat contre toutes les autres. Celles qu’il ne peut s’empêcher de souiller de ses doigts. De sa bouche. De son regard charmeur. Celles qui n’ont cessé de l’entourer. Malgré la présence de l’avocate. Malgré ses yeux tristes et embués. Ceux qu’il ne remarquait pas. Ceux qu’il ne voulait pas voir.
Elle s’écarte et lui montre la porte de son regard noir colère. La rage fait battre l’opale de ses veines. Et plus rien ne compte. Ni lui. Ni eux. Ni tout ce qu’ils ne seront pas.
— Pars Rhys. Tire-toi. J’ai plus envie de te voir.
Notre paradis n’est qu’artificiel, notre amour n’est qu’enfer et toi tu ne vois rien.
Elle le regarde partir. Elle le regarde quitter cet appartement.
Puis c’est le long du mur que la blonde glisse. Les genoux recroquevillés contre sa poitrine. Les joues rongées par les larmes qui dévalent.
Elle n’est bonne qu’à lui offrir des perles de tristesse.
Et lui n’est bon qu’à préférer les autres.

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