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 memories that you call (teddy)

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MessageSujet: memories that you call (teddy)   Ven 24 Aoû 2018 - 13:35

Les vagues léchaient les arcades du ciel. Un appel à la noyade qui portait mes vices et mes amours vers les profondeurs de l’océan. Je me redressais sur la planche et laissais le abîme entourer mon âme. La gorge était douloureuse. Des souvenirs qui se mélangeaient aux larmes salées. Des mots que je n’osais plus prononcer. Et le vide terrifiant d’une vie sans Jill. Le manque étouffait ma poitrine. Je l’imaginais à présent, les genoux écorchés par le goudron et les yeux endoloris par le mal. Soren lui manquait tellement. J’aurais espéré être à sa place. J’aurais espéré avoir son attention et toutes ses belles pensées. Nous étions opposés. Il faisait le bon choix. Il se penchait pour effleurer sa main lorsque je vacillais dans son dos - toujours dans l’ombre de nos promesses juvéniles. Une enfant adulée, devenue femme puis enchanteresse. Je n’arrivais pas à l’oublier. Je n’arrivais pas à l’arracher de ma chair et de mon cerveau. Une maladie qui gangrénait chaque fragment de mon être et forçait mes retours sur les rives de Brighton. Rien n’avait changé. Nos étreintes alcoolisées se distillaient dans les vapeurs de la lune et les bourdonnements des clubs de nuit. Le désir revenait et happait le bon sens. J’étais prêt à valser dans ses bras. A m’écraser sur ses lèvres et répéter un million d’injures. Je ne voulais pas qu’elle épouse un autre. Mais je n’étais pas prêt à sauter le pas. Un romantisme d’égoïste. Mes coudes frôlaient les rochers et je sentais la coupure sur la peau. Des perles de pourpres qui picotaient au contact du soleil. Je me détournais et partais à la dérive. Le dos sur la nappe aquatique et les yeux rivés sur les nuages. La mer était paisible un instant. Je dessinais son visage sur les voussures boursouflées d’un horizon bleu. Je digérais ses paroles et sa tentative de suicide. Comment j’avais pu ne pas répondre ? C’était simple. Je n’avais pas écouté. J’avais lu de travers. J’oblitérais la vérité et transfigurait le reste. Chaque tonalité était une invitation à la perdition, une soirée que je passais entre les cuisses d’une chimère. Je soupiras en esquissant des brasses violentes vers le sable. Je grimaçais et m’attardais que les courbes féminines, ambrées par les longues heures de bronzages. Toutes si belles. Toutes si attirantes. Et aucune pour égaler Jill. Aucune pour effacer la passion congénitale et le vice sentimental. Je m’avançais vers ma serviette, prêt à tomber et fermer les yeux. Une sieste sur les  galets pour remplacer les insomnies et les angoisses nocturnes. Mais le destin était plein de vices. Je repliais les genoux et remarquais le regard assassin de Teddy. Ses prunelles rouges, devenues ocres et violaces sous les ondulations des astres. Putain, il se prenait déjà pour le héros. Je pinçais les lèvres et feignais la politesse. « Hey Teddy. Long time no see, désolé pour la dernière fois je voulais vraiment rappeler mais t’sais, le boulot, les soirées … » Maugréai-je pour justifier la distance - les mois passés sous silence. Je n’avais pas trahi la famille. Seulement Jill. Seulement, mon coeur.  Mes autres relations n’étaient qu’un dommage collatéral. Un mal nécessaire, parce qu’après tout - je n’étais que le gosse recueilli. L’intrus assis au fond du salon. Et il était temps pour moi de retourner dans mes abysses.

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Dernière édition par Rhys Egerton le Dim 2 Sep 2018 - 0:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: memories that you call (teddy)   Lun 27 Aoû 2018 - 22:10

Ciel et mer qui se confondent sur son horizon. Teddy, il rêve des vagues d'un autre pays – mais pour aujourd'hui, il se contentera de Brighton et son ressac paresseux. Échoué entre les galets le sable corrosif, il laisse ses doigts courir sur les courbes de sa planche, agrippe le palet de wax et dessine un filet sur la surface. Son esprit se perd sur d'autres mers, d'autres océans. Une eau plus claire et des creux de vagues à en faire bondir le cœur. Du sable blanc et du sable noir. Des galets ronds puis tranchants, un corail vif et brûlant. Brighton lui semble terne à côté, même sous ses plus beaux camaïeux d'été. Ou bien est-ce simplement son monde qui peine à trouver les couleurs, maintenant que son quotidien se conjugue au singulier, et plus au pluriel, désormais. Clara est toujours dans un coin de ses pensées pourtant et son rire résonne au grès des souvenirs. Il ne sait plus vraiment où ils en sont, ni même ce qu'il veut. Sa fierté l'étouffe, mais l'idée de l'effacer de sa vie est pire encore. Il se donne du temps, trop sans doute. Lui échappe peu à peu pour se laisser porter par d'autres frissons de synthèse. Une aiguille dans les veines et le palpitant qui s'agite, les pupilles qui se rétractent pour réduire son monde à quelques hallucinations. C'est sans doute pour ça qu'il est à la plage aujourd'hui. Pour s'échapper de la spirale, glisser sur d'autres vagues que celles qu'il s'enfonce dans le système. Ses prunelles effleurent l'écume et s'attardent sur un type. Ce type. C'est le court-circuit sur les synapses et il se relève d'un bond, Teddy, laissant sa planche par terre. Rhys. Rhys. Fucking Rhys. Il a le cœur qui se soulève et les pieds qui s'écorchent entre les galets pour le rejoindre. Il réfléchit à mille et une façons de l'aborder, de la simple salutation à une soupe de phalanges, tout en passant par une potentielle noyade. Il l'écoute vaguement, entend à peine ses mots. Il n'a pas envie de réfléchir ou d'avaler ses mensonges, Teddy. Il a déjà été trop déçu par le passé et l'autre le confirme encore, bavant une provocation bancale que Walsh s'efforce d'ignorer. « T'es vraiment qu'un pauvre type. » Trop de choses dans le crâne, ça se bouscule et ça s'effrite au bord de ses paupières, comme cette haine qu'il n'arrive plus à contenir. Jillian dans la baignoire. Le Rhys de leur enfance. Puis le connard qui lui fait face maintenant. Clara. La dope. L'hôpital. Tout le reste. Un pas pris en avant et il le bouscule, Walsh, mais il aimerait faire tellement pire. « Qu'est-ce que tu crois faire ? T'as bousillé ma sœur et tu penses pouvoir revenir comme une fleur, avec tes blagues à la con et ton sourire d'abruti ? » La colère couvre le reste. Le mal qui le ronge de l'intérieur. Il a trop de questions coincées au bord des lèvres, Teddy. Il aimerait comprendre pourquoi est-ce qu'il a fait ça à Jillian. Pourquoi est-ce qu'il a fait ça aux Walsh. Il aimerait savoir ce qui l'a poussé à être aussi lâche, à partir comme un voleur. « Je ne sais même pas ce qui me retient de te frapper ou même de te noyer. Je te jure que si tu lui fais du mal à nouveau... » Rien qui ne tombe de ses lèvres, pour un millier de possibilités qui s'esquissent dans son esprit. Il a toujours fait le meilleur, Teddy. Ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas capable du pire.

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MessageSujet: Re: memories that you call (teddy)   Dim 2 Sep 2018 - 0:47

Ils avaient le reproche facile, ces Walsh. Des mots qui se répétaient. Des syllabes saignant sur les galets de sable que le ressac ramenait encore, avec cette même insistance et une voix courroucée par la colère. Je me redressais lascivement, adressant un regard incertain. Je refusais de laisser le mal pulser dans mes veines. De succomber sous les attaques et les injures. Je ne lui avais rien promis. Je ne lui avais rien ôté. Mon départ était un choix personnel, un voyage entre les paysages d’Angleterre à la recherche d’une identité qui ne lui avait jamais manqué à lui. Ce fils prodige devenu médecin. Ce gosse aimé et choyé au milieu d’une foule de sourires et d’attention. Un amour sans condition. Un foyer pour ses peurs et ses oublis. Et moi, je n’avais rien - seulement les restes de ces sentiments dont plus personne ne voulait. Une tendresse portée par défaut. Parce que j’étais là, assis au coin de la table et que je faisais pitié autour du diner. Je soupirais en haussant les épaules. Ma planche tombée au sol et les désillusions bercés par les fluctuations de ses lèvres fébriles. L’eau perlait sur ma peau, traçant des sillons de sel et des lignes de détresse. Je ne revenais pas chez lui. Brighton était ma ville aussi, le berceau d’une enfance qui ne valait rien et d’une existence de merde, filant lentement sous mes doigts. Tout s’effondrait autour de moi. Cette passion pour le surf qui me retenait dans l’illusion d’un paternel déserteur. Ces traits de caractères hérités, sans le vouloir et ces similitudes physiques qui me donnaient envie de vomir. De quel droit pouvait-il me parler comme un malpropre ? De quel droit pouvait-il juger mes échappées et mes absences ? Alors que toutes ces filles qui avaient vagabondé dans son lit étaient les soeurs de quelqu’un. Que toutes ces conquêtes accumulées et ces manoeuvres de séduction n’étaient en réalité que des mensonges. Je grommelais dans ma barbe, essayant de garder l’équilibre et la tête froide. J’en avais assez fait et cogner Teddy n’était en rien une solution. Je refoulais sans cesse. Je ravalais la rage et l’animosité. Parce qu’il faisait mal. Il avait compté et chaque insulte verbalisée était un poignard qui s’enfonçait dans ma gorge. Je me détournais, m’éloignant de quelques pas vers la jetée, prêt à rebrousser chemin et ignorer la provocation. Mais il avait fallu qu’il dépasse la limite avec une menace que l’égo masculin ne supportait pas. Je fronçais les sourcils, approchant dangereusement, réduisant l’espace et ma patience au fur et à mesure que mes jambes foulaient le sol. « Tu me jures que quoi, Teddy ? Tu vas ramener ton stétho et m’étouffer avec ? J’ai bousillé personne ok ! C’est pas moi qui ait tué Soren. Et je lui ai certainement pas demandé d’avaler les cachets ni de plonger dans sa baignoire. » Il cherchait simplement à poser un blâme. A justifier ses omissions. Je levais les bras et le bousculais violemment. Je ne supportais plus qu’on me tienne responsable de sa tentative. Elle avait choisi son fiancé. Et j’étais parti ailleurs. Sa solitude ne me concernait plus. Je devais retrouver mon père et succomber à mes propres malédictions. Un secret qui pesait sur ma poitrine et que le monde refusait de voir. « Vas-y frappe moi, soulage ta conscience parce que ta soeur était malheureuse et que t’as rien vu venir ! Tu sais quoi Dr Knock ? Je t’en veux aussi, tiens ! Si j’avais été là, j’aurais jamais laissé Jillian toute seule. » Enorme mensonge. J’étais troublé par son deuil - troublé par une confession d’amour alcoolisée et la culpabilité de l’avoir embrassé.

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MessageSujet: Re: memories that you call (teddy)   Lun 22 Oct 2018 - 22:04

L'état de manque pour border ses lippes tremblantes, un appel au vide qui s'imprègne sur chaque tissu, chaque terminaison nerveuse. Une maladie qui s'impose en plein jour et dont les symptômes s'intensifient sous les caprices du sablier. Sa langue claque et répond aux impulsions d'un cœur colérique. Des ventricules qui s'injectent mécaniquement d'une haine ancienne ; d'une aversion qui se conjugue à nouveau au présent. Les souvenirs se confondent avec des problèmes bien plus personnels et Teddy, il a du mal à faire la part des choses, à ne pas confondre ce qui s'est passé hier et ce qu'il en est aujourd'hui. La ligne est maigre et abstraite entre ces différents mondes ; celui de leur enfance, celui de cette année, celui de ces derniers jours. Il essaye pourtant de rassembler ses idées et de leur apporter du sens, mais le sang pulse contre ses tempes et sa raison se distille au creux des vagues. Il le bouscule et tient la distance. Trace des limites éphémères dans le sable. Un regard de trop ou un mot plus haut que le précédent, il suffirait d'un rien pour mettre le feu aux poudres et au fond de ses tripes, il n'attend que ça, Teddy. Une bonne raison d'amorcer une nouvelle bataille. De goûter l'hémoglobine et de s'étourdir autrement qu'avec des substances. Il l'écoute cracher sur la tragédie. Parler de la détresse de Jillian comme si ce n'était rien de plus qu'un fait divers. « Mais tu savais très bien qu'elle ne pouvait pas survivre sans toi dans les parages. T'étais son dernier soutien et t'as fui comme un lâche. » Des syllabes hachées, qui claquent sur le bout de sa langue. Ça bout dans ses veines, de la pompe au plus petit des capillaires. Un système qui se met en branle et qui résonne si fort, dans sa caboche blonde. Ses phalanges blanchissent et son âme se draine de tout bon sens. Il y a l'écho de ses reproches qui se fracasse contre ses tympans. Des mots terribles – des mots de trop. Il le bouscule une fois de plus, Teddy. « Putain, mais comment t'oses dire ça ! » Parce que ça fait trop mal d'entendre la vérité, trop mal d'admettre qu'il a raison. Il aurait dû être là, Teddy. À chaque instant, chaque foutue seconde après l'enterrement. Il aurait dû être là, et pas en train de préparer sa prochaine dose à s'enfoncer dans les veines. Il aurait dû. « T'étais pas là, c'est bien le problème. T'as rien à dire, Rhys. Rien du tout. Elle comptait sur toi. Moi aussi. J'ai été bien idiot de croire qu'il restait un peu du gamin que mes parents ont eu la gentillesse d'accueillir. » Il emmêle tout, Teddy. Passé et présent. Ça donne du poids et de la valeur aux arguments. Ça fait sans doute plus mal, aussi. Ses doigts se serrent et son palpitant avec. Le goût de la trahison est terrible à faire disparaître. Les larmes au bord des paupières et la colère ancrée aux tripes. « J'veux plus te voir près d'elle. Hors de question que tu la détruises à nouveau. » Les menaces qui se dissolvent dans ses syllabes. Il ne sait pas de quoi il serait véritablement capable, Teddy ; sans doute du pire et aucun souvenir d'enfance ne pourra atténuer ça.

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MessageSujet: Re: memories that you call (teddy)   Mer 21 Nov 2018 - 21:13

Une colère qui annihilait la raison. La peur qui se mêlait au sang. Puis l’injection au fond du coeur. L’adrénaline brûlante, pulsant au travers de mes bronches et de mes veines. Je le regardais avec intensité. Prêt à déplorer mes pertes. A bondir sur la proie qui se tortillait sur le sable. Teddy, ou un autre. Il ne s’agissait que du défouler. De l’aversion que je crachais à la face du monde qui m’avait abandonné. Mon père — ma mère, les Walsh. Les vagues tourbillonnaient autour de ma tête. Je sentais le parfum de la houle et ses lamentations. L’air se transformait en éther. Et l’impulsion étourdissait le coeur. Je fermais le poing. Je serrais les phalanges. Mais les pensées étaient encore plus violentes que les coups. Ce qui se prononçait — ce qui résonnait au fond des poches gutturales. Les mots saignaient et faisaient mal. Les vérités s’épandaient et raclaient la surface de la chair. Je soupirais en agitant les épaules. Je me fichais de ses malaises, de ses angoisses et de ses blâmes. Ses rétines injectées de pourpre n’étaient qu’une réflexion des miennes. Une trace d’encre qui amorçait la chute. Je vacillais face à ses bousculades. Je perdais l’équilibre et effleurait la surface du sol. Il avait raison. Sur certains faits. Sur certains sentiments. Il protégeait sa soeur. Et moi, je protégeais ma gueule. Eternel égoïste. Amoureux d’une amie. D’une moitié qui se distillait sous les draps d’un autre. Je l’avais embrassé avant de partir. J’avais exprimé ma plus belle déclaration sous l’influence de l’alcool. Puis elle m’avait rejeté pour retourner dans l’étreinte du diable. Un militaire déguisé dans une uniforme de noblesse et de loyauté mais dont les sous entendus résonnaient encore. Ces injures qu’il balançait avec des jolis mots. Les regards furtifs et insolents, qui entaillaient ma peau. Comme ce racisme que seuls les concernés ressentaient. Ces actes manqués, que le commun des mortels ne remarquaient jamais. Teddy. Les autres. « Au moins, j’ai une bonne excuse. Jill s’est suicidée sous tes yeux, merde. T’es dégelasse ! » Parce qu’il remuait le couteau dans la plaie. Il brouillait les souvenirs et réduisait mon affection pour sa famille, à ces actes de charité qu’on offrait aux mendiants. Sa voix me répugnait. Son attitude et son expression nerveuse. Tout chez lui, était exécrable à cet instant. « Ah ouais ? Pas d’bol parce que j’ai envie d’être avec elle. » Il s’agitait, furetait autour d’un espace qui se composait de nous seulement. Comme si la foule avait disparu. Comme si la mer avait cessé d’exister. Je déglutis en repliant les genoux. « Vas-y, lâche toi Theodore ! Tu me provoques et tu recules. T’as pas les couilles de me taper en premier ? Ou ce serait mieux pour ta version de l’histoire si je te pétais le nez ? » Sifflai-je en le chargeant brusquement. Sa silhouette propulsée dans le vide, enlacée dans la mienne. Et nous tombions comme une montagne qui s’effondrait tout à coup. On mordait la poussière ensemble. Deux gamins incompris. Deux gamins incapables de se regarder. De s’apprivoiser.

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MessageSujet: Re: memories that you call (teddy)   Lun 10 Déc 2018 - 23:43

Une fraternité qui s'est délitée entre les vagues. Une marée après l'autre. À se noyer dans une mer d'erreurs, à reprendre son souffle en fuyant. Ils s'opposent. Se ressemblent. Beaucoup trop ; bien trop pour s'apprécier, au final. Deux frères d'une autre mère, une amitié consolidée par un amour inconditionnel pour la troisième variable de l'équation ; Jillian. Le frère protecteur d'un côté. L'amour inavoué de l'autre. Des liens comme autant de relations s'entortillant entre les cœurs et les corps. Teddy, il se souvient des éclats de rire et des sourires éternels. Des promesses flambantes pour un avenir chaleureux. Puis, il se souvient du corps de Jillian dans la baignoire. De ses mains jointes contre son cœur, pour essayer de le faire repartir. Il se souvient d'avoir hurlé son prénom et appelé à l'aide, dans un gouffre sans fond, ou sa voix ne faisait que ricocher sans pour autant trouver une oreille attentive. Il a cru mourir ce jour-là, Teddy – et il y a sans doute un peu laissé de son âme, aussi. Mais Rhys ? Rhys n'était pas là. Il n'était plus là. Pire encore, il était devenu la source de tous leurs maux. Un traître, le pire des voleurs. Accueilli puis perdu de vue, sur un horizon qui n'a fait que s'assombrir après ça. Il vacille, Teddy. La colère au bord des paupières, la rage aux tripes. Il tremble et ce n'est plus le manque, pour une fois ; c'est tout le reste. Les pulsions refoulées et une haine contenue pendant trop d'années. Les mots défilent comme autant de provocations et il déraille, Walsh. Se laisse happer par le pire de ce qu'il est, parfois. Une fraction de seconde et le monde s'écroule, la verticale devient horizontale et le sable absorbe pauvrement le choc dans son dos. « T'es qu'un pauvre con, Egerton. » Des mots sans impact – bien moins en tout cas que les coups échangés. Les grognements longent les cordes vocales, la lutte est animale et pourtant, c'est un triste tableau qu'ils donnent. Il rend les coups, Teddy, il n'arrive plus à raisonner, à modérer les réflexes qui lui rongent les nerfs. C'est tout son mal-être qui s'écoule dans ses phalanges : ses regrets, ses peines, ses propres erreurs. Il envoie les pieds, les poings, et le cœur au combat. « Tu la mérites pas. » Un fait qui grince entre ses dents, une conviction qui se conjugue à tous les temps, toutes les personnes. Tu mérites pas Clara, Walsh. Un écho qu'il digère mal au cœur de la bataille. Il finit par s'effondrer sur le côté, Teddy, les poumons en feu et des sifflements terribles dans les oreilles. Il roule sa carcasse dans le sable et ignore les premières douleurs qui cisaillent entre ses côtes fragilisées. Il roule et crache son sang et ses sentiments dans le sable. « On était amis. » Un rire qui souligne l'ironie. Un rire douloureux, qui lui écorche les lippes. « Dis-moi, Rhys. Qu'est-ce qu'on a fait de mal ? Qu'est-ce que j'ai fait de travers ? » Car il le sait, Theodore, il est toujours un peu responsable, quelque part. Coupable, même pour les erreurs des autres.

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