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 kill your darlings + conrad

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Andy Cavendish

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MessageSujet: kill your darlings + conrad    Jeu 16 Aoû 2018 - 21:48

steele & cavendish

and though it hurts
we keep on climbing
cause our addictions take us from inside
 
(kill our way to heaven @michl)


Une profonde tragédie. Des enfants arrachés aux bras de leurs mères. Des soldats séparés des lèvres de leurs amantes. William - James, un autre. Marjah et les batailles des fiefs. Tant de soupirs portés par le vent. Des âmes enflammées par les brasiers des chars et les sifflements des fusils. Ils bourdonnaient encore sur les terres pavées des regrets d’Afghanistan. Ils crevaient sans cesse - s’enterraient dans l’oubli. Le poison se distillait dans mes veines, des saveurs d’amertume qui se blottissaient entre mes côtes. La douleur était réelle. Autant que la déchirure. Autant que les insurrections. Mes yeux s’effeuillaient sur les parois de la ville. Des images défilantes entre mes paupières, devenues les souvenirs d’une vie ancienne. Je l’avais trompé pour trouver la liberté. Les jougs de son amour étouffaient - ils brûlaient ma peau sur le bûcher de nos vanités enchâssées. Chaque instant laissait une emprunte, une blessure de carbon et de lumière. Je l’avais adoré - Je l’avais chéri si fort que le sentiment m’avait arraché le coeur. Les teintes du sang encerclaient notre histoire. Un pourpre qui dégoutait à force. Une colère qui détruisait tout. Moi, d’abord. Lui, ensuite. L’émotion s’était éteinte dans les trous et les états de mal de ces rapatriés de l’armée. Ils avaient pris un homme et m’avais rendu une chimère, des baisers qui s’effaçaient avec les larmes au coin de ma bouche. Je m’arrêtais au milieu de la rue, fixais l’aurore qui étreignait l’horizon.  Les silhouettes encerclaient la brume. Je m’installais sur un banc du parc. Je leur imaginais mille histoires, un talent différent du mien et des existences bordées par les caresses du vent. Des femmes enjouées, enlacées par les bustes de leurs chéris. Des marcheurs blancs, vêtus d’accoutrements sportifs et d’une motivation de fer. J’aurais voulu courir aussi. Prendre le large et embrasser l’écume de la mer. Les vagues faisaient écho à mes pensées. Des courants glacés, remontant de la Manche afin de mourir sur les galets de Brighton. Je repliais les jambes. Mes muscles, eux, ne bougeaient pas. Toujours fidèles à cet endroit. Toujours amoureux de ses lacunes. Je me perdais dans une dévotion écoeurante. Dans le mal causé par ses mots et ses insultes. Je n’avais plus la voix pour chanter mes malheurs, seulement la résignation d’avancer. De m’éloigner pour avoir l’élan de sauter dans ses bras à nouveau. Un précipice noir dans lequel je tombais à pieds joints. Mes doigts trituraient la lanière de mon sac. J’effleurais nerveusement l’ouverture. Un paquet de cigarettes que je n’avais pas touché depuis cinq ans mais dont la présence m’apaisait - comme un choix à faire, une possibilité d’autre chose. Je marmonnais une mélodie en me penchant vers les roseraies. Conrad tardait toujours. Il passait par là, faisait partie de ces ombres qui se penchaient dans le crépuscule afin d'assouvir le besoin d'évasion. Un autre symbole de la guerre. Un marcheur différent, gris et sans lueur. Des cernes violacées et une grimace tatouée sur le faciès troublé par les vacarmes de la vie. Le Bang le faisait sursauter. Alors que moi, tous les sons m’enchantaient - toutes les notes aiguës et les intonations graves. Je détachais mes cheveux. Un voile nuageux qui cachait mes vices derrière une apparence de mélancolie. Mais j’étais l’ennemi. J’étais la chanteuse qui rythmait les danses mortuaires et les valses de ces macabés pourrissant de l’autre côté du monde. Mes épaules se redressaient et je retrouvais l’esquisse d’un sourire en apercevant sa démarche assidue. Il avait le charme de mille hommes. Un régiment, marchant à l’aube de l’apocalypse. Je me levais pour l’accueillir. Nous étions identiques ici. Nous avions vécu nos horreurs dans une parallèle de mondes et de forces cosmiques. J’avais vu la bataille dans les yeux de Will. J’avais sentis son âme se fissurer et me quitter. Son dernier souffle m’avait appartenu dans un frisson agonique. Il était mort.  Et comme eux tous, je voulais m’éteindre aussi. Pendant trois ans, j’avais rêvé de le rejoindre dans l’hérésie sans parvenir à localiser la source du mal. Sans parvenir à voyager dans le temps. « Steele. » Je murmurais en hochant la tête. Une rencontre banale, devenue habituelle entre les sentiers du West Side. Parce qu’il y avait cette connexion qu’on ne nommait pas. Ce lien indissociable entre moi et tous les malheureux de la bas.

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Dernière édition par Andy Cavendish le Lun 20 Aoû 2018 - 14:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: kill your darlings + conrad    Lun 20 Aoû 2018 - 13:43

Une routine qu’il s’impose pour ne pas perdre la boule. Une habitude qu’il se prescrit lui-même pour ne pas perdre ses journées dans les bras de Morphée. C’est facile, de s’oublier sous les draps. C’est facile de céder à la fatigue qui régit l’ennui – pour Conrad, pas de métro, boulot, dodo. Seulement dodo. Il aimerait simplement que ce soit définitif ; c’est plus fort que lui. C’est inconscient. La pensée le traverse malgré lui et la seule chose qui l’empêche de parcourir les musées pour débusquer une balle de 13mm pour la loger dans la chambre du Tankgewehr qui orne son salon, c’est ses chats. Que feraient-ils, sans lui ? À qui les donnerait-il ? À la cousine, sûrement. Aussi fracassée que lui.
C’est dire que sa vie est triste. Sa famille, elle lui a tourné le dos des années plus tôt. Ses parents le dédaignent et ses frangines l’ont sûrement déjà oublié. L’aînée, trop loin. La cadette, hors de portée. Et Conrad, il court toujours en fin de soirée, la semaine. Les rues sont tranquilles – les travailleurs préparent le dîner de leurs marmots qui daignent enfin pointer le bout de leur nez à la maison. Il y a pourtant quelques couples qui flânent, quelques vieillards qui s’attardent autour des tables d’échec. Et Conrad, il court sans musique. Dans ses oreilles, ça le rend fou. Il n’y a rien qui lui permet de s’encrer dans la réalité. Il n’y a rien pour lui rappeler qu’il est là, au pays, à l’abri. Conrad, il aimerait se dire qu’il a la tête hors du sable mais l’évidence lui claque au visage : huit ans plus tard, il se noie toujours dans le désert brûlant d’un pays lointain. Sa mission – leur mission – n’aura servi à rien si ce n’est plonger un peu plus les civils dans le chaos. Conrad, il a même été plus loin que ça.
Une erreur. Sa première erreur. On l’excuse en prétextant la fatigue. On lui pardonne en lui rappelant sa condition physique et psychique, ce jour-là – une balle dans l’épaule délogée trop vite dont il arbore encore la cicatrice. Des cachetons de morphine qui ont servi à endormir une énième victime. L’estomac vide. La fatigue. Quarante-huit heures qui s’étirent à l’infini et les synapses qui flanchent. La logique, absente. La raison, disparue. Et puis le drame. La victime. L’innocent. Le gamin que la dynamite emporte en même temps que les talibans. Conrad n’a jamais pu savoir s’il avait encore de la famille, ce gosse. On ne lui en a pas laissé le temps. Rapatrié trop vite, on lui a claqué la porte au nez. Inapte au combat, qu’ils ont dit. Inapte à la vie, plutôt. Alors il court, Conrad. Il court plus vite que son passé mais il lui suffit d’une pause, d’un arrêt pour qu’il le rattrape et lui écrase le dos. Comme à l’instant alors que son regard accroche la silhouette d’Andy. Elle est toujours là, à l’attendre. Malgré lui, une autre habitude s’est glissée sous sa peau : celle de s’arrêter à sa hauteur.
Un sourire de façade se dessine sur ses lippes alors qu’il imite son geste. « Cavendish. » Il marque une pause, prend le temps de la détailler alors qu’il glisse ses mains dans les poches de son jogging. « Tu devrais sourire plus souvent. » Souligne-t-il. Andy, elle est époustouflante. Ça l’étonne qu’il n’y ait personne pour orner son bras; n’importe quel homme serait ravie d’être le compagnon d’un sourire aussi charmant et d’une voix aussi tranquille. « Ça te va bien. » Qu’il ajoute dans un roulement d’épaules. Sa sexualité n’a rien à voir dans son admiration pour la beauté – il a des yeux, Conrad. Il y a des yeux qui s’accrochent aux jolis corps et qui les estiment comme tels, peut importe leur genre.

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MessageSujet: Re: kill your darlings + conrad    Mer 22 Aoû 2018 - 20:26

Mon coeur reculait - entrait en collision avec mes côtes et ma chair. Un instant et l’ensemble chavirait. Une respiration qui devenait sifflante. Un battement pénible et douloureux, se fragmentant dans ma poitrine. J’avais besoin d’un appui. D’un retour à la réalité. Ces routines étaient nécessaires. Un bonheur conditionné par promenades le long des parcs et des rivages. Mes yeux glissaient sur les sentiers avant de s’écarquiller face aux ondulations des astres. Un horizon de plénitude et de liberté, fuyant entre mes paupières rosées. Les sentiments s’oubliaient dans ces gestes mécaniques où le corps ne faisait que répondre à la chorégraphie. Pas à pas, j’existais. Pas à pas, je n’étais qu’une silhouette parmi les autres. Mon parfum se distillait dans la foule mouvante. Mon ombre enlaçait les arbustes et les écorces ravagées par le vent. Rien que ça. Une anonyme. Pas l’ex petite amie du soldat. Pas la chanteuse du bar. Je crispais les doigts et forçais la lumière dans mes sourires. Une expression qui se gavait sur ma peau. Une échappatoire, loin du gouffre et des confrontations. Il avait raison, Conrad. C’était mieux comme ça. D’étirer les joues et d’effleurer l’esquisse d’un rêve. L’illusion suffisait à créer l’euphorie. Je croisais les jambes et observais sa carrure. La même que celle des militaires. Fière et imposante. Magnifique dans ses chutes et ses rechutes. Parce que la guerre laissait une trace et qu’il n’y avait pas de remède à l’horreur. Combien en avait-il vécu avant d’être jeté aux oubliettes ? Je ressentais de l’empathie. Je ressentais une fatigue immense et des années de lutte cristallisées au fond de ses prunelles bleues. Deux abysses devenues noirs puis incolores. Je ne voyais pas son âme derrière la rétine. Je ne voyais que les cils qui s’emmêlaient et les orbites qui s’agitaient. Un réflexe perturbant. Une âme à l’afflux du bruit, de la catastrophe. Tant de gestes annonciateurs. Tant de signes que je n’avais pas su remarquer, avant. Tant de délires que j’avais laissé se transformer en mal. Je soupirais en secouant les épaules, laissant les boucles d’ébènes chanceler autour de mon visage. Mes lèvres se pinçaient et mon échine brûlait. Je n’étais plus habituée aux compliments. Le monde avait cessé de voir la beauté en moi lorsque William était parti. Je gloussais comme une enfant, les tempes empourprée par une sensation de plénitude étrange. « Quel beau parleur.» Sifflai-je d’une voix mielleuse. Je l’observais en hochais la tête. Il s’essoufflait Conrad. Il mettait plus de temps à chaque fois. Les minutes s’allongeaient et je redoutais la rencontre finale. « Tu devrais essayer aussi. Je suis sûre que tu peux être charmant. » Une taquinerie qui se voilait d’espoir. Je voulais qu’il redevienne humain. Que les blessures se ferment et les cicatrices s’effacent. Je l’invitais à prendre place à mes côtés. « Tu sais, j’ai aimé un soldat une fois. Tu me fais penser à lui. Je ne sais pas, il y a quelque chose de rassurant quand tu es là. J’espère que c’est pareil pour toi. » Comme si nous étions indissociables. Toutes les histoires se joignaient et tous les malheurs de la guerre me ramenaient vers lui - vers ses luttes acharnées et les batailles des fiefs.

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MessageSujet: Re: kill your darlings + conrad    Dim 26 Aoû 2018 - 18:47

Son rire cristallin lui écorche les oreilles et pourtant, il le tolère. Peut-être parce qu’il ne l’entend pas souvent, peut-être parce qu’elle sait malgré tout être discrète. Mais le compliment qu’Andy lui renvoie ne lui arrache qu’une grimace maladroite, une pauvre tentative d’un sourire écorché alors qu’il se balance sur ses pieds, les mains dans les poches. Beau parleur, qu’elle dit. Beau parleur pour les femmes mais pas assez pour les hommes, visiblement ; gueule trop belle, c’est muet qu’on l’aime.
Alors son sourire sonne faux. Son sourire se perd dans un passé où des mots comme joie et vie ont été raturés par l’armée ; dix, quinze ans plus tôt. Il savait sourire, avant l’armée. Il souriait encore, avant le Special Air Service et ses exigences excessives – les forces spéciales. L’obligation à la perfection. Conrad, il a bafoué ce statut et leur devise – who dares wins. Il a osé, Conrad. Il a osé mais à la place de gagner c’est la défaite qui l’a étreint, la défaite qui l’a dégommé. Les erreurs qui s’accumulent et qui ont tant terni son dossier qu’on lui a claqué la porte au nez. Une bonne chose, en vérité. La culpabilité ne sied pas à l’élite. Alors Conrad, il sourit. Mais c’est le vide qui transpire sur sa gueule, c’est les maux d’un passé qu’il n’assume toujours pas, huit ans plus tard. Il se fatigue, Conrad. Il s’éreinte les muscles et l’esprit délibérément – il n’y a qu’ainsi que les bras de Morphée l’enlacent, le soir. Trop tard, toujours trop tard. Il soupire et ravale sa tentative ratée de satisfaire Andy. Il s’assoit simplement à ses côtés. Il se laisse tomber et allonge ses jambes sur le bitume, les pieds croisés. Son regard se tourne vers le ciel qui se noircit déjà.
Les étoiles, il ne les verra pas. En ville, on ne les voit jamais. Elles sont boulottées par les lumières artificielles des lampadaires et par la pollution. À Marjah, il les voyait, Conrad. Il se surprenait parfois à les admirer lors de ses rondes nocturnes. Il s’étonnait que le ciel soit si pur et si propre, la nuit. Une autre bizarrerie qui le hante. Des interrogations qui étreignent toujours ses neurones – comment se fait-il qu’un pays en proie aux tourments les plus infâmes soit si tranquille dès que la lune remplace le soleil ? « Je suis déjà charmant. » Souffle-t-il en réponse à sa remarque. Conrad, il blague. Il cache ses maux sous la dérision – il dissimule la solitude sous sa gueule d’ange. C’est facile d’attirer les hommes dans son lit. C’est plus dur de les empêcher de le quitter, au petit matin. Personne ne veut s’embarrasser d’un homme brisé – d’un chômeur.
Et puis la confession d’Andy tombe. Il arque un sourcil et s’adosse un peu plus sur le banc, un bras par-dessus le dossier. Conrad, il est mal à l’aise. Il se pince les lèvres et la gêne s’étale sur son visage. Admettre que sa présence le rassure – que la routine de la croiser sur ce banc, trop souvent, lui permet de retrouver un semblant d’humanité qui n’est pas vicié. Avec elle, c’est facile et c’est tranquille. Il n’a pas besoin de se cacher ni même de nier l’état désastreux de sa psyché. Avec elle, c’est honnête. « Je m’arrête à chaque fois, non ? » Une façon détournée d’admettre que le calme olympien de la jeune femme déborde un peu sur lui. Et puis son aveu tourne et retourne dans son crâne. J’ai aimé un soldat, qu’elle a dit. « Où est-il, maintenant ? » Il pose la question qui fâche du bout des lèvres, incertain de la réponse qu’elle lui apportera. Le sous-entendu, il est là. Où est-il, maintenant ? Six pieds sous terre, ou six pieds par-dessus les vivants, incapable de se raccrocher à la gravité, au monde et à la vie, comme lui ? Où est-il, maintenant ? Mort au dehors ou mort au dedans, comme lui ?

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MessageSujet: Re: kill your darlings + conrad    Mar 2 Oct 2018 - 22:07

La peur de l’oubli. D’effacer les peines et les images d’une guerre qui se fracturait sur les dunes d’Afghanistan. La terreur des autres, devenue une plaie dans le coeur. Et la rature s’alanguissait dans les organes. Le sang affluait sous la peau. J’existais aux travers des forcées armées. Dans chaque détonation, chaque coup de feu. Je les avais imaginé dans les yeux de Will. Je m’étais couché dans ce lit aux allures de tombeau, la main dans la sienne, les doigts emmêlées sur la gâchette invisible. Ensemble dans l’obscur. Ensemble dans l’omission et le silence. Une complicité fissurée par les horreurs de la bas. Par ce devoir qui l’avait changé. Qui l’avait rendu étranger. Mes yeux glissaient sur le profil de Conrad. Je le voyais en lui aussi. Ces prismes de couleurs ombrageuses et noires. Ces douleurs maquillées sous les semblants d’une vie civile. Sans le masque et sans l’uniforme. A l’ambroisie. A la mort. Ma gorge se serrait douloureusement. Je n’avais pas les mots pour apaiser les chagrins, seulement une voix qui s’entortillait sur les scènes des bars. Des chansons d’amour, trébuchant sur les façades délavées de la ville. Alors ce sourire faux était ma réalité. L’hypocrisie d’un bonheur qu’on s’envoyait en pleine face. Pour mieux exister. Pour mieux survivre. Je hochais la tête et repliais les genoux. Une posture rigide sous le vent. Des mèches d’ébènes, ondulées contre des joues creuses et fatiguées. Je pleurais parfois. Je maudissais les destinées et les mauvais choix. Tant de revers pour une seule médaille. Celle des soldats et des héros. Celle des usurpateurs et des rebelles. Leurs luttes et leurs batailles. Les cadavres dépouillées et les équilibres rompues. Au nom de la gloire et de l’âme meurtrie. Une existence qui se dissolvait dans les étreintes grumeleuses du sable. Il était charmant à chaque instant, Conrad. Parce qu’il avait survécu. Et que le pire restait à venir. Ici, au milieu des fantômes et des ignorants. Dans un peuple contraint par l’oisiveté et la sécurité. Des pétarades de voitures et des pots d’échappements, devenus l’ennemi juré de l’esprit. L’imagination morbide et le vide, enlaçant chaque fragment du corps. Je lui adressais un regard furtif. Il n’y avait pas de compassion entre nous. Nos similitudes qui empêchaient l’empathie. « Si tu le dis. » Je murmurais sur ce banc, le visage fermé sous la voute céleste. Des étoiles étouffées dans une myriade de nuages. Les lampadaires prenaient la relève. Et l’illusion continuait. Je crispais les doigts sur le rebord. La confession trop rapide, à l’instant regrettée. Parce qu’il le connaissait peut-être. Ils se connaissaient tous sur le front. Je me tournais lascivement, les opales vidées d’émotions. « Arrête toi, toujours. » Parce que je ne voulais pas le voir disparaitre avec les autres. Je ne voulais pas omettre son visage dans la foule et retrouver la froideur du métal dans ce parc verdoyant. Mon coeur se serrait contre mes côtes. La douleur presque habituelle. Le mal, prononcé pour la première fois. Il n’y avait pas de mensonge entre nous. Je le fixais avec un sourire imperturbable. «Il est mort à Marjah. Je l’ai attendu pendant trois ans. Et il était juste mort tout ce temps. J’étais trop bête pour le voir. » Un aveu affligé, débordant entre des lèvres gercées. William était enterré dans les profondeurs d’une dimension lointaine. Avec ses frères d’armes et les simulacres de nos amours. Ce n’était qu’un anonyme. Un autre homme avec un autre nom. James, valeureux et tranchant. James, corrosif et plein de haine. « Il me manque alors je viens ici. Il aimait bien les jardins … » Raillai-je nerveusement. Il avait creusé mille trous. Il s’était enlisé dans l’anxiété et les délires d’un traumatisme qui nous avait pulvérisé.
Main dans la main.
Les doigts emmêlés sur la gâchette invisible.
Ensemble, nous avions tiré.
Nous avions assassiné nos promesses.

** trop désolée du retard

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MessageSujet: Re: kill your darlings + conrad    Mar 16 Oct 2018 - 10:51

Un malaise, peut-être. Ou tout simplement l’évidence, soulignée par la présence d’Andy. Un je comprends qu’elle n’a pas besoin de formuler. Un je comprends qui sonne aussi faux qu’il n’est vrai. Conrad ne lui en veut pas, pas trop – ce n’est pas de sa faute. Ce n’est pas de la faute des passants non plus, d’avoir conscience de la guerre seulement à travers les nouvelles qui s’exhibent à la télévision et s’esquissent dans les journaux. Des points de vue plus qu’un étalage de faits – des événements tronqués, polis et biaisés. C’est les vainqueurs qui modèlent l’Histoire. Opinions surfaites de spectateurs – celles des acteurs sont, au mieux, ignorées, oubliées puis effacées. Si hier on enfermait les choqués de l’obus dans des asiles, aujourd’hui on préfère leur faire miroiter la guérison. Conrad ne croit pas aux bienfaits des thérapies. Pas dans son cas. Trop fracassé, peut-être. Incurable, en proie à un mal qu’il a cessé de combattre depuis longtemps. Il vit avec, tout simplement. Il a appris à composer avec les balles qui sifflent encore à ses oreilles sous la forme des gazouillis des oiseaux. Il a appris à s’habituer au silence, préférable aux hurlements des fêtards, dans la rue. Un silence qu’il accueille comme une âme sœur. Une tranquillité qui ne le repose pas autant qu’il le souhaiterait, cela dit.
Car même dans ce silence qu’il croit salutaire, c’est les souvenirs qui déboulent. Coups de poings au creux des tripes enjolivée par les affres de l’insomnie. Fatigué, à l’instant. Fatigué de sa course sur le pavé mais ce soir, lorsqu’il s’allongera dans son lit, immobile, il ne fermera pas l’œil. Affalé sur le banc, la tête penchée en arrière et les bras passés par-dessus le dossier, son regard s’éloigne des couples qui s’enlacent et des gosses qui jouent pour se focaliser sur le ciel. Noirci par la pollution, sali par la vie. « Je m’arrêterais à chaque fois, alors. » Une promesse qu’il n’est pas persuadé de tenir. Courir, c’est plus facile que de s’arrêter. Courir pour qu’on ne le rattrape plus. Courir pour oublier, ne serait-ce qu’une seconde, une minute ou une heure – jamais plus que ça. Démons tenaces, comme lui. La preuve ; il est toujours là. Là, sans en être certain.
Et puis la sentence tombe. Conrad, il regrette. Regrette d’avoir posé la question qui fâche. La question qui ravive les monstres qui lui rongent l’esprit et qui dévorent sûrement déjà celui d’Andy. Cadavre ambulant, mort qui marche, fantôme, âme damné. Soldat. « Je suis désolé. » Souffle-t-il, doucement. Une excuse qui roule sur l’amertume. Parce que Conrad n’est pas revenu non plus. Pas tout à fait. Là-bas, dans le désert cuisant d’Afghanistan, c’est sa résolution qu’il a oublié. Vivre, pour les autres bien plus que pour lui-même. Un moi qui n’existe plus alors c’est pour les autres qu’il vit. Un surmoi qui s’efface, un ça qui dévore. Un ça qu’il étouffe sans succès et qui éclate, parfois. « Ce n’est pas de ta faute. C’est la sienne. » Un soupir fend les lèvres de Conrad alors qu’il se passe une main sur le visage puis dans les cheveux. Désordonnés, à l’image de ce qui l’entoure. Chez les civils, l’ordre n’existe pas. Chez lui, l’ordre s’accroche encore. C’est son lit au carré, ses babioles parfaitement alignées et sa cuisine briquée jusqu’à l’usure. « C’est… c’est une mauvaise idée de s’attacher en service. » Des mots qu’il bafouille et une certitude qui s’ébranle. Peut-être qu’il pense n’est pas tant que ça en accord avec ce qu’il dit. « Et c’est d’un vivant dont tu as besoin, Andy. Pas d’une âme brisée. Rien ne t’oblige à ramasser les morceaux et encore moins à les recoller. Il en manquera, de toute façon. Il en manque toujours. » Parce qu’on les oublie, parce qu’on les abandonne. Parce qu’on les rejette, effrayés de ramener à la maison les causes de nos conséquences.
Ironique, dans sa bouche. Des mots néfastes ou des mots qui guérissent. Ou les deux. Une introspection qu’il s’imagine pragmatique. Un éternel appel à l’aide qu’il rejette ensuite avec la brusquerie d’un homme qui s’isole. Il ne vaut pas mieux que sa cousine, Conrad. Il ne vaut pas mieux que le soldat d’Andy non plus.
Il s’enlise.
Conrad, il attrape le paquet de cigarettes qui traîne au fond du sac d’Andy. Il s’en allume une, expire une bouffée mal aisée. Un vice qu’il s’autorise, aujourd’hui. Un vice qu’il doit à William.

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