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 amar pelos dois + mae

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MessageSujet: amar pelos dois + mae   Mar 7 Aoû 2018 - 17:31

mattias & mae

our hearts just won't die
it's the trip keeps us alive
so many many miles away.
   
(the trip @still corners)


L’image était figée sur l’écran. Un match qui se répétait. Une défaite qui saignait sur les terminaisons nerveuses qui venaient innerver ma conscience. J’ignorais combien de temps j’étais resté inconscient. Des heures ? Des jours ? Seul sur le terrain. Seul au milieu des gradins, le corps avachi et le visage tordu. Une larme épaisse qui avait traversé ma pupille. Une complainte effroyable, retentissant sous le ciel d’Athènes. J’avais senti l’os se briser, ses bords trancher le muscle et se déployer sous les caméras. Puis, j’avais ouvert les yeux. Et je n’avais plus de hanche. Je n’avais plus la force de courir et d’exister. Quelque part en moi, des voix d’enfants acclamaient mon maillot. Un chiffre tissé sur le dos et l’espérance d’un jeunesse qui s’effondraient entre mes paupières. C’était fini. L’ambulance avait roulé si vite. Le temps s’était arrêté entre la lame et le bistouri. Haletant, la respiration sifflante, j’avais essayé de lutter. De guérir. Mais j’étais déjà trop vieux pour retrouver mon potentiel. Je me redressais sur le canapé. La douleur glissait sur mon derme. Elle se faufilait dans mon articulation et mordillait le ligament. Je sentais encore la violence de l’impact. J’imaginais la courbe de la barre et le choc sur le sol. Ma gorge se serrait à m’en arracher les entrailles. Un mélange de sang et de bile s’écoulant à la commissure de mes lèvres, tandis que je tentais d’échapper au sentiment. Un échec qui succédait à un million d’autres. L’humiliation publique de l’attaquent argentin. Je fermais les yeux et posais la tête sur le coussin. L’agitation ne s’arrêtait pas. La nostalgie m’enfermait dans une prison de silence. J’avais besoin de ces moments de vérité. De reconnaitre mon envol avant la chute. Avant l’abysse. Ma silhouette se détachait de la lumière. Je me levais et vacillais sur trois pattes. Deux de chair. Une de fer. Un équilibre incertain, dépendant de la canne. Dépendant de mon envie de gagner. Le destin m’avait apporté la grâce puis il m’avait ôté le succès, ne laissant que les réminiscences d’une carrière avortée et la richesse inépuisable d’un homme d’affaire maladroit. Je me pavanais entre les couloirs de la maison. Une demeure spacieuse au plafond infini. Les étoiles se reflétaient sur les murs, créant l’illusion d’une nuit romantique. Mais le coeur n’y était pas. Le coeur n’y était jamais. J’ouvris les portes du balcon et laissais le vent s’enliser dans mes cheveux. Une douceur maritime, chargée de sable et d’espoirs. Les vagues enlaçaient les galets sur le rivage. Les danses de l’océan se succédaient. Des baisers de sel que le ressac emportait dans les profondeurs de l’océan. Je souris en me penchant sur la rampe. Mon profil se mêlait aux éléments, retrouvant sa stature imposante entre les colonnes de la balustrade suspendue sur les tirants du toit. Je n’attendais personne. Mais j’espérais quelqu’un. J’imaginais les courbes féminines et l’étreinte chaleureuse d’une amitié qui se consolidait par l’envie. Mae me retrouvait pour noyer ses doutes et je l’accueillais afin d’éteindre la beauté d’un monde meilleur. Les apparences étaient trompeuses - elle aussi. Je haussais les épaules en anticipant sa démarche entre les rochers. Elle apparaissait et je levais le bras, signant solennellement la marque de nos vices à deux. Je comprenais ses caprices volages. J’imaginais la peur de l’engagement et de l’amour. Un large sourire éclairait mon visage alors qu’elle sonnait à la porte. « Holà, guapa. » Murmurai-je d'une voix mielleuse. Elle était si belle - si envoutante. Je sentais une inquiétude sourde m'envahir mais je la chassais aussitôt. La femme était une ombre dans laquelle on drapait ses blessures. Une créature merveilleuse dont les courbes s'emmêlaient dans une étreinte foudroyante. «Il fait chaud, tu dois avoir la gorge sèche. » Demandai-je en ouvrant une bouteille de vin. Le liquide ruisselait dans la coupe et je réalisais que à quel point j’avais moi-même affreusement soif. Ma langue était pâteuse entre mes lèvres. Ma bouche était fendue et charmeuse. Une soirée à noyer dans les feulements et les secrets. Un délice interdit qui s’encrait au fond d’un palpitant calciné par les flammes. Chienne de vie, je ne demandais rien - elle exigeait tout.
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MessageSujet: Re: amar pelos dois + mae   Lun 13 Aoû 2018 - 23:01

mattias & mae

I've got my heart Here in my hands now,
I've been searching For my wings
(bird gerhl @antony & the johnsons)

Deux époques qui se côtoient. L'avant et l'après. Mattias et Raleigh. Deux entités si distantes qui gravitent autour d'un unique point commun. Mae. Elle se laisse happer par le sable et les galets. Regarde ses regrets filer comme l'écume à l'horizon, coudre les vagues de nuances claires et d'un peu de lumière. Elle se perd dans les relents salins et le ressac silencieux. La boucle éternelle des marées, un cycle qui se brise et qui recommence, sous les caprices du temps et d'une lune égarée. La mer du Nord fait écho à son cœur ; tantôt paisible, tantôt déchaînée. Mais Mae, elle n'obéit pas un satellite, pas plus qu'aux tempêtes, non ; Mae, elle ploie sous l'intensité des sentiments et des désirs contradictoires. Un amour ancien d'un côté, marqué au fer blanc dans son esprit. Une passion nouvelle et éphémère de l'autre qui se coule en mille frissons sous son derme. Ses pieds se faufilent sur les reliefs imposés par les galets. Elle dessine un chemin, trace une destination sur la terre ferme, pour rejoindre des étoiles. Elle n'est ni proche, ni trop éloignée. Un juste milieu qui lui permet de deviner sa silhouette accoudée à la rambarde. Elle lui imagine des sourires et un regard constellé de malice. Mattias. Sept lettres pour sept péchés capitaux dans lesquels elle a plongé avec délice et qu'elle vient cueillir ce soir encore en s'approchant de sa demeure. Chaque pas la rapproche d'un enfer incandescent – chaque pas l'éloigne de l'autre, d'un amour abandonné, bercé d'ignorance. Un sourire ourle ses lèvres et d'un pas léger, elle conquiert le monde, un pied après l'autre, dévorant la distance avec la grâce d'une ballerine. L'étoffe légère de sa tenue se plie aux courants d'un air marin tiède et chaleureux. Une robe pâle, poudrée, pour trancher avec cette peau marquée par le soleil. Elle n'a pas fait ça pour l'impressionner, ni même pour le séduire, encore moins pour le provoquer. Elle a fait ça pour elle, pour se glisser dans la peau d'une autre femme – d'une autre vie. Une sonnette et quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre sur lui et un de ces fameux sourires dont lui seul a le secret. Ses propres lippes se dessinent sous un élan de joie alors qu'elle se perd sur les consonances étrangères de ses mots. Un accent aussi chaleureux qu'un pays qu'elle n'a jamais visité, mais qu'elle ose imaginer sous ses plus beaux aspects. Un accent doux qui lui rappelle un autre pays – le sien, sa douce Italie. Elle penche la tête et effleure le menton de l'homme, laisse ses phalanges délicates courir sur la ligne de sa mâchoire. « Oh Mattias, je n'ai plus vingt ans tu sais. Tu ne me feras pas rougir de tes compliments. » Elle le taquine et s'égare finalement chez lui. Des murs qu'elle connaît un peu trop bien désormais, une maison entière qui a abrité de trop nombreuses nuits passées à deux. Une maison où elle se sent terriblement étrangère, pourtant. Elle acquiesce doucement et s'avance, attrape le verre de vin avant de se dérober, à nouveau. Plonge ses lèvres dans le poison et valse jusqu'au balcon. « La vue est belle. » Les rivages sont ravissants mais sous les étoiles, ne demeurent qu'une pale copie de ceux d'Ancône. « L'Argentine ne te manque pas, parfois ? » Une question perdue dans le vent qui pèse pourtant lourdement sur son esprit. Ses épaules se mouvent doucement alors qu'elle prend appui sur la rambarde. « L'Italie me manque. Peut-être que j'y retournerai. Quand tout sera fini. » Une confession qui meurt lentement sur ses lèvres, dans un murmure que la brise emporte et fixe sur un futur qui la terrorise – proche et si lointain à la fois. Elle ne veut pas savoir de quoi sera fait demain, et pourtant, ce serait tellement plus simple. Un soupir coule sur le vermillon de ses lèvres, un rire léger claque sur sa langue. Les pensées sont confuses, la boussole déstabilisée par les sourires de l'ancien footballeur. « Le vin est bon. » Et c'est toujours ça de pris.
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MessageSujet: Re: amar pelos dois + mae   Dim 19 Aoû 2018 - 0:08

Au bord du gouffre et le sourire figé face aux danses de la mer. Un écosystème de sentiments porté par le ressac et les soupirs du sable. Les souvenirs s’effaçaient doucement. La douleur n’était qu’un ancien mécanisme du corps, un vieux réflexe musculaire qui étouffait ma respiration. Je n’avais plus de sensibilité. L’os s’était brusquement fermé, condamnant l’articulation et les viscères autour. Je me raccrochais à la cane. Son ombre enlaçait la mienne. Deux silhouettes devenues, chimère. Je me tournais vers le couloir. Le déséquilibre total, une oscillation claudiquante marquée par un souffle rieur. Mon bonheur s’étalait sur mon visage fatigué. Ce n’était qu’une façade. Un masque de Pierrette sur une mâchoire halée. La nuit auréolait mes yeux. Je la regardais envahir l’espace, s’illuminer entre les griffes de la lune puis disparaitre, engloutie par les lampes du salon et les ondoiements des réverbères. La bouteille roulait entre mes doigts. Un contact salvateur - presque désespéré. L’alcool oblitérait les mensonges et la réalité d’une tromperie dont j’étais l’acteur principal. Je me fichais de cet autre. Du mari esseulé, enterré dans les rouages d’une vie qui ne lui appartenait plus. Tout comme cette femme qui se partageait entre le désir et l’infidélité, un sourire maquillé de nostalgie survolant son expression égarée. Elle était si jolie, Mae. Sa voix glissait paisiblement sur les murs. Nous étions captifs de l’illusion, lentement ensevelis dans un instant qui semblait durer une éternité. Le vin brûlait mon œsophage, autant de promesses fermentées roulant au fond de ma gorge. Je la suivais vers le balcon. Les étoiles se perdaient dans les segments de l’horizon. Une vue splendide, voilée par les brumes d’un pays qui m’était toujours étranger. Bien sûr, que l’Argentine me manquait. Ses rues étroites - ses façades rouillées et la misère d’une population marginalisée dans un quartier bidon. Mais aussi ses chants, le folklore d'une culture latine et enjouée qui se fichait de la pauvreté. Je soupirais en effleurant ses doigts sur la rambarde. Une étreinte silencieuse qui s'envolait au gré du vent. Elle était l’incarnation d’une douce fantaisie. Le fille que j’avais rencontré trop tard et qui foudroyait mon univers. Je souris en observant son expresion. Il y avait du regret dans ses gestes, un peu de mélancolie courroucée par l’échec d’un rêve inassouvi. Un peu comme le mien. Nous avions ce goût d’inachevé dans la bouche. L’impression d’avoir été coupé en plein élan. Policière derrière les bureaux. Footballer en face de la télé. Belle ironie, affublée de grands draps et feulements charnels. Je sirotais une gorgée de rosée. Mae me plaisait bien. Elle était intelligente et perspicace. Je riais en me penchant vers son profil. « Veo todo Buenos Aires en tus ojos. » Sifflais-je à quelques centimètres de sa joue. Et c’était vrai. Je voyais toute la ville dans ses yeux. Une multitude de lumières et de tristesses noyées entre ses iris marrons. «Tout se fini quand tu le décides, Mae. » J’effleurais sa tempe avec délicatesse. Elle méritait bien plus qu’une escapade, bien plus qu’une étiquette. Son parfum embaumait mon esprit. Elle allumait un brasier dans ma poitrine. Un feu qui s’éteignait dans ses veines et dont elle m’insufflait les dernières cendres. Si flamboyante et si fragile, à la fois. Un coeur à prendre. Un coeur à serrer, puis à rendre. «Alors, déguste le sans modération. » On pouvait penser au reste, demain. Nos échappées et nos aventures, les retours en arrières et les gestes manqués. «Evade-toi. » Mes phalanges se détachaient de sa peau. Les horizontales se rencontraient dans tous les milieux, mais nous étions des parallèles au bonheur. Deux lignes qui glissaient sur la pente sans jamais se rencontrer au fond du trou.
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MessageSujet: Re: amar pelos dois + mae   Ven 7 Sep 2018 - 23:16

Une valse égoïste. Elle se perd dans les souvenirs et les regrets, Mae. Les promesses murmurées au creux de nuits infidèles. Elle lui prend, mais ne lui rend pas grand chose. Sa présence seulement. Une ombre décharnée qui ternit les murs jusqu'à l'aube, avant que sa silhouette ne s'évapore sous les rayons d'or. Elle ne se laisse jamais happer par la chaleur de cette étoile, Mae. Seulement par les bras de Mattias et les mots rassurants qui coulent de ses lèvres pour enlacer son myocarde d'un voile protecteur. Il lui donne cette légèreté, un ticket vers une vie parallèle. Une évasion à deux, entre ses draps et bien au-delà encore. Il la rassure et la terrorise. Danse avec elle au bord du précipice et la retient lorsqu'elle manque d'y trébucher. Il la sauve, quand elle devient irrécupérable. La berce de ses soupirs quand elle ne trouve pas le repos. Alimente ses désirs quand son cœur tombe en panne et que les sourires réconfortants de Raleigh ne suffisent plus. Raleigh. Une pensée interdite qui s'esquisse derrière ses rétines. L'image de l'autre, d'un homme perdu dans les ombres. D'un passé palpitant et d'un futur trop pâle, de syllabes manquées coulant sur des lèvres amoureuses. Elle voulait simplement qu'il accepte de croire en elle, Mae. Qu'il l'encourage et qu'il la serre dans ses bras ; elle n'a jamais demandé le monde, juste un peu de son soutien. Mais il a ri, Raleigh. Il a ri, comme on s'amuse d'une pauvre blague et le palpitant de sa douce s'est écorché, l'ego à l'agonie. Elle se perd dans un accent presque aussi exotique que le sien. Sur ces mots qu'elle comprend, malgré ses pauvres bases dans cette autre langue. Mattias est un oiseau migrateur et lui aussi, il y a laissé quelques plumes, au corner d'un stade en délire. « Alors faisons en sorte que ça dure une petite éternité encore ? » Ou au moins, une vie. Elle se sent égoïste, d'exiger ainsi sa présence et sa chaleur. Un morceau de son cœur, à consumer malgré les interdits. Un frisson roule sur l'épiderme, au contact des mains de Mattias. Elle ne s'échappe pas, Mae. Elle en demande toujours plus, se concentre sur ce qu'elle ressent. Le tissu léger de sa robe, les phalanges de Mattias, son regard sur elle. Elle se dresse sur la pointe des pieds et longe la clavicule d'Ortega du bout ses doigts. Puis, sa main s'égare sous son menton et ce sont ses lèvres qui se perdent contre les siennes. Un baiser volé, qui appartient à la nuit et à ses témoins, quelques fragments d'étoiles et une lune en peine. « Seulement si tu me suis. » Un murmure perdu contre ses lippes. Une dernière demande, un voyage à deux, jusqu'au bout du monde ou au moins, jusqu'à l'aube. « Et si un jour tu pars redécouvrir l'Argentine, emmène-moi. » Une promesse tracée sur les courbes du vent, effacée par les courants tièdes d'une nuit d'été. Un contrat dématérialisé qui suffit pour réconforter. Les prunelles se gorgent de malice alors qu'une mélodie lointaine siffle jusqu'à ses oreilles. Harmoniques perdus dans l'obscurité. Quelques notes qui s'échappent du salon d'Ortega, ou peut-être d'un groupe d'amis sur la plage. Elle pose son verre dans un coin, Mae, en fait autant avec celui de Mattias avant de cueillir ses mains dans les siennes. Elle les accroche autour de sa taille et ses phalanges s'évadent sur les épaules du sportif déchu. « Danse avec moi. » Une demande d'évasion, un ordre d'une douceur inouïe, qu'elle abandonne contre ses lèvres. Ses hanches roulent lentement et son cœur bat la mesure. Un semblant de romance qui s'étend dans ses gestes, dans les bras de cet autre.
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MessageSujet: Re: amar pelos dois + mae   Dim 9 Sep 2018 - 10:44

L’erreur savourée à deux. Nos silhouettes happées par la nuit et l’emprunte d’une solitude qui se creusait dans l’ivoire. Mes bras enlaçaient ses hanches pour la tenir dans une étreinte funeste. Un appel du coeur mélangé au ressac. Sa voix était aliénée dans le silence, murmurant les supplications secrètes d’un corps qui s'épandait sur le mien. Le plaisir était éphémère mais il y avait le calme après la collision. Les mots échappés sur les draps. Des confessions qui s’emmêlaient au sentiment. Je l’adorais au péril de nos escapades. Une amie trop chère. Une âme suffoquant dans le feulement sauvage des vagues. Il était con, ce mari. De la laisser fuir. De détourner le regard. Mae était la douce enchanteresse. Une muse céleste perdue entre les salves d’une routine qui étouffait. Le manque de considération, de liberté intellectuelle. Elle était entière et il l’avait réduit à l’étiquette. Femme de qui devenait amante de. Des analogies blessantes, contraignant le malaise et retenant les impulsions. Je m’approchais suavement, laissant ses doigts glisser sur mon menton. Ma gorge se serrait, échappant un son guttural. Celui d’un félin qu’on cajolait. D’une bête affamée, prête à se jeter dans les flammes. Je la regardais avec émotion, les lèvres pincées autour de ses lèvres sucrées. Un baiser qu’elle initiait mais que je portais au paroxysme. Un sentiment renforcé par le contact, atteignant le sommet aigu d’une maladie qui se distillait dans nos veines. Je la soulevais légèrement, la portant dans le mirage alcoolisé d’une rencontre à deux, loin des vacarmes de la ville et des fracassements du coeur. Une ombre couchée sur l’autre, se joignant aux ténèbres de la nuit éternelle. L’évasion sous les étoiles. Puis l’évasion charnelle. « Prometo. » Un promesse sifflée entre ses cheveux. Je me redressais en souriant, le visage enivré de son parfum. Un nuage de musc boisé, me ramenant sur les bordures de mon enfance. Des bâtiments majestueux, dressés face à la beauté d’une Amérique latine qui s’amenuisait dans mes souvenirs. Les détails s’effaçaient. L’odeur du métal rouillé et le contact du sol humide, l’allure des musées et les couleurs flamboyantes de la maison rose, figures emblématiques de la gloire argentine. Tant d’images fracturées. D’espaces creusés dans le vide. J’étais ici à présent. Loin de ma famille et de mes origines. Mon esprit se cramponnait aux vestiges de l’histoire, aux reliques d’une existence ailleurs — entre les bidons villes et les bâtisses de la Miseria. Comme s’il était possible de garder son intégrité. D’être le joueur d’exception, portant les espoirs de sa nation. Je soupirais en hochant la tête. «Je t’emmènerais à la Plaza de Mai. Elle est née de l’union entre la Plaza de la Victoria et la Plaza del Fuerte. » Un prénom écorché sur le goudron. La démolition de lieux historiques devenant l’emblème de nos révoltions. Victoire et force. Puis Mae. Une silhouette au milieu des ruines. Des courbes qui s’allongeaient entre mes mains. Je me laissais séduire, accompagnant ses gestes et son euphorie. Une danse sans musique, au rythme de nos coeurs effrénés et des crépitements du plancher sous nos pas. L’ondulation doucereuse, succédant au mal lancinant à la limite de ce genou blessé jamais rétabli de ses failles. Je bougeais dans une mesure robotique, bravant la douleur du muscle et la déchirure du ligament. Au bord du précipice, nos âmes vacillaient, arrachées à la réalité éprouvante de son adultère et de mon insouciance. «Je voudrais danser avec toi pendant des heures. Mais tu sais, je ne suis pas le bon gars pour ça. » Un rappel foudroyant. Ma jambe ne me permettait plus ces escapades romantiques. Loin de ma cane et de mes cachets, je devenais inutile. Et même, je n’étais pas l’amoureux qui lestait son coeur. Ce n’était qu’une passion substituée par une autre. Un rêve jeté à la mer, comme un message qui ne revenait jamais. Un message englouti par les profondeurs de l’océan. « Dans une autre époque, j’aurais adoré te montrer mes prouesses au tango. » Je m’éloignais en claquant les mains, donnant le tiempo à une mélodie muette. Ma silhouette ondulait dans une brasse suave contre le vent. Puis je happais sa cuisse afin de border mon profil. J’imaginais les retours du violoncelle et son archet saignant sur les cordes tirées. Une note exotique et douloureuse. La sensualité d’une liaison qui ravageait l’espace. Et le désir exprimé à l’horizontal, les membres qui gonflaient et le sang qui affluait. Nos regards s’ancraient sous les vibrations du cha cha cha indécis.  Une culture enflammée. La course contre le temps et les faiblesses de l'esprit vibrant pour la musique rioplatense. « Je devrais t’inviter ailleurs qu’ici.» Sifflai-je au creux de son oreille. Ma langue glissait sur son derme, déversant le poison ultime d’un corps à corps sanglant. Sa perte et la mienne. La perte de nos moralités et de son mariage. Au diable, Raleigh et la convention ! Je la voulais un peu. Je la désirais, aussi.
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