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 i want girls on bread + clara

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MessageSujet: i want girls on bread + clara   Mer 25 Juil - 0:42

Les souvenirs revenaient, encore. La peur glissait sous ma peau. Absolue, déterminée, brûlante jusqu’au fond de mes entrailles. La Syrie avait anéanti mon ego. La lutte des peuples, les drapeaux de sang et les hymnes rebelles. Les fragments de l’histoire se perdaient, emportés par les bourdonnement des chars et les attaques des militaires. Un combat tragique, des forces inégales qui se heurtaient dans la grande place. Je me redressais avec lenteur. Mes yeux oscillaient entre les allées de l’appartement. Un espace vide, hanté par les images d’une guerre venue d’ailleurs. Je pinçais les lèvres, les phalanges compressées dans une posture étrange. Les muscles tremblaient et l’articulation se courbait, prisonnière d’un influx nerveux qui s’essoufflait avant la synapse. Je ne ressentais rien, seulement le vide d’un membre alourdi sous les jougs du temps. Le plomb avait tranché le nerf, mais l’impact avec percé l’âme. Un vide sidéral qui se creusait dans mes bronches, qui étreignait l’air afin de le rendre poison. Ma gorge étouffait. Mes poumons se noyaient. Je fixais le reflet de cet étranger. L’autre Julian. Un faciès gris, devenu inconnu. La solitude ravivait le sentiment. Elle me ramenait vers les allées tortueuses de Deraa, conditionnait ma chute et l’impact du sol. Je soupirais en longeant le vestibule. Ma démarche chancelait autour du couloir, traversant le pallier jusqu’à rejoindre l’appartement d’en face. Les gestes suspendus, j’attendais un instant de répit. Ou, peut-être un instant seulement. J’étais lâche et fatigué. L’envie de me retourner. De rejoindre la froideur de mon lit et les crépitements du frigo, se dessinait sous mes paupières. J’ignorais si mon esprit se languissait de compagnie ou s’il se délectait de l’agonie. Je m’avançais dans un mouvement mécanique, tel un automate rouillé, un tas de féraille rongé par les moisissures et l’humidité. La sonnerie retentissait. La serrure tournait. Et l’absolution venait jusqu’à moi. Je ne prenais pas la peine d’observer ma voisine, que déjà la lumière effleurait mes prunelles. Une étreinte ondoyante, bercée par les ondulations de ses cheveux irisées et la profondeur de ses iris. Elle était belle, Clara. Elle était si douce, que le regard glissait. La pensée chavirait. Une lucarne celeste, percée au fond du gouffre. L’invitation à la paix. Au mirage éternel. Je me sentais bien à ses côtés. Une affection chaste et platonique, sans les artifices du corps et les vices de la chair. Pour une fois, j’avais trouvé une amie. Une épaule. Mes joues s’étiraient afin de lui adresser un sourire espiègle. «Hey, j’ai pas oublié un tourne vis chez toi ? » Bien sûr que non. Ma boite à outils se résumait à un vieux rouleau de scotch et un tube de superglue. J’esquissais un pas hésitant vers l’entrée. «En plus, j’ai trop faim. Clara commande une pizza, please. J’ai couché avec la copine du livreur, depuis il met un supplément anchois dans toutes mes garnitures. Tu rends compte des anchois ? Qui mange ça ? On dirait du plancton. » Grommelai-je en hochant la tête d’un air dramatique. Tous les prétextes étaient bons pour la rejoindre. Pour trouver refuge au fond de ce canapé aux parfums de rose.

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Clara Andersen

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MessageSujet: Re: i want girls on bread + clara   Jeu 26 Juil - 20:47


S'il y a une chose à savoir sur Clara, c'est qu'à l'abri des regards, elle adore se déhancher sur ses playlists favorites qui défilent depuis sa station de musique. Seule, dans son appartement, personne n'est en position de juger ses danses douteuses. Puisqu'en effet, aimer danser ne fait pas de vous des experts pour autant. Elle n'a jamais eu cette prétention. C'est plus une thérapie qu'autre chose. Ses pieds commandent, le tissu de sa robe vole, elle sourit comme une enfant. Tout devient micro, tout devient fiction. C'est transformer sa vie en clip vidéo, en un claquement de doigts. Enfin, si elle possède un minimum de rythme, on ne peut pas complimenter pour autant les notes fausses qui sortent de sa bouche. Quelques petits pas chassés plus tard, elle croit entendre la sonnette. En ce précipitant pour réduire le son et le confirmer, elle s'interroge. Est-ce qu'on aurait pu l'entendre détruire cette merveilleuse chanson ? Prions pour une affirmation négative. Elle se demande alors qui pourrait bien écourter ses passe-temps de solitude. En se dirigeant vers la porte d'entrée, elle remet en place les plis de sa robe, espère ne pas être marquée de rouge au visage. Elle est un peu essoufflée. Encore guillerette et tout sourire. Les basses résonnent toujours au coin de son esprit. Clara finit par découvrir Julian sur son pallier. Elle en est presque rassurée. Si ce n'est que lui, elle l'inviterait volontiers à prendre part à ses festivités. S'il n'était pas en si mauvais état. C'est toujours étrange de l'accueillir, parfois, c'est comme s'il était déjà colocataire, en quelque sorte. Il y a quelque chose de rassurant à l'avoir dans le coin. Julian, c'est plus ou moins le grand-frère que Clara n'a jamais eu. La personne qui a beaucoup participé à son intégration ici, à Brighton. « Un tourne vis ? Julian, tout ce que tu laisses trainer ici c'est un cimetière de bière vides dans ma cuisine. » A moitié faux. Elle pourrait d'ailleurs lui en proposer une, mais ils savent très bien que s'il en veut une, il peut se servir directement. Clara retourne baisser de nouveau la musique, histoire de s'entendre parler. Elle rigole doucement quand son invité lui fait part de ses mésaventures avec le livreur de pizza. Jusqu'ici, rien d'étonnant. « La véritable question c'est, avec qui n'as tu pas couché dans cette ville ? » Et non qui mange des anchois. Même si, il n'a pas tort, qui peut bien manger ça ? « Ça doit drôlement rendre tes déplacements et activités problématiques non ? » Elle rigole, en composant le numéro de la pizzéria. Après tout, déambuler comme une folle, ça ouvre l'appétit. « Une pizza supplément anchois alors ? » Douce invitation à lui faire part de son choix. Elle le regarde avec insistance pour la première fois depuis qu'il est arrivé, en souriant. Mais découvre avec ce regard détaillé, un visage où la fatigue s'est installé avec insistance.

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Dernière édition par Clara Andersen le Mar 7 Aoû - 16:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: i want girls on bread + clara   Lun 6 Aoû - 15:43

Sa voix se rapprochait. Je me redressais, tendait l’oreille et écoutait chaque vibration sonore. Clara, douceur incarnée au milieu d’une pièce noire. Un coeur illuminé par la grâce juvénile et l’extase d’une vie d’aventures. Elle était la seule, peut-être l’unique. Son univers chevauchait les autres. Il s’épandait sur mes yeux et inversait les images d’une guerre effroyable. Combat du mal contre le bien devenu danse langoureuse au rythme d’une musique entrainante. Les mélodies bourdonnaient sur les murs de l’appartement. Et je souris si fort. J’étirais les joues et laissait son essor combler le mien. Je m’avançais dans le vestibule, esquissant un déhanchement taquin, un mime de ce que pourrait être ses chorégraphies. Je me moquais de ses moments mais j’étais prêt à la rejoindre dans ses folies passagères. Une poupée désarticulée qui en enlaçait une autre et tournait dans le vide. Deux âmes étoilées, voltigeant au sommet du monde. Je marchais dans le couloir, longeant les meubles et les pièces. Je reconnaissais chaque recoin. Chaque agencement. Trop habitué à ces exodes dans son territoire. Trop attaché, au bourgeon d’une amitié qui fleurissait chaque jour. Je pinçais les lèvres et encaissait ses taquineries. Je n’avais pas couché avec toute la ville. Seulement, la moitié. Mon jumeau c’était occupé du reste. Mais nous étions un et l’assomption était si facile. Je hochais la tête et me dirigeais vers le frigo. Mes doigts enserrait la bière qui se versaient lascivement dans ma gorge. Je m’installais sur la chaise et maugréais, tel un enfant capricieux. «C’est pour cultiver ton esprit artistique. Tu pourrais faire une pyramide de bouteilles et appeler ça de l’art contemporain. » J’avalais une gorgée d’alcool en raillant. «Supplément fromage oh ! Si je m’écoutais je mettrais du caviar en topping pour la touche royale. C’est fait un bail que j’ai pas squatté. Tu as dû t’ennuyer à mourir. D’où la session de danse bizarre. Tu fais toujours la danse du cobra ?» M’amusai-je en croisant les jambes. On se charriait pour passer le temps. Pour oublier l’amertume logée au fond de la gorge et les déceptions d’une vie passée derrière le front. La-bas, ils mourraient tous. Et moi, je racontais. Je faisais couler l’encre lorsque l’ennemi faisait couler le sang. Je soupirais en repliant la main droite. La douleur s’estompait. Il n’y avait que les séquelles morales d’une balle perdue. Une avalanche de sensations étranges qui s’emmêlaient dans mon esprit. Entre colère et désillusion, il était difficile de retrouver l’équilibre. D’oublier. De vivre, simplement.

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MessageSujet: Re: i want girls on bread + clara   Mar 7 Aoû - 16:46


L'art contemporain, source de débats sans fin. Elle ne peut s'empêcher de rire pour autant. Elle pourrait en faire un sapin de Noël c'est certain, bien que passé de mode. Le combiné raccroché, Clara s'installe en face de lui, pour l'écouter raconter l'ennuie mortel dans lequel elle a dû être plongée en son absence. C'était étrange, on peut lui accorder cela. En sachant que cela n'avait rien de vacances sous les tropiques, l'inquiétude s'est installée aussi. Aujourd'hui, c'est familier. Le revoir ici, même usé par la fatigue et par des blessures souvenirs. « Premièrement, mes sessions de danse ne sont pas bizarres, deuxièmement, je t'aurais bien proposé de te joindre à moi mais j'ai du mal à t'imaginer trémousser tes hanches comme une déesse. » Elle aimerait beaucoup un avant-gout cela dit. Histoire de s'adonner à une bonne demi-heure de rire. « D'ailleurs Aphrodite, si je peux me permettre, t'as une petite mine. De l'agitation dans ton harem ? » Le choix de cette déesse est stratégique. Quand bien même elle aurait pu faire référence à Athéna pour son rapport à la guerre. Cependant, compte tenu de la situation, il est préférable d'éviter ce genre de comparaison. D'autant plus que le Don Juan l'emporte chez Julian. La preuve, une fois de plus avec l'histoire du livreur de pizza. Elle ne cherche pas à ressasser de mauvaises Clara. C'est juste le moyen le plus subtil qu'elle ait trouvé pour faire passer le message. Que s'il a besoin, de quoi que ce soit, au-delà d'une bière et d'une pizza. Elle est là. Mais si c'est uniquement ce dont il a besoin maintenant, ça lui va. « En parlant de ça ! Quand est-ce qu'on monte toucher deux mots au voisin du dessus pour sa session bricolage à 6h le dimanche matin ? J'ai besoin de gros bras Baker. Pour me retenir. Parce que moi aussi je peux mettre des coups de marteau dans son appartement s'il a besoin d'aide. » Le sommeil, chez Clara, s'est sacré. Pourtant la jeune femme, elle a le sommeil lourd. Pour la réveiller, il faut s'y donner à cœur joie la plupart du temps. Cette histoire lui donne aussi l'opportunité de changer de sujet s'il le désire. Elle pense à tout Andersen.

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MessageSujet: Re: i want girls on bread + clara   Hier à 13:03

Un rire gravitant autour de mon esprit. Chaque intonation me transportait un peu. Bonheur fugace, chancelant sur les murs puis atteignant l’éternité, l’espace cosmique.  Clara était l’incarnation d’une douceur céleste. Je retrouvais l’esquisse d’une sérénité à jamais perdue entre les bombardements et les rebellions d’Orient. Deux mondes parallèles, se croisant entre les lignes d’un article qui s’écrivait sous ma plume. Je racontais ces vérités formatées, une manipulation habile de l’opinion publique seulement pour décrocher une publication. Pour tenir en haleine un millier de lecteurs confortablement cachés dans des routines banales. Alors oui, j’avais besoin de m’évader. J’avais besoin de retrouver ces petites bonheurs éphémères. Je hochais la tête en me redressant. Mes hanches ondulaient dans une tentative ridicule de la contredire. Bien sur que j’étais capable de me trémousser - de défier les lois de la pesanteur et d’extérioriser mon potentiel déesse, voyons. Elle pouvait se moquer. La musique était muette mais je percevais les notes endiablées d’une chanson tempérée. J’imaginais ma propre symphonie. Mon corps s’agitait maladroitement, jusqu’à froisser les muscles et se suspendre dans une posture rigide. La blessure à l’épaule n’avait pas guéri. Le pansement avait disparu, mais je portais encore les séquelles de l’éraflure. Une souffrance tacite qui coulait dans mes veines et me ramenait inlassablement dans le village de Deera. Je soupirais en esquissant un léger sourire. « Non ça va. J’essaie de reconquérir mon ex-femme. C’est fatiguant, mon Dieu. Heureusement que je suis bogosse, elles finissent toujours par craquer. » Soufflai-je avec entendement. Bien sûr, ce n’était qu’un ramassis de conneries. Mon histoire avec Gabrielle était compliquée. Une successions de confessions et de réalités qui s’emmêlaient dans une joute verbale terrible. L’amour n’était pas le problème. C’était les conséquences, nos attentes contradictoires et sa maladie. Je n’avais pas le courage de la soutenir. De la protéger. Je déglutis en m’installant sur le canapé. «Tu les as vu ou les gros bras ? Je peux pas prendre le risque d’amocher mon joli minois. Je suis en pleine procédure de « bangbang » !» Maugréai-je en hochant énergiquement la tête. «Donne moi des astuces sur les femmes au lieu de conspirer contre le gros tout nu. Tout le monde a un voisin chelou. Ils en avaient un dans Friends, aussi. » Je riais en prenant appui sur l’accoudoir. «Tu peux continuer à danser en parlant si tu veux.» Me moquai-je en l’observant avec amusement.

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