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 you are a fever i am learning to live with + lisa

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MessageSujet: you are a fever i am learning to live with + lisa   Sam 21 Juil 2018 - 13:36

Je fixais la porte. Et mon statut. Mon titre. Une inscription d’or, alignée sur la devanture du cabinet. Le plus jeune associé. Le plus téméraire. Celui qui balbutiait en secret, qui ruminait sa colère et l’échec de ses amours. Peut-être, y avait il un prix au succès. Une douleur conséquente à chaque victoire. Le vide s’enlisait dans mes bronches. Un air rare, brûlant au fond de ma gorge. Je me redressais en chancelant. Les couloirs portaient mes désespoirs, une peur qui tenaillait mes entrailles. Gosse des champs, devenu homme de pouvoir. Une histoire qui enserrait mes poignets et ma conscience. Cambria me manquait. Les étendues infinies. L’aventure qui ne commençait jamais. Je plissais le front en longeant la rue. Mes chevilles tremblaient, assaillies par le doute - par le pressentiment qui oppressait. La rage se transformait en tristesse. Un oubli qui s’effaçait parfois. Un millier d’images et de confessions qui me revenaient. Qui hantaient mes souvenirs. Lisa ne le voyait pas. Puisque je cachais. Je me voilais la face. Je levais le bras afin de huer un taxi. Les roues crissaient sur le goudron, accompagnant la chute d’un édifice qui scandait mon nom. La maison se dégageait du jardin, déployant son toit aigu et ses allées tranchantes. Mes côtes se serraient, entourant mes poumons. Je ne respirais pas. Je ne vivais plus. Mon corps était une chimère seulement. Une ombre ivre d’un alcool siroté en pleine fonction. Je tanguais dans le vestibule. Je portais le poids de son mépris, de sa trahison. La serrure tournait et le bar m’offrait une nouvelle échappatoire. Un goulot rempli de liqueur et une soif étanche. Je me posais sur le canapé, guettant les retours d’une femme vagabonde. Elle n’était pas là. Elle n’était pas au bureau. C’était l’illusion du parano. La certitude qu’elle me trompait encore. A cet instant. A tous les instants. L’aigreur du whisky remontait dans ma bouche. Je croisais les jambes en grommelant. J’essayais de me raccrocher au bonheur, aux premiers baisers. Mais je ne voyais que les ruines d’un mariage qui se dissolvait - qui se brisait sous mes doigts. Je fronçais les sourcils en entendant le claquement de ses talons sur le parquet. Tête levé. Yeux revolvers. J’étais là, prêt à donner l’assaut. Mes phalanges se crispaient sur le verre. Je buvais la gorgée du courage. La dernière avant de me redresser, de longer la pièce et de la regarder. « Tu rentres que maintenant ? C’est quoi cette heure? Mais putain Lisa, quand est-ce que tu comptes me respecter? » Grommelai-je en ouvrant nerveusement une bouteille de Gin. Les saveurs se mélangeaient et mes sentiments se confondaient. Elle voyait quelqu’un. J’en étais sûr. J’en étais persuadé. « Je suis à deux doigts du suicide passionnel. Tu me rends ffff…» Ma langue fourchait. Ma force s’épuisait, portée par les troubles compulsifs et l’ineptie sentimentale. Mais je continuais. Je luttais contre le mal qui rongeait mon coeur. « Fffff… Fouu…» Un soupir soulagé. Une petite victoire avant le grand saut.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Mer 25 Juil 2018 - 22:04

Les doigts enroulés autour de son mug, les prunelles rivées au fond. Le café était bouillant, fumant une vapeur chaleureuse. Le liquide noir roulait contre les parois d’une tasse usée par les lavages. L’odeur tendre de l’arabica embaumait ses narines. Elle y plongea un sucre, puis deux, puis trois. Alex grimaçait de dégoût, rouspétait, s’inquiétait pour son diabète. Lui, qui le buvait noir, sans artifice. Il oubliait, au début. Quand il se faisait l’effort de se lever plus tôt, de préparer le petit-déjeuner au lit, une fleur artificielle plongé dans un verre vide, le sourire jusqu’aux oreilles. Mais elle s’en moquait, parce que son amour suffisait à combler ses oublis. Les années bonheur, comme elle aimait les appeler. Une nostalgie douloureuse enserrait sa poitrine. Ce temps-là n’existait plus. Les petits déjeuners se faisaient en solitaire, ou sur la route. Sa culpabilité lui rongeait doucement les entrailles. Sa raison lui murmurait de partir, de faire ses valises, de rentrer à Alex une liberté dont il aurait sûrement besoin. Elle était la cause de ses maux, de ces rides et cheveux blancs qui apparaissaient. Mais surtout, elle était responsable ce cœur brisé, qu’elle continuait de piétiner, mensonge après mensonge. Son cœur, lui, criait un autre discours. Elle s’accrochait aux souvenirs, aux baisers échangés, aux mots tendres partagés. Elle voulait être égoïste dans sa détresse. Ses iris se relevèrent vers la salle de réunion remplie d’avocats fatigués. Sa collègue parlait à vive allure. Une jeune femme ambitieuse, assoiffée de reconnaissance et d’ambition. Ses lèvres remuaient, mais Lisa n’écoutait pas. N’écoutait plus. Elle était fatiguée. Epuisée de devoir défense la cause des autres, quand elle ne pouvait même pas défendre la sienne. La réunion se termina finalement plus tard que prévue. Le soleil s’était couché depuis longtemps. Les lampadaires remplaçaient les astres, qui ne brillaient que rarement en ville. La route jusqu’à leur maison s’allongeait, mais la bâtisse se dessina enfin sous ses yeux. La silhouette d’Alex se faufilait comme une ombre le long des meubles. Il était en colère. Elle le voyait, à sa carrure crispée. Elle l’entendait, à sa voix rauque, à sa langue fourchue. Elle le sentait, aux vapeurs d’alcool qui l’entourait. La confusion colorait les traits de son visage. Ses grands yeux bleus le regardaient, les sourcils froncés, créant une ride qu’elle détesterait le lendemain. « De quoi tu parles ? J’étais au travail, Alex. Je t’ai envoyé un message pour te prévenir. » Le bruit de ses clés s’échouant dans le vide-poche résonnait comme un bruit sourd. « Tu divagues, mon pauvre. T’as bu combien de verres ? » S’enquit-elle, sa main empoignant la bouteille de Gin qu’il tenait fermement entre ses doigts.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Ven 27 Juil 2018 - 23:21

Lisa ne comprenait jamais. La douleur. Le doute. Mes origines. L’impression d'être l'étranger. De ne pas être à la hauteur. Mari absent. Mari au succès qui flingue. Qui tue. Qui détruit. Mes mains tremblaient sur le goulot. La peau frissonnante, le souffle pantelant, chaque mouvement devenait maladroit. Chaque pensée était virulente. Il n’y avait de meilleure façon d’aimer. L’alcool ravivait la colère. Les émotions s’écorchaient sous mes côtes. Et je me noyais. Je suffoquais dans une bouillie de sentiments. Mes veines palpitaient et mon coeur rendait les armes. J’en avais mal à crever. Mal à vouloir abandonner. Je soupirais en tournant la tête. Sa silhouette effleurait la mienne. Une étreinte si froide qu’elle tranchait la peau. Ma bouche était sèche. Les mots saignant au coin des lèvres, je me redressais. Je me tortillais dans les couloirs d’une maison au bonheur fantôme. Je voulais des enfants. Elle voulait une liberté. Tant d’oppositions dans un couple amoureux. Tant de mystères, de joutes et de luttes. Mes prunelles se dilataient sous les ondoiements de la lampe. Ensemble, nous tombions. La chute était si lente, si pénible. Je ricanais en la toisant du regard. Mes pieds chancelaient sur le parquet. Cette démarche avenante, stable et imposante se transformait. L’ivresse ruisselait dans mes organes. Ma conscience vacillait. Et je devenu ridicule. Le reflet d'un père alcoolique et d'une mère épuisé. Portrait familial incertain, flou. Elle n'était pas la seule à vivre avec des cicatrices. « Tu veux te battre pour la bouteille ? Laisse-moi. Si je bois pas j’ai plus envie de te voir… » Et je peux pas vivre sans toi. Je peux pas, merde! Douce torture, tenaillant ma chair et mon âme. Il ne restait que des ruines de cet homme qu’elle avait épousé. J’inspirais les effluves de son parfum et les ondulations de ses boucles dorées. Elle possédait un charme fou. Une apparence nébuleuse. Telle une déesse meurtrière. Une vipère au poison mortel. Je déglutis en secouant le visage. J’en avais assez des mensonges. Je ne la croyais pas. Je n’y arrivais pas. « Quoi ?» Le temps d’assimiler, de la fixer avec rage pour que ma main repousse la sienne. Ma voix était rauque et versatile, soufflant les méandres d’une passion souillée par la trahison. « Tu couches au travail maintenant ? » Mes bras tourbillonnaient autour de la pièce. Je me tenais le front en grognant. « C’est même pas une question de cul. Tu veux juste me blesser. Et t’y arrive déjà juste avec tes enfantillages! » Je l’observais avec dégout, mépris. Puis avec tristesse. Une succession d’expressions qui tapissait mon visage. Je me penchais vers le canapé afin de maintenir l’équilibre. Je m’en voulais de l’avoir laissé partir. De lui avoir accordé tant de sentiments et si peu de confessions. « C’est moche. Tu dois croire que j’ai pas de fierté de rester ? Comme si t’étais la seule femme sur la putain de planète ! Tiens, je t’ai trompé ce midi. Pardonne moi ? » Hasardai-je avec un sourire désinvolte. Un faciès tellement sombre, qu’il était impossible de juger mes paroles. J’étais rendu fou. Aliéné par ses bêtises. Et la jalousie. La jalousie, c’était le pire.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Dim 12 Aoû 2018 - 17:38

Le temps lui échappait. Il glissait entre ses doigts, comme une fine poussière qu’on ne pouvait pas retenir. Il s’envolait vite, trop vite, dans les méandres d’une vie toute tracée. Les couloirs sans fin de l’université semblaient loin. Parfois, elle le revoyait, le jeune homme dont elle était tombée amoureuse. A travers ses sourires, ses attentions, ses mots tendres, il était toujours présent. Elle était transportée, envahie par une nostalgie permanente. Mais les cendres du jeune homme s’étalaient à leurs pieds, et l’avocat vénéneux s’élevait sous les arcs d’une maison trop grande. Sa poitrine se serrait d’amour pour lui, de colère, de tristesse. Des sentiments qui l’oppressaient, qui l’enfermaient un peu plus dans une cage étroite. Le dialogue était difficile. Chaque conversation se finissait en dispute. Chaque regard témoignait de la trahison, du dégoût constant d’un adultère facile. Les doutes de Lisa étaient nourris jour après jour. Elle en voulait à ses parents, d’avoir implanté ces idées sur le mariage, profondément dans sa tête. Un portrait familial faux, des sourires de façades, des exubérances hasardeuses, alors que la réalité était toute autre. Elle avait beau croire en la sincérité de son époux et ses promesses d’éternité, elle ne pouvait s’empêcher de craindre le pire. Alex s’éloignait. Leurs doigts autrefois entremêlés, se déliaient autant que leurs langues empoisonnées. La virulence de certains propos creusait un peu plus l’abcès qui les séparait. Ses pas étaient incertains dans l’entrée. Les prunelles d’Alex étaient dilatées. Les effluves d’alcool embaumaient son haleine. Sa démarche bancale témoignait de la quantité de liquide ingéré. Il était méchant. Les mots dépassaient la pensée, qu’ils disaient tous. Mais Lisa n’y croyait pas, pas quand il s’agissait de l’homme qu’elle avait épousé. Il savait convaincre n’importe quel jury, avec son discours rodé. Le camp adverse était souvent ébranlé par la brutalité de son plaidoirie. Elle posa calmement ses clés dans le vide-poche, puis son sac, sur le meuble. Les talons aiguilles regagnèrent leur place dans le placard à chaussures. Son palpitant cognait violemment contre sa cage thoracique. Il lui faisait mal, Alex. Le pardon n’était qu’un acte, finalement. Une manière d’avancer, sans vraiment oublier, sans vraiment pardonner. Et elle ne savait plus comment s’excuser, comment prouver ses dires. Ses paroles étaient comme un coup de fouet. C’est comme si elle ressentait, à chaque syllabe prononcée, la violence du cuir contre son derme. Ses doigts s’enroulèrent autour du verre de la bouteille, pour tenter de lui subtiliser sa boisson. En vain. Elle recula, croisant son regard. Il avait l’air immense, et effrayant, avec ses yeux ouverts. « T’as fini ? » S’enquit-elle finalement. « Si t’es misérable que ça, t’as qu’à signer les papiers du divorce. Ils sont dans le deuxième tiroir de ton bureau. » Ils pourrissaient dans ce tiroir depuis des mois, sa signature apposée à l’encre noire, avide de libérer Alex des chaînes desquelles il semblait prisonnier. Des chaînes d’un amour voué à l’échec. Il ne manquait que la sienne, de signature. « Ta fierté et toi, vous serez libres après, » finit-elle, calmement, sans une once de débat, le contournant pour monter à l’étage.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Dim 19 Aoû 2018 - 20:07

Damnés, le coeur en vrille et l’impression de lui échapper. De n’être qu’une chimère entre ses prunelles. Lisa ne m’aimait plus. Lisa me trompait. Lisa préférait l’absence. Tout se confondait dans mon esprit. L’ivresse semait le doute. Elle s’enfonçait dans ma gorge pour me rendre pathétique. Le bourdonnement était strident. Il chancelait entre mes viscères et mon cerveau. Sa voix me brisait - sa voix s’évanouissait dans la pénombre. Une succession d’intonations qui faisaient chavirer ma conscience. Avait-elle besoin d’une confession ? D’une belle déclaration d’amour ? Notre promesse se fracturait, laissant derrière elle un sillage de sang et la surface vérolée d’une coquille vide. Je pinçais les lèvres et ravalais l’amertume de l’alcool. Je n’étais pas heureux. Je n’y arrivais plus. Le doute me rendait fou. La jalousie enflammait mes côtes et ma chair. Elle ne savait rien du revers de la médaille. Elle ne voyait pas ma vanité et mon orgueil, pulvérisés sous l’assaut de ses sarcasmes et de nos récidives. Je n’avais plus la foi d’avancer, de rester sobre et de patienter. La rédemption ne venait pas. A plusieurs reprises, je lui pardonnais. Puis à plusieurs reprises, je tombais dans le gouffre. Mes os éclataient et mes yeux se perdaient dans l’horizon. La porte était fermée mais elle semblait être déjà partie. Son âme m’avait quitté. Elle s’était couchée dans les draps d’un autre. Tant de cendres et de métamorphoses romantiques. L’avait-il aimé aussi fort ? Avait-il murmuré les mots doux qui vibraient encore sur ses lèvres rosées ? La bouteille semblait si lourde contre ma main. Je reculais lorsqu’elle reculait. Ma colère palpitait dans mes veines. Ses mots étaient terribles. Elle ne rêvait que de ça - d’une séparation définitive, de ma signature apposée sur le papier. Sa silhouette s’amenuisait dans le couloir, gravissant les marches vers l’étage. Je n’osais pas la poursuivre. Mes jambes étaient flageolantes. Je pliais les genoux et laissais tomber le verre sur le sol. La douleur était lancinante dans ma poitrine. Je soupirais en me redressant maladroitement. « C’est parce que t’es pas satisfaite ? » Grognai-je les yeux électrisés par l’émotion. Je n’arrivais pas à me l’expliquer - à concevoir ses retards et ses heures de travail interminables. Je n’arrivais pas à la regarder avec lucidité et agir comme un homme décent. « Tu les gardes précieusement tes foutus papiers. Tu t’en fiches de me rendre misérable tu veux juste que je parte, Lisa. Jjjjj-jamais !» Tout à coup, quelque chose s’était cassé en moi. Je ne parvenais plus à articuler. Le stress, la peur de pousser trop loin. « Rrrevviens. » Je prenais appui sur la rampe afin d’escalader l’escalier. Un périple pour mon corps engourdi, pour mon esprit perturbé. « Ttttuu l’vvvois encore ? Faut que tu m’dises. Jjjjjimagine le pire et ça me tue. Jjjee peux pas mmm'me battre contre un inconnu. » La vérité me hantait. Elle m’étouffait. Je fixais son dos, le coeur coincé dans une colère sourde et immuable. Je devais savoir, maintenant. Je voulais chaque détail répugnant. Chaque instant qui nous séparait.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Dim 2 Sep 2018 - 18:44

Le gouffre était immense. Une brèche béante sur les pages de leur histoire. L’encre coulait le long des feuilles, les lettres se mélangeaient. Une comédie dramatique, une tragédie qui bordaient les contours d’un amour fragile. Les entrailles de leur mariage gisaient à ses pieds, et Lisa les contournait, les yeux fermés. Elle s’éloignait volontairement des simagrées alcoolisées de son époux. La violence des mots, qui glissaient de cette bouche qu’elle avait tant embrassée, lui écorchait la peau. Lui fendait un peu plus le palpitant. Le pardon était éphémère. Il durait le temps d’une étreinte passionnée, d’une confession sous le ciel étoilé. Des je t’aime lourds de sens et de tristesse. Des sentiments éclipsés par les erreurs d’une nuit de solitude. Elle s’était abandonnée aux caresses et aux baisers d’un autre, l’esprit enivré, le cœur esseulé. Un acte facile. Une lâcheté, qui la hantait, la suivait comme une ombre le long des murs. Lisa ne pouvait pas lui échapper, à cette silhouette filiforme et obscure. L’escalier était une pyramide, et le sommet n’était que le seuil de leurs échecs. Le futur incertain, dans l’ombre d’une chambre d’amis prête à être redécorée. Une lueur brillante, dans un ciel voilé d’épais nuages, qui éclairait ses espoirs de rédemption. L’absolution rêvée d’une foi ébranlée par les pêchés mortels. Elle s’élançait, les pieds lourds sur les marches, la main tremblante autour de la rampe. La voix d’Alex résonnait comme un écho lointain. Le verre brisé faisait grincer ses dents. Elle voulait se retourner, dévaler les marches et s’assurer qu’il n’était pas blessé. Mais ses pas s’avançaient déjà dans le couloir. Elle l’écoutait, le dos droit. Elle se détester d’être la cause de sa détresse, de l’entendre s’emmêler la langue. Teddy n’était pas un inconnu. Il était l’ami, le client, l’amant. Une multitude d’étiquettes, sur les épaules d’un seul homme. Elle le revoyait, au milieu du salon, tendu et nerveux. Une amitié, contre les plaisirs charnels d’une nuit volée. Puis elle revoyait Alex, et ses tendresses. Elle revoyait le mari aimant mais soucieux, jaloux mais affectueux. Le Ying de son Yang. Celui qu’elle avait promis d’aimer jusqu’à la mort. Des vœux qu’ils avaient énoncé avec émotion, pour finalement les piétiner et les jeter dans le cimetière de leurs souvenirs heureux. « Arrête Alex, arrête ! » Elle se retourna pour lui faire face, et descendit les quelques marches pour être à sa hauteur. De ses mains, elle encadra son visage. La peau d’Alex était chaude sous ses paumes. Bouillante de fureur, de confusion, de peine. Ses prunelles embuées cueillaient les siennes, alors que son pouce caressait doucement sa joue. « Bien sûr que non ! C’était une erreur, ça voulait rien dire, tu m’entends ? Absolument rien. » Elle plaidait avec ses prunelles humides, parce que parfois, les mots n’étaient pas suffisants.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Lun 10 Sep 2018 - 19:59

L’alcool dans le sang et la nausée dans la gorge. Mon esprit s’éveillait péniblement, comme arraché de son ivresse. Quelques gouttes sirupeuses, effondrées au creux de mes papilles. Puis les murs tournoyant dans le vide. La silhouette de Lisa et sa voix pénétrante. La lumière était aveuglante. Mes paupières se débattaient contre les images — contre ces mots qui glissaient sous ma langue. Des confessions putrides, une jalousie immonde et des injures blessantes. Une vengeance par dépit après des mois de silence. Des mois à l’imaginer, exaltée et heureuse sous la grippe d’un autre. Cet inconnu au visage de fer. Cet homme immoral, déployant ses charmes et ses vices sur elle. Mon coeur s’embrasait et ma fierté vacillait, éprise d’une flamme ravageuse. Je me sentais démuni. De l’avoir perdu. De ne rien pouvoir faire. Ni remonter le temps. Ni remonter le sentiment. Le pardon était si difficile. Je ne respirais plus. Les débris de verre s’épandaient sur le sol. Je fixais les fragments de notre histoire brisée. Immobile face à mes propres erreurs. Paralysé par l’ambition qui m’avait contraint à l’oublier. Je me cramponnais à la rampe des escaliers. Le regard tétanisé face à la douleur. Ses mains encadraient mes joues. Je sentais ma peau se tendre et mes muscles se crisper. Une étreinte empoisonnée, broyant mes viscères et mes organes. J’esquissais un pas en arrière. Mais elle ne bougeait pas. Elle me tenait fermement. Mon ancre — mon soutien. Une moitié d’âme souillée par les baisers d’un amant. Je l’observais en silence, les lèvres fébriles et la parole vacillante. Un toc nerveux, dressant une distance entre nous. Je me sentais ridicule de parler. Ses prunelles humides, effaçaient le mal. Je m’inclinais vers son profil, posant ma tête sur son épaule pour échapper un soupir. « Tttttu penses que c’est ma faute ? » Je reconnaissais ma responsabilité dans ces échecs maritaux. Mes absences répétitifs, mon obsession du travail et de l’ascension professionnelle. La peur de faillir à mes rêves, de décevoir cette mère et ce frère abandonnés sur les rives de Cumbria. Je plissais les yeux en lui faisant face. Je n’avais plus aucun contrôle. « Dddddis le moi !» J’avais besoin de l’entendre de sa bouche. J’avais besoin de me détester aussi. Une haine viscérale où nos coeurs se retrouvaient ensemble. Je posais la bouteille sur un rebord et me laissais choir à ses pieds. Mes jambes tremblaient, d’une faiblesse étrange. Un manque d’énergie, d’envie de me tenir debout. Mes bras tombaient ballants sur mes cuisses et je demeurais replié sur le tapis. Je fermais les yeux, un instant, m’offrant un instant d’accalmie au milieu de nos ruines. Je ne sentais plus la tension. Je ne ressentais plus rien.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Ven 21 Sep 2018 - 20:29

L’impuissance. Elle la voyait briller dans les yeux des clients coupables, ceux qui regrettaient, qui ne dormaient plus la nuit. Dans les yeux des victimes, incapables de trouver la force de se reconstruire., de vivre avec le poids d’un crime arrivé par malheur, par hasard. Et dans ceux des familles, dont les mots manquent, coincés au fond de gorges serrés, de poitrines étouffées. Dont les bras ne sont pas assez grands pour accueillir le chagrin. L’impuissance était une faiblesse morale, qui réduisait en poussière le peu de moyens que ses clients avaient. Elle s’adaptait, Lisa. Elle acquiesçait, posait une main réconforte sur une épaule fragile, devenait ferme avec les plus dangereux. Un caméléon capable d’attendrir, d’influencer n’importe quel jury. Elle se nourrissait de cette faiblesse pour être meilleure, pour gagner, pour aider. Puis il y avait Alex. Son homme, celui qu’elle avait juré d’aimer pour l’éternité, devant Dieu, le regard humide et le sourire scintillant. Mais il n’était plus l’étudiant sûr de lui, qui lui avait couru après pendant des semaines. Il bégayait, Alex. Il buvait. Il ruminait, s’énervait, s’emportait. Il crachait des paroles, le fond de sa pensée, sans prendre de gants. Et Lisa, elle se brisait un peu plus. Elle s’échouait sur la plage de leur amour, les poumons brûlés par l’eau salée de la mer, les membres fébriles. Pour la première fois, elle se sentait impuissante face à une situation qu’elle avait provoqué. La faute était partagée. Les heures supplémentaires d’Alex, motivées par une soif d’ascension, son silence, les non-dits et les œillères. Tous ces tords n’avaient provoqué que la déchéance. Elle chérissait la solitude, au début. Un cocon nécessaire pour prendre du recul, pour réfléchir, se recentrer. Un isolement essentiel. La nostalgie s’était ensuite installée, la mélancolie, le manque, l’absence. Une autre forme de solitude, celle qu’on aimerait fuir, mais qui vous tire continuellement vers le bas. Vers le fond d’un puis sans fin, sombre et effrayant, rempli de démons et de vices. Elle a perdu pied, Lisa. Elle a trébuché sur le trottoir de son mariage, et Teddy était là pour la rattraper. Juste cette fois. Juste une fois. Ses iris suivaient la silhouette de son mari jusqu’en bas de l’escalier. D’un revers de la main, elle essuya les larmes qui traçaient un sillon sur ses joues, avant de le rejoindre. Elle s’agenouilla à ses pieds, les mains encadrant une nouvelle fois son visage. « Ça n’a pas d’importance, » souffla-t-elle, doucement. « Je t’aime, Alex. C’est tout ce qui compte, » finit-elle, dans un sourire lourd de sens.

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MessageSujet: Re: you are a fever i am learning to live with + lisa   Sam 22 Sep 2018 - 15:50

Mes prunelles enlaçaient la pénombre. Mille images défilant sur les murs de la maison. Des souvenirs maculés de trahison, l’injustice de nos amours et de nos promesses. Une avalanche de sentiments qui me rattrapait — qui lentement, se nouait autour de ma gorge. Je reculais sur le sol, les jambes arquées et l’esprit absent. Je ne voulais plus l’entendre. Je ne voulais plus y penser. A combien remontaient les derniers sourires ? Les moments de complicité et les confessions amoureuses ? A quel moment avais-je cessé de me respecter ? De la chérir ? Le gouffre s’élargissait et mon coeur s’arrachait de ma poitrine. Elle ne comprenait pas. Mon amour de jadis et la douleur qui se dévoilait ce soir, tout était proportionnel au mal qui pourrissait dans mes veines. Un mariage ruiné par son adultère. L’envie de pardonner, succédée par la colère, la rage. Une humeur versatile, changeant au fil des jours. Un quotidien où je suffoquais, où l’air se faufilait dans mes poumons pour trancher ma chair. Je relevais la tête. Son visage se découpait entre mes cils. Un beauté ternie par les larmes. Mais j’avais besoin de le voir. J’avais besoin de l’aimer dans la douleur. Ses genoux effleuraient les miens. Je la fixais en silence. Elle s’approchait. Son parfum s’épandait sur mon âme. Arrête, Lisa. Une supplication coincée au fond du coeur. L’impression de succomber sous les jougs d’une femme exceptionnelle. Je saignais lorsque ses lèvres murmuraient ses syllabes. Je me noyais dans une proximité qui enflammait mes yeux. Mes épaules se relâchaient et je me penchais vers son cou. Un instant égaré dans les méandres de notre couple. Un souffle que je lâchais sur ses boucles nuageuses. « Si, ça a de l’importance… » J’aurais voulu l’effacer — oublier chaque mot prononcé. Simplement revenir en arrière et l’étreindre de toutes mes forces. Mais elle avait révélé son pire son secret. Elle avait avoué sans que je ne lui demande. « Lisa, tu es une personne complètement différente maintenant. » J’envisageais le pire. J’imaginais ses escapades et ses erreurs. Parce qu’elle en était capable. Elle pouvait tomber et s’écorcher. Mes bras enlaçaient sa poitrine. Je tremblais en l’attirant vers moi. « Je t’aime trop. Et ça m’empêche de simplement pardonner. Je suis tellement jaloux et possessif. » Des confessions incohérentes susurrées au bord du gouffre. Je me redressais en grimaçant. « Tu aurais réussi à vivre avec, si je t’avais trompé. Si j’en avais touché une autre — si j’avais embrassé sa bouche et chaque partie de son corps … » Sifflai-je en pressant mes paumes sur ses cuisses. Mes gestes étaient suspendues à sa bouche, au doute qui se faufilait entre nous.

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