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 dead men tell no tales (conrad)

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MessageSujet: dead men tell no tales (conrad)   Mer 18 Juil - 23:31

what have i become, my sweetest friend
everyone i know goes away in the end
hurt / johnny cash

Solitude éreintante. Il se perd dans une routine rassurante. Celle qu'il se refusait à connaître, en signant son contrat pour l'armée. Ne jamais devenir un de ces robots. Métro, boulot, dodo. Leitmotiv d'une société malade qui faisait saigner son âme d'aventurier. Ah, il a gagné. Il l'a découvert, le monde. Sous ses plus belles façades. Sous les pires, aussi. Les souvenirs sont comme le sable, on s'en débarrasse difficilement, et parfois jamais. Un grain ne fait pas grand mal. Un millier devient dangereusement corrosif, au point de faire dérailler la machine. Les chaussures frappent le pavé. On est loin du pas cadencé et du torse bombé. La courbe s'est inversée, le dos est voûté sous le poids des années et des regrets. Il glisse dans les rues comme un fantôme maladroit, laisse son ombre courir sur les briques et les crépits – une ombre qui en cherche une autre, sans jamais la trouver. Il n'en ferme plus les yeux la nuit, James, depuis qu'elle est revenue. Ce serait prendre le risque de la voir danser derrière ses paupières, dans sa robe mouillée. Pourtant il le sait, il ne peut pas fuir tous les souvenirs, ni tout ce qui le ramène à elle. Ça voudrait dire arrêter de respirer, pour ne pas retrouver son parfum au cou d'une autre. Et personne n'est capable de vivre sans respirer. Même s'il a l'impression d'être en apnée depuis des années maintenant.
Le quartier n'est pas vraiment familier. James ne fréquente pas ces gens-là comme le dirait Asher dans un grand moment de « philosophie » - sentez le sarcasme. Pour autant, il n'a rien dit, quand Conrad lui a donné rendez-vous ici. Sans doute car profondément, il s'en fout, de boire un verre dans un bar gay. Et puis au moins, il est certain qu'il n'y croisera pas Andy. Il cherche le nom du bar sur les différentes devantures. S'attarde finalement devant un établissement qui semble correspondre – il ne se souvient que vaguement du nom, en réalité. Il se perd à l'intérieur et cherche la silhouette familière. Mais Conrad, avec son regard chargé d'histoires terribles, il détonne sans mal dans les environs et Monroe se laisse rapidement tomber à côté de lui, au comptoir. « J'connaissais pas ce bar. » Ni même ce quartier, mais il ne prend pas la peine de s'attarder là-dessus. « Mon vieux ferait une attaque s'il me voyait ici. » Un éclat de rire borde ses lèvres et il lâche un soupir consterné. « Connards de texans. » Qu'il lâche en se remémorant cette famille abandonnée à l'autre bout du monde. Il ne parle jamais de sa vie, James, jamais aux gens que ça pourrait intéresser. Conrad, c'est différent. Conrad, il est aussi mort que lui et c'est bien connu, dead men tell no tales.

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MessageSujet: Re: dead men tell no tales (conrad)   Lun 23 Juil - 3:33

Il connaît bien ce bar, Conrad. C’est l’un des rares du quartier à accepter sa vieille carcasse siphonnée, à tolérer qu’on change la musique, quand ça sonne trop comme Marjah – quand les grenades qui éclatent remplacent les notes d’électro. Le Bulldog, c’est un petit coin de paradis pour les types comme lui – les mecs brisés, les mecs qui ne cherchent qu’à boire un verre en charmante compagnie sans pour autant la ramener jusqu’à son lit. Depuis qu’il traîne à Brighton – depuis qu’il erre sans but, plutôt – Conrad s’est habitué à s’y rendre tous les vendredis soirs. Parfois pour une bière, parfois pour une grenadine, parfois pour un simple verre d’eau. Pas de pression, pas de musique trop envahissante, pas d’éclats de rire trop aigus. Tout est dans la simplicité et la retenue, tout est tranquille. Il porte son verre de bière à ses lèvres, à se demander s’il compte se pointer.
Peut-être qu’il n’a pas envie de renouer contact, William. Pas avec le passif qu’ils ont. Qu’on-t-il à se raconter d’autre, au final ? Parler de la pluie et du beau temps ne convient pas à des types comme eux. Remuer le passé, comme la dernière fois, n’a fait que les rendre fébrile. N’a provoqué que la fuite de Conrad. Il n’y est pas retourné, depuis. À quoi bon ? Pour qu’on lui dise que tout va s’arranger ? Ça fait huit ans que le sable lui grignote encore la peau. Huit ans qu’il lui boulotte l’âme à petit feu. Conrad n’est pas sûr qu’il vienne et pourtant c’est sa trogne qu’il discerne à l’entrée du Bulldog. Sa remarque ne le surprend pas – elle ne lui tire qu’un sourire piteux qu’il noie au fond de son verre. William s’en fout et ça ne le surprend pas. Que ça ennuierait ses parents, ça ne le surprend pas non plus. Les clichés sur les américains et d’autant plus les texans sont légions. Racistes, homophobes, perdus dans leur cambrousse à rêver d’apocalypse pour enfin pouvoir se servir des flingues sagement rangés dans leurs placards. Sa remarque, elle ne fait que lui arracher un soupir amusé. Ses parents à lui, ils sont pareils. Ils ont beau être britanniques, ils ont beau se targuer d’être ouverts, il suffit que ça concerne leur mioche pour que leurs belles paroles s’envolent. « Les miens l’ont eu, l’attaque. » Qu’il répond dans un roulement d’épaules.
C’est facile, de parler à William. Pas de secrets entre eux. Pas après ce qu’ils ont traversé, pas après ce qu’ils ont vu. Pas d’inhibitions non plus. À quoi bon ? Ils ont traversé l’Enfer bras-dessus bras-dessous. Deux pauvres loques sanglantes et sanguinolentes. Deux pauvres types brisés par leurs propres conneries. Mais les remontrances de ses parents, elles remontent à son adolescence – avant qu’il s’engage, l’idiot. Avant qu’il décide de s’écorcher le coeur dans une guerre qui écoeure. « J’avais dix-sept ans quand ils m’ont surpris à Canal Street. » Le fameux quartier gay de Manchester, réputé pour ses bars et restaurants gay-friendly en plus des centaines de touristes homosexuels du monde entier qui s’y rendent pour s’accepter. Mais aussi connu, chez les Steele, comme la rue interdite. « Le quartier gay de la ville. » Précise-t-il avant de poursuivre. « Ça f’sait trois jours que je squattais chez des amis de là-bas et c’est qu’ils s’inquiétaient, les pauvres. Un an après, j’me suis engagé. » Une façon de fuir des parents à l’âme gangrené par le dégoût de ce qui sort de la norme.
Il ne réalise qu’aujourd’hui à quel point c’était une erreur. Parce qu’il était bon, Conrad. Assez bon pour rejoindre l’élite – pour proposer ses services au sein du Special Air Service. Il soupire en se passant une main sur le visage. Et la question s’échappe d’entre ses lèvres sans qu’il n’ait le temps de la ravaler. Pas de secrets entre eux, hein ? « Pourquoi t’as voulu t’engager, Will ? »

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MessageSujet: Re: dead men tell no tales (conrad)   Lun 6 Aoû - 21:37

Il est né dans les préjugés, William. Fils d'un cliché en rencontrant un autre, il a cueilli son indépendance comme une liberté trop longtemps attendue. Il s'est barré et s'il avait pu, il se serait égaré à l'autre bout du monde. La ville d'à côté a été un bon début. Suffisant pour s'enrôler dans l'armée – mais là, on s du s'éloigne sujet. Il observe Conrad et cherche les indices semés dans ses prunelles. Ils s'opposent au moins autant qu'ils se ressemblent. Fracassés, du psyché au bout des os. Rongés par des regrets et des ordres terribles qui résonnent encore dans leur caboche désordonnée. Ils convergent dans l'horreur de leur nature, divergent quand c'est l'humain qu'on met en avant. En se retrouvant là, James – William – réalise qu'il ne le connaît pas vraiment, Conrad. Il sait tout de ses faits d'armes, de ses gallons et ses médailles, de ses batailles et de son régiment. Mais qu'y-a-t-il de plus, au-delà de ces informations codifiées par l'armée, déformées par un passif professionnel commun ? Il ne sait pas où il est né, ni même s'il apprécie la musique, encore moins s'il a quelqu'un dans sa vie. Au final, ils ne sont que deux inconnus, accrochés par la force des choses au milieu de la tempête, juste pour survivre.
Il le découvre dans ses rares sourires. Fait sa connaissance au fil des mots qu'il veut bien lui lâcher. Des confessions qui n'en sont pas vraiment, mais qu'il apprend comme des informations essentielles. Au-delà de l'uniforme et des troubles, il découvre l'humain. Un sourire se découpe dans son visage lorsque l'anglais lui parle de ses parents et Monroe, il se fait la réflexion que la connerie n'a ni de limite géographique, ni sociale. C'est un vice commun avec lequel chacun se débrouille plus ou moins bien – mais ça n'a rien de génétique ni d'héréditaire, il en est la preuve vivante. « Ils l'ont si mal pris que ça ? » Qu'il lâche par curiosité. Que Conrad lui dise la vérité ou non, ça n'a aucune importance, dans le fond. Il veut juste faire la conversation et apprendre à le connaître autrement que dans ses cauchemars. Un sourire étire toujours ses lèvres. Il apprécie la légèreté de l'instant, James. Loin des doutes et des attaques sournoises de paranoïa qui rythment ses journées. Ici, il se sent un peu plus en sécurité. Loin d'un monde trop réel et hors du temps qui ne lui laisse aucun répit.
Il hausse un peu les épaules quand Steele lui pose cette fameuse question. C'est pas qu'il n'y a jamais réfléchi ou qu'il ne sait pas quoi répondre – au fond de son âme, il sait très bien ce qu'il en est. « Je voulais juste fuir. » La réponse est large, bien plus que la vérité. Il se pince les lèvres et avise la bouteille de bière que le barman lui pose sous le nez. « J'étais jeune et naïf. J'crois que je voulais juste me trouver un but. Sauver le monde, ce genre de conneries tu sais. » Il l'a compris avec le temps, James. On ne sauve personne avec un fusil, encore moins soi-même. Il lâche un soupir et prend une gorgée amère. Hausse les épaules pour une énième fois, alors qu'un rire ironique roule sur ses lèvres. « J'pensais que ça allait faire de moi un héros. » Patriotisme exacerbé ou idées trop influencées par l'entourage et les médias. Il s'est laissé porter par les promesses de l'engagement. Une nouvelle famille – une vraie famille. « Mais malgré tout ce qui s'est passé, je ne regrette pas pour autant. » Paradoxe dont il n'arrive pas à saisir toutes les subtilités. Il sait juste que, si c'était à refaire, il le referait. Une nouvelle gorgée de bière et il sort de son monologue, de ses errances sur un passif presque chaotique. « Et toi alors ? Pourquoi est-ce que t'as signé ? »

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MessageSujet: Re: dead men tell no tales (conrad)   Mer 15 Aoû - 22:24

Conrad, il s’adosse au dossier de sa chaise branlante, le regard perdu dans le vague. Il n’évite pas les yeux trop vides de William, cela dit – pas cette fois. Il se perd simplement dans des souvenirs trop heureux pour qu’ils soient les siens. Des souvenirs lointains, les cendres d’une époque révolue. À ses yeux, c’est une autre vie. Un monde parallèle où il savait encore sourire avec franchise ; où l’insouciance lui pétrissait les synapses autant que les artères du coeur. Adolescent turbulent, jeunot perdu qui a réussi à se trouver dans la tourmente de sentiments jugés crasseux. Il ne regrette pas un seul instant ses nuits de perditions dans les bars de Canal Street.
Mais Conrad, il n’a jamais réussi à entrer dans la norme imposée par sa famille. Il n’a jamais voulu non plus. À quoi bon se forcer à rentrer dans une case alors qu’il sait pertinemment qu’elle sera trop étroite pour lui ? Mais on a piétiné sa naïveté. On a achevé son innocence. Aujourd’hui, il y a simplement ce regard trop vide, cette âme bardée de barbelés et ce coeur qui étouffe sous un carcan de balles et de grains de sable. À la question de William, il n’y a qu’un sourire mélancolique qui s’étire sur ses lèvres. Même si ses parents ont miné son adolescence d’indifférence, il ne regrette pas un seul instant ces souvenirs-là. « Ils l’ont pris si mal que ça. » Affirme-t-il simplement. Mais Conrad, il se rappelle aussi la réaction exagérée et exacerbée de sa mère ; une main sur le coeur, l’autre devant sa bouche grande ouverte sous le choc. Le palpitant qui s’emballe, le cri qui s’étouffe, les yeux qui sortent de leurs orbites comme dans les cartoons. Mais sa mémoire n’est plus ce qu’elle était – les souvenirs sont déformés par un soleil cuisant et un désert brûlant. Ses souvenirs sont en nuances d’ocre, de jaune et de brun. De sang, de sable et de boue. Conrad, il opine du chef à sa tirade. William, il le comprend. Il a voulu fuir – comme lui. Mais ne sont-ils pas tous les mêmes ? Ne cherchent-ils pas tous à fuir un monde qui les dédaigne ? L’armée, c’est un échappatoire. Une porte de secours dérobée, une opportunité trop lourde à porter. Un moyen d’être mieux vu, sûrement. Une façon d’être glorifié autant par les médias que par leurs supérieurs hiérarchiques. Mais Conrad, il a déchanté trop vite lorsqu’il a rejoint les troupes d’élite. Pas de consécration aux yeux du public pour eux ; c’est dans l’ombre qu’ils se dissimulent. C’est dans l’ombre qu’ils excellent. Et c’est à Marjah, sous le soleil qu’il a failli.
Conrad, il avale une gorgée de sa bière pour noyer ces réminiscences du passé. Il repose son verre sur la table qui les sépare et penche la tête en arrière, les yeux clos. Il croises ses doigts sur son ventre en quête d’une réponse satisfaisante. Il n’y en a pas. Ce sont toujours les mêmes conneries, les mêmes idéaux idiots qui les poussent à signer. Qui les poussent parfois – souvent – à regretter une fois qu’ils ont goûté au cliquetis de l’acier. Ça fait déjà huit ans qu’il a raccroché l’uniforme mais son lit, il le dresse toujours au carré. Ça fait huit ans mais si on lui collait un M16 entre les doigts demain, il saurait encore s’en servir en plus d’en citer toutes ses caractéristiques sans sourciller. Conrad, il ouvre enfin les yeux. « J’ai cru bêtement que l’armée cherchait à résoudre les conflits au lieu de les provoquer. » Répond-il d’un ton presque trop tranquille. Il se détache, Conrad. Il se donne l’illusion qu’il ne parle pas de lui-même. « J’ai fui, comme toi. Et puis je me suis découvert un talent dont j’aurais préféré ignorer l’existence. » Il a excellé malgré lui. On disait que c’était inné, chez lui. Pourtant, lorsqu’on l’a envoyé là-bas, c’est les erreurs qu’il a accumulé. Ses nerfs ont craqué. Sa morale a cédé.
Conrad ne sait pas s’il doit regretter ou non. Ce pan de sa vie a été beaucoup trop long pour qu’il le dédaigne aussi aisément. Mais ses erreurs, elles l’obligent encore à se mettre à genoux toutes les nuits. Il n’a qu’une certitude : si c’était à refaire, il tournerait le dos à ses obligations sans hésitation. « Je me satisfais d’une vie tranquille, maintenant. » Fieffé menteur. T’es seul et tu le sais. Mais il se donne des excuses. Il énumère ceux qui l’entourent. « Trois chats ennuyants et une cousine chiante, ça me suffit. » Trois chats qui sont tes seuls amis et une cousine aussi fracassée que toi, plutôt.

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MessageSujet: Re: dead men tell no tales (conrad)   Mer 29 Aoû - 23:01

Ils se fondent dans le décor, deux piliers de comptoir parmi tant d'autres, silhouettes invisibles dans une mer de sourires. James, il envie l'insouciance des autres – ou du moins, leur aisance à ignorer ce qui se passe dans le reste du monde. Il leur jalouse cette facilité à vivre et à rire, à dormir les deux yeux fermés la nuit, sans s'inquiéter de se faire dévorer par les ombres. Il est fasciné par cette innocence presque candide, par ces regards rieurs qui ignorent toute l'horreur du monde. Ils ne se rendent pas compte, n'est-ce pas ? De cette chance qu'ils ont, de ne jamais avoir eu à poser leurs prunelles sur les conséquences d'une guerre dont ils ont simplement entendu parler à la radio. Quelques lignes couchés sur les papiers journaux. Un discours patriotique, perdu entre deux spots pour Budweiser et autres nouvelles insipides. La guerre n'est une réalité que pour ceux qui la vivent, peu importe de quel côté du fusil ou dans quelle tranchée ils se trouvent. Elle vit dans la tête des soldats et meurt sur les lèvres des vétérans. Des souvenirs que les autres ne font toujours qu'entendre, sans pouvoir les imaginer pour autant. James, il ne leur en veut pas. Lui aussi, il préférerait être encore capable d'ignorer. Ne jamais avoir vu, ni même vécu. Lui aussi, il préférerait oublier le poids d'une arme – et le poids d'une âme qui s'envole.
Les langues se délient sur quelques confessions silencieuses. James, il n'a pas de secret pour Conrad, il n'a rien à lui cacher. Car Steele, il n'aurait aucun mal à lire les mensonges sur ses lèvres, à délier le vrai du faux. Ils sont identiques, différents, complémentaires. Une histoire à en faire pâlir les réalisateurs de films à gros budget, un scénario à Oscars. Pourtant, il voudrait que tout ça reste secret, James. Il n'y a rien de beau dans cette pseudo réussite – il n'y a pas de réussite, tout simplement. Juste un chemin pour la survie tracé dans le sable et du sang jusqu'au bout des lèvres. Le sien. Celui de leurs frères d'armes. James, il se souvient d'avoir défilé dans un stade rempli, à son retour de Marjah. Il se souvient d'avoir reçu les honneurs et les acclamations. Il se souvient aussi que c'était la première fois qu'il se sentait aussi seul au monde, de toute sa vie. Un pantin, une bête de foire jetée en pâture à une foule en délire. Thank you for your service, son.
Il l'écoute et se perd dans des justifications qui font écho aux siennes. Une vie tranquille qui sonne presque comme un regret – c'est ainsi qu'il l'entend, James, en tout cas. C'est comme s'ils avaient perdu leur but, cet objectif après lequel ils ont couru, tant d'année. La raison pour laquelle ils se sont traînés dans la boue est le sable. La raison pour laquelle ils ont pleuré des frères et vu les civils tomber. La raison pour laquelle ils ont arrêté de compter les bombes et les balles. La foutue raison. Un rire roule malgré tout sur ses lippes quand Conrad évoque sa cousine et ses chats. « C'est toujours ça de pris. » James, il songe à sa propre solitude. Il ne s'en plaint pas, même quand elle l'étouffe. C'est toujours mieux que d'être entouré de traîtres et de menteurs. Mieux que d'être entouré d'Andy et de Jacob. « On pourrait ouvrir une affaire, tu sais. Toi et moi. » Un sourire déborde de ses lèvres, une gorgée de bière plus tard, il regard Conrad. Il n'est pas sûr d'être totalement sérieux, mais il se dit que ça pourrait être leur thérapie à eux. Leur nouveau but. Leur nouvelle raison. Un bar, un garage. Un foutu commerce de fleurs. Entasser les squelettes dans les placards et repartir à zéro.
Pourtant, il détourne le regard à nouveau, Monroe. Ses prunelles creusent le bois de la table et ses mains se crispent sur son verre. L'aveu sur le bout de la langue, l'honneur qui le chope à la gorge. Il a peur de ce qui pourrait se passer ensuite – peur de ce que Steele en pensera. « J'ai hm. J'ai changé d'identité. J'pensais que tu devais le savoir. » Il hausse les épaules et prend une autre gorgée âpre, encore. « Ici, je suis James Monroe et rien de plus. » Pas vraiment un héros, pas vraiment un paria. Juste une âme vagabonde qui cherche un peu de répit dans ce coin du monde. Il s'imagine que Conrad va trouver ça bizarre. Peut-être qu'il comprendra ce que ça veut dire, sans même prononcer les mots. Ceux qui font encore trop mal à l'intérieur. Déserteur.

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MessageSujet: Re: dead men tell no tales (conrad)   Jeu 6 Sep - 22:16

De loin, c’est deux vieux potes qui se retrouvent autour d’une pinte de bière. Pourtant, il suffit de se plonger dans leurs regards pour comprendre qu’ils détonnent – qu’ils sont là sans l’être. Qu’ils sont à des milliers de kilomètres de là, dans un désert cuisant où la musique, c’est les balles des mitrailleuses qui tambourinent contre le blindage et les F-16 qui sifflent dans le ciel. Et des cris, dans toutes les langues. On dit que l’amour ne connaît pas de limites ni de frontières ; la souffrance non plus. On comprend aussi bien les je t’aime dans une langue étrangère que les appels à l’aide. On les comprend sans doute mieux ; un cri se dispense de mots. Un hurlement n’a pas besoin de s’articuler autour d’une phrase.
Conrad penche la tête en arrière, son verre de bière au bord des lèvres. Son troisième verre, peut-être ? Ils sont là depuis longtemps. Ils discutent depuis longtemps, déjà. Dehors, il fait nuit. Ouvrir une affaire. C’est ce que William propose – une idée folle, une idée d’un type qui a bu une bière de trop. Mais une idée que Conrad médite malgré tout. Ils pourraient. Mais ça fait huit ans qu’il survit bien plus qu’il ne vit, Conrad. Ça fait huit ans qu’il n’a plus rien fait de ses mains ni de ses neurones – l’armée, c’est tout ce qu’il a connu. S’engager à dix-huit ans simplement pour qu’on lui claque mieux la porte au nez à vingt-huit. Trop vieux pour faire carrière dans un autre domaine, maintenant. Trop vieux pour reprendre les études. Il n’a jamais été fait pour ça, de toute façon. Conrad, ça n’a jamais été un scholar. Il n’a jamais réussi à s’adapter au système scolaire qui oblige les gosses à rester le cul vissé sur une chaise toute la journée ; il a eu besoin de bouger. Il a eu envie de faire quelque chose de ses mains et de se rendre utile. Une erreur, au fond. Peut-être aurait-il dû se tourner vers les sports – natation, marathon, boxe. Qu’importe. C’est toujours la même sentence qui tombe : Trop tard, trop vieux. « On pourrait. » Est tout ce qu’il répond. On devrait, des mots qu’il tait. Qu’on-t-il a perdre de plus que ce qui leur manque déjà ? Mais Conrad, il n’a pas le temps de lui demander quoi qu’il s’étouffe contre sa gorgée de bière.
Une confession, un aveu que Will lui balance – que James Monroe lui lance. Conrad repose son verre sur la table qui les sépare en même temps qu’il reprend son souffle, le poing serré qui tambourine contre son torse.
Changer de nom. Une bizarrerie, pour un soldat. Les noms, ils sont portés avec fierté – les noms, ils s’affichent sur les dogtags, les médailles et souvent, trop souvent, sur les Memorial Walls. Changer de nom, une habitude des déserteurs. Conrad, il comprend enfin pourquoi William a choisi de s’exiler sur un autre continent : les fuyards, ils ne sont jamais vus d’un bon œil. Si cent ans plus tôt, on les fusillait, aujourd’hui, c’est la court martiale et les juges qui les blâment. Et puis ce nom, Monroe. Ce nom qu’il a l’impression de connaître – qu’il croit avoir déjà entendu, dans la bouche d’un autre soldat. Mais Conrad, il n’en fait pas mention. Ça fait sept ans – huit ans, mais Marjah, c’est encore hier. C’est encore demain. « Il faudra que je m'habitue à t'appeler James, alors. Mais peut-être que c'est futur partenaire d'affaires que tu préfères. » Souligne-t-il simplement dans un roulement d’épaules grinçant. Son épaule, jamais vraiment remise de la balle qui l’a transpercé. Conrad, il ouvre à nouveau la bouche dans l’optique de le rassurer, peut-être. Lui dire qu’il a bien fait – qu’il l’aurait fait, lui aussi. Qu’il aurait pu se barrer, si on ne lui avait pas claqué la porte au nez. Mais William – James n’a pas besoin qu’il remue un peu plus le couteau dans une plaie toujours aussi béante. Conrad, il n’en a pas besoin non plus. Alors il hèle simplement le barman pour deux nouvelles bières.
Et puis Conrad qui a enfin l’impression que ses sourires sonnent vrais – une illusion provoquée par la désinhibition.

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