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 we bleed the same + jude

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MessageSujet: we bleed the same + jude    Sam 30 Juin - 21:36

Deraa, ville soumise aux violentes offensives des forces gouvernementales. Les bombardements résonnaient sur les routes pavées de cadavres. La fuite était devenue urgente face aux silhouettes qui s’emmêlaient vers le sud. Ma main était couverte de sang. Tout s’arrête là. Le coup de feu se faufilait dans mon bras. Je soupirais et tournais la tête. Le sol en mouvance engloutissait mes pensées alors que je levais ma carte de presse. Mais l’attaque continuait. Le chaos tapissait les murs. Il n’y avait pas de protection au nom de la liberté d’expression. Journaliste ou villageois, toutes les blessures saignaient pareil. L’histoire coloniale se répétait, et nous étions tous réduits au silence. Un pays, tout entier, brutalement réprimé par le régime du président. Mes yeux avaient traversé les villages fantômes, les sentiers marqués par la destruction. Une hécatombe de sentiments, de rebelles armés de pierre et de passion. Une centaine de frappes contrées par le feu. Le nom d’Allah scandé vers un ciel qui pleuvait les projectiles par millier. Mes doigts se crispaient autour de l’entaille. Le premier cri de douleur sonnait faux - comme un mirage lointain, une sensation irréelle qui effleurait mes membres paralysés. Puis la montée d’adrénaline provoquait le reste. La chute faisait chavirer ma conscience. Une vague nocturne s’emparait de mon corps. Nuit éternelle entre ces paupières que je ne savais plus réveiller. Les bourdonnements berçaient mon apathie jusqu’à la prochaine secousse. La gorge serrée, j’inhalais les fumées des moteurs qui s’enflammaient autour. La brûlure était différente des mégots de cigarettes qui s’inclinaient sensuellement sous la flamme. C’était fini. Je ne me battais plus. Les mots se confondaient dans mon esprit. Le perce, l’anglais - les pleurs, langue universelle qui coulait dans mes veines perforées. L’hélicoptère m’avait rapatrié vers la Terre des autres.  Un asile politique forcé qui me ramenait sur les traces de Gabrielle. La Grèce accueillait mon sang dans les couloirs de l’hôpital. Une déchirure du nerf qui endommageait mes étreintes et l’agitation de mes doigts qui essayaient encore de rattraper mes erreurs. Une semaine de silence, c'était la châtiment pour ma folie. Le retour à Londres m’avait transpercé le coeur. Puis le transfert à Brighton avait éteint les autres organes. Je trimbalais une coquille vide. Une paroi qui s'effritait sous le vent. Toutes les odeurs de la mer se faufilaient dans ma poitrine. Je marchais à reculons, sursautant au son des klaxons et des conversations. Une vie à l’inverse, effrayante par sa simplicité et le calme de ses promenades. Mes jambes me portaient vers l’appartement de Jude. J'escaladais les marches en soupirant à chaque pas. Le moment de vérité était arrivé. La porte s’ouvrait afin d’éclairer le couloir. Je ne bougeais pas, le bras retenu dans l’échappe. Les bruits de la guerre s’élevaient dans ma tête. Je revivais la scène. Je suivais la course effrénée des civiles sans jamais parvenir à prendre la fuite. Je pinçais les lèvres en reculant. Le son n’existait pas, je sais. Il n'entendait rien non plus. Seulement, le roulement confus de ma langue qui essayait de parler. «J’ai tellement merdé, cette fois. Jude j’ai cru qu’on se verrait plus jamais. Et que si je mourrais, j’emportais un bout de toi avec moi. C'est terrible d'avoir l'impression de te tuer aussi. » Soufflai-je en cherchant le contact de ses bras.

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Dernière édition par Julian Baker le Dim 22 Juil - 16:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Ven 13 Juil - 23:31

i'll wait, so show me why you're strong
ignore everybody else, we're alone now
retrograde / james blake

Séparation brutale, un cœur qui se divise pour conquérir un monde. À peine de retour qu'il le perd déjà au-delà des frontières, sur des lignes décrites comme hostiles. Il n'a pas compris, Jude. Puis d'abord, il a détesté. Un peu de haine pour Gabrielle et beaucoup pour lui-même. Je l'ai fait fuir. Culpabilité qui l'a empêché de dormir. Qui entretient ses insomnies encore aujourd'hui. Il s'imagine Julian à l'autre bout du monde, valsant entre les dunes et les balles. Héros avec pour seule arme un stylo. Il se demande, Jude, s'il n'a pas précipité le départ de sa moitié d'âme, en lui refusant la vérité. En lui cachant les récits de sa détention, en s'enveloppant d'un tissu de mensonges – ce pathétique tour du monde dont il n'a même pas fait le quart. Son palpitant s'épuise, son esprit s'use sous la pression qu'impose l'attente. Il fait les cent – les mille – pas dans l'appartement vide. Travis n'est pas là pour le visser sur une chaise ou devant la télévision. Il n'y a que lui et un silence étouffant que Julian ne peut pas couvrir de ses rires. Il n'est pas là. Il est en chemin. Peut-être qu'il arrivera dans une poignée de secondes. Peut-être qu'il devra patienter encore pour une éternité. Son âme s'effrite et ses poumons cherchent leur air. L'inquiétude lui étreint la trachée, insidieuse et pesante. Il regarde par la fenêtre et s'arrête de bouger dès qu'un craquement de latte miteux se fait entendre. Mais il n'y a rien de plus que des fantômes et des rats grassouillets pour traîner leur carcasse entre les canalisations. Toujours pas de Julian à l'horizon. A-t-il oublié le chemin qui le mène à la maison ? Peut-être qu'il avait raison. Peut-être que leur lien gémellaire s'est étiolé avec les années. Pourtant Jude, il peut jurer avoir senti cette balle traverser son bras et son âme. La peur lui a gangrené le cœur, intense, malgré les milliers de kilomètres qui le séparaient de l'instant et du terrain des opérations. On frappe à la porte. Le monde se renverse. Ses pas se précipitent vers l'entrée et il lui fait face – à lui, au fantôme. Il reste interdit un instant. Cherche des réponses au creux de ses yeux vides. Le silence pèse, mais pas autant que cette attente dévorante. Pas autant que l'incertitude, celle de le revoir un jour, en un seul morceau. Il a envie de hurler, Jude. De le malmener, le bousculer, lui cracher mille reproches au visage avant de claquer la porte. Puis, il a envie de l'enchaîner à sa table basse, pour qu'il ne reparte jamais. Le cœur en fibrillation et les lèvres qui tremblent, il l'écoute, se noie dans les harmonies parfaites de sa voix. « J'te déteste putain. » Pourtant, il fond dans ses bras et y meurt, juste un peu. Il ferme les yeux pour cacher les larmes qui valsent au bord de ses paupières. Il le serre à en perdre souffle – mais un peu plus, un peu moins, il n'y voit aucune différence. Il a appris à vivre sans respirer correctement, et ce depuis ses dix huit ans, depuis que son monde s'est divisé en deux. « Pourquoi est-ce que t'as fait ça, hein ? » Il finit par se reculer Jude, dans un élan de colère. Il a de la rage au bord de son sourire nerveux et les larmes pour inonder ses yeux. Les sillons salins se creusent dans ses joues et disparaissent dans sa barbe de quelques jours. « Qu'est-ce que t'avais à prouver encore ? Mais. Non mais pourquoi ! Pourquoi est-ce que tu fais toujours des trucs débiles comme ça ? Qu'est-ce que t'attends bordel ? » La colère fait trembler sa voix et il fait des grands gestes pour parler, Jude. Il a envie – besoin – de comprendre. « J'étais mort de peur putain. Et t'arrives comme une fleur. Mais qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi, Jules ? » Il tremble de tout son être, de sa colonne vertébrale au bout de ses phalanges. Il se recule et s'enfonce dans son appartement. Lui tourne le dos et passe ses mains sur son visage. Son cœur qui crève sous l'assaut de l'adrénaline. Il est là. Il est en vie. Ils sont en vie.

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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Dim 22 Juil - 17:20

Ecorchés. Bannis. Insipides. Les courants d’air tourbillonnaient autour de mon visage. Je respirais le mépris d’une vie ailleurs, les souvenirs d’une aventure achevée. Mon coeur était brisé, vide de moitié. Je serrais les poings et fermais les cils, traversant la pénombre qui régnait sur le couloir. Les sutures éclatées autour de l’entaille, le sang séché sur un pansement usé dont les fils s’emmêlaient sous la chemise. Je pinçais les lèvres en fixant les murs. J’étais parti - un fragment de moi était resté. Une équation inégale. Une limite mathématique qui devenait limitation sentimentale. Jude l’aurait compris, s’il avait vu. Si le plomb avait déchiré sa chair. Une énième trace pour faire la différence. Nos identités se chevauchaient, divergeaient dans une spirale temporelle. A nus, nous étions paradoxales. La sculpture musclé se riait des côtes saillantes, des cicatrices d’une guerre étrange. Celle de l’esprit. Celle de la nation. Je soupirais en claquant mes semelles sur le parquet, annonciateur de mes regrets, d’un discours aussi vieux que le monde. Je ne lui en voulais pas. Un jumeau n’aurait pas pu me retenir. Seulement, me sauver. M’extirper du mal viscéral qui grondait dans mes bronches. J’inhalais les vapeurs d’une cigarette empoisonnée, la saveur mentholée d’un mélange de feuilles et de tabacs. Le stylo n’était qu’un instrument. Une encre qui saignait sur les façades oubliées. Je voulais ma solitude et la rédemption d’une vie passée entre les chars et les explosions d’Orient. Je ne voyageais pas. Je me perdais. Je trahissais ma famille et les convenances. Un mariage déchu par absence de considération. Un lien fraternel rouillé, fracturée sous les lumières d’un nouveau soleil. Il ne me disait plus rien. Alors j’imaginais. Je devinais le pire. Ma gorge s’enserrait dans le silence. J’acquiesçais aux reproches. Il me détestait. Et je le détestais aussi. Un amour hybride, bouillonnant dans nos veines lasses. Mensonge pour mensonge. Confession contre confession. Nos bouches s’amenuisaient derrière le masque de l’insouciance. Son étreinte m’étouffait - elle compressait la charpente osseuse et l’enveloppe musculaire, conditionnant le manque, l’état de dépendance ancestrale qui liait nos âmes jumelées. Mon poignet était douloureux, vibrant sous l’effleurement de son dos. Il était triste, Jude. Il avait peur de la carcasse inerte et de l’expression atonique. Comme si me voir dans le cercueil était une reflexion de lui. Un adieu de lui-même avant l’heure. Je le laissais s’éloigner et effacer les larmes. Sa barbe était lumineuse, d’un noir des jais qui transperçait mes prunelles fatiguées. Je retenais mon émotion aussi. Je marmonnais contre mon menton afin d’éloigner le chagrin. Je ne connaissais pas la réponse à ses interrogations. Ni le pourquoi, ni le comment. Il y avait un millier de raisons. Un millier de prétextes. Je faisais sans doute l’intéressant afin de prouver que je pouvais vivre. Je me sacrifiais sur terre afin de qu’un jour le monde appartienne au Surhomme. Une âme d’acier, traversant les âges, renaissant de ses cendres pour briller plus fort que les hautes lumières. Je le juchais du regard, sentant l’incompréhension. La peur au creux du ventre. Des poumons. « Parce que c’est mon job!  » Je sifflais avec fermeté. Il ne pouvait contester mes choix de carrière, ni les louanges que je chantais à la guerre. Le feu jaillissait de mes paupières. La larme se transformait en flamme. Elle s’épandait sur mes joues, brûlait ma peau et mes résolutions d’avant. Je me trouvais à la croisée des chemins, les poings liés et les genoux cagneux. Je le fixais avec étrangeté. Un esprit projeté hors de son armure. Je me voyais. Je me sentais dériver. « Je suis allé à la rencontre de la vérité. Parce que je veux savoir. Je veux voir, les vraies choses. Si je n’ai pas mal, je ne peux pas être moi. » Renier ma vocation, c’était le renier lui. Renier cette part qui faisait de nous une unité. Une seule et même entité. Je vacillais à l’intérieur de l’appartement. Ma main se posait sur son épaule dans un mouvement mécanique. Je stoppais sa démarche saccadée dans le vestibule. Un endroit miteux, qu’il avait choisi pour vivre Jude. Un air poussiéreux, lourd sur la poitrine. Il s’asphyxiait dans la médiocrité d’une existence d’ermite. Entre le succès et l’échec. Entre la rébellion et le pouvoir absolu. Je soupirais en lui faisant face. «Je sais que c’est dur de recevoir le coup de fil. Je sais que t’as eu peur. Mais maintenant, c’est moi qui ait besoin de toi. J’ai besoin que tu m’aides, Jude. Alors je peux pas te consoler et rassurer tes sentiments. Je peux pas te dire que tout ira mieux et que je suis là. Parce que je suis à moitié mort. T’est tout ce qui m’reste.» Ma voix se nouait autour des mots. Je fronçais les sourcils en lâchant prise. L’attelle tendait mes membres. Elle imposait la rigidité à mes phalanges ankylosées. Une immobilité qui se faufilait partout ailleurs, d’articulation en articulation jusqu’à atteindre le coeur.  

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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Mer 1 Aoû - 21:11

Un millier de fragments semés au grès du vent. Jude, il s'est senti imploser au milieu de ce désert, sans même en apprécier la rugosité des dunes. Il a goûté la sécheresse et s'est effondré sous un soleil de plomb. A vu le sang créer un nouveau motif d'imprimé sur le camouflage d'un uniforme. Il en avait pourtant déjà reçu, des coups, déjà grimacé sur les saveurs rouillées de l'hémoglobine. Mais jamais ça n'avait été aussi douloureux qu'à cet instant. Un coup de téléphone perdu dans la journée, ou peut-être bien dans la nuit. La nouvelle comme un coup de fouet lui fracassant les tympans. Julian blessé. Deux mots pour percuter ses tripes et ronger chaque fibre musculaire. Il a senti la douleur de son cœur à ses chairs. A souffert avec lui, par procuration au milieu de son salon, alors que Jules crevait un peu plus dans un désert sans limites. Mon job. Il veut le bousculer et laisser sa rage valser jusque dans ses phalanges. Lui faire étal de sa colère et de sa violence, lui exprimer tout son amour par la douleur. Tu veux savoir ce que j'ai ressenti, Jules ? Tu veux savoir à quel point ça m'a bousillé ? Il s'écarte et prend tout l'espace, s'impose dans le tableau miteux de son appartement. Il valse entre les lignes brutes et les murs à la peinture défraîchies, enfonce sa douleur jusqu'aux tréfonds de ses poumons, pour ne pas oublier de respirer. « La vérité ? La vérité ! » Qu'il répète, incrédule. « T'as toujours eu que ça à la bouche, Jules. » Un reproche qui claque sur sa langue, un regard hautain qui caresse son reflet avec acidité. Il s'écarte, Jude et tire sur ses mèches d'ébène, cherche un souffle de raison au milieu de cet éclat de folie. « Avoir mal ? Mais enfin ! Les gens normaux font du saut en parachute ou nagent au milieu des requins. Ils ne vont pas danser sous une pluie d'obus avec un stylo un carnet. » Son cœur gonfle et gonfle encore. Il est incapable d'apaiser cette tension qui tapisse ses veines et mord ses artères. Sa cage thoracique se referme et ses poumons éclatent, son souffle manque et ses lèvres en tremblent. Il le déteste de savoir rester aussi calme. D'être trop las pour hausser le ton et se battre, encore. Où es-tu, Jules ? Que sommes-nous devenus ? Il creuse sous ses regards fuyants, Jude. Cherche les indices incrustés dans ses simulacres de sourires. Il le trouve vulnérable et faible. Blessé dans la chair mais bousillé dans l'âme. Regarde-nous. « T'as pas le droit de dire ça. » Il passe une main sur son visage fatigué et tous ses membres tournent au plomb. Il se sent lourd et faible. Prêt à s'effondrer au milieu du séjour, alors que la colère se mêle au soulagement. Il est partagé, Jude. Il a envie de le repousser, de le bousculer contre les meubles pour imprégner ses fibres nerveuses de la même peine qui étreint son myocarde. Puis, il a envie de le serrer dans ses bras encore une fois, plus que tout au monde, comme si Jules pouvait disparaître – à nouveau. Il se pince les lèvres et se noie dans ses larmes qu'il ravale rageusement. « C'est trop facile de faire ça Jules. De te barrer en espérant qu'on bouge pas. Tu fais pareil avec Gabrielle, pareil avec tout le monde. Tu t'rends pas compte que tu nous tues ? Et qu'est-ce qu'on devrait faire, attendre, être toujours là ? Sur le tarmac, à attendre que tu reviennes en héros ? » Les tremblements lui rongent toujours l'épiderme, il fait les cent pas et dessine des courbes hasardeuses sur le plancher usé. Il hausse le ton à nouveau, les syllabes corrosives s'entortillent sur ses cordes vocales. « Oublie pas qu'ils finissent généralement par revenir dans des boîtes. » Du contre-plaqué qu'on recouvre d'un drapeau tricolore. Thank your for your service. Il sait qu'il ne pourrait pas le supporter, Jude. Mais il cesse de s'agiter et il se laisse tomber dans le sofa miteux, s'effondre sur sa propre carcasse, se recroqueville comme un enfant esseulé. Il baisse la tête et les yeux, oublie le sang qui pulse dans ses tempes et les larmes qui ont baigné ses joues. Il renifle et ravale sa colère. « J'peux pas te perdre, pas à nouveau. » Parce qu'elle réside là-dedans, la véritable souffrance. Ces années passées en prison, à crever à petit feu, loin de lui, loin de tout.

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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Mar 7 Aoû - 15:37

Perdu entre les segments d’un horizon féroce. Les gouttes de sueur se transformaient. Avalanche de sang et de plomb. Saveur de métal et de poussières avec toutes les images qui me souillaient. Toutes les vibrations sonores et les cris. Un mélange de guerre et d’oppression, le sentiment de craquer, de sombrer dans la chaleur étouffante de l’Orient. Depuis longtemps, j’avais perdu l’espoir de sauver le monde. Le stylo ne suffisait pas. Le carnet ne suffisait pas. Et aujourd’hui, ma main ne suffisait pas. Je sentais l’attelle se comprimer sur l’aponévrose et le pansement tirer sur le muscle. Une tension meurtrière, faisant écho à la collision de la balle. Je relevais le menton et fixais mon jumeau. Son ombre dépassait la mienne. Il semblait plus grand, plus élancé. Et j’étais l’autre, le stigmatisé. L’enfant de pierre à genoux face à l’enfant de coeur. Dans les villages de Syrie, les destinées étaient engrangées. La chair était fendue et séchée. Les civiles crevaient sous mes yeux. Les cadavres se liquéfiaient dans une marre de pourpre. Et je n'avais rien pu faire. Je n'avais rien fais. Je me penchais lascivement, le souffle suspendu dans le vide. Un geste rapide - une halte dans le temps. Mes jambes étaient flageolantes entre les parois du vestibule. J’étais sorti de la torpeur de la guerre, les doigts en sang - le visage ailleurs. Les images se bousculaient dans mon esprit. J’entendais les détonations des grenades. Je sentais les vibrations du sol et les hurlements des enfants. Ma langue était pantelante, engourdie par l’angoisse. Je n’avais plus d’équilibre. Ici, face à Jude - je n’avais plus de moitié. Mes prunelles se détachaient de la lumière. Le crépuscule tombait et je l’accueillais entre mes cils. La folie, la présomption - je me créais un nouveau caractère. Une carapace étouffante pour éloigner les sentiments. J’étais fatigué d’écrire, de juger les choses, les individus et les moitiés. Le poison qui rongeait mon cœur excitait l’imagination. Et les rêves que j'avais façonné durant ma jeunesse n’existaient plus dans cette réalité. «T’as fini ton cirque ?» J’aurais voulu retenir l’instant. L’étreindre. Le déchirer. Tout, recommencer. Jude levait le voile. Il osait la question qui fâchait. Soudain, l’ancienne blessure se réveillait. La cicatrice indélébile se fissurait. Pourquoi Gabi ? Une amoureuse anonyme, oubliée sur les quais des trains. Une femme attristée, divorcée et abandonnée. Pourquoi prononcer le nom et nommer l'objet ? Je l’avais laissé partir pour lui offrir une autre chance. Pour m’offrir une liberté qui filait entre mes doigts. Mon coeur gonflait. Je respirais ses reproches et ses déceptions. Les larmes qui coulaient sur ses joues, saignaient sur mon âme. Je me redressais, poitrine penchée sur le rebord. Je tentais de m’accrochais au meuble, à l’espérance d’une vie matérielle et juste. Mais les phalanges en bouillie, les muscles à la merci de la douleur, mon profil se dérobait. «Arrête, Jude. Mais arrêtez merde ! Je suis là et vous agissez tous comme si j’avais crevé ! Vous faites mon deuil comme s’il n’y avait plus rien de moi ici. T’as eu peur ? T’as imaginé le pire ? Je l’ai vécu le putain de pire et j’arrive pas à respirer, j’arrive pas à dormir je débloque … » Je levais le bras et agitait ma blessure sous son nez. Qu’il voit le sang sur le tissu. Qu’il sente ma rage dégouliner sur les fibre immaculées et laisser la trace putride de ma colère. Je tremblais dans mon indignation. Ma vanité s’écorchait sous les mots. Je n’avais plus le courage de retourner sur le front et d’applaudir les actes de bravoure des troupes militaires. Je ne voulais plus y aller. Je venais de perdre ma carrière et ma vocation. A quoi bon lui expliquer ? A quoi bon lui montrer que mon angoisse dépassait l’être cher ? Plus rien n’avait de sens. Nous avions sacrifié notre lien pour s’émanciper, pour voler de nos propres ailes. Et maintenant, il se noyait dans les secrets et je me terrais dans le silence. Echec sur échec, on se perdait. «Qu’est ce que t’attends de moi, Jude ?» Je soufflais en me laissant choir sur le carrelage. Le douceur glacé d’une étreinte interdite. L’illusion d’un cercueil dont il me vantait le drapeau et les couleurs. Face contre terre, j’agitais les jambes. Je laissais mes complaintes résonner dans le salon. Un gamin égocentrique et capricieux. Un gosse en manque d’attention qui ferait tout pour qu’on le remarque. Pour qu’on l’adule. «T’en a rien à foutre que je crève. T’as juste peur de plus avoir de prétexte pour être second. » On passait nos vies à se comparer, à se compléter et si je n’étais plus là, il était tout seul. Une solitude pesante. Un vide effroyable qui broyait les côtes et enflammait les poumons. Je l’avais ressenti, il y a dix sept ans. Et je le ressentais encore, à chaque instant.

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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Dim 12 Aoû - 23:41

Le passé et le présent qui se chevauchent, les mots qui font échos à des souvenirs d'hier, des regrets qui s'alignent sur leurs syllabes. Jude le comprend vite ; tout cela, c'est plus qu'une histoire de Julian partant au front. Toute cette affaire n'est que l'amorce, l'épicentre d'un séisme qui en déclenche vingt autres par effet domino. Il a tant de choses à lui reprocher, Jude. Mais cent fois plus à se faire reprocher. Son âme s'effondre dans sa carcasse et les mots dépassent la pensée. Il les crache pour faire du mal ; c'est de cela dont-il s'agit, pas vrai ? Blesser. Il faut que ça vole bas et que ça fauche les cœurs. C'est à celui qui montrera sa supériorité, une fois de plus. Jude, il décapsule. Il ne supporte pas la suffisance de son frère et sa désinvolture. Ses justifications bancales qu'il devrait avaler sans protester. Mais il ne peut pas ployer, Jude. Il ne peut plus. Il ne veut pas acquiescer et passer à autre chose, lui faire ce plaisir, rendre les répercussions de ces événements plus légères qu'elles ne le sont vraiment. Il ne se rend pas compte, Jules, des catastrophes en série qui ont découlé de ce simple coup de téléphone – comme il le dit si bien. Il ne se rend pas compte que tous les dégâts ne se chiffrent pas et ne s'alignent pas sur une radio ou un IRM. Julian, il a le bras en écharpe, mais Jude, il a le cœur en berne et aucun antalgique ne pourra changer ça. « T'es qu'un putain d'égoïste. » Qu'il concède finalement entre ses dents serrées. Il l'imagine bien pourtant, l'horreur du front. Il la devine, quand il croise le regard vide de sa moitié. Il redessine sans mal les horreurs, les vies éparpillées au grès des tempêtes de sable. Il entend les mortiers qui sifflent et les enfants qui pleurent. Il vit tout, même quand Julian ne dit rien – il le sait pour essayer de partager son fardeau. Il finit par se relever Jude, même quand ses jambes lui semblent trop faible pour le porter. Il s'approche dans le silence et s'effondre en face de lui, s'installe sur le carrelage inconfortable. Il accroche son regard et ses mots. Il a la réponse au bord des lèvres, elle lui semble tellement évidente qu'il n'y réfléchit pas plus longtemps. Mais les mots, ils restent bloqués sur ses cordes vocales alors qu'il contemple avec horreur ce qu'ils sont devenus. Ce que j'attends ? Juste de retrouver mon frère. C'est tout ce qu'il aimerait lui dire – tout ce qu'il est incapable de lui dire. Le silence vrille sur ses lèvres et Jules, il en profite pour lui jeter une dernière pierre – et elle ricoche, putain qu'elle ricoche. Jusqu'aux tréfonds de son âme. La colère reprend le dessus, c'est instantané, incroyablement violent. Jude, il y voit flou derrière ce rideau de larmes, mais il ne loupe pas la joue de son jumeau pour autant. Du plat de la main, deux mondes qui rentrent en collision dans un bruit terrible. La violence prend le dessus, cette même violence qui le gangrène depuis des années maintenant, qui s'est infiltrée entre chaque cellule ; même la plus calcifiée de ses os. Il l'attrape, le bouscule, échappe un grognement à peine humain. « Mais comment est-ce que tu peux oser dire ça Julian ! Comment ! » Il a la rage au ventre, Jude. Il est prêt à tout détruire, à tout perdre – à se perdre aussi, si c'est pour mieux le retrouver lui ensuite. Il le chope par le col et le plaque par terre, la colère roulant jusqu'au bord de ses phalanges. « Regarde-toi bordel. T'es pathétique. Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? J'ai pas assez donné ? » C'est tout son être qui tremble ; une énième catastrophe naturelle qui le terrasse de l'intérieur. « Tu le sais, tu l'as toujours su. J'ai toujours été qu'une copie ratée de toi Jules. C'est moi le loser. Ça t'a pas suffi de l'entendre ces trente-cinq dernières années de la part de tout ton entourage ? Faut que moi aussi j'me mette à l'admettre pour que Monsieur se sente mieux ? » Il pourrait oublier d'en respirer, Jude. En oublier de vivre, aussi. Il le relâche et s'effondre à côté de lui, sur le pavé. Regarde le plafond délavé et se concentre sur sa respiration saccadée.

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MessageSujet: Re: we bleed the same + jude    Sam 1 Sep - 21:57

Une vérité. Cet égoïsme qui pompait le vide dans mes veines. L’impression de succomber, de tomber dans précipice et de se désintégrer au fond du ravin. J’étais fatigué des silences. De nos reproches tacites, murmurés au détour d’une analogie ou d’un regard. Je me fichais de ses excuses. Parce que les miennes étaient plus valides, toujours. Trois années sans contact visuel. Des nouvelles griffonnées sur une carte postale et aucun appel - absolument aucun. Sa voix s’oubliait dans ma tête. Ce n’était qu’un écho qui revenait lorsque j’ouvrais la bouche. Lorsque j’imaginais nos conversations et que je répétais ses dialogues. Des notes identiques, chargées de la même haine. Il n’avait pas le droit de s’inquiéter. Il n’avait plus le droit à rien. Jude avait choisi cette distance. Il avait initié le secret et je ne faisais que plier. Mes yeux glissaient sur son visage. Chaque mot était une lame qu’il dirigeait vers moi, vers lui. Tant de colère qu’il voulait déverser et qui n’était qu’une façade, une peur insondable de se perdre avec moi. D’être arraché brusquement à la vie alors que j’étais couché sur le sol de Deera. Il avait respiré les méandres de ces guerres. Il avait mordu la poussière et vogué sur les tranchées désertiques de ces pays abandonnés. Le sang injectés dans les yeux, le poison dans la peau et la putain de rage faisant trembler chaque lobe et chaque échancrure de son encéphale. Je levais les bras et laissais l’échappe glisser sur mon cou. Une douleur qui s’éveillait et que remettait mon esprit en place. Focalisé sur la blessure. Focalisé sur l’impact de la balle et la secousse du feu. Si seulement, il pouvait répondre à cet appel. J’étais là, genoux à terre, suppliant pour une larme de joie, priant pour revenir enfin - pour vivre en lui. Une similitude qui nous échapper. Quelques minutes qui nous séparaient et maintenant, une éternité qui s’imposait entre nos renaissances. Il avait raison, Jude. J’étais con. J’étais stupide et tellement narcissique, que tout ce temps, je n’avais fait que le regarder. Ses ratures. Ses failles. Ses absences. J’avais tout vu dans le moindre détail. Je m’étais voilé la face pour concéder à ses choix et lui offrir cette liberté, inéluctablement vouée à l’échec. Cette gifle n’était que le début. La première pierre d'un édifice qui tombait en ruines. Je ne bougeais pas, la joue bouillonnant d’une collision effrayante. Un choc si puissant qu’il avait fait sursauter mon coeur. Les larmes inondaient mes yeux. Des perles nacrées, juxtaposées sur nos rétines noires et infaillibles. Qu’il aille se faire foutre. Il frappait comme une fille ! Ses mains enserraient mon col pour mieux me happer du sol. Je ne réagissais pas. Il ne méritait pas une contre attaque. Il ne méritait même pas ces sanglots qui étouffaient dans ma gorge. Et nous tombions ensemble. Nous avalions la poussière de ces années de différence. Âme contre âme, les respirations saccadées et les sentiments en feu. «Je me sentirais mieux quand tu m’auras dis ce que t’as fichu de ta vie. » Je n'arrivais pas à concevoir qu’il ne m’ait pas parlé de son tour du monde. Que du haut de sa montgolfière, il n’ait pas songé une seule seconde, que j’étais là, en bas, au milieu de ces particules qui se réduisaient dans ses yeux. J’avais pensé avoir fais quelque chose de mal. Puis à chaque anniversaire il envoyait une carte à laquelle je ne pouvais jamais répondre. Une adresse qui changeait. Des mots glacés sur un bout de carton. Et le manque qui devenait habituel. Qui devenait presque normal. Alors non, je me sentais pas mieux en le rabaissant. Je voulais récupérer mon jumeau. Et pas seulement, une coquille vide. Une reflet maléfique qui s’animait entre les couloirs d’un appartement impersonnel. Mon égoïsme n’avait d’égale que ses mensonges. Je repliais les jambes et fixais mes phalanges douloureuses. «Je pensais pas qu’il était possible qu’on se dispute comme ça. Puis franchement, une claque ? Tu t’es pris pour une majorette. Coup de poing mec, tu seras jamais pris au sérieux avec cette dégaine. » Sifflai-je en essuyant mes paupières. Je glissais lentement sur le carrelage, laissant le froid m’entourer et ma silhouette s’allonger. Je fermais les yeux. Les pétarades retentissaient dans mon crâne. Des sons qui n’existaient pas. Des bruits que le souvenir façonner pour rendre la torture réelle. Je donnais un coup sur ma cuisse et gémissait lorsque la suture éclatait. «T’es pas second, Jude. T’es juste pas très doué pour me comprendre alors que je sais que tu mens. Tu refuses de m’avouer ton secret parce que t’as peur de mes jugements. Mais c’est pas moi le problème. C’est toi, qui assumes pas tes erreurs. T’as toujours été comme ça.» A rejeter la faute. A m’incriminer. A ne pas avoir confiance. Et on y revenait toujours. Cette honte de se révéler, de lever tous les voiles. Il lui suffisait d’ouvrir les yeux pourtant. Il lui suffisait de si peu pour s’apercevoir que notre lien était inconditionnel.

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