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 deer in headlights (laura)

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( end game )

MessageSujet: deer in headlights (laura)    Dim 17 Juin 2018 - 23:07

Le soleil tombait sur Brighton si fort que Nick dû mettre sa main au-dessus de ses sourcils, comme une sorte de visière en chair. Il n’était pas habitué au soleil, en tout cas pas dans ce pays et pas en plein milieu de l'après-midi. Le monde qu'il avait toujours connu était carrément à l'envers avec des priorités qui devenaient des notes griffonnées en bas de page. Il n’avait jamais pris la manie de se lever tôt aussi. Quand on n’a pas à travailler pour vivre, les matins étaient déplacés à midi et les soirs au-delà de minuit. Des fois, ça lui arrivait de regretter son ancienne vie. Il ne comptait pas le nombre de fois qu’il se retrouvait à rêvasser de ces soirées sans fins dans des clubs très fermés à refaire le monde autour d’un champagne français du siècle dernier. Ils riaient, fumaient, juraient, dansaient, se révoltaient dans le plus grand des conformismes et se muaient en Che Guevara modernes, bourgeois, révolutionnaires mais trop englués dans leur vie de privilège pour donner un sens à leurs idéaux. Ils prétendaient être communistes tout en profitant d’un système bel et bien capitaliste. Et pourtant, il n’y avait personne pour pointer du doigt leur hypocrisie collective. Alors ils se vautraient, autant qu’ils pouvaient, jusqu’à en avoir la nausée. Ils étaient un peu à part et faisaient tout pour se distinguer des « autres ». Ceux qui jouaient le jeu, se mariaient entre eux, embrassaient l’homogamie et érigeaient le mépris de classe comme un art de vivre. Nick secoua la tête. Tout ça était maintenant derrière lui. Maintenant, il devait relever les manches pour avoir quelque chose à manger. Enfin, c’était ce qu’il disait à qui voulait bien l’entendre. Faut croire qu’après tout le Sterling se plaisait dans son nouveau rôle de prolo. Il n’était pas aussi désargenté qu’il s’en plaignait. Certes, Papa Sterling n’avait plus un rond en poche mais Maman Rhodes avait toujours son héritage et la grande demeure familiale à son nom. Quant à son grand frère, il vivait très confortablement de ses revenus de trader, sa sœur, elle, s’était mariée avec un héritier d’un groupe industriel bien avant le naufrage familial. Et quand bien même tout ce beau monde s'était retrouvé dans la plus grande des détresses, il y avait toujours les tantes, oncles, cousins qui avaient des contacts un peu partout dans les plus grandes maisonnées du royaume et par-delà l’océan pacifique et la Manche. C’était bien connu, un riche ça ne mourrait pas, ça ne faisait que se muer en quelque chose de bien plus torse et féroce. Il n’avait qu’à passer un coup de fil à sa grand-mère maternelle pour retrouver sa vie d’avant. Pourtant, il s’y refusait. Il avait un code moral Sterling. Si cela ne l’avait jamais dérangé d’être le parasite quotidien de son père, c’était bien par vengeance parce qu’il avait brisé ses rêves à coup de chantages et de liasses de cash. Il voulait lui montrer que toutes ses actions n’ont conduit qu’à l’échec ambulant qu’il était devenu. Maintenant que son père n’était plus rien et qu’il se raccrochait à sa femme pour s’en sortir, Nick se prit main pour la première fois en trente-et-un ans d’existence. Il avait quitté Londres pour Brighton, troqué les soirées arrosées pour les journées chargées d’assistant personnel et ne se reconnaissait même plus dans la glace. Au fond de lui, il se sentait mieux. Il lui avait toujours manqué un but à sa vie, une raison de se lever chaque jour et de traverser les mois et les années sans avoir envie de se faire sauter. C’était bien pour ça qu’il avait un temps pensé à se marier. Sa fiancée venait de son monde, faisait partie de son petit groupe et était confortable, un peu comme une vieille voiture qu’on ne connaît que trop bien. Il serait sans doute marié aujourd’hui si sa condition ne s’était pas dégradée et sa fiancée enfuit au moindre risque d’une existence dans la plus grande des précarités. Il ne lui en voulait pas. Ils ne s’étaient jamais fiancés pour des raisons sentimentales. Ce n’était qu’une transaction comme une autre et lui était devenu un bien défectueux dont personne de sensé ne voudrait. De toute façon, il emmerdait l’industrie du mariage et les traditions. C’était une folie de l’envisager une seule seconde. Il avait déjà fait ses plans. Il mourrait soit seul soit avec une midinette qui pourrait être son arrière-petite fille juste pour voir ce que ça fait d’inspirer le dégoût autour de soi et de se moquer de tout et de tout le monde. Pour l’instant ? Il jouait aux pauvres et se plaisait bien dans son nouveau rôle. Laura était une femme accomodante, pas du tout désagréable à regarder et il y avait quelque chose dans le fait qu’elle soit mariée qui le poussait inexorablement vers elle. Et puis, il s’arrêtait mécaniquement parce qu’il savait mieux que personne que la tromperie n’était pas agréable à vivre, c’était même un sacré big bang émotionnel. On se remet en question, on se trouve moche, inutile, on se dit que finalement on est pas assez bien, pas assez riche, pas assez beau pour l’heureux élu. Et si on aimait vraiment l’adultérin alors on se retrouve en miettes. Nick secoua la tête à nouveau, se rendant compte qu’il venait de beuguer au beau milieu du hall d’entrée. Il s’activa plus encore, en espérant que le reste du staff n’ait pas remarqué son égarement. Ils étaient tous dans le rush pour l’ouverture du spa de Laura et chacun tentait de lutter contre la montre. Nick attrapa un des nombreux cartons qui trainaient pour l’ouvrir et déballer le contenu : des objets décoratifs aux airs franchement bouddhistes, des crèmes et autres produits corporels et des serviettes, des tonnes de serviettes. Rien de très surprenant. C’était un spa après tout. Il se dépêcha de déposer les serviettes dans les différentes salles de massage avant de faire l’inventaire de ce qu’il restait à installer. Il sentait des muscles dont il ignorait encore l’existence se nouer face à l’avalanche de cartons qui jonchaient le sol. Ce boulot allait finir par le tuer et il n’aurait que lui-même à blâmer. Peut-être était-ce cela qu’il cherchait. Une mort ridicule digne d’être étalée en gros titre dans un tabloïd rubrique faits divers. A y penser ça aurait vraiment de gueule. Grand-mère Rhodes serait fière.
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