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 quartier des lunes (halley).

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MessageSujet: quartier des lunes (halley).   Lun 21 Mai - 18:59

La nuit file. Elle est sombre et froide ce soir. La brise qui éclate dans l’atmosphère se fait glaciale sur la peau claire de Levi. Comme à son accoutumée, elle déambule. Sa silhouette se faufile entre les passants et ses écouteurs viennent rythmer ses tympans d’une mélodie assourdissante. La frange qui retombe et masque l’ombre de ses yeux noirs. Ses phalanges craquent et le manque grimpe. C’est pas la came qui souligne cette sensation. Ni même l’alcool ou tous les vices qui rongent sa chaire. C’est un autre manque. Il est cruel et vient soustraire les émotions à son coeur. C’est le genre de manque que Levi veut pas nommer alors elle le balaye d’une pensée sordide. Elle se dirige vers son bar fétiche pour se faire exploser les entrailles à coup de vodka, à défaut de goûter à la meilleure gourmandise possible, ce soir. En arrivant à proximité, la brune voit au loin deux types qui se prennent pour des molosses. Ils détiennent de leurs griffes salaces le corps d’une poupée. Elle observe la scène sans bouger d’abord, mais la colère monte. Pas justicière en temps normal, Levi peut pas s’empêcher de l’être quand un homme se croit supérieur à une femme. Alors sans vraiment réfléchir, elle voit ses pas défier le bitume et avance à une allure folle. Elle pousse le premier type d’une poigne féroce. Elle a pas peur, elle craint pas les coups en retour. Levi en a tellement bouffé que ça en devient une macabre habitude.
— ça t’as pas suffit de te prendre une raclée l’autre fois ?
Elle le connait. C’est un putain de connard qui sait pas agir autrement qu’en s’en prenant aux nanas de passage. Complexe de l’enfance à peine résolu chez ce dernier, comme chez le pote qui l’accompagne. Elle ricane alors qu’il tente de saisir son poignet. Mais c’est un coup de genou qui s’écrase dans ses parties et vient le faire se tordre de douleur. Son pote, une fillette de toute évidence se barre le premier et l’autre s’étale au sol. Levi sort le canif de sa poche et en observe la lame tranchante. Elle se baisse au dessus de lui, le dos courbé et le couteau sur sa carotide. Elle appuie à peine pour déclencher une sensation scabreuse.
— dégage putain sinon je vais te trancher la gorge.
Elle se relève et le barge la suit tant bien que mal, une main sur ses couilles en miettes. Elle se marre Levi en le voyant se barrer, rampant presque pour s’extraire des ténèbres. La brune finit par se retourner vers la victime. Prostrée dans un coin à détailler la scène de ses yeux effrayés et brillants. Une vision qui étrangement soulève le coeur de Levi. Elle vient s’accroupir face à l’inconnue, balayant une mèche de cheveux de ses phalanges mal articulées. Elle passe une main dans son dos et vient la relever.
— viens, là.
Elle la force à avancer et la faire s’assoir sur un banc dont le bois est effrité, abimé par les scènes indécentes qui se jouent dans la rue. Elle l’observe quelques secondes dans un silence qui se fait religieux. Ses yeux toisent les siens. Cette silhouette quasi-parfaite, cette peau qu’on pourrait avoir envie de goûter, ces courbes qui attirent et éveillent les sens. Une beauté à part qui devient enchanteresse. Gage de séduction et d’un charme qu’on ne goûte que dans des rêves brûlants. Elle se focalise sur sa détresse et s’adosse au banc. Sa main n’a pas quitté son dos. Tactile sans se soucier des convenances. Levi, elle se penche vers la brune en l’observant, un rictus désenchanté sur la bouche.
— une poupée comme toi devrait pas traîner ici. C’est pas ta place.
Elle a rien en commun avec les déchets qui squattent les alentours. Elle détonne avec tous les gens que Levi peut croiser ici et c’est naturellement qu’elle comprend que la brune s’est perdue en route. L’arnaqueuse se relève et vient se placer devant la gonzesse. Elle se baisse et passe sa veste en cuir sur ses épaules. Cette dernière claque des dents, à cause du contre-coup ou du froid. Difficile à dire.
— tu venais chercher quoi ?

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MessageSujet: Re: quartier des lunes (halley).   Mar 22 Mai - 0:29

Nuit obscure et infinie. Le clair de lune étouffé sous les ombres qui défilaient dans la rue. Je sentais mes genoux se dérober entre les crépitements des lampadaires. La lassitude s’emparait de moi, tandis que les voix s’élevaient pour m’enterrer contre le mur. Je tremblais avant de tomber. Mes mains couvraient les larmes. Tant de perles salées qui roulaient sur les angles de mon visage. J’étais en manque encore - et je respirais, je ressentais le vide dans mes veines. Si Lip avait été là, il les aurait tous tué. Il m’aurait sauvé de ces démons qui rongeaient mon coeur. Mes pupilles se dilataient, éprises par les lumières des insignes. Je ne bougeais pas, à même le sol, la respiration retenue au fond d’un bassin imaginaire. L’odeur du chlore chatouillait mes narines, adoucissant mon humeur. Je n’existais pas au milieu des Hommes. Mes bras étaient des nageoires, des pièces enchanteresse qui se dissipaient sous les vagues. Je sursautais, prête à leur offrir mon porte feuille et la clé de ma voiture. Mais le vent happait leurs profils dans un mouvement brutal. Je les voyais se disloquer entre mes cils, s’accroupir et s’évaporer dans les longues avenues de Brighton. Je relevais légèrement la tête. Ce vent là avait une forme, un corps et des lèvres. Il se penchait pour me prendre. Il me parlait et me bordait de désillusions nouvelles. Je crispais les doigts autour de ma robe sans la regarder. Sa main s’enlisait dans mon dos, comme une ancre, un support qui me ramenait vers la réalité. Ma peau frissonnait, portée par l’esquisse d’un rêve. Je fixais l’horizon en silence. Elle m’avait sauvé, mais je n’avais plus confiance. Elle avait raison - mes espoirs, mes ambitions étaient différents. Je ne faisais pas partie de ces gens ou de ce monde. Mon coeur faisait appel aux sirènes. Je me redressais en lui adressant un sourire timide. Ma gorge étranglaient les mots. Je n’avais pas la foi de répondre, de trouver la juste mesure entre nos contradictions. Elle me faisait peur aussi. Avec ses longs bras et son couteau aiguisé. Avec ses mots et sa voix qui retentissaient dans mon crâne. Je coiffais les boucles qui chancelaient sur mes épaules. La noirceur de ses iris se confondait avec la pénombre du banc. Je me penchais afin de détailler son expression. Un mélange espiègle de douleur et liberté, une beauté qui faisait chavirer les jougs du temps. Captivées, perdues dans l’antre enchantée de l’inconnu, nos mains s’effleuraient dans un geste incertain. «Ne m’appelle pas, poupée. Je suis Halley. » Soufflai-je dans un élan de courage. Je me rappelais des acclamations des spectateurs et des tremblements du gradin. Je me rappelais des heures d’entraînement et de l’impact de l’eau sur ma poitrine. Toute ma vie, je faisais face aux défis, à la compétition - aux mensonges et tromperies. Et maintenant, l’instant se concrétisait. Je fronçais les sourcils. J’avais jeté toutes mes pilules dans le sable dans une tentative stupide de retrouver la sobriété. Puis, le matin était arrivé avec ses déceptions. J’avais ruminé mes pensées toute la journée avant d’errer dans les quartiers malfréquentés de la ville. Ce que je cherchais, n’était pas réel. Une extase légère. Une folie qui rendait bête et heureux. «Je ne sais pas. Quelqu’un pour me sauver. » Je haussais les épaules avec désinvolture, la remerciant avec un clin d’oeil taquin. Puis quoi maintenant ? Allait-elle me raccompagner à ma place ? Ou choisissait-elle de laisser tomber les conventions qui faisaient d’elle, une femme de la nuit et moi, une sirène échouée ?  

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Dernière édition par Halley Baxter le Lun 28 Mai - 23:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: quartier des lunes (halley).   Mar 22 Mai - 11:42

Levi, elle devient la sauve d’une nuit ombragée. Une attitude qu’on ne lui connaît pas. C’est peut-être l’envie d’être sauvée elle-même qui remonte. Cette envie dépeinte dans des appels à l’aide étouffés par sa pudeur. Tête cramée qui insiste et poursuit son chemin, persuadée de pouvoir sauver sa peau du pire. Enfermée dans les entrailles du diable, prisonnière de cette instabilité qui devient une seconde peau. Ses yeux accrochent ceux de l’inconnue qui se présente dans une phrase où se mêle une franchise certaine et un miaulement d’un animal blessé. Levi esquisse un sourire en coin face à l’attitude de la sirène tout en secouant la tête comme pour acquiescer. Au fond, ça reste une poupée à ses yeux. De porcelaine ou de chiffon qui a été trainée dans la boue. Le genre de poupée qui roule des hanches et attire le regard pour venir dépeindre un idéalisme certain. Incapable de rester de marbre face à cette dernière, elle demeure pourtant immobile, l’écoutant causer. Un léger rire s’extrait de ses lèvres cannibales en l’entendant.
— Ce n’est pas le meilleur pour endroit pour ça, Halley.
Être sauvée ici ? L’ironie pointe son nez. On sombre qu’un peu plus dans ces ruelles malfamées. Ces endroits qui deviennent le bal des alcooliques, des camés, des putes qui régissent le désir de vicieux, des corps qui s’étreignent et s’éreintent. Levi en a trop souvent été la témoin privilégiée, sans parler de sa manière à elle de s’auto-détruire. Après quelques secondes d’un silence qui lui permet de détailler son visage, la brune se redresse. Sans demander l’autorisation, elle attrape la main de la brune et la force à entamer la marche.
— Suis-moi.
Elle lui fait quitter la misère pour l’emmener vers une autre poussière de cendres. Son appartement miteux qui devient son refuge pour quelques heures. Elle ouvre la porte, l’invite à entrer et part récupérer une couverture dans sa piaule. En revenant, Levi balance cette dernière à proximité de la sirène. Elle s’avance vers le sofa et la rejoint. Leurs regards se croisent et s’apprivoisent, comme tout le reste.
— Tiens si tu as froid. J’suis désolée, c’est pas l’endroit que tu devais imaginer pour ta soirée, mais faudra faire avec.
Levi est pas là pour lui vendre du rêve. Pour mentir sur ce qu’elle représente vraiment. Ici, c’est le pire, c’est les éclaboussures de détresse et la marchandise qui grouille sur la table. Y a cette bouteille de tequila, des clopes, de la weed, des cachetons pour planer quelques heures. Y a pas de douceur, ni même de sens à tout ça. Levi sent son dos cogner dans le canapé et elle tourne la tête vers Halley sans s’empêcher de sourire en toisant sa peau halée et les effluves de ce parfum qui lui retourne les sens. Elle mordille sa lèvre dans un effet mécanique.
— Tu veux boire un truc ? Je te proposerais bien plus qu’un verre de vodka mais pas sûre que ça t’intéresse d’y goûter.
Elle fait référence à la dope sur la table. Mais à la regarde de si près, la poupée n’a rien d’une consommatrice. Levi en est convaincue. Elle hausse les épaules avec désinvolture en attrapant une pilule. Quitte à se bousiller, autant le faire comme il se doit. Parce que depuis le chapitre final de son histoire avec Ophelia, ça tourne plus rond. Le palpitant qui éclate à chaque pensée vers perdue vers la brune. Les larmes qui sont refoulées pour ce mépris que ça cause. Constamment en colère, constamment en proie à la noirceur du paysage. Quelques secondes suffisent pour que ses muscles se détendent et qu’un sourire équivoque gagne sa bouche. Ses yeux eux restent hypnotisés par la sirène à ses côtés.

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MessageSujet: Re: quartier des lunes (halley).   Mar 29 Mai - 21:43

Etrangère. Maléfique. Qui était-elle ? Créature venue d’ailleurs. Esprit de Fée incarné dans l’enveloppe d’une déesse. Je m’approchais, je me ravisais, la peur au ventre, les papillons au coeur. Je ne savais pas bouger. Mes instincts se fanaient. Je me redressais sur le banc. Je l’observais à demie silencieuse. La peau cramée sous ses prunelles reptiliennes, face à sa beauté irréelle, mon âme se consumait. Paralysée. Anéantie. Bouffée par le chlore et les vapeurs de sel. Je pinçais les lèvres pour cacher mon émotion. Mes yeux partaient en fumée. Misérable que j'étais, et plus misérable que je n’osais l’avouer, je vacillais sur sa silhouette. Mon souffle effleurait son odeur de goyave et de fleurs sauvages. Le ciel tombait sur nos épaules écorchées. Je l’observais en murmurant le secret, en espérant trouver l’étreinte paisible de la cocaïne sous les vibrations de sa voix. Pouvais-je lui montrer ? Toutes les piqures et les traces d’aiguilles sur mes orteils. Toutes ces marques cachées et les doses qui se distillaient dans mes veines. Une poupée qui se droguait. Qui devenait chiffon. Qui se fracassait sur le sol; Mes paupières enlaçaient l’obscurité de la rue. Je souriais à mon tour. Comme pour échapper aux silences. Comme pour semer les pensées et ce besoin d’apnée qui emplissait ma poitrine. J’avais du mal sur Terre. J’étais faible et instable. Mes nageoires se transformaient - devenant ces jambes effilochées et ces genoux cagneux qui me portaient vers les zones interdites de ma ville. Je voulais un refuge pour mes pensées, une caresse sur mes cuisses et un baiser sur mon coeur. Mon regard s’éteignait à la surface des vagues, mousseux, troublé par les galets qui s’emmêlaient sur la rivage. Peut-être qu’elle avait raison. Peut-être que ce n’était pas le meilleur endroit pour être sauvé. Il n’y en avait pas d’ailleurs. Le poison était la seule échappatoire. Pour oublier. Pour avoir la force de nager encore. Sa main refermait ses étaux sur mon poignet. Un automatisme que de la suivre dans l’inconnu. De marcher à reculons dans les ruines d’un paradis maudit. La dépravation coulait sur les cloisons des bâtiments. Elle enlaçait chaque parcelle de mes vêtements, de ma conscience. Je n’avais pas de place ici. Je n’avais de place ailleurs. Le bassin tendait les bras et m’appelait au fond du trou. Je pinçais le nez en pénétrant l’antre du démon. La couverture effleurait mes mains. Je m’éloignais. Je quittais l’illusion d’une maison trop vaste, trop illuminée. Gosse d’une famille riche. Athlète olympique déchue, radiée et méprisée. Je ne valais pas mieux que ses poussières et ses cendres. A la différence que ma drogue était pure et cristalline. Que mes ustensile étaient stériles et aiguisés. Ma gorge se serrait alors que je fixais la table. «Non merci. » Un exercice difficile. Pour lutter contre le manque et la tentation. Je me levais afin d’enlever mes chaussures. Mes pieds valsaient sur le parquet. Je m’entourais des détails de sa vie, de ses déchirures. Je humais les parfums exquis de l’échec, des mégots brûlés sur le cendrier. Des mouvements enchanteurs. Des empruntes qui s’éparpillaient dans sa maison. Je souris.«Tu te drogue et tu couches avec les gens ? Et ça te rend heureuse ? » Moi, la coke m’avait tout pris. Et mon amoureux était parti. Il préférait la compagnie d’une autre. Ses sourires bercés de sobriété et de fantasme. Je n’étais qu’une fantôme. Une illusion. La sirène sans voix. «Peut-être que c’est moi, qui devrait te sauver. » Murmurai-je, la main effleurant son épaule, glissant vers sa clavicule et les arcades osseuses menant jusqu’à son visage. Elle était si douce. Si cassée. Je ne connaissais pas son prénom. Et je ne le voulais pas. L’interrogation était la plus belle confession. La promesse d’un avenir incertain. D’une nuit qui s’oubliait avant de commencer.

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MessageSujet: Re: quartier des lunes (halley).   Mer 30 Mai - 19:59

Levi, elle a le regard entortillé de sentiments. Les billes sombres qui se déportent d’un coin de la pièce à un autre en observant la sirène. Les chaussures à l’abandon sur le parquet où se mêlent cendres et crasse. Elle enchante le salon de sa beauté qui a des allures d’éternel. Ses pas sont gracieux, fluides, une danseuse qui brille par sa délicatesse. Cette fille, elle apparaît comme un joyau pas assez taillé, pas assez mis en valeur. Ses yeux sont infectés d’une tristesse qui pointe sa lame dans les côtes de Levi. Elle devrait s’en taper, passer outre ce mauvais délire et arrêter de se façonner l’esprit de questions à la con. Malgré tout, ce goût des réponses vient effleurer ses lèvres ensorceleuses. Le dos accolé au canapé, les cuisses repliées, Levi est pantoise. Sa seule occupation pourrait résider dans cet échange visuel qui n’en termine pas. La clope coincée entre le bout de ses doigts. Elle se consume. Les cendres s’écument et viennent cramer la pulpe rugueuse. Elle grimace mais la douleur n’est rien comparé à ce qui ronge en profondeur. Le prénom qui grouille, qui asphyxie et crée la sensation d’une morte lente. Sept lettres qui amènent l’amertume sur cette peau souillée de son absence. Le poids du silence qui arrache un soupire à la déraison. Alors Levi, elle se focalise sur son sens de l’observation en ébullition manquant de rire à la remarque placée par la poupée.
— Je cherche pas le bonheur. Je me contente de ce qui s’offre à moi. Ça évite les désillusions.
L’idée d’être heureuse n’a que rarement dansé dans sa tête. Une enfance souillée par l’absence et le sang en souvenir. L’adolescence qui n’a été que le reflet nauséabond du chemin effrité qu’elle menait. Des mauvaises rencontres, les mauvais moments, les désillusions. Tout n’a été qu’un moyen de la pousser dans un précipice. Puis, parfois, dans l’ombre des doutes et des regards oppressants, elle se rêvait ailleurs. La situation devenait moins pressante, moins déchirante. Les pupilles écarquillées en imaginant sa mère vivante, prête à la prendre dans ses bras pour la rassurer. Les lèvres écartées d’un sourire en pensant à un quotidien calme où l’amour aurait sa place et où la haine ne deviendrait qu’un passif mal assumé. La bile prisonnière de sa gorge a suffit à éradiquer ces instants à part. Maintenant, elle fonce la tête baissée, le coeur abimé. La main de la sirène s’infiltre, elle effleure sa peau, les os de ses épaules et cette mâchoire qui se tend. Le contact est berceur, exquis. Un frisson se retient de naître dans ce dos qui se creuse pourtant.
— Tu as envie de me sauver ?
Elle ricane, Levi. C’est une mission des astres. Et avec l’arnaqueuse, les étoiles ne brillent pas très longtemps. Elles voguent dans le ciel et finissent par disparaître derrière cette lune. Elle semble si grande, si pleine. Elle n’est pas clair, ni même brillante. C’est qu’un rivage aux allures machiavéliques. C’est noir, c’est foncé, c’est un outrage à la vie et la douceur. Ses yeux marquent une pause en se refermant sur tout ce qui dépossède son âme. Sa langue taquine qui humidifie sa pulpe dans un geste ravageur. Puis, la concentration se déporte sur Halley. Levi se retourne, apprivoise son poignet en la faisant se rapprocher. La distance n’est qu’une denrée rare. Les respirations rythment la cohésion entre leurs regards. Levi sourit. Elle a plus que ça à faire pour limiter la casse. Les brisures de verres qui écorchent le creux de ses côtes.
— Personne ne peut le faire, te fatigue pas à essayer.
Les mots sont soufflés dans un écho à peine perceptible. Le constat est là. La froideur de son regard aussi. Sa main ne lâche pas son poignet et l’autre vient gagner la terre sainte de sa nuque. Elle l’effleure de ses pulpes dévastées par la cendre. Son front peut presque se poser à même le sien. L’espace de quelques secondes, c’est le sourire de ophelia qui apparaît. Son visage est là, tout près. Il l’observe et une main se tend. Les mots sont soupirés et viennent l’appeler.
Rejoins-moi, Levi.
Et Levi serait prête à plonger pour que ça se réalise.
La tête la première dans l’océan dans ses yeux.
Le coeur chantant des mots qu’elle ne prononce.
Les lettres qui s’abandonnent dans le saccage de leurs corps.
Leurs âmes bousillées face au parterre sanguinolent.
— Tu aimes le danger dis ou t’es simplement en manque de sensation ?
Elle lui susurre les paroles au creux de l’oreille. Sa respiration se précipite et sa main glisse sur ce bras à peine effleuré, sur cette poitrine qu’elle ne dessine que par l’impact de ses illusions. En rouvrant ses yeux, c’est la chute. Ophelia qui paraît triste comme la mort, qui s’éloigne et disparaît. Levi pourrait courir mais la douleur vient la paralyser. Alors elle frôle à peine les lèvres de la sirène, se demandant ses envies, son but. Elle esquisse un rictus puis dépose un baiser à même cette joue rosée. Elle sent le corps qui se tend, la tension palpable de tous les saints. Et la voilà qui s’éloigne, à peine présente dans ce corps à corps de l’inconnu.

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MessageSujet: Re: quartier des lunes (halley).   Ven 1 Juin - 18:35

Je sentais la nuit me brûler la peau. Mon corps vacillait, épris par l’absence de bruit. Un silence, emmuré sur la voute sans lumière d’un plafond qui s’inclinait toujours. Prisonnière d’un salon pour fous. D’un couloir si étroit qu’il étouffait le coeur. Je ne connaissais pas cette fille. Pourtant, je suivais les fluctuations de sa bouche dans la pénombre. Je m’enivrais des volutes grises qui ondulaient autour de ses boucles noires. Une créature des jais, presque irréelle. Une sirène née hors de l’eau. Je glissais sur le canapé, les doigts tremblants de l’autre bout de la cendre. Je ne fumais pas. Je respirais. Chaque méandre était une absolution. Une marque sur mes poumons. La tristesse de mes prunelles se confondaient avec ses énigmes. Elle était différente - presque aliénée par les revers d’une vie à l’envers. Elle ne grandissait pas. Elle revenait en arrière. Sa conscience bafouait l’innocence afin de créer le change. Je souris en hochant la tête. L’apnée manquait à mon esprit. L’étendue bleue qui pouvait tout engloutir - tout ravager. C’était le secret de mon addiction. Flotter dans le néant, perdre l’équilibre et le sens de la raison. Simplement voguer. Nager avec la puissance d’un requin dans le bassin. Elle se moquait - taquinait la stupidité de mes songes. Le bonheur éphémère et illusoire. Trop peu pour une déesse hybride. Pourtant, je m’accrochais aux déceptions passées. Je rêvais de la piscine olympique et de la foule gémissant face à mes brasses. Un mouvement violent, projetant les ondulations chlorées de l’eau sur mes côtes. Je pinçais les lèvres sans répondre. Je me fichais des divergences d’opinion. L’important était cet anonymat. Ce regard immaculé qui se posait sur moi. Comme si mes erreurs n’existaient pas. Comme si le scandale n’était pas là. Elle ne voyait que les courbes lisses d’une ancienne athlète. Une bouche voluptueuse à embrasser pour le soir. Le reste n’était qu’une analogie. Ces prunelles glacées et ces pupilles dilatées qui trahissaient ma chute. Je haussais les épaules. «Tant mieux pour toi.» La voix espiègle et joueuse, je me penchais afin d’humer les vapeurs du tabac. L’exaltation explosait dans mon cerveau. Je me penchais lascivement, soufflant mon amertume sur cette joue qui se teintait d’une lueur rosée. Elle était si jolie. Malgré ses vices et son honnêteté assassine. Je n’étais pas ici pour la vérité. Le mensonge suffisait. Mes phalanges s’accrochaient à sa clavicule. «Je peux faire semblant. » Je n’avais pas le pouvoir de sauver les gens. Seulement de les décevoir. De me droguer et de tout gâcher. Ses mots se murmuraient au creux de mon oreilles. Je frisonnais. Je glissais au fond de l’abysse, le corps roulant dans une lit d’épines et de poussières. J’étais prête à tout pour oublier. Pour effacer les vestiges de Lip et son handicap. Je ne voulais pas abandonner. Le quitter pour toujours. Mais il y avait ces sentiments pour une autre. Cette joie qui brillait dans ses paupières. Et que je pouvais pas lui dérober, simplement pour le réconfort. «Peu importe. Je ne reste pas longtemps.» J’encadrais ses lèvres. La pulpe tiède glissait sur les éraflures rosées. Baiser d’un autre monde. Une saveur âpre et délicieuse, qui s’enlisait dans mes pensées. Je soufflais sur sa bouche. Je m’approchais lorsqu’elle s’éloigner. Simplement pour marquer la contradiction. En hommage aux étoiles contraires qui succombaient dans les sphères nébuleuses du ciel. « Je ne demande même pas ton nom. Les choses qu’on ignore finissent par nous obséder … » Je fis glisser la bretelle de ma robe en souriant. L’espace exhalait une chaleur étouffante. Ou peut-être était-ce le mégot qui s’écrasait dans le cendrier. « Tu fais quoi ici? » Tu t’évades pour mieux rentrer dans la cage ? Tu te moques du danger jusqu’au jour il n’y a plus de quoi rire ? Regarde. T’es comme moi, mais en plus cassé.

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