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 then we start to drown + lip

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MessageSujet: then we start to drown + lip    Lun 21 Mai - 17:23

Les vagues n’étaient jamais absolues. Leurs mouvements dépendaient de la chute, de la collision entre mon coeur et le ressac. Les jambes retroussées sur les reliefs de la mousse, sentant les caresses de l’eau et ses promesses, je respirais et je m’enivrais. Mes yeux fixaient l’horizon et ses larmes d’azure mélangées au perles de sel et de sable. J’étais fatiguée de plonger dans la piscine vide et de nager dans les flaques de chlore séchées. Mes os craquaient en touchant la mousse. Il faisait si froid, dehors. Mais dedans, c’était pire. La douleur remontait dans mes veines. Elle épousait les épanchements et les organes logés sous mes côtes. Je me sentais seule sans les étreintes d’ivoire. La cocaïne, ou la vie à travers le voile - la vie en apnée. Ma silhouette se retirait sur le rivage, si lourde et si incertaine. Mon esprit se réveillait naturellement, de la même manière qu’il était naturel pour mon corps de retrouver les forces de gravité. Je me redressais, chancelant sous les mugissements du vent. Je me languissais de la noyade et des impulsions violentes de la drogue. Je marchais lascivement, les pieds enlacés par la pesanteur. Les sirènes m’appelaient. Une marée d’ensorceleuse magiques. Mais la fédération avait dit non. L’océan était juste l’océan. Et moi, j’étais l’oubliée. Une junkie aux yeux aussi bleue que le fond du bassin. Je me tournais lentement. L’eau ruisselait sur ma poitrine, enserrée dans une pièce unique de lycra. Je marchais à reculons, la passion avortée, étouffée sous les jougs de l’addiction et du temps. Je fermais les poings en hurlant face à la mer. Mes poumons se vidaient sur les roches. J’y avais laissé un bout de mon âme. Et l’autre, Lip l’avait amputé avec sa jambe. Il l’avait enterré avec ses tromperies et ses mensonges. Je lui en voulais peut-être. Je n’étais pas sûre. Le rush me rendait vaseuse. Je soupirais en prenant ma serviette. Je peignais mes empreinte sur le goudron. La marche à reculons, les images derrière. Le scandale était terminé. Je n’étais qu’une nageuse dans l’attente d’un miracle. La pression médiatique m’avait dépouillé de tout. De ma carrière. De notre amour légendaire. La rupture était mutuelle, Philip n’était plus heureux. Et je chavirais. Ses baisers ne me consolaient plus. Il n’avait pas les effets antalgiques et narcoleptiques qui endormaient mes pensées. J’escaladais le ponton afin d’arriver à la résidence. Une maison luxueuse, couverte de souvenirs et de rires. J’y avais vécu. Puis j’étais morte, enlacée par la peur et les échecs. Il m’avait soutenu jusqu’à ce que mes espoirs se rompent. Jusqu’à ce que je devienne une nageuse dans le bassin municipal. Je poussais la porte. Ma clé ouvrait encore. Je me permettais cette dernière invasion de son espace, de ses parfums amers tatoués sur les rebords des meubles. Mes ongles effleuraient les parois du vestibule. Je lâchais mon sac pour vagabonder dans le salon. A peine couverte de sels et d’algues, les cheveux agglutinés dans une boucle harmonieuse autour de ma nuque. Mes affaires n’avaient pas bougé. Mes décorations et le trophée de ma première victoire jonchaient sur la commode, tel que je les avais abandonné. Je souris en rangeant les verres sales et les restes de pizza. Un réflexe aussi vieux que le monde. Parce que cet endroit m’appartenait encore. C’était ma maison. Le bruit de ses pas me tirait de ma torpeur. Je me tournais afin de fixer sa silhouette irrégulière. Mes yeux accrochaient son profil, la ligne de l’amputation camouflée sous les plis de son pantalon. Je ne faisais pas semblant. Je n’avais pas pitié. Mon sang s’était glacé. Il s’effondrait, comme un millier de cristaux. « Tu as l’air … Debout. » Sifflai-je avec douceur. Une maigre vengeance. Une tension que je voulais maintenir à tout prix. Si on se pardonnait, on s’oubliait. On se perdait dans ces nouvelles existantes, seuls. Et je n’étais pas prête. Je ne voulais pas disparaitre de son champ de vision.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Dim 27 Mai - 23:57

halley & lip

mr. sandman, bring me a dream
make her the cutest that i've ever seen
(mr. sandman @syml)

Jeu d'équilibriste dans lequel il se perd jour après jour. Il apprend à danser sur un pied, à composer avec ce corps qui n'est plus vraiment le sien, schéma corporel déviant et incertain. Ça fait des semaines pourtant, qu'il se redécouvre. Des semaines que son visage se tord en grimaces douloureuses et en sourires plus faux les uns que les autres. Ça va, qu'il dit. On s'y fait. Qu'il lâche aux plus curieux. Réponses préfabriquées qui coulent de ses lèvres sur un ton monocorde, habituel. Pas un mot plus haut que l'autre. Des syllabes qui tournent en boucle pour rassurer, pour faire plaisir. La silhouette déséquilibrée s'extirpe maladroitement de la baignoire. Le pied dérape sur le carreau froid et c'est toute la carcasse qui s'effondre ; aussi simplement que ça. Il tente pourtant de se rattraper aux meubles, Lip. D'amortir la chute, mais rien n'y fait ; la gravité gagne toujours et aujourd'hui, elle le tire plus bas que terre. Le palpitant se gonfle d'une colère sourde et un grognement enragé remonte dans sa gorge. La patience atteint ses limites et il débite mille et une injures, perçant le silence de la salle de bain. Il frappe, envoie valser ses mains abîmées contre les meubles. Crève le calme d'un hurlement à s'en bousiller la trachée. La colère le ronge de l'intérieur, crame sa gorge de ses vocalises animales. Il se hait, Lip. Hait ce qu'il est devenu. Ce corps qu'il ne comprend plus. Fracassé, éclaté, bon à rien. Il se tait enfin et tire sa serviette et ses vêtements par terre. Essuie l'épiderme humide avec négligence, sans même poser un regard sur l'immense cicatrice qui traverse son genou, marquant la limite entre sa jambe et ce vide qu'il apprend encore à dompter. Il s'habille comme il peut, se redresse sur des appuis incertains. Le corps vacille et il s'arme de ses béquilles, dans l'espoir rejoindre sa chambre et la prothèse qui l'y attend. Il avance avec prudence, bascules acrobatiques aussi brusques que maladroites qui entraînent son corps vers l'avant. Rejoindre le salon est la première étape, mais il se fige dans son périple, Lip, quand ses yeux  tombent sur les courbes familières. Sa sirène a quitté l'océan et se pavane comme un fantôme au milieu du séjour. Il reste en retrait et ne dit rien, prive même ses poumons de leur oxygène ; comme si elle pouvait disparaître s'il respirait trop fort. Il a l'air con, Lip, planté là comme un animal pris dans les phares. Il ne s'y attendait pas, et elle rayonne toujours autant, Halley ; il est pris au piège et se noie dans ses yeux océan. Puis le monde s'effondre, elle perce les silences de son éternelle acidité. - No shit, Sherlock. Il lâche ça sur des relents de colère, la douleur irradiant dans chaque fibre de son cadavre ambulant. Il refuse de se laisser aller aux excuses et aux confessions. Trop de fierté pour ça, pour se mettre à genoux et lui demander une ultime grâce. Il se racle la gorge et garde ses distances, bascule son poids d'une béquille à une autre. - J'ai le droit de te demander ce que tu fais là ? Il bouge enfin, noyant ses incertitudes dans un semblant d'assurance, s'appuie au bord d'un meuble. Toujours trop doucement, comme si le moindre geste pouvait l'inciter à fuir. Il repose ses muscles malmenés par une rééducation trop pressée, oublie les tiraillements dans ses chairs et sur son myocarde percé, affamé d'un amour perdu. - Enfin, t'as le droit, tu sais, c'est pas. C'est pas un problème mais, hm... Il se confond en propos malhabiles, tente de la retenir par ses mots qui sonnent comme des entourloupes maladroites. - T'as l'air d'aller bien. Qu'il lâche finalement avant de se mordre la langue. T'as l'air, seulement. Comme moi. On est devenus des professionnels de la comédie, tu trouves pas ? Laisse-nous jouer cette pièce à deux Halley, juste une dernière fois.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Ven 1 Juin - 14:07

J’aurais voulu franchir les sentiments, effleurer sa joue et les déceptions. Mais son corps était cousu de fils barbelés. Une multitude d’obstacles à nous - à ce que je pouvais réellement offrir. Lip ne m’aimait pas. Il avait choisi l’autre revers. Le départ. La facilité. Je vacillais dans les couloirs d’une maison où tout s’usait, où le temps détruisait les vestiges de notre histoire. J’étais prête à me laisser aller, à tomber au fond de la baignoire. Je souris en fixant sa jambe, un malaise sciemment imposé pour forcer la pitié, pour changer l’amour en quelque chose d’autre. De plus sombre et de plus gris. Un dégout de la vie, peut-être. Du métal qui soutenait sa démarche ridicule. Qui le rendait si magnifique, à mes yeux.  La vanité m’avait empêché de pousser la porte de l’hôpital. Je n’avais pas réussi à me battre, à lutter contre le manque de lui. Alors la drogue avait enlacé mes lèvres. Je buvais les illusions empaquetés dans les pilules. J’inhalais les poisons qu’on servait sur les bancs de la piscine municipale. Il avait changé. Une beauté subtile, courroucée par cette colère virulente et passionnée. Un fragment brisé de son âme qui illuminait toute la pièce. Je tremblais. Je me vidais. L’absence était le fléau des coeurs nostalgiques. Je m’approchais lentement. Le chlore venait inonder ces retrouvailles qui sommeillaient au large de ma conscience. Je le saluais en silence, levant une main en guise de nageoire. Je marchais encore vers lui - perdue, étrangère. Mes lèvres esquissaient un sourire. Quand au reste de mon expression, j’ignorais s’il suivait l’harmonie de mes gestes. Je n’avais pas de place à ses côtés. Seulement derrière, cachée au fond des gradins. Mon addiction était-elle, la seule cause de ses perditions ? La cocaïne poussait à l’errance. Moi, hors de mon âme. Et lui hors de mes draps. « Et je peux demander pourquoi tu n’as pas changé la serrure ?» Ce n’était pas une intrusion. J’avais tous les accès. Tous les droits, sur une vie qui se dérobait entre mes doigts. Je m’installais sur le canapé. De dos, il était plus facile de déverser mon venin. De l’attaquer sans ressentir la répugnance de cette affection qui pullulait dans mon ventre. Je ne l’oubliais pas. Je ne me détachais pas. Lip était mon seul compagnon. Sa trahison, n’était qu’une conséquence. Une séquelle dommageable.  « Tu peux me proposer quelque chose à boire. T’inquiète, je dirais non dans un soucis logistique. » Je croisais les jambes en fixant les alentours. Mon coeur suffoquait. Les images se succédaient autour des meubles. Je voulais revenir. Retrouver l’ambiance paisible de nos jours heureux. Toucher ses muscles et m’extasier face à la violence de nos ébats. Il était fort, Lip. Si puissant, qu’il en avait perdu la mesure des sentiments. «Oh, je suis triste comme les pierres. D’ailleurs je suis venu pleurer. Je suis contente qu’on ait pas amputé l’épaule. » Le silence s’imposait dans nos yeux. Il était adossé au rebord, les mouvements aussi délicats qu’un mirage. L’avais-je encore imaginé ? Je soupirais en m’agrippant au dossier du canapé. « Ta petite amie est pas là ?» Une question qui me brûlait les lèvres. Je ne supportais pas de savoir. Et je refusais d’ignorer ses vérités. Je restais immobile, la gorge serrée face à sa silhouette déformée. J’aurais voulu trouver le courage de lui avouer qu’il était toujours spécial. Que ses yeux étaient mon seul océan. J’aurais voulu capturer chaque image de lui maintenant, et le retenir, comme une mélodie dans ma poitrine. Avec ses imperfections. Ses poings écorchés. Et son genou en moins.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Lun 11 Juin - 19:22

Rien n'a bougé, à part ces sentiments qui lui percent l'âme de part en part. Il ne se souvient pourtant pas Lip, de l'instant où l'amour est devenu rejet, de cet instant où il s'est effondré dans les bras d'une autre, quand leur propre histoire devenait trop lourde à porter. Il ne veut pas ouvrir les yeux sur cette réalité, mais il y a plus ; plus qu'une histoire de drogue et de déchéance, plus qu'une carrière avortée et la fierté égratignée d'Halley. Il s'en veut de ne pas avoir vu les signes plus tôt et de s'être laissé dériver vers d'autres océans ainsi. D'abandonner l'histoire d'une vie pour quelques coups de reins salvateurs. Il s'est raccroché au cœur d'une autre car il n'entendait même plus battre le sien – c'est son excuse, celle qu'il se répète en boucle pour ne pas devenir dingue, pour justifier ses erreurs. Pourtant, il n'arrive pas à aller de l'avant, pas plus qu'il n'a pu se résoudre à changer les serrures. - Et pourquoi est-ce que je ferais ça ? Il hausse doucement ses épaules et resserre ses prises sur ses béquilles. - C'est encore chez toi, tu sais. Encore chez nous. Il y rêve, à ce retour en arrière, cette chance de tout recommencer, d'être plus fort. Capable de supporter les ambivalences de sa sirène plus longtemps – un amour saupoudré de coke et ses crises de manque. L'échine se plie et se tord sous les mots de la brune. Elle souligne son infirmité son même ciller alors que lui, il vacille sur ses béquilles, manquant de perdre l'équilibre sous la violence de ses assauts. Il reste pourtant impassible, physiquement. Le visage taillé dans la glace d'un autre pays, d'un autre monde. Il force un sourire et forge du courage dans sa maladresse, cherchant à échapper à Halley et son amour rancunier. - Je ne m'en fais pas trop pour toi. Les verres n'ont pas bougé. Rien n'a bougé Halley, tu ne le vois pas ? Même ton ombre traîne encore sur les murs blancs. Et que dire du parfum qui gorge les tissus. Souvenir sucré aux touches de chlore. Il se laisse porter par les silences et les soupirs, cette vague de froid qui déferle jusqu'au creux de son âme, le privant de sa chaleur à elle. Il détourne le regard et plonge ses iris sur le vide, reflet d'une solitude involontaire mais ô combien méritée. Il se pince les lèvres et s'accorde un répit, une fraction de seconde pour se souvenir de comment on respire. - Ma petite-amie ? Il hausse les épaules et s'avance un peu avec ses béquilles. - Tu parles de celle qui rêvait de grandeur et de médailles en or ? Les sourcils s'arquent et le palpitant se gonfle de courage. Il fait semblant de ne pas comprendre, Lip. De ne pas entendre le sens premier de sa question. Elle parle de l'autre, c'est évident, mais il refuse de ployer sous ses attaques. - De celle qui se piquait parce qu'elle ne pouvait pas supporter la pression de son métier ? Un peu de cruauté au bord des lèvres, mais c'est si bon, de lui faire mal. Il chavire sur ses cannes, bascule avec assurance jusqu'à elle. Trop proche, trop présent, trop amoureux, encore. – Celle-là s'est noyée. Et j'ai rien pu faire pour la sauver.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Jeu 14 Juin - 1:39

La gorge serrée, j’avais envie de crier. De m’éloigner et de rompre avec la réalité. Je fronçais les sourcils en soulignant sa silhouette irrégulière. J’avais besoin de rééducation aussi, de m’adapter à la solitude. Mon coeur se penchait sur son ombre, effleurant les vestiges d’un baiser qui volait au-dessus de ma bouche. J’en avais envie. Par habitude. Par impulsion. Peu importait. Mes doigts se fermaient sur le rebord du canapé. Je l’observais en redressant les épaules, appuyant mes gestes d’un sourire étrange. On se moquait de l’amour. On se rejetait pour retrouver le goût du bonheur. Nos passions étaient devenues risibles, étalées sur les journaux et les magazines sportifs. Le couple promis. Le dieu du ring et la sirène chlorée, tous deux déchus, condamnés par la malédiction des grandeurs. Il ne restait plus rien de nous, seulement les stigmates d’une vie ailleurs. Une existence si loin, qu’elle me semblait imaginée. Mes ongles passaient sur le tissu, se courbaient au contact des fournitures et des tissus. Ma maison. Mon amoureux. Mon emprunte. J’avais tout laissé pour la drogue. Pour l’autre aussi. Cette femme que je n’osais pas penser. Etait-elle plus belle ? Plus saine et plus sobre ? Probablement. Il le méritait. Je voulais le souhaiter de tout mon coeur, enlacer ses victoires et ses vices contre ma poitrine. Mais j’étais égoïste et amère. Mes sentiments me faisaient prisonnière. Hors de l’eau, je mourrais. J’étouffais dans un océan d’illusions. Hier, papa m’a oublié. Mon prénom s’écorchait entre ses yeux. Et il a juste oublié que j’étais sa fille. Lip, je sais plus quoi faire. Je t’ai dans la peau. Comme une piqure. Une dernière dose qui s’écoule dans mes veines. Tu sais ce que c’est toi ? Le delirium ? L’état de mal ? Parce que je le ressentais en double. Je suffoquais sans coke et sans amoureux. Mes paupières frémissaient sous les néons de la lampe, fracturant les lumières et les ondoiements de sa chevelure dorée. Il était si beau, un monstre de clarté qui aveuglait mon âme. Sa voix brûlait mes joues. Elle ruisselait sur mes pommettes, y dessinant des larmes et des sillons entrecroisés. Je ne craignais plus la confrontation. Ma défaite était certaine puisqu’il m’avait trompé. Il m’avait effacé de sa mémoire. Toi aussi, t’oublies pas vrai ? Je relevais le menton, plissant le front, laissant mes boucles draper mes blessures. «C’est idiot de me faire croire que j’ai encore ma place ici. » Un mensonge auquel je m’accrochais volontiers. Je n’avais nul part où aller. Lip était mon échappatoire et ma prison. A la fois, libérée et asservie, je tombais à genoux face à la splendeur de nos promesses. «Je préfère que tu me traites comme une invitée. Sinon, il me faudra une overdose pour me remettre de toi. » Une vérité à laquelle, on n’échappait pas. Le voile tombait, dévoilant mes couleurs et mes vices. Il ne jugeait pas mon addiction. Il en avait conscience depuis deux années. Je l’observais avec condescendance. Je connaissais le chemin de la cuisine, la disposition des verres et du placard à vin. Mais ce n’était pas ces offrandes que je désirais. Je convoitais une trêve éternelle, un voyage dans les abysses du temps. Sa démarche vacillait sur le carrelage. Elle approchait suavement, menaçant mon équilibre. L’effet commençait, une décharge électrique se versait dans mon ventre. Lip ignorait mes attaques. Il renchérissait avec un pique plus fort. Et ensemble, on s’effleurait, on brûlait comme deux papillons de nuit, heurtant maladroitement les néons des lampadaires. «Je préfère sniffer. Tu l'saurais si tu prêtais attention. » Je perdais mes esprits. Mes lèvres s’ouvraient afin d’échapper un rire nerveux. «Je supportais pas la pression médiatique. Elle ne concernait pas que la compétition. J’étais devenue la moitié d’une équation où tu es la seule variable. Tes victoires ont terni les miennes. Alors, j’ai voulu faire mieux en m’essayant à un autre domaine; la médiocrité. Mais encore là, il a fallu que t'aies ton accident. Tu gagnes encore, chéri. » Murmurai-je en posant la main sur une béquille. Mes phalanges glissaient vers son poignet, le forçant à se calquer sur mon profil. Je pouvais le soutenir. Et dans toutes les chutes, je serais là - à ses côtés, le corps échoué sur le sol. «Tu as des séances pour te réadapter au sexe aussi ? Si t’as besoin de t’entraîner, hésites pas. La prothèse me dérange pas, juste les préliminaires. » Je sifflais à proximité, humant discrètement son parfum. Je l’attirais contre moi. Mes bras entouraient ses côtes. «Bouge pas ou je t’arrache l’autre jambe. » Grommelai-je en fermant les yeux. Je me noyais dans son étreinte, forçant ma présence dans une poitrine si large qu’elle me renvoyait vers le fond du bassin.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Ven 6 Juil - 21:46

Il s'ancre au bleu océan de ses prunelles, s'y perd, s'y noie comme il l'a toujours fait – dans cette autre vie. Existence perdue, effritée sous l'assaut corrosif des mensonges et des sourires factices. Il a voulu y croire pourtant, qu'il saurait raviver la flamme, faire valser les étincelles, encore un peu. Mais sa sirène avait rejoint les fonds du bassin depuis trop longtemps, happée par les courants furieux et autres vagues hallucinogènes. Il s'égare entre ses mots et des vérités qu'il ne veut pas entendre. L'entendre parler de la drogue comme d'une tendre amie lui perce le cœur. La voir se comporter comme une invitée, encore plus. Il se garde de s'effondrer devant elle et de la supplier. De tout effacer, de rester, de recommencer. Il veut croire qu'il est plus fort que ça. Et puis, il y a toujours l'autre et les souvenirs incandescents qu'elle a laissés au creux de son esprit et sur sa peau. Des soupirs volés dans la nuit, des baisers interdits qui l'ont peu à peu détourné de sa poupée chlorée. Ses éclats de rire ricochent jusqu'au plus profond de son palpitant. Il serre ses doigts sur ses cannes, oublie la moiteur de ses paumes et tout ce qu'elle peut bien réveiller chez lui. Les souvenirs, les regrets. Les réussites, les échecs. L'amour, l'adultère. Il ne veut pas entendre tout ce qu'elle lui balance avec tant de facilité, dégueulant les mots comme s'ils n'avaient aucun impact. « Je te pensais moins lâche que ça, Halley. À t'écouter, tu as dérivé par ma faute. Tu sais pourtant que tu as toujours été la seule fautive. Pas besoin de me traîner dans la boue pour éponger tes vices. » C'est la fierté qui est écorchée et un peu l'amour, aussi. Il ne veut pas imaginer être à l'origine des erreurs de la nageuse. Ne veut pas se considérer comme un de ces poids qui l'ont tiré vers le fond, quelque part à côté de la pression médiatique et de la concurrence. « Tu sais que je n'ai toujours fait que te tirer vers le haut, même quand tu t'obstinais à aller au fond du gouffre. » Il se souvient des efforts et de la fatigue, de la frustration face aux crises de manque, des prises de tête violente autour du sujet de l'addiction. Il se souvient de lui avoir tout donné, jusqu'à ne plus pouvoir, jusqu'à trouver d'autres mains douces pour panser ses propres plaies. Il se perd dans ses yeux éteints et les promesses qui s'y sont dissoutes avec le temps. Celles d'un avenir merveilleux. D'une réussite flamboyante, dont il n'ont récolté que les cendres. Le frisson court sur son bras à mesure que les phalanges de la brune redécouvrent sa peau. Le vertige l'attaque et il fait l'effort de rester debout. De tenir encore un peu, jusqu'à ce qu'elle le soutienne. Il se laisse mourir dans ses bras. Le palpitant loupe un ou deux battements et il lâche une béquille pour poser une main sur sa nuque, sous ses boucles humides. « Je prends tes menaces au sérieux, tu vois. » Qu'il murmure en la serrant contre elle. Besoin de ce contact dont il n'a pourtant pas le droit. Il ne le mérite pas – plus. Pourtant, il s'en satisfait. Comme si c'était la dernière fois, car il se pourrait bien que ce soit le cas. Deux doigts s'égarent sur son front, ramènent les mèches agglutinées par le sel vers l'arrière. « Tu sens le sel. » Qu'il lâche dans un sourire. « Et pour te répondre, non, je n'ai pas de rééducation pour ça. Et puis, mon kiné est plutôt charmant, mais pas tellement mon style. » Il hausse les épaules, un sourire se découpe dans ses joues. Un baiser planté sur son front et le voilà déjà qui s'échappe, se soustrayant à ses bras – sa chaleur – pour éviter de trop dérailler. « Mais si tu te proposes, on peut toujours tenter le coup, histoire de vérifier que tout marche toujours bien. Juste pour la science, bien sûr. » Il se penche pour récupérer sa béquille et se redresse dans un équilibre qu'il a appris à maîtriser avec le temps. Redéfinir la gravité n'a pas été simple. L'avoir à ses côtés l'aurait sans doute aidé ; mais elle était occupée, Halley, à compter d'autres étoiles – ou peut-être simplement le nombre de pastilles qu'elle était capable d'ingérer avant d'oublier le monde. Un soupir glisse de ses lèvres et il s'oriente vers sa – leur – sa chambre. « Reste. » Il avance en cachant ses grimaces et sa nervosité. « Un peu de temps passé ici n'engage à rien. Puis, j'imagine que tu es là pour une raison. Qu'est-ce que tu es venue chercher ? » Certainement pas lui, il le sait. Mais s'il n'est pas la raison pour laquelle elle est venue, il aimerait au moins être celle pour laquelle elle va rester.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Dim 22 Juil - 14:33

Je me souvenais de tout. Des chutes. Des crises. Du bourdonnement de l’eau dans mes oreilles. Une vague contre une autre, les jambes arquées au fond du bassin et le coeur à la surface, battant à reculons entre les gradins olympiques. Mon souffle se perdait sur son cou. Je respirais son parfum et mes déceptions. Les réminiscences d’un amour qui ne s’effaçait jamais. Mon meilleur ami. Mon compagnon. Mon reflet. Ses yeux illuminaient mon âme. Une piscine d’azur et d’étoiles, imprégnée de sentiments et de courage. Je chancelais entre les meubles. J’étais l’inconnue de la maison. Une relique oubliée, voilée par les souvenirs et les chimères d’une relation avortée. On n’était plus ensemble. Physiquement, tout du moins. Nos esprits se joignaient, consolidés par un lien indicible. Mes lèvres tremblaient, pressées contre la commissure charnue d’une peau qui s’effritait sous la lumière. Je lui appartenais encore. Dans un amalgame de sentiments et de colère. Lip m’avait trompé. Mais je l’avais abandonné la première. Je m’étais tournée vers les surfaces poudreuses d’un espoir ailleurs. L’addiction se creusait dans mes veines. Mes bronches, ma chair, mes entrailles - chaque cellule de mon être chavirait dans le néant. Je n’avais pas besoin d’aide. Seulement de drogue. De combler le vide inhérent à ses absences, crées uniquement par mes erreurs. Mon expression vagabondait sur les murs du séjour, puis elle se figeait sur les cadres des photos. Des instants fixes, paralysés. Nous étions heureux, avant. Mon pouce effleurait le rebord du canapé. Je ne bougeais pas. Je flottais seulement. C’était le coeur de quelqu’un d’autre qu’il gardait. La question me brûlait. Pouvait-elle mieux l’aimer ? Mon sentiment était aussi vaste que l’océan, déferlant sur les rivages d’une plage infinie. Avec ses grains de sables et ses reliefs rocheux. J’étais folle et intrépide - une sirène de chlore et de sel, criant pour que le marin approche. Pour que son baiser me libère de ma prison. Je frémissais au contact des tissus. L’euphorie du rush était différente ici. Parce que l’effet de Lip perdurait encore, des années après la dose. Je me sentais mal de faire tomber le masque. De lui faire porter les responsabilités de mes échecs. « C’est pas ma faute si je t’aime alors que tu m’as trompé. Toutes les conneries que je fais te reviennent. Je te dédie chaque rail, chaque piqure. Je te donne mes meilleurs trips et mes pires réveils. Cadeau. » Un haussement d’épaules incertain, quelques papillonnements de cils et je me détournais. Je ne voulais pas trop le regarder. Je ne voulais pas m’enivrer de son étreinte. Mes côtes se serraient pourtant sous ses bras. J’étais vivante. J’étais à nouveau saine. J'en peux plus. J'y arrive pas. Mon âme suffoque et se distille dans mes veines. Reste, toi aussi. Reste avec moi. Je m’accrochais à ses épaules, aux mirages qu’il déployait sur mon corps chétif et fatigué. Son baiser était une absolution. Un retour en arrière, si doux et si cruel. Mes prunelles tremblaient et mes larmes perlaient. Je reniflais pour chasser l’émotion. Je ne voulais pas dire au revoir. Ce n’était pas fini. Nous n’étions pas fini. Pas tant que je n’avais pas réussi ma vengeance. Tant, que je ressentais le mal de lui. Il se penchait pour attraper sa béquille. Un geste simple, plein de dextérité et de finesse. Il avait appris, maintenant. A être l’homme au genou d’acier. A défier la gravité et ses caprices. Il s’avançait vers le couloir. Je le suivais comme un automate, retrouvant le chemin vers notre chambre. Un havre de paix loin de la concurrence et des vices du monde. Je déglutis en laissant échapper un rire. « La science ça n’a jamais été mon fort. Mais je pourrais lever le mystère sur ta prothèse comme on lève des haltères. » Je lui adressais un clin d’oeil taquin. J’ignorais la raison de ma visite. Chercher des vêtements, une tenue de plongée ou du maquillage … Tout n’était qu’un prétexte et tout semblait dérisoire - inopportun. Je soupirais en le semant jusqu’à la porte. J’observais le lit, les draps et l’agencement de la pièce. Il n’avait rien changé. Absolument, rien. Je m’assis sur le bord du matelas. Mon cou brûlait encore sous l’empreinte de ses doigts. Je levais mes prunelles vers lui. « Montre moi, Lip. » Je ne l’avais jamais vu. La coupure. L’ablation du membre. Il se cachait sous des couches épaisses de pantalons, sous les balancements de sa démarche instable et sa figure antipathique. Mais je voulais l’apercevoir. Je voulais m’imprégner de sa plus belle cicatrice, pour lui avouer la mienne.  

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Ven 3 Aoû - 11:01

Les sentiments s'en mêlent puis s'emmêlent à la surface de son esprit. Deux paires d'yeux délavés qui percent ses jours et ses nuits. Le goût du sucre et le goût du sel. Elles sont identiques, ses muses. Identiques et parfaitement différentes ; elles se rassemblent dans leurs expressions et leurs sourires assassins, les mots qu'elles susurrent, ceux qui se brisent sur son esprit éclaté. C'est son châtiment, douce torture sous laquelle il se plie sans rechigner. Elle bave ses reproches et cache ses regrets. Retourne ses propres torts contre lui et Lip, il se contente de tendre l'autre joue. Il a toujours été bon pour encaisser les coups après tout. Il s'est nourri de la violence des autres pendant des années, jusqu'à en faire sa profession, jusqu'à mourir à chaque combat un peu plus pour exalter les foules. Cadeau. Il se pince les lèvres et ravale ses élans furieux, l'abandonne dans ce monde d'aiguilles et de pilules qu'elle a préféré choisir, plutôt que de se tourner vers leur couple et les semblants d'espoir qu'il soufflait dans des je t'aime qui se sont faits de plus en plus rares. Elle n'a pas compris, Halley. N'a pas vu la fatigue cerner le regard du combattant, l'épuisement ronger sa patience et détruire ses sentiments. Elle se fait émotive et il ferme les yeux, Lip. Ignore les larmes qui creusent ses prunelles translucides, éteint la compassion qui tordait ses lèvres en un semblant de sourire. J'ai assez donné, qu'il se murmure pour se rassurer. Pourtant, il cherche sa présence. Il ne veut pas la voir fuir, pas encore. Il veut la garder, juste encore un peu, comme si c'était leur dernière rencontre avant la prochaine apocalypse. « Curiosité morbide. » Qu'il rétorque dans un demi-sourire, quand elle évoque sa prothèse. Ça n'a rien de mystérieux. C'est douloureusement concret, ça suit les lois de la physique – chaque jour ne manque pas de lui rappeler. Une chute en sortant de sa douche, l'équilibre qui chavire. Et parfois, c'est même un peu paranormal, quand le fantôme de sa jambe se manifeste en de vives douleurs qui le réveillent et flinguent ses nuits. Assis tous les deux sur le bord du matelas, Lip se sent revenir des mois, des années en arrière. Un amour fusionnel et dysfonctionnel. Bercé par les médias et les substances. Il l'aurait protégée, Lip. Envers et contre tous. Il aurait acheté une maison à l'autre bout du monde et lui aurait appris à vivre sans ses fix et ses rails. La Norvège aurait été le berceau d'une nouvelle vie, d'une autre relation. Mais il a vite compris que l'idée était utopique et le rêve trop beau ; sa sirène, elle serait morte gelée dans les tréfonds d'un fjord, loin de l'attention des supporters et de ses bassins olympiques. Sa requête lui perce l'âme. Il hésite et cherche l'horreur au fond de son regard. « C'est pas beau, tu sais. » Un soupir coule de ses lèvres et il froisse le tissu de son pantalon, en remonte le pan dans le vide, jusqu'à découvrir ce qui reste de sa jambe. Épiderme malmené, cicatrice monstrueuse à la transversale. Il en connaît le tracé par cœur, Lip. Il se pince les lèvres et la regarde. Cherche du dégoût dans ses prunelles et de la peur, peut-être. « Satisfaite ? » Il rumine et mord les syllabes, s'empresse d'attraper sa prothèse qu'il adapte en vitesse, rendant sa silhouette un peu plus humaine. « Et puis, avant que tu ne le demandes, oui, ça fait mal. Parfois. Souvent même. » Ça pince la peau et savonne sur l'os. La cicatrice tire et le poids se répartit mal. Des fois, la prothèse frotte et des fois, il a même l'impression qu'il s'agit de sa jambe. C'est sans doute le pire. Se penser capable de marcher tout seul et mieux encore, de courir. Croire une fraction de seconde à peine qu'il est encore capable de valser sur ses pieds comme il le faisait autrefois, sportif accompli. Il regarde le métal, les tiges, les pièces, les vis, puis relâche son pantalon jusqu'à cette cheville qui n'est pas totalement la sienne. Il reste assis et regarde le sol. Essaye d'imaginer toutes les questions qu'elle peut bien se poser – toutes celles auxquelles il refuse de répondre, généralement. Puis, un soupir glisse de ses lèvres et son regard s'ancre aux planches lisses du sol. « Tu me manques, Halley. » Chaque jour, chaque instant. Un aveux qui crève le cœur et qui le tue, lentement, comme cette dope qu'elle s'enfonce dans les veines.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Mar 7 Aoû - 23:57

Une symphonie nuageuse, des mots qui se tordaient et s’emmêlaient au bout de ma langue. Amour de sangs. Amour de cendres. La passion était redoutable et merveilleuse. J’effleurais sa joue - je me laissais bercer par les vibrations de cette voix caressante. Une voix du paradis. Mon esprit voyageait et mon coeur s’embaumait - disparaissait. Je terminais chaque soupir en vidant un sac de pilules. La douleur enlaçait ma chair, une caresse enfoncée dans l’abdomen qui me saisissait les tripes et me propulsait dans les étoiles. Lip au creux des reins. Lip au coin des yeux. Son nom me poignardait les veines et faisait jaillir le feu dans mes orbites. Je l’avais pleuré. Je m’étais brûlé les cils et consumé les paupières. Sans lui, j’existais. Sans lui, je m’envolais. L’extase comblait le vide. Une dépendance au bonheur fugace, aux mélodies d’une autre vie, passée entre les rings et les bassins. Les athlètes amants, devenus risibles et seuls. L’amour ne suffisait pas. L’amour ne servait à rien. Je haussais les épaules et chassait la colère. Mes prunelles glissaient sur sa jambe pour en imprimer chaque détail - chaque rature. Une tige de métal nous séparait du sol. La sienne était greffée à sa peau et la mienne me tenait par la gorge. Il était si beau à ses heures perdus. Un cadavre ambulant, émacié et fibreux, racontant l’histoire d’une gloire oubliée sur la table de trophées. Mais il était toujours un héros. Toujours un battant. Ses poings se serraient et enroulaient les pans du tissu. Il retournait à sa cachette, camouflait la prothèse pour en oublier la grappe. Pourtant, je l’avais vu. Je l’avais senti. Ce moignon de muscle rongé par le vide. Ça faisait mal. La drogue créerait l’illusion d’un tout - d’un ensemble qui s’entortillait entre nos corps. D’une part à l’autre, nos blessures s’enlaçaient, nos détresses se joignaient et hurlaient à la lune. Je n’étais pas satisfaite. Je m’en fichais au premier coup d’oeil. Mon attention chavirait et remontait vers lui, son visage identique à mes rêves - ses iris admirablement conjuguées dans un souffle gracieux. « Tu te trompes. Je ne veux rien demander. Mais si tu insistes, c’est de l’acier inoxydable ? » Je souris en chancelant sur mes jambes. Ma démarche était débonnaire, agitée par les secousses de mes organes qui se contractaient au son de sa voix. Je lui manquais. Pas moi mais l’autre. La chimère. La fille qui n’existait plus et qu’il avait remplacé. Son amante était une malédiction. Un mal qui rongeait la moelle et qui m’effaçait peu à peu. Je détachais mes cheveux et me tournais vers la fenêtre. L’avait-il déjà convié dans cette chambre  ? Le paysage se déployait derrière la vitre et je ravalais mes doutes. Cette maison m’inspirait la joie - l’espoir. Elle était le berceau de nos passions et le reflet de l’entaille qui gangrénait dans ma chair. Je ne savais pas me soustraire au destin que je redoutais. La lâcheté triompherait peut-être ce soir dans la lutte qui m’opposait à la drogue. Je consommerais et tomberais, seule, sur le carrelage de ma salle de bain. Je tendis les bras et attrapais ses épaules. La fatigue ternissait mon expression mais je devais lui dire, je devais lui promettre de redevenir celle qu’il avait aimé. Celle qu’il avait trompé. «J’ai pas envie de rentrer ce soir … » Mes lèvres tremblaient sur son cou. Je restais immobile, suspendu sur son profil. Ses yeux fixaient le plancher alors que mon pouce glissait suavement sur son menton. « Je vais arrêter, même si ça dure un certain temps. Je vais arrêter et nager à Tokyo. Hein Lip ? C’est pas fini ? » J’avais besoin qu’il y croit. J’avais besoin qu’il s’accroche à mes rédemptions parce qu’il était la lumière qui se découpait dans mes ténèbres. Il était mon meilleur ami depuis des années. La source de mon excellence et de mes failles.

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Mer 15 Aoû - 0:43

Il s'était attendu à plus d'animosité et à des propos vicieux, mais dans le fond, le silence est parfois pire. Il aimerait que les réponses coulent de ses yeux ou de ses sourires. Qu'elle lui donne un aperçu de demain, même éphémère ; qu'elle nourrisse ses espoirs ou avorte toutes les idées qu'il peut bien se faire de leur avenir. Lip, il a encore du mal à réaliser que leur relation ne se conjugue qu'au passé, désormais. Que ce qu'ils ont aujourd'hui n'est ni une pause avant la suite de l'histoire, ni la transition vers le second acte de la pièce. Rapprocher les cœurs et sourire sur des élans de nostalgie ne suffira pas à effacer les erreurs et les échecs. La confiance ne sera plus jamais la même – si seulement elle daigne s'épancher sur le lien fragile qui les unit un jour, à nouveau. Il se perd dans ses soupirs et meurt sur ses silences. Il lui dévoile cette part de lui-même, ou plutôt cette absence qui fait tendre son genou vers le vide. C'est laid. Une marque transversale, ponctuée des cicatrices laissées par les sutures. Autant de fils que d'erreurs passées dans les bras d'une autre. Œil pour œil, dent pour dent ; oh que la nature est bien faite. Sa question résonne sur les craquèlements du plancher et lui, il en rit. C'est bref, mais mordant de sincérité. Un appel à l'aide, à retrouver ce qu'ils avaient – ce qu'ils n'auront plus jamais. « Bien sûr. Je voulais être toujours capable de rôder autour des bassins, dans risquer de rouiller sur le chemin du retour. » Sourires injectés de mélancolie. Il se souvient de tout, et spécialement du meilleur, maintenant qu'il l'a perdue. D'une vie passée sur les rivages et les aéroports, de deux cœurs séparés par des distances improbables. D'appels résonnant à travers le temps, sur plusieurs fuseaux horaires, à parler des vagues de la couleur de l'eau, des coups reçus et du goût du sang. L'impulsion est incertaine, mais il se lève à sa suite. L'observe qui déambule, valse sur les souvenirs disparus, d'une planche à une autre. Chaque mur, chaque meuble, chaque cadre – rien n'a bougé. Il n'a pas pu s'y résoudre et il n'y arrivera sans doute jamais, à effacer tout souvenir d'elle. Elle lui échappe pour mieux revenir. Il étreint sa silhouette maladroitement. Se rappelle du goût du sel sur sa peau et des grains de sables sous ses doigts. Elle s'accroche et il coule avec elle, Lip, jusqu'au centre de la Terre. « Reste alors. » Un murmure égaré, une supplication en sourdine qui lui échappe. Reste, aujourd'hui et demain. Reste, jusqu'à la fin des temps. Il fond sous ses phalanges, le géant de glace. Accroche son regard du sien et sourit avec les yeux. Ses lèvres effleurent le front de la brune et il s'empoisonne sur les effluves iodées qui lui collent à la peau. Il aimerait lui promettre que tout ira. Qu'il n'y aura pas de manque, ni de rechute. Que son corps ne tremblera pas sous les supplices de la drogue. Il aimerait lui dire qu'il aura la force de la priver de ses pilules à nouveau. De la regarder mourir un peu jour après jour, le haïr entre deux fièvres terribles. Oh, il aimerait bien des choses, Olsen. « Bien sûr que non, c'est pas fini. » Pas pour toi. Un demi-sourire et la saveur amère d'un mensonge sur le palais. Il voudrait pouvoir lui faire cette promesse. Qu'elle sera capable de grimper à nouveau sur la plus haute marche du podium, sans que ses jambes ne vacillent ou que son palpitant tachycarde. « Tokyo et bien d'autres jeux t'attendent. » Il ramène les mèches d'ébène vers l'arrière et se noie dans son regard. « Tu le sais déjà, que ce ne sera pas simple. » Un murmure rhétorique. « Mais je serai toujours là. À chaque pas vers le podium. » Il se veut optimiste, Lip. Porte son combat comme si c'était le sien. Son cœur chavire et il détourne le regard, s'efface lentement du sien. « Peu importe la place que tu voudras bien m'accorder. » C'est une demande dérobée. Une énigme qui en cache une autre. Des mots qu'il n'arrive pas à prononcer. Et nous, hein Halley ? C'est pas fini ?

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MessageSujet: Re: then we start to drown + lip    Ven 17 Aoû - 1:15

Horrifiée par la courbure du métal - par le vide entre le genou et l’espace autour. Lip avait laissé la même déchirure sur mon âme. Une étreinte glacée contre mes os, l’ablation du coeur et de ses viscères. Un coup si violent qu’il avait fracturé mes chairs. Nous étions séparés, complètement finis. Le combat semblait avoir duré une éternité. Mille injures parallèles aux rails de coke, des silences à en tordre l’estomac et la douleur d’une passion qui se refermait lentement. J’avais vécu dans les addictions avec pour seule compagne, la morsure de l’aiguille et la caresse tropanique de l’injection. Il m’avait manqué à chaque dose. Il me manquait encore. J’avais l’impression de me noyer dans ses bras, de m’effondrer dans les sillons qui se creusaient entre nous. Je levais les yeux, l’humeur aqueuse teintée de chlore et de sang. Des vaisseaux éclatés par les poisons de la drogue. Des jambes et des muscles, chancelant entre les bassins et les vestiaires. Maintenant, j’étais perdue. La foule était absurde sans lui - sans la silhouette qui se penchait hors des gradins pour crier mon nom. Il était l’étoile qui brillait au sommet du podium. L’astre qui m’attirait vers les hautes lumières. Je pinçais les lèvres en m’accrochant à ses épaules. Il était plus facile à détester dans la distance. Mais il était là, et l’univers se brisait. Sa démarche enlaçait mes yeux - mon esprit. Je ne respirais plus. L’air se raréfiait dans mes poumons. Je sentais l’odeur du sel et le parfum d’une autre que moi. Lip avait crée cet état de doute. Il me faisait du mal dans l’intimité de nos retrouvailles, dans la maladresse d’une confession qui bordait les contours de nos lèvres racées. Avais-je besoin d’énoncer les sentiments ? De nommer la colère et la jalousie qui tailladaient ma gorge ? Je ne voulais plus la romance - seulement un ami. Je vacillais entre les fluctuations de sa voix. La complicité s’enfonçait dans ma peau, mais je n’en voulais pas. Je ne pouvais plus supporter. Soudain, je me détachais. Un éveil brutal, une gifle invisible. Je frissonnais en me hissant vers son visage. Mes doigts tremblaient sur sa mâchoire. Il n’avait pas changé, ce profil aigu et cette charpente amochée par les pugilats et les luttes corporelles. Je lui adressais un sourire nostalgique. Je le croyais, Lip. De toutes mes forces. Ses promesses étaient mes absolutions. Elles imprégnaient mon esprit et mon corps. Je retenais mon souffle en fixant ses prunelles bleues. Un océan de secrets. Une tombe où nos amours se couchaient pour mieux s’éteindre. Bien sûr que je restais, s’il demandait. J’étais incapable de bouger. De m’éloigner. « Y a plus de place pour rien. » Il n’était jamais retourné pour moi. Il était parti, choisissant la passion immorale et la frénésie de la séduction. Une compétition déloyale. Parce qu’elle était sobre et que je n’étais que l’ombre d’une femme. Une sirène échouée sur les rivages. « Et toi ? Tu feras quoi quand je serais sur le podium. Tu seras heureux d’enfin pouvoir me quitter sans culpabiliser ? » Je haussais les épaules en me détachant de son emprise. Nos souvenirs s’éparpillaient dans la pièce. Autant de cendres froides et humides agglutinées sur les murs et les cadres. « Je t’ai jamais demandé d’être mon héros. Je voulais juste que tu la gardes dans le pantalon. » Je lui pardonnais parfois. J’oubliais le goût de la trahison et l'amertume du départ. Mais il était plus facile de lui rappeler mes blessures. Dernière relique de nous. Une manière un peu tordue de l’emprisonner dans mes filets. « Filip, t’es juste humain. » Murmurai-je en déposant mes lèvres sur sa bouche. Une caresse légère derme contre derme. « Et moi aussi. » Je m’agrippais à lui, telle une tueuse prête à exécuter sa victime en lui donnant le baiser de la mort.

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