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 your silhouette burned in my memory + lysandra

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MessageSujet: your silhouette burned in my memory + lysandra   Mar 15 Mai 2018 - 20:36

Mémoire effacée, luttant contre l’oubli - contre une multitude d’images suspendu dans le ciel. Comme si on ne s’était jamais rencontré. Comme si ma main, n’avait jamais esquissé le premier pas, l’implorant de revenir, de se détourner de l’autel. Une supplication en silence. Une attirance désuète, presque enfantine. Lysandra était ainsi, à présent. Un pétale de rose effiloché. Une pierre précieuse, ternie par le temps, par cette passion qu’on avait en commun. Celle de la guerre et de la vérité. Nos voix étouffaient sur les marges du papier, imprimant les rancoeurs du monde dans les articles des plus grand journaux d’Angleterre. Pourtant, personne ne lisait plus. Personne ne s’intéressait à ses retours. J’avais si peur de la perdre à nouveau, de gâcher cette chance inespérée d’égaler Graham et ses prunelles d’ébène. Mon souffle se perdait entre les corridors de la ville. Je marchais pour ignorer l’appel du coeur. Je me détournais des vestiges de mon mariage et du sien. Nous étions encore des gamins. Nous étions fous à lier. Fous, tout simplement. Je me précipitais vers la porte afin de glisser le long de la rampe d’escalier. Mes souliers claquaient contre le sol, esquissant une danse étrange, pleine de joie et de frénésie. Contrairement aux autres, elle avait cet effet sur ma vie. Un rayon de soleil qui transperçait les nuages noirs, loin des mensonges de Jude et des départs de Gabrielle - un univers plein de douceurs et de quiétude où Victoria ne souffrait pas. Elles semblaient toutes se disloquer, se perdre dans un labyrinthe de souvenirs écorchées. J’étais au milieu de leurs échecs, gardant pour deux les détails d’une vie passée. Le vent glissait sur mes joues. Je grommelais en calant une cigarette entre mes lèvres. La fumée déliait les noeuds au fond de ma gorge. Je hochais la tête, agitait les épaules et continuait ma course contre l’invisible. Les enseignes des petits cafés s’alignaient tout le long de la rue, accueillant mes pensées dans une fraction de secondes, un passage rapide menant jusqu’au bord de la mer. Mes yeux retrouvaient la clarté des vagues et l’appel de la mousson. Je laissais les cendres s’éparpiller dans le sable avec une harmonie effrayante. Nous étions ainsi, mille fragments qui se perdaient dans la masse - dans une entité plus grande et plus vaste. Je m’assis à califourchon, serrant les dents pour ne pas crier. Pour ne pas appeler à l’aide. La confusion étouffait mon esprit. Allait-elle m’abandonner maintenant ? Me laisser comme l’avait fait mon jumeau ? Je grommelais dans ma barbe, sortant mon carnet et un stylo à bile. Les mots pleurait entre les plis, contant l’histoire de ces moitiés déchues, ces moitiés qui ne se complétaient plus. Mon coeur cognait les battants de ma poitrine, fissuré au milieu - délabré en dedans. Je relevais la tête après des heures de contemplation. Puis mes jambes se redressaient afin de défier le vent. Je me retrouvais face à sa maison. Lysandra derrière la porte, l’âme écorchée par les horreurs que nous étions les seuls à avoir vu avec les yeux des autres - collision terribles entre la guérilla et l’armée, entre les rebelles et le gouvernement. Je soupirais en apercevant son visage. Puis mon sourire s’élargit en l’attirant dans mon étreinte. Elle me manquait tous les jours depuis sa disparition. Et malgré son retour parmi les vivants, malgré la distance qui s’estompait, le vide restait intacte. «Je viens te kidnapper, j’ai réservé une table dans ton restaurant préféré.» Sur le toit de la plus haute tour de Brighton. Une table sous les étoiles et les lumières du monde. L’impression d’être partout ailleurs. D’être seulement ensemble.
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Lysandra Hart

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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Lun 21 Mai 2018 - 22:00

Le vide l’enveloppait, un peu plus chaque jour, un peu plus à chaque instant. Les murs pâles de son appartement se voulait rassurants, réconfortants, mais ils ne représentaient à ses yeux que le néant, les pages blanches miroitants ce syndrome où ses pensées incomplètes, morcelés, gâchaient le récit de sa vie. Elle n’était plus, désormais, qu’une pièce rapportée d’un tout incohérent, son reflet lui renvoyant celui d’un Picasso coloré et confus, complètement détachée de la réalité. La guerre lui avait arrachée trois années de sa courte existence, trois ans de liberté troqués contre un dessein plus tragique, plus cruel, que le temps ne parviendrait jamais à dissiper de sa mémoire, annihilant au passage les nombreux souvenirs de sa vie passée, une vie plus heureuse, plus clémente auprès d’un mari aimant et de ses enfants. Des visages inconnus qui ne cessaient de la hanter, de la pourchasser, jour et nuit, au détour d’un album-photo ou d’un mauvais rêves qui l’arrachait des bras de Morphée. Son regard se perdait vers les vagues qui frappaient la côte, les cheveux balayés par le vent, dansant autour de son visage amaigrit par les épreuves, par les tourments. Elle se sentait lasse, Lysa. Fatiguée de se battre contre un ennemi invisible, contre ce qui la grugeait de l’intérieur. Ses propres démons, ses terribles chimères. Sa force, elle la puisait dans les autres, dans ceux qui refusaient de la laisser se noyer, et sombrer dans la noirceur de l’oubli. Ses parents. Sa sœur. Et Julian, qui lui ouvrait grands les bras pour la cueillir tout contre lui, l’enfermant dans l’étreinte de ses bras pour la soulager de tous ces maux, ne serait-ce que l’espace d’un infime instant. Comme un enchantement, lui permettant d’oublier ce qu’elle était devenue, et de redevenir ce  qu’elle avait toujours été. La femme, l’amie. Son corps frémit, contrecoup d’un traumatisme handicapant, incommodant, qui la paralyse à tout instant. Pourtant, il se s’agit que d’un mot, huit lettres, tout ce qu’il y a plus d’innocent. Mais c’est l’image de ce qu’il revoit qui la fait travailler. Kidnapper. – N’utilise plus ce mot, s’il te plait Jules... – qu’elle prononce à demi voix, se détachant à contrecœur de l’un des seuls êtres bénéficiant toujours de son aveugle confiance, et de son indéfectible attachement. – Tu n’as pas besoin d’utiliser la méthode forte pour m’obliger à passer du temps avec toi, tu le sais, ça. – Sa voix est douce, posée, loin d’être chargée de reproches, trop lourd à porter pour son corps si frêle et chétif, si fragile qu’il pourrait s’effriter, se fracasser, comme une porcelaine flétrie par les années. Son visage rayonne, lui, ce regard éteint s’allumant d’une petite étincelle dansante, frémissante, ces lèvres s’étirant en un sourire fascinant. – Il y a si longtemps que nous n’y sommes pas allés… ça me manquait. – Là-haut, à l’abri des regards d’autrui, des jugements et des questionnements, là où seuls la lune et les étoiles sont témoins de leurs confidences, de leurs secrets, fredonnés à mi- mots et de ces silences qui veulent tout dire. Seuls au monde, à la merci de la nuit, et à l’abri du chaos qui règne dans sa vie.

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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Lun 28 Mai 2018 - 19:46

Les souvenirs tombaient comme des notes aigus sur la façade. Un enchaînement de sons étranges, nostalgiques. Entre bombardements et rires. Frénésie et silences. De rivières à marée de sang. Chaque mélodie, me ramenait la-bas. Je serrais les dents en fixant ses prunelles opaques. Mon dos se dressait face à la porte. Je m’éloignais. Je ne comprenais pas. Brighton était différente. La ville semblait écorchée par le temps, par les visions d’un monde de guerre et de douleurs. Nous avions vécu ensemble. Et ensemble, nous étions morts sur les frontières des camps militaires. L’Afghanistan avait happé mon visage. Et la Syrie avait pris sa mémoire. Un équilibre instable, emprisonnant mon esprit dans les ruines du Moyen-Orient. Je chancelais. Je débordais. Le sentiment roulait dans mes veines, un poison impossible à nommer. Une souffrance doucereuse qui berçait ces nuits de solitude où les cris des enfants s’élevaient dans ma tête. Ou l’obscurité me rappelait les absences de Jude et les départs de Gabrielle. Je restais immobile face à sa silhouette, les membres paralysées par la sensation de vertige. Mon corps prenait appui sur le sien, dans une étreinte forte et attentionnée. Mon coeur se confondait dans ses côtes, battant à toute allure pour rattraper le temps. Pour lui confier un secret d’enfant que j’étouffais dans une complicité mensongère. «Désolé.» Je lui rendais sa liberté. Les lumières des lampadaires enlaçaient la rue. D’un geste lent, je lui tendis la main afin de l’attirer dans ma forteresse imaginaire. Nous marchions à reculons, les âmes perdues entre les mouvements de la foule gémissante. Son alliance transperçait ma poitrine. Elle laissait une marque, comme une cicatrice sur mes paupières. Je déplorais un mariage que je n’approuvais pas. Je déplorais une destinée folle, qui nous insurgeait de surprises et de tourments. Je me penchais lascivement. Ma bouche effleurait sa tempe. « Je voulais m’échapper loin de tout. » Murmurai-je en sortant une cigarette. Les effluves du tabac illuminaient ma vision. J’exhalais les saveurs âpres d’une existence nocturne, vouée aux fragments poétiques de ces oeuvres que je n’écris plus. Je souris en me tournant vers Lysandra. «Tu te souviens de mon mariage ? » Je m’emmêlais dans les émotions. Je plongeais encore, dans un noeud de sentiments qui s’enserrait depuis des années au fond de ma gorge.
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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Dim 17 Juin 2018 - 3:49

Marquée par la guerre à tout jamais, portant sur son corps ces cicatrices en guise de souvenirs, des traces indélébiles que même les années ne parviendraient à effacer. Les coups avaient laissé des marques sur sa peau à la teinte ambrée, et la violence s’était logé dans un coin de son esprit : la violence des mots qui la faisait tressaillir, celle des cris qui continuait de causer ses soubresauts, puis celle des gestes, de la torture aux agressions, qui avait inhalée les dernières lueurs d’espoirs qui résidait encore en elle. Jusqu’à ce que le soleil la frappe enfin de plein fouet, des années plus tard, l’aveuglant par son éclat miroitant qui son regard, assombrit par les années. Elle avait survécu, Lysandra. Du moins, c’est ce qu’on ne cessait de le lui répéter. La femme qui était partie en Syrie, trois années plus tôt, était morte là-bas et celle qui en était revenu ne serait plus jamais la même. Elle s’accrochait à Julian comme à une bouée de sauvetage. Il représentait à ses yeux une stabilité, une continuité de ce qu’elle avait été, un lien entre son passé et son présent, un allié et un soutien pour ce futur de plus incertains. Sa main attrapa la sienne, et ses pas se calquèrent à ceux de Julian alors qu’ils vagabondaient dans les rues de Brighton, à contre-sens du mouvement des foules qui s’amalgamait tout autour d’eux. Cette impression d’être une solitude au milieu de tous ces gens, d’être à l’écart du reste du monde, transporté vers d’autres ailleurs, d’autres temps. La douceur de ses lèvres contre sa tempe la replonge à une époque où tout était plus simple, là où les caprices de la vie ne les avaient pas encore atteints. – J’aimerais tant que tout s’arrête, ne serait-ce que pour un instant. Je suis si fatiguée, de combattre. – Les cauchemars, les souvenirs, les absences et les silences. La guerre n’arrêtait jamais réellement, même lorsqu’on la laissait derrière soi. Elle devenait plus subtile, plus mesquine. Pareille à une ombre qui ne cessait de se tapir dans notre sillage. Les volutes de fumées de la cigarette virevoltaient vers le ciel en une torsade blanchâtre qu’elle ne put s’empêcher de suivre des yeux. Lysa enviait presque cette liberté, celle de pouvoir disparaître sans un bruit, sans un geste brusque en s’évaporant dans la nuit. – Vaguement. Que quelques brides ici et là. – répondit-elle alors, alors qu’il s’enquerrait du peu de souvenirs qu’elle conservait de ce jour pourtant important à ses yeux. – Je ne me souviens même plus du nom de ta fiancée. – Un détail anodin parmi une kyrielle d’autres, insignifiant pourtant dans l’immensité des souvenirs rayés de sa mémoire.

( Encore désolé du délai de réponse. )

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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Lun 18 Juin 2018 - 2:43

Je refusais de m’éloigner. Mains tendues sur une silhouette de cendres. Poupée de cire. Coeur de chiffon. Lysandra était la dernière relique du ciel. Une étoile filante, brisée au milieu de sa constellation. Je me penchais lentement. Son parfum embaumait mes yeux, voilant les iris d’une émotion brûlante. Une larme maudite que je ravalais depuis trois ans. Elle était si jolie - si légère entre mes bras. Ma bouche embrassait les cicatrices sur sa peau, comme pour effacer le chagrin, pour gommer les souvenirs qui restaient encore. Une réalité alternative à deux. Un passion avortée au fond de mon coeur. Elle ignorait tout de ce premier contact amoureux, de la collision du palpitant et des côtes. Milles morceaux éparpillés dans ma chair. Milles fragments recollés avec le temps. Je soufflais sur les plaies. Je m’enlisais dans les abîmes qui l’avaient emportés si loin, au delà des terres syriennes et des cachots de guerre. Je n’imaginais pas comme les autres. Je m’effondrais, poitrine devant. J’enlaçais les images, décortiquais les détails et reconnaissais la douleur qui jaillissait dans ses veines. Si fragile, vulnérable par l’amnésie et libre par l’oubli. Une dualité d’esprit qui aspirait son identité. Qui la rendrait presque quelconque. Une histoire qui s’écrivait différemment, maintenant. Puis que j’avais enfin la chance de recommencer. De caresser sa joue et son échine. De tuer la distance sans regarder en arrière. Sans succomber face à l’effroi. «T’es pas obligée de te battre, Lysa.» Tu peux succomber. Abandonner. C’était le déni qui m’insufflait la vie. Qui me redonnait espoir. Je prétendais au bonheur jusqu’à ce qu’il se concrétise sous mes lèvres, prenant la forme du verre d’alcool ou du roulé de cannabis. J’aspirais mes folies passagères, vagabondais dans les sphères nébuleuse d’un réalité alternative, là où l’encre faisait la différence, où le sang séchait sur les marges du papier. Je l’étreignais avec douceur, retenu par la peur du vide - par une proximité promise. « Moi, je me souviens de tout. » Ma voix frémissait sur son cou. Je me souvenais des danses folkloriques et du rire de Gabrielle. De sa longue robe blanche et de ses bras enlaçant le bouquet. Elle m’aimait si fort, que l’émotion brûlait dans ma poitrine. Puis elle était devenue malade, prostrée dans un vaste lit d’hôpital. Nos rencontres étaient des nuances de térébenthines et de produits aseptiques, flottant dans les couloirs. Je n’avais pas supporté. Je n’étais pas assez fort pour elle, mais je voulais le devenir pour Lysa. «Gabi. Elle s’appelle Gabi. » Je répétais comme une évidence accrochée aux coins de la lune. Ma confession s’arrêtait là. Eteinte - bafouée par les regrets. «On a divorcé. Si t’es pas heureuse, tu devrais faire pareil et t’enfuir avec moi. » Un chuchotement odieux, saignant au bout de ma langue. Je n’aurais jamais dû dire ces choses. C’était égoïste et stupide. Mais, comme elle, j’avais besoin d’une échappatoire. D’une nouvelle étendue pour vagabonder et errer à l’infini. Mon corps était là, mais le reste était condamné, suspendu entre les frontières de ces villages décimés par les bombes.
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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Mer 25 Juil 2018 - 2:41

My little flower, c’est ainsi que son père l’avait toujours surnommé, lorsqu’elle n’était encore qu’une gamine. Il aimait raconter que ses filles étaient le plus beau jardin qu’il eut cultivé de sa vie, et que c’est grâce à son amour qu’elles avaient grandi en beauté. Mais la petite fleur s’était fanée, quand on l’avait arrachée à son environnement. Elle avait perdu de ses couleurs, de son éclat, se recroquevillant contre elle-même pour tenter de survivre aux assauts de son environnement, aux agressions des parasites qui ne voulaient que sa peau. Quelques pétales décidèrent de rendre leurs armes durant ce long combat, la laissant plus dénudée, plus fragile que jamais. Des bienfaiteurs étaient tout de même parvenus à l’arracher aux mains de ses tyrans, pour prendre soin d’elle, pour la soigner et la ramener doucement à la vie. Mais elle avait été abimée, la jolie fleur. Et plus jamais elle ne serait la même. Malgré toute sa bonne volonté, malgré toute l’aide apportée. Jamais ne resplendirait-elle autant que dans sa jeunesse. Flétrie, alanguie, Lysandra était à l’image de cette pauvre fleur. Elle avait laissé derrière elle, en Syrie, bien plus que trois années de sa courte vie. Des visages, des moments, des cris de joie et des larmes, des odeurs et des regards, tant de choses dont elle ne se souvenait pas. Ne se souvenait plus. Elle aurait tant voulu récupérer chaque partie d’elle-même que le vent avait semé, çà et là, dans ce désert syrien. Peut-être serait-elle parvenue à se retrouver, en recollant ces morceaux ensemble; à se réappropriant sa vie, son passé. L’image était belle, mais loin de la réalité. Un ultime fantasme. Un rêve éveillé. – Je n’ai pas le choix... Ma vie n’est que ça : un combat. Et si j’arrête de me battre, il ne restera plus rien de moi. – C’est cet instinct de survie qui la forçait à rester en vie. Cet ardent désir de subsister, malgré le chaos qui régnait dans son cerveau. Elle ne pouvait pas abandonner. Pas ici, pas maintenant. La peur de décevoir, de donner raison à une énième statistique défaitiste. Sa seule existence relevait de sa résiliation. Abandonner, c’était prendre le chemin le plus simple. Le plus facile. Et Lysandra ne se le permettrait pas. Ses bras l’enserraient avec une douceur familière, une tendresse coutumière et apaisante. S’il la serrait un peu plus fort, sans doute parviendrait-il à unir toutes les pièces de son puzzle éparpillé à ses pieds. Il avait la mémoire pour combler les vides. Les mots pour lui raconter. Et des mains pour la guider, pour la rassurer. Gabi, lui rappelle-t-il. Elle s’appelait Gabi. Ce prénom lui semble comme une évidence, mais elle ne parvient point à dessiner des traits dans sa mémoire pour se remémorer son visage. Elle n’est qu’un mirage de plus dans ses pensées. Une vaine illusion. Lysa sourit. Ses lèvres se marquent d’un sourire railleur, qui teinte son humeur. Mais le soupir s’invite sur le bord de sa lippe, et glisse sur sa bouche. Il siffle entre ses dents. – Je m’enfuirais avec toi n’importe quand, Jules. Si seulement c’était aussi simple… -  Sa bonne conscience la gardait les deux pieds sur terre, maître d’une promesse dont elle ne maintenait aucun souvenir. Des vœux échangés, des promesses formulées. Devant Dieu. Devant les autres. Son cœur lui dictait de suivre sa voie, Lysa ne pouvait se résoudre à le suivre par égard à ce passé oublié.

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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Lun 6 Aoû 2018 - 11:09

Le silence submergeait mes pensées. Je me penchais, lèvres suspendues aux pétales d’une fleur fanée. Ses tiges se courbaient contre ma joue. Elle tombait, chutait sur une terre de sang et de glace. Nos regards se confondaient. Puis, la caresse. Le toucher d’une main qui timidement effleurait la sienne. Les sentiments se chevauchaient dans une valse mortuaire. Entre les cliquetis des chars et les coups de plombs, la vie se transformait. Les coeurs changeaient. Lysandra était marié. Et je ne l’étais plus. Je n’étais qu’une chimère d’amour. Une relique abandonnée, négligée. Mon souffle effleurait son menton. Je ne bougeais, glissant pas à pas vers la lisière d’une rivière déchainée. La passion juvénile qui luttait pour revenir. Des lubies qui se mélangeaient, qui perturbaient mon esprit. Je redressais les épaules et esquissais un sourire. Je n’avais plus les mots pour consoler. Seulement des gestes et des confessions. Une déclaration sincère pour soulager une mémoire qui s’effaçait. « Il y a moi, mais j’ai jamais été assez pas vrai ? » Un murmure contre un autre, noyé dans une ritournelle de paroles insensée. C’était étrange de lâcher la vérité. De la laisser s’épandre sur nos visages enlacés. Je soupirais et m’éloignais. Elle y a des fragments d’une famille oubliée. Un conjoint et des gosses. Les piliers d’une vie qu’elle avait oublié de chérir. Et je me tenais au milieu comme toujours. Je n’avais pas de place dans ses fantômes. Parce que notre amitié était si ancienne qu’elle restait. Parce que j’étais comme un membre, un bras, une jambe, nécessaire mais jamais vital. «T’es toujours occupée, ailleurs. » Murmurai-je en haussant les épaules. Je levais les yeux vers la voute céleste. Les étoiles illuminaient le ciel, créant une succession de points argentés entre les nuages gris. Je lâchais un rire en croisant nos doigts. « Quelle belle ironie tu rêves de te souvenir et je n’ai qu’une envie, oublier.» Ma voix ondulait sur les sphères de l’univers, roulant sur les façades délavées de Brighton. Nous étions si loin sur le toit, perchés à mille mètres des vacarmes d’une ville qui nous rejetait, qui ne comprenait pas la souffrance du survivant.


Dernière édition par Julian Baker le Mar 11 Sep 2018 - 19:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Lun 27 Aoû 2018 - 3:46

Son palpitant s’essouffle, las de battre à la chamade d’un cœur trop lourd. Les pensées s’entrechoquent entre passé et présent, entre une réalité tangible et des songes d’une vie passé que les tempêtes de sables et les vents du désert lui ont arrachés, des souvenirs auxquels elle tente de s’attacher, s’acharnant à combler les vides de sa vie avec ses instants volés. Sa seule certitude, elle se trouve là, à ses côtés. Tangente indéfectible, la droiture de Julian se pli pourtant sous le poids de mots, entre deux soupirs dont le souffle caresse sa peau. – C’est faux…. – Mais il s’éloigne déjà, blessé par la vérité de ses propres paroles. Lysa ne peut rien faire pour le retenir, et les reproches pleuvent sur sa carrure qui s’affaisse à son tour. La culpabilité la ronge, ses dents entaillant sa lèvre inférieure un peu trop fort, un peu trop durement. L’anxiété la guette à tout moment. Seuls les doigts de l’homme coincés entre les siens l’empêche de laisser cette angoisse l’emporter. Elle resserre son emprise sur cette main à la paume usée, une main qui a connu les affres des guerres et les horreurs qui s’y sont déroulés. Lysa, elle s’attache à cette part de lui, craignant qu’il ne l’abandonne. Qu’il prenne la fuite, lui aussi. Comme ses souvenirs, qui se sont égarés quelque part dans les terres arides de la Syrie. – Tu peux avoir tout mon temps, Jules. – qu’elle confie à demi-mots. Une promesse dont elle ne mesure pas l’intensité, mais dont le sens se perd dans le vent qui souffle, sur ce toit qui surplombe la ville. Un frison, une secousse traverse son corps. C’est un peu de chaleur qu’elle vient quémander quand ses bras enlacent la taille du confident, sa tête reposante là où sa poitrine se soulève à chaque inspiration, le bruit de son cœur battant résonnant à ses oreilles tel une complainte, annihilant tous autres sons.  – Aide-moi à me souvenir… je t’aiderai à oublier. Peut-être qu’à deux, on s’en sortira.Peut-être qu’avec toi, je retrouverai mon chemin parmi les étoiles.

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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Mar 11 Sep 2018 - 19:44

L’oubli des instants passés. L’oubli du sentiment et des souvenirs. Je me redressais en fixant sa bouche. Un relief rosé, tremblant au bout de son visage racé. Des erreurs de la guerre vécus à deux. Des tragédies qui se distillaient en nous. Je gardais les mêmes cicatrices. Les explosions des chars et les hurlements des civiles remplissaient le silence. Un empire écrasé par la vanité des Hommes. Je marchais à reculons, rejoignant les abysses de la nuit et la blessure d’un amour adolescent. Un crush lointain dont l’émotion revenait avec le ressac. Lysandra était mariée. Elle vivait de ses promesses et des reliques d’un couple fragilisé. Sa main agrippée à la mienne, le fantôme de Graham bafouée sous l’étreinte imposée de nos silhouettes fébriles. Son parfum embaumait mon esprit. Je succombais un peu, lesté par la nostalgie d’un sentiment rêvé. Je n’avais jamais eu le courage de l’aveu. Des mots emprisonnés sous la langue. Une immoralité, qui jugeait notre amitié. Qui conditionnait l’éloignement. Je l’avais laissé prendre la fuite au bras d’un autre. Une échappée jusqu’au bout de l’autel, les courbes drapées de blanc et les phalanges écorchées par le bouquet de fleurs. Mes prunelles s’illuminaient sous les étoiles. Les nuages valsaient dans le ciel, dégageant les clairs d’une lune qui inondait son visage. Je posais mon menton sur sa tête et soupirais entre ses cheveux. Une supplication cruelle, retenue depuis des années. J’étais fatigué de lutter, de trouver des raisons à nos malheurs. Gabrielle m’avait quitté pour m’épargner sa maladie. Elle avait ses symptômes et je n’avais pas les cures. Seulement, cette colère sourde, cognant au creux du palpitant. Une existence emmêlée à la tragédie. Mes bras glissaient dans l’obscurité de la nuit, empoignant tout à coup les côtes de Lysa. Le doux plaisir d’un fantasme ravivé par la proximité soudaine et le vice humain. Je frissonnais en m’inclinant vers sa joue. Ma bouche dessinait un sillon sur sa peau. Une énième plaie sur le derme écorché par les mains des ravisseurs. Je plissais les yeux. Ses larmes étaient glacées. Et les miennes ne coulaient plus. Il était trop tard . Nous avions seulement d’évasion. De trouver une issue, loin de Brighton. « Pourquoi tu veux te souvenir des horreurs de la vie ? » Je restais suspendu à son profil. Nos pupilles s’effleuraient délicatement. Puis, ma bouche s’endormait tendrement sur la sienne. Une chasteté douloureuse. La regrettable impulsion d’un amoureux égoïste et d’une passion amnésique. Je restais immobile, un moment. Puis je me détachais pour avancer vers le rebord du toit. Le vent se dispersait dans mes cheveux, murmurant les syllabes de nos prénoms qui se fracturaient dans la nuit. Maudits. Nous étions maudits.
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MessageSujet: Re: your silhouette burned in my memory + lysandra   Dim 14 Oct 2018 - 3:33

Désolé, les dialogues sont en anglais, je n’arrivais pas à les traduire pour qu’ils retranscrivent aussi bien ce que je voulais qu’elle dise.

La guerre avait laissé un parfum indélébile sur elle, une odeur de sueur et de sang qui s’accrochait à son derme écorché. Des traces que rien ne parviendrait à effacer, pas même le temps qui passait, lentement, doucement. Des heures, des jours, des semaines, des mois, des années. Son enveloppe corporelle porterait éternellement ces marques gravées sur sa peau. Tout comme son âme, déchirée entre deux époques, deux vies. Il y avait celle d’avant, celle de l’épouse, la mère, l’amie. Et puis il y avait celle-ci : celle de la survivante. Celle où elle devait mener un tout autre combat, une bataille sans fin contre un monstre qui n’avait point d’apparence. Un monstre invisible qui logeait dans sa tête, tapis dans l’ombre, enserrant entre ses mains les plus précieux souvenirs qu’elle possédait comme des trésors précieux. Il les lui avait dérobés sans scrupule alors qu’elle avait le dos tourné, trop occupée à lutter pour sa propre vie. Pour sa survie, son existence même dans ce bas monde. Vicieuse créature, il engourdissait ses moindres pensées, s’insinuant comme un brouillard épais dans cette version altérée de la vérité. Parfois, elle songeait que la vie aurait été plus simple pour son entourage si elle avait tout simple périe, durant sa captivité. Être un fardeau pour les siens lui pesait lourdement sur la conscience, et elle était lasse, Lysa, de les décevoir constamment. Peut-être aurait-elle dû plutôt opter pour la facilité et accepter cette nouvelle vie sans un regard en arrière. Repartir à zéro sur cette base chambranlante à laquelle il manquait plusieurs pièces clés pour y assurer sa stabilité. Mais ce n’était pas elle, de renoncer aussi aisément. De reculer devant un défi, qu’importe ce qu’il puisse être. Elle savait que quelque chose manquait à sa vie. Elle le sentait, au creux d’elle-même, que son monde était incomplet. Son instinct le lui criait constamment, mais sa tête ne cessait de vivre dans le déni. Lysa, elle se perdait dans ce parcours sinueux, dans cette quête parsemée d’embuches et de faux espoirs. Les yeux clos, blottit contre le torse de Julian, le regard éteint derrière le rideau de ses paupières, elle tentait de retenir ces larmes qui n’avait pourtant pas besoin de son aval pour se déverser le long de ses joues. Des larmes qu’il embrassa du bout des lèvres dans un geste délicat et apaisant. Leurs deux corps tanguaient dans la nuit qui recouvrait la ville de son manteau obscure, confrontés à des années de confessions inavouées et de moments ratées. De regrets et de soupirs. Lysa ne sut trouver les mots pour répondre à sa question, et sa bouche s’ouvrit avant de se refermer sans un bruit, sans un son. Ses iris se perdaient dans la profondeur de son regard, les yeux brillants sous ce ciel étoilé. La collision se fit lentement, ses lèvres venant doucement cueillir les siennes avec une tendresse engourdissante. Un aveu silencieux que seuls les gestes pouvaient combler. L’une de ses mains vient se poser, tremblante, sur la joue de l’homme au même moment où dans un mouvement de recul, il s’échappe de leur étreinte, laissant son geste en suspend dans le vide, un sentiment similaire prenant place dans le creux de son ventre. Un soupir siffla de ses lèvres et fila dans la nuit alors qu’elle s’approchait de Jules. Ses bras enserrent à nouveau la taille de celui qui lui tournait désormais le dos. Sa tête trouva appuie contre sa silhouette et pendant quelques secondes qui lui parurent de longues minutes, seuls les bruits de la ville en contre-bas meublaient ce silence tortueux. – Jules… - Un murmure, une supplication. – You know I love you… but I’m not really the girl you want. That girl died years ago and now she’s just a shadow of what she used to be. – Jamais plus ne sera-t-elle la femme qu’il a connue, et celle don’t il est tombé amoureux, il y a bien trop longtemps, déjà. À un autre temps, une autre époque. – And I don’t want to hurt you even more, but you know… you know that I’m not yours to keep. – Elle était la femme d’un autre, et la mère de deux enfants qui la réclamaient depuis trop longtemps. Cette blessure invisible qui l’accaparait causait bien assez de maux à son entourage. Elle ne désirait que l’épargner. Le sauver. – You deserve so much better than me, so much better than this broken version of me.

_________________

    --- ( lysandra hart )
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