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 we all have the hunger + james

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Andy Cavendish

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MessageSujet: we all have the hunger + james   Dim 13 Mai - 15:29

Je portais dans mon coeur, l’écho d’un souvenir dont je ne me souvenais pas. Une malédiction levée, une image qui se tortillait entre mes paupières. Je fixais le miroir, suppliant dans un soupir, rehaussant les arcs de mes joues et le coin de mes lèvres pour me créer une illusion d’oubli. La lassitude enlaçait ma poitrine, dressant un voile obscur entre mes émotions et les harmonies de ma voix. Je ne chantais plus comme avant. Depuis deux semaines, les mélodies se mélangeaient. Les notes étaient déchiquetées, crucifiées par les tremblements du micro entre mes doigts. Il avait raison - j’étais faible et fatiguée. Tout ce temps, n’était qu’une transition - un deuil de lui que j’arrivais pas à achever. Je déglutis en appliquant mon mascara. La présentation de ce soir était importante. Un grand hôtel dans les faubourgs de Londres. Il y avait un agent et quelques personnalités influentes, peut-être une chance, pour moi, de partir enfin. Et même si la terre toute entière n’était pas assez grande pour nous, le vide suffirait pour étouffer nos sentiments - quels qu’ils soient, de haine ou de tristesse. Je me détournais afin d’observer la vitre. Les nuages dansaient entre les encadrements de la fenêtre, m’insufflant une promesse d’évasion, une averse à venir, tumultueuse et salvatrice, pour effacer tous les vices et les pêchers. Je chancelais dans le couloir de mon appartement. Les pièces semblaient si étroites - comme une prison qui me condamnait aux routines de cette ville. Aux exclamations du vent. Je poussais la porte afin de me dérober à la réalité. La mousson fouettait l’habitacle de la voiture, saupoudrant le véhicule de perles de sel et d’espoir. Je roulais dans les sentiers mal éclairés de Brighton, laissant les pneus crisser à la surface de l’asphalte gris. Le moteur ronronnait, accompagnant mes illusions jusqu’au bout de la route. Puis la cacophonie commença. La fumée jaillissait du capot, étouffant ma vision. J’avais peur. J’étais terrorisé par le monde. Pouvais-je réellement exister sans me brûler ? Sans m’écorcher les genoux sur le sol ? Tout semblait douloureux. Tout me serrait la gorge. Un millier de décharges électriques entre mes synapses. Un millier d’informations affluants dans mon cerveau. Je toussais en balayant l’air au dessus du volant. La distance n’était pas si loin. J’apercevais l’insigne clignotante d’un garage automobile. Je luttais pour atteindre l’absolution derrière les longues grilles en acier. Mes talons se faufilaient entre les pièces mécaniques et les traces d’huile. Je m’arrêtais derrière la silhouette courbée d’un homme - sans le détailler, sans trop le regarder. «Bonsoir. Ma voiture vient de ma lâcher et … » Il se tourna et ses mots, les souvenirs, se mirent à résonner dans ma tête. Chaque intonation. Chaque supplice que je me forçais à oublier. Je restais silencieuse. Ma vanité m’empêchait de prendre la fuite simplement pour lui prouver que je n’étais pas faible. Que j’avais cessé de pleurer depuis la dernière fois. Et pourtant, l’orgueil ne suffisait pas à calmer mes palpitations. « Bonsoir, William. » Je reprenais nos jeux selon ses règles. Parce que la victoire importait peu à présent. Et que je voulais simplement, réparer cette stupide voiture.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mar 15 Mai - 22:26

andy & james

Remember when you lost your shit and, Drove the car into the garden
You got out and said I’m sorry To the vines and no one saw it
(i need my girl @the national)

Les phalanges abîmées s'égarent dans rouages, la lumière blafarde fait danser les ombres métalliques et rend le monstre industriel presque inquiétant. C'est un enchaînement de vagues et de creux, de courbes aussi affûtées que crasseuses, qui n'ont pourtant aucun secret pour lui. La mécanique a toujours eu quelque chose de logique à ses yeux, comme une succession évidente de pièces qu'il a appris par cœur à l'autre bout du monde, sur les terres sèches de son enfance. Il a les doigts d'un artiste, quand il se penche sur un capot ; ils ne sont pourtant pas doux, ni délicats. Ils sont écorchés, calleux, ruinés par les combats d'hier. Mais ils manipulent avec la justesse d'un virtuose les clés et les bougies, pour rendre leur mélodie ronronnante à tous ces véhicules qui défilent jour après jour dans le garage d'Asher. Asher qui n'est pas là, d'ailleurs. Sans doute perdu dans les draps d'une énième sirène pour lui faire oublier le goût des lèvres de Pippa. Oh, ils en sont la preuve vivante tous les deux ; la mécanique du cœur est bien plus délicate que celle d'un moteur. Un art trop subtil, qu'il n'a de toute évidence, jamais maîtrisé. Son cœur valse sur le son crépitant de la vieille radio. Cry me a river, qu'elle chante. Il siffle sur les airs familiers et se laisse bercer par la pluie battante en arrière plan. Le calme, et rien d'autre. Jusqu'à ce qu'elle arrive, talons claquant sur le sol huileux, appel à l'aide perdu dans l'immensité du hangar. Il se tourne et son regard s'échoue sur elle. Sur la silhouette familière, soulignée d'une tenue trop élégante. Il s'autorise un regard, ou peut-être deux, le temps que la surprise passe et qu'il reprenne son souffle. Ses doigts se serrent sur le métal froid d'une clé, il s'essuie les mains avec humeur sur un chiffon. - Andrea. C'est de bonne guerre – jamais il ne l'appelait ainsi avant, mais elle l'a appelé William, pourquoi se montrerait-il indulgent ? Il rumine et garde la tête haute. Cache derrière un masque d'indifférence toutes ses nouvelles cicatrices. Celles qu'elle a pris soin d'ancrer dans sa peau, lors de leur dernière bataille. - T'as pas peur que je te coupe les freins ? L'ombre d'un sourire caresse ses lèvres. Il se détourne, déglutit sa rancune et baisse le volume de la radio. Il aimerait entendre son palpitant s'affoler, battre sous les effets de la panique. Mais voilà longtemps qu'il a compris que Andy Cavendish n'a pas de cœur, alors il se contentera du silence. Un soupir las lui échappe. Son regard dévore ses courbes sur un relent de culpabilité. Elle est trop belle et il s'imagine qu'elle s'est parée ainsi pour un autre. Ses épaules roulent, il décroise les bras. - Et puis, le garage est fermé. Il n'y a pas d'animosité dans sa voix. Simplement une indifférence feinte. Il se détourne, va prendre une gorgée de son café froid. Il a envie qu'elle prenne la fuite. Qu'elle s'en aille, sans rien demander de plus. Mais les certitudes s'évaporent à l'idée qu'elle lui échappe aussi facilement. Il s'avance d'un pas, de deux. - Où est-ce qu'elle est, ta voiture ? Qu'il lâche, presque trop calmement.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Sam 19 Mai - 23:35

Une myriade de secondes se consumaient entre nos silhouettes. Mais il n’y en avait qu’une seule qui brûlait mon coeur. La seconde ou il avait levé les yeux. Ce qu’il m’avait fait. Ce que je lui faisais. Peu importait à cet instant. Le feu jaillissait dans mes veines afin d’embraser mes côtes. Je le regardais en silence, priant pour que mon âme nécrosée finisse par s’arracher de ma poitrine. Je souriais, les joues pétrifiés sous une couche épaisse de maquillage. Ce n’était pas sa haine qui chassait mes illusions, mais la constante du sentiment qui me ramenait sans cesse sur ses pas. Sa posture invoquait mes souvenirs. Je respirais les effluves des cigarettes et les vapeurs d’alcool qui étouffaient entre les parois du salon obscur. Nos mains jointes autour des goulots, avides d’ivresse et d’insouciance. Deux adolescents fous. L'un était colère, aventure et courage. L’autre se voulait bon, plein d’espoirs et de chansons. Ce même combat avait lieu en chacun de nous, à milles lieux des rivages de Brighton. On prenait notre envol. On s’écrasait sur une terre d’asphalte et de néons. Je pinçais les lèvres, les jambes arquées sous les plis de ma robe. Le vent s’amusait à flotter autour de mes cuisses, me créant l’impression de vertige - ce manque d’équilibre qui faisait vaciller. Sa voix résonnait entre les vrombissements des moteurs et je sursautais, effrayée, la bouche en extase face aux bourdonnements de ses cordes vocales. Je ne ressentais rien. Je le refusais jusqu’à mon dernier soupir.« T’oserais pas. » Murmurai-je avec douceur. Se détruire. Se perdre. S’anéantir - Ce serait être condamné à errer sans double. William pouvait jouer avec mes émotions. Il pouvait me torturer et savourer sa vengeance. Si je disparaissais il ne restait plus rien. Seulement, le néant d’une existence qui s’effritait face aux vestiges du temps. J’esquissais un sourire en haussant les épaules. Aucun bruit. Aucun mouvement. Soudain muette, incapable de bouger. Le garage était fermé, je devais donc partir, détaler à grande vitesse afin d’affronter la rudesse de mes déceptions. Je n’essayais pas de supplier. De lui expliquer l’importance de cette audition. Il n’en avait rien à ficher. Les couleurs étaient ternes entre mes paupières. Je sentais le poids des années dévorer mes entrailles. Il se détournait afin de prendre une gorgée de café. Je ne savais pas le retenir. Tout ce temps, je n’avais jamais su. Il était beau lorsqu’il tournait le dos. Lorsque ses jambes l’emportaient ailleurs. Je l’observais en suivant les froissements du tissu sur sa peau. Puis, le vent s’éleva afin d’étreindre mes pensées. J’étais surprise. Peut-être joyeuse. Je laissais échapper un rire enfantin en balayant mes cheveux. Mes doigts tremblaient en lui indiquant le bas de la rue. J’étais prête à sauter, les pieds joints, dans l’abysse. Je voulais envoyer ma vanité au bûcher et m’immoler sous ses mots mais la blessure était encore rougeoyante. La douleur m’empêchait d’avancer, de lui faire confiance. « Ne t’embête pas. Je vais chercher un autre garage. » Sifflai-je en plissant les yeux. Je lui adressais un clin d’oeil, l’expression féline. « Merci, James.» C’était dangereux de prononcer ce prénom, d’effacer l’identité de mon premier amour. Mais, j’étais prête maintenant, à admettre que Will n’était plus là. « Il est pas si tard que ça. Si je desserre le frein à main, tu penses je peux la pousser jusqu’au centre-ville ?» Je me tortillais en mesurant la distance. J’essayais de lui prouver que j’étais forte, que je pouvais m’en sortir sans lui - sans son aide. C'était stupide. Parce que je savais pertinemment que je n'y arrivais jamais.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mer 23 Mai - 11:13

T'oserais pas. La réplique parfaite lui brûle les lèvres, les mots se pressent et s'accumulent dans sa gorge. Il se contente de sourire. D'oublier les picotements qui valsent sur le vermillon de sa bouche. Il a pourtant envie de lui dire, de lui répondre d'un simple « si tu savais », pour laisser planer le doute. Après tout, lui non plus ne pensait pas qu'elle oserait le tromper avec son meilleur ami. Pourtant, elle l'avait fait. Qu'est-ce qui l'empêchait lui de vriller à son tour ? De couper les freins, de tout simplement mettre feu à sa voiture, juste pour qu'elle comprenne l'étendue de sa folie. Qu'elle prenne la mesure de la surprise – cette même surprise qui l'a bousillé de l'intérieur, il y a trop longtemps de ça, quand il a compris qu'elle se perdait dans ses bras à lui. Il laisse ces idées terribles au stade de suppositions fantasques. Inscrit son esprit dans l'instant présent et ancre ses prunelles à sa silhouette délicate. Elle est belle, putain qu'elle est belle. Alors il détourne le regard pour oublier ses courbes merveilleuses et ses sourires fanés. Il se confond entre les oui et les non, l'envie de l'aider et le désir plus profond encore de la repousser, de lui dire de sortir de son existence, pour de bon. Finalement il s'autorise une erreur, une dernière : tendre la main vers elle, lui proposer son aide. Ses épaules roulent et ses lèvres se pincent devant les réactions de la brune. Il détourne le regard et triture nerveusement son chiffon entre ses doigts tachés d'huile. Il aimerait lui demander ce que ça peut bien lui coûter, de ravaler sa fierté. D'accepter d'aller de l'avant. De se comporter comme des gens civilisés. Il ne la comprend pas, ne comprend pas ses réactions ; sa manière de venir chercher de l'aide, de courber l'échine pour l'obtenir, puis de cracher dessus lorsqu'elle obtient une réponse positive. Il se frustre, James. S'agace. Il secoue la tête, fouille sur les établis autour de lui. - Tous les garages sont fermés à cette heure-là. Il cherche encore sans trouver, ses mains s'égarent entre les pièces, soulèvent, tournent, s'attardent dans les tiroirs. - Et dans cette tenue, tu ne vas pas pousser grand chose. Ses yeux font un rapide aller-retour de ses talons à son visage. Il se promène encore entre les outils, ouvre une porte et récupère enfin l'objet de sa recherche ; un parapluie oublié qu'il lui tend en s'approchant. Il sait que c'est dangereux pourtant, de réduire la distance. De se retrouver si près d'elle, soudainement. Elle pourrait entendre son cœur en arythmie et ses pensées incohérentes, alors il se détourne vite, James. - Allez, laisse ta fierté de côté un peu Andy. Je te propose mon aide, rien de plus. A croire que William n'est pas totalement mort. Que des morceaux de lui flottent encore à l'horizon, traces d'un passé qu'il n'a pas fini de bousiller. Sans même attendre son avis, il sort du garage, s'offre à la pluie battante, abandonne son âme à une tempête toujours plus douce à supporter que les sourires trafiqués d'Andy. L'eau lui glace l'épiderme, il aperçoit la carcasse encore fumante du véhicule et un drôle de sourire inonde ses lèvres. - Grimpe derrière le volant, on va essayer de la ramener jusqu'au garage.  Il se place derrière la voiture et pose ses mains sur la tôle détrempée. Il a l'impression d'être de retour des années en arrière. Dans une autre époque, une autre vie. Une existence qui ne lui appartient plus, mais qui lui manque terriblement, quand les nuits solitaires se font trop pesantes.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Dim 27 Mai - 0:05

Les battements reprenaient. Sauvages et intrépides. Rapides et soutenus. Un coeur contre un autre. Un fragment dérisoire de l’espace qui s’effilochait entre mes doigts. En réalité, ils n’avaient jamais cessé. La vie se taisait autour de moi et j’entendais à nouveau. Je sentais les palpitations s’enflammer dans mes veines. Etrange coïncidence, Will était là. Sa silhouette se fracturait entre mes cils. J’approchais lentement. J’effleurais le rebord des carrosseries immobiles au milieu du garage. Mes talons résonnaient sur le sol comme ces cloches d’église qui étouffaient les bruits de la ville - si fort, que tout semblait silencieux. Combien de temps s’était-il écoulé depuis le dernier sourire ? La musique tambourinait dans mes oreilles. Je me sentais si bien à ses côtés. Un sentiment qui ne s’effaçait pas. Ancrée dans mon âme, une plaie sans cicatrice saignant à l’envers. Je pinçais les lèvres en fixant ses mains. Les traces d’huile et de graisse se confondaient sur ses paumes rugueuses. Je ne les avais pas touché depuis une éternité. Depuis qu’il était parti. Je roulais les yeux avec malice. J’essayais de lutter dans un bûcher de vanités. Ensemble, on se consumait dans la haine et les regrets. Mes jambes tremblaient encore. Je mesurais mes mouvements. Je retenais mon souffle. Face à lui, les souvenirs se perdaient. Mon histoire devenait immaculée. Pendant une fraction de secondes, j’étais heureuse. J’étais libre de m’échapper. Puis sa voix résonnait. Morne. Rauque. Changée. Sa voix, celle d’un soldat brisé. D’une métamorphose humaine. J’étais si loin d’imaginer ses horreurs. Je ne comprenais jamais. Je ne savais rien. «T’aimes pas ? » Murmurai-je en lissant les plis du tissu. Le corset s’amenuisait entre mes côtes, créant la confusion dans mon esprit. Une trêve irréelle qui se faufilait dans mon corps. Je m’étais spécialement habillée pour l’occasion. Pour faire décoller une carrière qui stagnait. Le talent chancelait selon mes humeurs. Sans lui, je ne chantais pas. Je ne faisais que répéter les mélodies. La pluie perlait sur mes joues, couvrant ma peau d’un masque humide. Un voile pour cacher l’émotion. J’apercevais le fantôme de Will. L’esquisse d’une âme rongée par la guerre et ma trahison. Pour lui, je voulais m’excuser. D’avoir laisser le trou du jardin s’agrandir jusqu’à en devenir une tombe. J’acquiesçais avec retenue. Mes doigts se fermaient sur le parapluie. Je l’observais avec surprise. Sa démarche se découpait dans l’horizon, imposante et fragile à la fois. Je retroussais les pans de ma robe. Puis je courrais à sa poursuite, laissant l’eau inonder mon visage. S’il était trempé. Je voulais l’être aussi. Un simple rapport de force. Un combat d’égale à égale. J’ouvrais la portière et me glissais derrière le volant. « Hey, tu n’as pas peur que je fasse marche arrière ? » Sifflai-je dans un rire enjoué. «La vérité, j’oserais pas.» Anticipant la réplique, je prenais les devants. Je démarrais le moteur et laissais le véhicule glisser dans la pente, poussé par les muscles de James et rugissements de mon coeur. Je levais la tête vers le rétroviseur afin d’épier ses gestes. Son visage étincelait sur le miroir. Une lune bleue, créée par la superposition des cycles astronomiques. Eclipse rare et magique. J’en ressentais toute la nostalgie. Je m’arrêtais devant les portes du garage. Le vent m’extirpait hors de l’habitacle. «Merci pour ton aide et rien de plus. » Murmurai-je en gardant précieusement la parapluie. Telle une offrande. Un symbole matériel de cet instant. «J’ai un rendez-vous important. Je ne sais pas ce que j’aurais fais sans toi. » Je haussais les épaules en essuyant mon front. Mon maquillage était ruiné mais ce n'était pas important. Je me fichais du reste du monde. Je me fichais de chanter pour les autres lorsque mes lèvres murmuraient encore son prénom. William. James. Ils étaient presque identiques, ce soir.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mar 5 Juin - 22:10

La colère sonne comme un souvenir lointain, malgré les tentatives d'Andy pour relancer la guerre. Il n'a pas le cœur à la bataille James, pas aujourd'hui, pas depuis leur dernière rencontre et les mots qu'ils se sont balancés comme autant de couteaux affutés. Il en a esquivé une paire, jusqu'à ce qu'elle lui en enfonce un dans le dos et qu'il se laisse happer par les joutes verbales. Des mots dégoulinants d'un amour vicié, qui caressent les tympans et crèvent les cœurs. Échange épuisant, bien plus que n'importe quelle guerre qu'il aurait mené à l'autre bout du monde. Alors non, il n'a pas envie de reprendre ce chemin avec elle, pour répéter la mélodie comme un vieux tourne-disque détraqué. Ce soir, il cherche à mettre ses démons de côté et il espère qu'elle en fera autant. Les yeux s'égarent trop brièvement sur sa tenue, effleure les étoffes alors que le palpitant se perce et déverse trop de souvenirs dans son esprit agité. Il haute les épaules pour simple réponse alors que les mots lui crament les lippes. Bien sûr que j'aime, Andy. T'as toujours été sublime, même dans un vieux pyjama rapiécé. La fierté scelle ses lèvres et il disparaît sous la pluie, espérant se dissoudre sous les assauts capricieux du ciel, sur le chemin qui s'allonge jusqu'au monstre de fer. La mécanique s'étouffe sur les fumées et il se place derrière la carcasse pour la pousser, quelques éclats de rire dansant le long de sa gorge. - Tu peux toujours essayer, mais tu vas avoir du mal à cacher mon cadavre. Avec ses longs escarpins et ses doigts trop fins. Un demi-sourire flotte sur ses lèvres jusqu'à ce qu'il retrouve un semblant de sérieux et que ses muscles s'emploient à pousser le véhicule. La course lui semble éternelle malgré une pente favorable, ses mains glissent et son cœur dérape quand il croise son regard dans le rétroviseur. Ça a le goût de nouveauté, malgré tout ce qui le perturbe et le tire en arrière, dans une autre vie. Les lueurs blafardes du hangar dansent sur l'habitacle humide, la course s'achève. - C'est rien. Qu'il lâche dans un murmure, ramenant ses cheveux trempés dans le rang, effaçant les gouttes de son visage du revers de la main. Elle a perdu de sa superbe, la brune, avec ses airs de poupée qu'on aurait laissé traîner dans le jardin par un temps d'orage. - Enfin, tu l'admets. Un rire nouveau passe sur ses lèvres comme un mirage. Ça n'avait rien de méchant, c'était plus pour la taquiner d'autre chose – mais depuis quand se permet-il de jouer ainsi avec elle, comme si rien n'avait bougé après toute ces années ? Il se ravise, corrige la trajectoire alambiquée de ses pensées. Son âme se serre, à l'étroit dans sa coquille froide et rigide. Elle appelle à la paix et aux plaisanteries enfantines. Un peu de chaleur, avant que la nuit éternelle ne s'abatte à nouveau dessus, emportant les rayons que Andy cache dans ses sourires. - Viens. Un léger signe de tête et le voilà qui s'échappe à nouveau, intenable. Ses pas l'amènent à un bureau où il a laissé traîner le sac qu'il avait prévu d'emmener à la boxe ce soir. Il l'attrape et en extirpe une serviette de bain, qu'il lui jette dans les bras sans grande délicatesse. Énième soupir. Le silence l'étouffe. Il s'appuie contre le bureau et regarde la silhouette d'Andy fondre sous un jeu de lumières. - Un rendez-vous important, donc ? Ça ne le regarde pas et il le sait. Mais il y a ce besoin viscéral de savoir, une envie qui lui tord les tripes. De comprendre, de lever les doutes. T'es vraiment passée à autre chose, Andy ? Il n'a pas le droit à la vérité, pourtant. Même pas le droit de demander. Ses mains prennent appui sur le bureau, ses muscles se tendent et ses lèvres se pincent. - Je peux essayer de regarder ta voiture maintenant mais je peux rien te promettre. Tu préfères peut-être appeler un taxi ? Ou bien.. Ou bien je t'accompagne, comme autrefois. La phrase reste en suspend et son palpitant avec. Il y a quelques minutes, il aurait supplié pour qu'elle parte. Le voilà qui crève pour qu'elle reste, encore un peu, une fraction de seconde, juste de quoi refaire le monde.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mar 12 Juin - 2:34

Le sentiment s’effritait sous mes paupières. Soudain, ma poitrine se réduisait à presque rien. Nos idylles commençaient par des images, des esquisses dessinées sur les pancartes de Brighton. Je fixais le rétroviseur afin de capturer son visage dans un souvenir nouveau, un fragment eidétique qui emprisonnait l’essence de son coeur dans un murmure secret. William ou James, ce que je voyais ne concernait que mon imagination. Il avait changé et mon âme aussi. Je chantais mes louanges sur les transducteurs du micro. L’onde vocale se transformait en décharge électrique, et la décharge électrique devenait incendie. Une musique ravageuse qui brûlait la bouche et les poumons, qui se condensait dans les sphères nébuleuses du ciel. Je vagabondais de scène en scène, immobile sur les estrades des bars, espérant pendant des années poser son regard sur le mien. Je m’étais langui, seule et apeurée, priant pour retrouver sa silhouette entière dans la foule. William était en vie.  Je pensais qu’il suffisait de le voir pour oublier, pour apaiser la douleur et effacer l’inquiétude. Maintenant, il y avait le vide de lui. Le manque d’une étreinte qu’il m’avait refusé en découvrant mes mensonges. Je portais le deuil de son amour. Le deuil d’une existence ailleurs, sur le porche d’une maison entourée de fleurs et de trous. Il les avait creusé pour se cacher. Et je l’avais laissé se terrer dans la folie. Je l’avais laissé me quitter sans lutter. Mon talon appuyait sur l’accélérateur afin d’échapper au temps. Le véhicule glissait dans la pente, porté par les rugissements du moteur et les efforts de William. Son rire se déchirait dans ma conscience, un rappel violent du bonheur perdu sous les draps d’un autre. Je le comprenais, ce soir. Il était écoeuré et je l’étais aussi. La pluie inondait mes pensées. Je me redressais sur le siège en pinçant les lèvres. Il avait raison. Je n’avais pas la force de porter son cadavre. Sa passion funéraire, à elle seule était déjà si lourde sur mes épaules. Je quittais l’habitacle afin de m’enfouir dans le hangar. Mes semelles couinaient sur le sol humide, annonciateurs d’une tragédie  imminente. C’était mal de jouer avec les sentiments, de s’acharner contre les déceptions passées. Je relevais la tête, la silhouette droite et orgueilleuse. Le maquillage coulait sur mes joues mais j’en gardais le toucher poudreux et l’étincelle colorée. Un prisme de couleurs et de pigments qui cachait le teint livide et les lèvres blanches, témoignage d’une peur qui tailladait chaque bord de mon estomac. L’eau ruisselait dans ma nuque, glissant sempiternellement sur la ligne du dos et la chute de reins. Un trajet sinueux, du coeur vers le vice. De lui vers Jacob. Je souris en mimant ses gestes : une mèche trempée qui roulait sur ma tempe et une goutte de pluie qui s’effaçait du revers de la main. Encore une tentative d’égaler sa désinvolture. De balayer l’attachement et l’affliction malsaine qui enlaçait mes côtes. Je ne comprenais pas. Admettre quoi ? Mes rendez-vous ? Ma nouvelle vie ? Une liberté que j’avais acquis par son départ ? Je l’observais avec un sourire sincère. Mes pas le suivaient vers le bureau, chahutant dans la cour silencieuse, créant le tempo dans un coeur qui chavirait dans le vide. Ma main agrippait la serviette afin d’éponger les doutes. Une aide sans délicatesse qu’il se forçait presque à offrir. Ses yeux glissaient sur la courbe entre le tissu et ma hanche. Ses prunelles s’attardaient, brûlaient les derniers cendres de notre relation. « Exactement, un restaurant chic de Londres.» Je sifflais mièvrement, ne lui accordant que des détails flous de la soirée. Comme si la vérité pouvait ôter le voile, le désintéresser et me rendre insipide. J’avançais vers le mur, laissant mon bras s’écraser sur la paroi froide et défraichie. Je m’adossais à ses côtés, la posture enchanteresse et gracieuse. « Ou bien tu peux m’accompagner jusqu’à la gare. » Je haussais lascivement les épaules, laissant le tissu se froisser contre mes clavicules. Je souris en lui jetant la serviette à mon tour. « Tu devrais te sécher aussi. » Un clin d’oeil taquin. Une trêve dans une dimension parallèle, où pendant une fraction de secondes, nous avions vingt ans à nouveau. Je fixais nos reflets sur la baie vitrée. Nous étions les fantômes de notre jeunesse. Mon esprit errait entre les façades brumeuses du garage. J’étouffais entre les taches d’huile et l’odeur asphyxiante de l’acier. Ma conscience bruinait, érigeait en tragédies tous les possibilités. « Alors comme ça tu ne peux rien me promettre ? ça me va, tu sais. » M’enquis-je en retirant mes escarpins. Mes pieds valsaient sur le sol, portant mes désillusions jusqu’au creux de ses yeux. Je positionnais sous son nez. Sa taille me dominait, lui offrait le dessus dans un bûcher de vanités qui menaçait de tout consumer. « Je parle de la voiture, bien sûr. » Simple précision. Un murmure tordu qui résonnait dans la pièce. Je jaugeais son regard, calculait les frictions de sa mâchoire et les mouvements respiratoires. Il était différent, mais je le sondais jusqu’au tréfonds de son âme, là où j’avais laissé un bout de moi en lui. Un fragment brisé de je t’aime et je suis désolée qu’il ne pouvait jamais retrouver.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Dim 1 Juil - 22:23

Une jalousie ancienne lui pince le cœur et lui crève les poumons de ses particules asphyxiantes et insipides. Elle n'a pas de goût, cette jalousie. Aucune saveur, ni amertume pour tapisser son palais et signifier sa présence. Elle est pourtant bien là, plus vicieuse encore, coulant dans ses veines aussi vite que ses yeux glissent sur la silhouette féline d'Andy. Il se perd dans ces mirages qui tapissent ses lèvres. Il croit y voir un ou deux sourires se fondre dans le vermillon, entre deux battements de paupières. Douces illusions qui le tirent à ces années trop lointaines, où il n'entendait pas une fusillade à tous les coins de rue. Temps révolus où il trouvait stabilité en se perdant entre ses bras et ses murmures. Son regard s'ancre au sien. Il y cherche les mensonges. Se heurte à un mur et son âme se disloque sous l'impact. Il n'y a rien que du froid, du vide. À peine un peu de malice pour la faire tenir en vie. Alors il réalise qu'elle est aussi vide que lui. Creusée par leurs regrets, leurs erreurs. Tu peux bien te pavaner comme une reine, Andy. T'es aussi pitoyable que  moi, désormais. Il serre les lèvres et ses phalanges se referment sur le bord du bureau d'Asher. Il récupère la serviette d'un réflexe incertain et la passe sur sa nuque, ses bras. Elle a son odeur. Parfum entêtant et corrosif qui lui perce le palpitant. Pourquoi est-ce que tu m'fais ça, Andy ? On a pas assez souffert comme ça ? Il hausse les épaules et affiche son indifférence, accroche de ses yeux une pile de papiers mal rangés. « Tu as raison. Je pourrais aussi t'accompagner à la gare. » Il fait comme si la situation ne l'affectait pas. Se perd dans un jeu de masques qui commencent à se fissurer les uns après les autres, sous les attaques fourbes de sa muse. Il l'imagine à la table d'un autre, à rire à gorge déployée entre deux gorgées d'un champagne hors de prix. L'imagine s'égarer dans ses bras et puis ses draps, fermant les yeux sur un passé que lui n'a jamais vraiment réussi à oublier. J'ai encore la marque de tes baisers au creux de mon cou et l'empreinte de ton amour quelque part dans mes veines. Mille et un souvenirs pour me tourmenter les nuits de solitude et autant de regrets pour nourrir cette colère perpétuelle. Et toi, Andy, où est-ce qu'elles sont, tes cicatrices ? Il l'observe qui avance d'une démarche légère et presque dansante. Silhouette délicate qui occupe pourtant tout l'espace. Elle a toujours eu cette prestance. Cette aisance pour éclipser le reste – le décor et les autres. Il l'observe qui approche, se délecte des syllabes taquines. La proximité fait vaciller sa raison et son palpitant. Il se sent fébrile, James. Prêt à s'effondrer, malgré sa stature d'acier et ses muscles tendus. « Pourquoi est-ce que tu nous fais ça, Andy ? » Il laisse ses phalanges écorchées couler jusqu'à deux mèches de ses cheveux humides, les ramène dans le rang avec une douceur depuis longtemps oubliée. Son souffle est court, interdit. Les opposés s'attirent et à cet instant précis, les lois de la physique et celles de la raison s'opposent. Son parfum l'envoûte une fois de plus. Douce asphyxie, torture sucrée à laquelle il se plie en bon martyr. Il aimerait se pencher et cueillir l'interdit du bout des lèvres. Fermer les yeux, les ouvrir, se retrouver des années en arrière, avant la fin du monde. Il s'esquive, créé l'éclipse devant les néons froids alors que sa carcasse abîmée s'écarte. Besoin de retrouver un air moins vicié, de se soustraire à l'étreinte invisible qu'elle lui imposait. « Tu sais bien de toute façon que les promesses n'ont jamais été mon fort. » Je n'ai même pas su te promettre de rester. Pitoyable jusqu'aux dernières lignes de notre histoire. Ses pas sont lents et mesurés. Marqués d'une assurance qu'il ne fait que feindre. « Je vais t'accompagner. Laisse-moi simplement le temps de tout fermer. » Il récupère sa veste et les clés. S'égare entre les murs familiers pour échapper aux champs de force qui l'appellent irrémédiablement vers elle. Ce serait facile pourtant, enveloppés par un manteau de nuit, presser ses lèvres contre les siennes et renouer avec un fantôme le temps d'une erreur. C'est pour cette raison parmi tant d'autres qu'il fait valser sa silhouette entre l'acier et l'huile, fermant les rideaux et les éclairages. « Tu devrais remettre tes chaussures de grande dame. » Qu'il lâche entre deux volets rabattus. La lumière s'amenuise. L'obscurité cache les étincelles qui roulent au fond de ses prunelles. « Si tu veux bien t'en donner la peine. Je n'aimerais pas qu'on loupe le dernier train pour Londres. J'ai pas tellement envie de te conduire jusqu'à là-bas. » Et passer plus d'une heure de route trop près de toi, à m'enivrer de ton parfum et à rêver de goûter la pluie sur ta peau. Il fait tourner les clés de sa vieille américaine entre ses doigts calleux. La fixe en se tenant près de la porte, prêt à fuir, à deux cette fois-ci.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Dim 15 Juil - 15:33

Le vide viscéral. Un manque qui se faufilait dans mes bronches afin de se consumer dans chaque fibre musculaire. Je brûlais dans la splendeur de ses prunelles qui se dilataient lentement à la surface de la guerre. Nous avions vieillis. Nous avions changés. Surtout, lui. La colère vacillait entre mes soupirs. Un baiser imaginé qui chatouillait la pulpe de mes lèvres et la commissure des siennes. J’étais affamée de lui. Depuis des années, je le rêvais, le dessinais sur les parois délavées de Brighton. Ma main se tendait afin de balayer le vent entre nos silhouettes éloignées. Un contact encore interdit, encore incertain. William, James, lui. Il était l’objet d’un désir ancestral, la pulsion qui insufflait la vie dans mon corps ébahi. Je susurrais ses prénoms en agitant doucement les hanches. Je les énumérais, comme autant de souvenirs et de regrets. Son indifférence était ma cicatrice. Le perdre. Perdre le pouvoir sur son esprit. J’étais la muse démunie. La muse qui s’effritait entre ses battements de cils fébriles. Ses doigts accrochaient les rebords du bureau, et j’espérais me transformer sous cette grippe qu’il me refusait. Mon dos se dressait et la sueur se mêlait au tissu humide. La pluie ruisselait sur ma peau, troublant le cheminement de mes pensées sous les crépitements de la lampe. Je m’arrêtais de respirer. Je le fixais pour imprégner ma mémoire de ses fissures, de ses douleurs déguisées. Je t’oublie pas. Je ne fais que remplacer les sentiments. Créer le doute et la confusion. Mon amour, tu es un millier de pièces que je dispose, transpose et transforme. Mais t’es là. Tout le temps, là. Ses phalanges se perdaient entre mes cheveux. Un instant de démesure, un déséquilibre qui explosait dans nos charpentes osseuses. Je le voulais à en avoir mal. Jusqu’à tomber à genoux. Je retenais mes mouvements, serrait les dents et attendait. Puis il se penchait et s’éclipsait , ravivant la blessure. Il partait toujours. C’était ce qu’il faisait. Je fronçais les sourcils en reculant. Le mur accueillait mes déceptions. Cette étreinte de plâtre et de peinture défraichie qui valait mieux que ses promesses - mieux que ses jeux vaniteux. « Je ne fais rien, James. Je subis seulement. » Quant à ses promesses, je ne voulais pas en parler. Je frissonnais alors que le vent remplissait l’espace. Il s’activait, fermait les volets et les lumières. Ma gorge se serrait. J’enfilais mes chaussures avec mélancolie. Ce que j’espérais, ce soir. Ce que je désirais. Tout semblait insignifiant à ses côtés. Je me punissais de son départ. Je m’interdisais la vie, le romantisme, une carrière. Je souris en agitant les épaules. Sa démarche se découpait dans la pénombre. Les moteurs de son américaine vrombissaient dans l’obscurité. Je m’avançais entre les flaques d’eau et les tâches d’huile afin de prendre place dans l’habitacle. « Bouge pas. » Murmurai-je en me penchant vers son siège. Mes doigts effleuraient sa joue. Je m’enivrais de lui, de ses désillusions. L’envie de l’embrasser était là, au creux de mon ventre. Je hochais la tête en brisant la quiétude de notre rencontre. « Si on rate le dernier train, j’irais pas. » Juste emmène-moi.  Ma robe s’effilochait dans la pénombre. Je regardais le miroir, m’agitait sur le cuir du siège. Son odeur envahissait mon crâne comme une ancienne addiction. Un poison si doux qui perforait ma chair et ma conscience. J’allumais la radio. La musique crépitait dans mes oreilles avant de caresser mes tympans. Mon coeur le suppliait en secret. Quelque chose s’était brisé et il était le seul à réparer. Mon souffle brûlait dans ma gorge. La distance se réduisait et le temps se figeait sous nos paupières silencieuses. J’étais entourée d’images et de souvenirs. De fragments de nous que je gardais précieusement dans ma mémoire. « Tu vois quelqu’un en ce moment ? » Je devais demander - savoir. Mon expression s’illuminait devant son faciès creux. Je me tortillais légèrement, ajustant les bretelles et la posture de mon corset. Des gestes féminins et las pour cacher le tremblement de mes doigts et l’appréhension qui s’alanguissait dans ma poitrine. « Je m’en fiche, hein. Mais … » Je lui adressais un sourire taquin. La vérité se lisait sur mon visage trahi par la courbure de mes sourcils qui s’arquaient à mesure que je tirais sur la sangle de mon sac.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mar 24 Juil - 22:22

La torture est douce et il s'y plie, esclave d'un amour ancien qui a laissé plus de cicatrices qu'autre chose sur sa peau et son âme. Ses tympans s'écorchent sur la justesse de ses mots et ses yeux se perdent en longeant sa silhouette. Il crèverait pour revenir en arrière James, échangerait tous ses demain pour une seule heure dans le passé. Il le sait, il n'y a plus rien pour lui, à l'horizon. Une routine qui s'étalera sur des jours et des années, jusqu'à ce qu'il en crève, noyant sa solitude au creux d'une bouteille ambrée. Ou bien malencontreusement son doigt dérapera sur la gâchette et il finira comme tous ces vétérans dont on ne parle jamais. Lâche jusqu'au bout c'est sans doute ce qu'ils en penseront. Mais il sera trop mort pour en avoir encore quelque chose à foutre, Monroe. Il se soustrait à cette proximité forcée, s'échappe de son champ de force et de ses paroles bancales ; il n'a plus besoin d'elle pour atteindre le fond du gouffre, il s'en sort très bien seul. Pourtant, il se fait galant James, en leur imaginant un dernier chapitre, une énième aventure jusqu'à l'autre bout du monde – ou juste Londres, pour commencer. L'habitacle se fait soudainement trop étroit. Piège de taule qui se referme sur lui alors qu'elle approche. Il ancre son regard au sien, y scrute les étincelles que la pluie a tuées. Il aimerait se pencher James, s'oublier contre ses lèvres, dans la courbe de sa nuque et sous le tissu de sa robe. S'enivrer de son désir et revenir des années en arrière, le temps d'une soirée. Les souvenirs vibrent jusqu'au creux de ses côtes et font valser le palpitant. La route se dessine sous ses yeux et la lune danse sur les flaques souillées qui inondent la route. Il écoute les cylindres qui s'orchestrent sous le capot et s'emploient à couvrir son souffle qui se fait trop court. Il suffoque quand elle est si proche. Suffoque pour ne pas mourir sur les relents sucrés de son parfum. Les roues engloutissent l'asphalte sur la distance. James, il ne se voit pas atteindre la gare ; pas à temps en tout cas. Il dessine des plans et des détours, des tracés impossibles et incohérents pour laisser le temps à l'horloge d'avaler un millier d'autres minutes. La question tombe et plombe le silence. La malice écorche ses lèvres en un sourire et il la voit qui se mouve sur son siège avec la grâce d'une ballerine en fin de carrière. « Qu'est-ce que ça pourrait bien te faire ? » Il se venge James. S'abaisse à ses pulsions primaires – œil pour œil, dent pour dent. Il ramène ses cheveux trempés en arrière et perce l'obscurité de son regard attentif. Essaye d'oublier sa présence à ses côtés et la tension qui lui ronge les reins. Il n'a plus envie de mentir. Plus envie de jouer. « Non Andrea. Je ne vois personne. Rassurée ? » Il lui jette un bref coup d’œil, cherche une once de soulagement sur la ligne de ses paupières ou de ses lèvres. Un sourire, une étincelle approbatrice, un soupir soulagé. Une fraction de seconde et la route redevient sa principale préoccupation. Un feu, un panneau ; les minutes s'égrainent et il se rend compte que les automatismes l'ont conduit sur le chemin de la gare. Le monstre de fer roule jusqu'au parking, drapé de nuit et désert. Il s'arrête sur une place ou entre deux et coupe le moteur, avise l'heure une dernière fois. « On dirait que t'es même en avance. » La provocation roule dans ses prunelles alors qu'il capte son regard. Il imagine qu'il y a encore des trains à cette heure-là et il la précipite alors devant un choix simple ; rester ou partir. Il se penche sur son volant puis pivote vers elle, sous le couinement capricieux du siège de cuir. « Je ne vais pas te tenir la main jusqu'au quai. » Qu'il ajoute derrière ses dents serrées. Il vacille, James. Perdu entre un désir ancien et des pulsions nouvelles. Il a envie qu'elle s'en aille, mais aussi qu'elle reste. Qu'elle prenne ce train, mais aussi qu'elle se noie dans ses bras. Il a du mal à respirer, Monroe, et il se perd entre ses yeux et ses regrets.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Ven 27 Juil - 18:32

Ma plus belle faiblesse. Une escarre laissée sur le côté, négligée sur les surfaces musculeuses de ma poitrine. William dans le myocarde. William dans le sang, affluant dans un réseau de veines perforées et lasses. Le poison coulait. Il s’épandait dans mes bronches. Une intoxication de sentiments qui enserrait mes lobes jusqu’à l’atélectasie. Il s’en allait toujours. Puis il réapparaissait. Trois années plus tard, sa bouche murmurait le mot de trop. Son corps esquissait le geste maladroit. Voués au mal, à la blessure, mes yeux se perdaient sur les allées goudronneuses de la ville. Brighton était le souvenir ultime de nos amours. Il ne restait que des ruines, des façades grises et élancées dans la nuit. Mes doigts se crispaient autour du tissu. Je sentais les froissements des mailles, le tremblement de mes genoux contre le siège. Une peur qui se maintenait sur la crête des vagues. Une peur qui me rappelait que j’étais prise au piège dans un habitacle d’acier et de plomb. Je reculais vers la fenêtre. Le paysage défilait sur les tranchées humides. Nous avions attendu trop longtemps. Je soufflais sur mes mains. Je l’avais touché. Je l’avais effleuré. La peau brûlait encore. Le derme s’enflammait et ravivait la douleur. Je ne voulais plus le regarder et écouter ses changements de personnalités. J’en avais assez d’en aimer chaque fragment cassé. « Rien, je suppose. » La voix sèche et les syllabes pourpres, chaque parole me dépouillait de mon âme. Je redressais les épaules en esquissant un sourire. Mes yeux s’illuminaient sous un voile d’émotions et de lumières. C’était ridicule. William m’avait brisé et il pensait que c’était James qui pouvait m’achever. Mais je m’en fichais. Je n’avais plus rien à perdre. « Oh t’es cute. Je voulais dire, tu vois quelqu’un ? Tu te fais suivre ? Un psy. Un shaman. Jesus… » L’opposition me transperçait le cœur mais je devais rester digne. Je ne pouvais plus faire étalage du manque. Des effets de son absence. Du gout de ses lèvres, langoureusement pendues sur les miennes. Je clignais les paupières afin de cacher ma satisfaction. Il était célibataire. Je n’avais aucune chance, mais ça me suffisait. Tout, me suffisait quand il s’agissait de lui. La voiture prenait place au milieu du parking. Les voies ferrées grinçaient sous les pressions des géants d’acier. Je gardais la même posture, les yeux rivés sur les quais. Les sifflements des trains berçaient doucement mes pensées. Je lâchais un rire expressif, balançant légèrement les hanches et claquant la mâchoire. « Tu râles toujours quand tu rends service. C’est dingue ! » Je fixais l’heure et les cadrans tourbillonnant dans une suite logique de chiffres. J’avais encore le temps de courir au guichet. J’avais le temps de rater un train et d’attendre un autre. Je déglutis en rangeant mes affaires. « Tu devrais m’appeler Andrea plus souvent. Je trouve ça beau. » Je pivotais la tête vers son profil, repliant les jambes afin de me hisser sur le siège, la poitrine pantelante et le visage courbé sur la tableau de bord, j’approchais. J’osais glisser dans la pente interdite. Mes paupières glissaient sur sa barbe hirsute. Il me désirait par dépit. Sa rage était vindicative, elle voilait ses émotions. Elle l’effrayait autant que moi. « Je passe une audition pour un job sur un bateau de croisière. Avec un peu de chance, je m’en irais loin. Et cet instant, c’est le dernier avant longtemps. » Mon souffle tombait sur son menton. Tant de cadavres avaient flotté sur ses prunelles. Tant d’images éventrées, des terres mutilées, craquelées sous les chars et les projectiles. Des Hommes décapités, des drapeaux cramés. Tout ça, faisait partie de son univers. Ce soir la guerre revenait vers nous, portée par le ressac et l’écume du temps. Une bouillie de nostalgie et d’affection putride. J’en faisais partie. De ses combats intérieurs. De ces bombardements effroyables qui broyaient ses côtes. J’étais l’hymne de ses luttes. La pire de toutes. Le sang qui pourrissait sous ses ongles fébriles alors qu’il tenait la gâchette. L’ennemi, c’était moi. Le traitre, l’usurpateur. Il m’avait tué un millier de fois - pour seule arme son mépris et son indifférence. Tous ces je t’aime, ces symboles romantiques dont il me privait pour combler le vide. Mais je me redressais encore. Je m’éveillais de mes cendres tel un phénix de flammes, un oiseau légendaire, prêt à le brûler jusqu’à la moelle. Doucement, je me penchais. Mes lèvres se fracassaient sur sa joue en susurrant son nom. « Te sens pas obligé de me détester pour toujours. » Je voulais l’embrasser mais je ne parvenais pas à ravaler ma fierté. Mes paupières papillonnaient sous les phares des lampadaires. Je soufflais en m’éloignant. « Je m’en vais, donc. Me rattrape pas, c’est mieux comme ça. » Me moquai-je en ouvrant la portière.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Lun 30 Juil - 21:14

Elle danse sur les mots et fait valser les syllabes avec cette aisance déconcertante. Il est décontenancé, James. S'égarer dans ses propos, c'est plus douloureux encore que de se perdre dans une mer de dunes. Au moins le soleil lui tenait chaud. Elle ? Elle fait tomber le mercure dans ses veines et les degrés dans son cœur. Il cherche le trouble sous la ligne de ses paupières, pour n'y trouver que des certitudes et plus d'assurance qu'il ne pouvait l'imaginer. Le venin au bord des lippes et les prunelles incandescentes. La silhouette se dessine sur le siège de la voiture, vulgairement découpée par les lueurs froides des lampadaires. Il découvre de nouveaux angles à son visage. Les lignes et les courbes gracieuses se fondent en reliefs tranchés et ombres qui creusent ses sourires. Pourtant, quand elle rit, le monde s'illumine et s'adoucit. Elle retrouve l'innocence d'hier et injecte ses sourires d'un peu de chaleur – tout ce qu'il a perdu en s'enterrant dans un énième trou au fond de leur jardin. Il en a retourné, de la terre, pour se cacher d'ennemis imaginaires. Il s'y est enfoncé jusqu'à mourir de froid et se priver de son seul véritable soleil ; l'hypothermie a eu raison de leur amour et elle, elle est restée à la surface, au bord du gouffre, pour rayonner dans un monde auquel il n'appartenait déjà plus. Il s'entend rire et prend presque peur quand cette mélodie ancienne roule sur ses tympans, alors il s'oublie dans le silence et pose le regard sur le volant. Elle a raison. Il râle. C'est tout ce qui lui reste pour se faire détester un peu plus. La faire fuir, pour de bon, comme si elle n'en avait pas eu assez. Il se pince les lèvres et apprivoise le silence, répit qu'elle perce d'une voix plus légère. « Tu as raison. C'est beau. » Qu'il concède enfin dans un murmure. Les pensées se confondent entre son prénom et la douceur de ses traits. Il ne sait plus ce qu'il cherche à complimenter. S'il veut la complimenter, tout court. L'amertume retient les caresses verbales et les syllabes innocentes. Elle s'avance et il refuse de battre en retraite, de lui céder un morceau de terrain. Il se dit qu'elle finira par reculer d'elle même, quand elle trébuchera sur une de ces mines qui parsèment son cœur. Son aveu est aussi rassurant que déchirant. Une vérité qu'il aurait préféré ignoré. « Le dernier avant longtemps, je peux m'en contenter. J'ai appris à patienter, à attendre après les promesses vaines et les chimères, depuis le temps. » Sa proximité lui brûle l'épiderme, la vue est trouble et il s'asphyxie sur son parfum. Elle fauche les barrières imposées par la raison et les années. « C'est drôle, tu ne trouves pas ? Avant, tu conduisais et je prenais le train. » Il divague dans les souvenirs lointains. Ceux de permissions éphémères et de missions à l'autre bout du monde. D'une femme abandonnée sur les quais et d'un dernier regard derrière la vitre d'un wagon. Son âme se consume sous les ombres du parking, la radio grésille des chants dépassés et les étoiles pleurent encore. Elle lui prend son souffle, quand elle s'échappe enfin et il se penche pour se noyer dans sa chaleur, encore un peu. Une fraction de seconde. Le temps d'un nouveau regret qui s'ancre à son cœur. Les remords s'accumulent aux coins de ses lèvres, comme autant de mots qu'il est incapable de dire. Reste. Supplier et s’aplatir n'est plus dans sa nature. Et puis, il a envie de se convaincre qu'il n'a pas besoin d'elle, pour survivre. Elle s'échappe et valse dans les ténèbres, abandonne les lueurs chaleureuses de l'habitacle pour retrouver les teintes nocturnes – ces mêmes camaïeux sombres qui voilent son cœur depuis des années maintenant. Ce noir profond qui aurait même pu couvrir la tête de la belle, si seulement la bête avait accepté de mourir sur les lignes ennemies. Je ne te déteste pas, Andrea. Je t'ai toujours haï, pour tout ce que tu faisais naître chez moi. L'amour et puis la vie. L'amour et puis la mort. Ses mots sonnent comme un supplice. Une ultime provocation qui fait ployer son corps de géant. Ses yeux s'éteignent alors qu'elle le prive de sa présence. Il aimerait tendre la main et la garder dans cette voiture juste un peu plus longtemps ; juste assez pour compter les étoiles. Mais il la laisse fuir, s'évaporer dans une nuit sans fin. « Tu as raison, c'est mieux comme ça. » Il hausse les épaules et la fixe dans un dernier affront, les muscles tendus par la frustration et le palpitant défaillant. « Tu es talentueuse. Ils te prendront, j'en suis sûr. » Et tu partiras. Comme je l'ai fait, avant toi. La clé tourne dans le contact et le moteur redémarre. « Au revoir, Andrea. » Qu'il lâche dans un sourire malicieux. Au revoir, ne te retourne pas. Pars et à ton retour, moi, je serai toujours là.

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MessageSujet: Re: we all have the hunger + james   Mar 31 Juil - 0:00

Le souvenir se brisait au bord de la chaussée. Le moteur grondait et la fumée répondait à ses appels, dessinant un nuage autour de nos lèvres. Je me détournais. Je relevais les manches de ma veste et quittais le spectre hypnotique. Certains moments, je l’aimais. Et d’autres, j’ignorais tout. J’oubliais son existence et le reste de ses mots. Etrange incohérence. Une diastole qui s’allongeait afin de rejoindre la contraction. Puis une systole qui se transformait. Qui devenait convulsion. Mes pas se perdaient sur le goudron, accompagnés de ce regard qui dévisageait. Du sentiment qui grandissait. Et quand je m’en allais, j’emportais un bout de lui. Un sourire immaculé, bordant le visage d’une gamine amoureuse. J’avais vingt ans. Aujourd’hui j’en avais mille. Je me languissais d’une belle époque. Seulement, Will. Seulement, l’écho d’une promesse. Je prenais le train à travers les plaines de la nuit. Mon coeur se fendillait entre les flots de la serpentine. C’était drôle de tourner la tête, de fixer la wagon solitaire et de n’apercevoir que les remparts de la gare. Ma gorge serrée, se préparait. La musique tourbillonnait dans mes bronches. Et l’air l’asphyxiait, il chancelait entre mes côtes sans être ni dissous ni dissolvant. La peur prenait place. De cet homme. De ses chimères. Et pire que tout, de ses amours. De la distance qui se traçait. Son image se fracturait entre mes paupières. Je l’étreignais une dernière fois, les cils courbées vers les restes d’un soldat vaillant. Puis le vent sifflait. Les quais tambourinaient. La sirène se déchirait dans l’allée des vois ferrées. La liberté dégoulinait sur ma peau. Je renonçais déjà. J’abandonnais cette indépendance féminine et ma force de caractère. J’aurais voulu lâcher mon sac et ôter mes chaussures, m’extirper de cette robe et du corset qui enserrait ma poitrine. J’aurais voulu lâcher le micro et fermer les yeux. Dans ses bras. Dans les bras d’un autre. Non. Dans ses bras. Le temps se consumait sur les aiguilles de la montre. Je n’étais pas prête. Je glissais sur les marches, huait le taxi noir et ouvrait la portière. Un habitacle luxueux me guidant vers une ballade mortuaire. L’instrument jouait la symphonie. L’archet saignait sur les cordes et le violon pleurait. La chanson résonnait dans ma tête. Je l’entendais. Je l’avais répété, un million de fois. Je m’arrêtais à l’entrée du restaurant. Je rassemblais mon courage. Les lustres ondulaient dans un prisme de couleurs flamboyantes. Je m’avançais lentement, la démarche sensuelle et le regard passionné. J’étais talentueuse. Il l’avait pensé, à haute voix. Je hochais la tête en me présentant. « Andy Cavendish. » Je me penchais dans un mouvement gracieux, jonglant avec mes charmes et ma determination. «Andrea Cavendish, monsieur.» Parce que c’était plus beau comme ça. Je me dirigeais vers la scène. Le groupe attendait, suspendu entre mes courbes nébuleuses. J’observais le jury, les tables et les lumières. Ma bouche s’ouvrait et le son ruisselait sur les murs. Une reprise de Wasting my young years. Une ligne blanche, tracée sur mon palpitant. Les images se succédaient. Je revoyais son sourire. J’imaginais le souffle rauque de sa voix. L’odeur fruitée de l’acétone et du benzène qui imprégnait ses vêtements. Je m’approchais du micro. Les ondes vibraient au coin de ma bouche. La ville s’enflammait et plus personne ne pouvait me sauver. La folie était inhérente à l’insouciance. La passion, quant à elle, se fanait. Epuisée. Lessivée. Ses cendres s’agglutinaient sur le brasier, qui lentement s’éveillait. L’émotion se métamorphosait, à nouveau. Nous n’étions pas amants. Seulement, des connaissances. Des prunelles qui se chevauchaient, se juchaient avant de se quitter. Le premier couplet s’achevait et le silence se suspendait à mes lèvres. Je secouais les épaules. Je n’y arrivais pas. « Merci de m’avoir écouté mais je ne pense pas que je suis intéressée par cette croisière. » Murmurai-je en quittant la place. Ce n’était pas moi. Je n’étais pas la sirène qui berçait l’oisiveté des autres. Bien au contraire. J’étais une survivante de la guerre, à travers ses cicatrices. J’étais cassée, perturbée par des horreurs que je n’avais jamais vu. Et chaque rature, chaque trou qu’il creusait dans le jardin, j’étais prête à fermer maintenant.  

the end

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