AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 remains of the day (edgar)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: remains of the day (edgar)   Mer 9 Mai 2018 - 20:23

C'était un de ces jours où Brighton semblait être en ébullition, en effervescence, dans une dynamique constante, ininterrompue. La population dans les voitures, les rues, les métros, à leur balcon, aux terrasses des cafés – il y avait une présence humaine incroyablement dense et la ville, sous le soleil clément d'un été auroral, resplendissait de vie et d'énergies diverses. Il en allait sans dire que Cecil détestait tout cela. Les transports en commun étaient impraticables et il avait du laisser passer trois bus pour éviter d'être plaqué tout contre George, cinquante-trois ans, tout aussi poisseux qu'un touriste dans la forêt amazonienne. Il avait finalement opté pour la marche, même s'il savait pertinemment qu'il allait, de ce fait, être en retard à son rendez-vous. Boh. Edgar l'attendrait. On pouvait toujours attendre Cecil von Sydow, après tout. Mais voilà – les rues elles-mêmes étaient bondées, et zigzaguer entre les passants lui faisait perdre un temps précieux. Quelle idée avait-il eu de lui proposer un rendez-vous dans ce quartier ? Bien entendu que tous, touristes aussi bien que locaux, allaient être de sortie, personne ne pouvant franchement résister à l'appel d'un temps doux et d'une mer encore plus bleue que le ciel. Cependant, lorsqu'il s'approcha enfin du Tempest Inn, où Edgar était censé l'attendre, il poussa un soupire de soulagement tellement franc qu'il fit se retourner un père de famille (américain, à en juger par son embonpoint et par l'immense star spangled banner qui décorait sa veste en jean taille XXL) qui était, jusque là, en train d'admirer tranquillement les portes-clefs vendus par les boutiques de souvenirs. La terrasse du petit café en bord de mer semblait relativement calme. Quelques tables étaient encore libres et – Dieu merci – il ne semblait y avoir aucun enfant turbulent. Aussi, Cecil n'eut aucun mal à repérer son ami, installé à une table dans un coin tranquille de la terrasse. Il remercia intérieurement le bon sens d'Edgar – il n'avait aucune envie de voir leurs conversations être parasitées par les discussions animées d'un groupe de vieilles filles. « Hé. J'espère que je ne suis pas trop en retard ? » lance-t-il en s'approchant de la table où siégeait son ami, posant sa veste sur le dossier de la chaise libre. Sans même attendre une quelconque réponse, il regarda sa montre, lâchant un petit rire amusé. « Oh. Vingt minutes. J'en battrais presque mon record. » Il s'installe, son petit sourire amusé toujours sur les lèvres. Dans le même mouvement, il sort de la poche de sa chemise un stylo qu'il fait distraitement tourner entre ses doigts – il ne veut pas se laisser oublier qu'il est également ici dans l'espoir qu'Edgar lui donne des détails sanglants (ou seulement un tant soit peu intéressants) sur les affaires qu'il a à traiter en tant que policier. Après tout, le quarantenaire était une de ses principales sources d'inspiration – il ne pouvait passer à côté de la perspective de nouveaux récits potentiels. « C'est agréable de voir que tu m'attends malgré tout. Tu vas bien ? »

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love


Dernière édition par Cecil Von Sydow le Ven 18 Mai 2018 - 12:42, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Lun 14 Mai 2018 - 16:36

La réputation d’Edgar le précède, d’ordinaire ; la ponctualité n’est pas de son fait lorsqu’il s’agit de rencontres personnelles. Trop absorbé par son boulot, perdu dans les archives du commissariat et ses enquêtes en cours, le tic-tac régulier de l’horloge devient muet. Parfois une demi-heure, parfois une heure entière. Mais aujourd’hui, il est en avance. Ce n’est pas vraiment de sa faute, d’ailleurs – on l’a chassé des bureaux d’une taloche derrière le crâne. T’es pas payé pour bosser autant, Smith. Casse-toi de là. Ce n’est pas parce qu’ils s’inquiètent pour sa santé, qu’ils l’envoient se balader. C’est pour éviter à avoir à lui payer des heures supplémentaires excessives. Edgar est déjà installé sur la terrasse, une clope entre les lèvres et un verre de whisky qui tangue sur une table branlante. Certains passants le dévisagent d’un mauvais œil, mais qu’en a-t-il à foutre ? Ils s’éloignent déjà et le flic sait pertinemment qu’il ne les croisera plus jamais. De toute façon, il n’est jamais le seul à traîner dans les bars et les cafés à des heures étranges, un verre d’alcool trop fort à la main. La plupart se contente d’une bière, mais quelle est la différence quand les canettes s’accumulent par paquets de dix sur la table ? Un filet de fumée s’échappe d’entre ses lèvres dans un soupir. Cecil, il est en retard. Coincé dans les bouchons ou entre le flot de touristes qui repeuple les rues de Brighton alors que l’été pointe à peine à l’horizon. Mais parmi la foule qui s’amasse sur la terrasse – loin de son coin tranquille, heureusement – le regard d’Edgar s’accroche aux boucles brunes de Cecil. Vingt minutes de retard, note-t-il en jetant un coup d’oeil à sa montre. Edgar ne s’en formalise pas alors qu’il esquisse un geste de la main pour le tranquilliser.
Pourtant, ça n’empêche pas Edgar d’esquisser un sourire taquin et de lui lancer une remarque moqueuse. « Tu penses vraiment faire mieux que m’avoir fait poireauter pendant deux heures ? C’était quoi ton excuse, déjà ? » Enfin, Edgar n’est pas forcément mieux non plus. Quel beau duo de retardataires idiots font-ils. « Mais je vais bien. » Répond-t-il en écrasant son mégot dans le cendrier. Des foutaises, en vérité. Ses maux s’accumulent ; peut-être même que Cecil parvient à les discerner. C’est un écrivain, après tout. Et il extirpe déjà un stylo et un calepin, prêt à prendre des notes. Ça n’étonne pas Edgar. C’est toujours comme ça avec lui, depuis qu’ils se connaissent. Il n’a tout simplement pas encore eu la chance de lire ce que donne ses histoires sordides sur le papier.
Le flic se rallume une cigarette avec nonchalance alors qu’il s’adosse contre sa chaise, un regard pensif tourné vers le ciel masqué par la pollution de la ville. « J’ai fouillé dans nos archives, hier. » Commence-t-il dans un sourire mystérieux. Edgar, il le tease. « Les mélodrames shakespeariens, ça te branche ? » Demande-t-il en arquant un sourcil. Edgar, il le titille de façon délibérée. Il pique sa curiosité, il se donne un air mystérieux en soufflant avec trop de lenteur la fumée de sa cigarette, son regard rivé dans celui de Cecil.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Ven 18 Mai 2018 - 12:43

Edgar et Cecil, ils sont un peu trop semblables, c'est surement pour ça que ça a accroché si vite entre eux. Pourtant, Cecil, c'est pas le genre à être terriblement sociable, et Edgar est surement pire que lui. Deux caractères de merde – et irait pas jusqu'à dire deux rebuts de la société mais c'est presque quelque chose comme ça – deux passifs un peu chargés, et puis ça clique, ça s'emboîte parfaitement (sans aucun mauvais jeu de mots, bien entendu). Alors leur amitié, elle se fait à travers les approbations silencieuses, les compréhensions muettes, les yeux fermés sur chacun de leurs péchés et les sourires à demi-masqués quant aux regards des bien-pensants. Quand il arrive, il reconnait donc très vite le petit air narquois d'Edgar et il sait que ce n'est qu'une question de temps avant que la petite pique quant à son (petit) retard ne franchisse ses lèvres. Il s'assoit, résigné, alors qu'enfin l'inspecteur se permet sa petite remarque. « Tu penses vraiment faire mieux que m'avoir fait poireauter pendant deux heures ? C'était quoi ton excuse déjà ? » Ce souvenir arrache un petit rire au blond, qui secoue la tête. Oh, ça, ça avait été drôle. Quoique drôle n'avait pas été le premier mot qui lui était venu en tête sur le moment, mais a fortiori, il y repense avec ce sourire amusé collé au visage. « Je m'en rappelle plus trop, franchement. Que j'étais en train de me taper quelqu'un ? Un dégât des eaux chez moi ? C'était surement un mensonge de toute façon. » Il hèle le serveur en lâchant ses mots et se commande un verre de vin (pas qu'il aime particulièrement ça, mais élégance oblige) tout en en profitant pour passer très rapidement ses yeux vers le verre d'Edgar. De l'alcool fort, ça l'étonne même plus. Mais Edgar a l'air en parfait état de sobriété, et Cecil se désintéresse très vite de ce fameux verre. Tout d'abord parce que, dans la catégorie des choses contre lesquelles on les mettait en garde à la télé (Fumez tue, bla, bla, bla, tant de portes ouvertes que l'on enfonce gaiement), lui-même n'est pas en reste. Puis, il sait parfaitement qu'Edgar manquera pas de l'envoyer chier s'il se met à adopter ce rôle affreusement horripilant qu'est celui de la bonne conscience. Cecil, il va pas prêcher la parole du chemin vers une vie saine parce que lui-même ça le fait chier. Mais d'un autre côté, compter les verres que s'enfile Edgar avec un sourire amusé, comme le spectateur d'une vile télé-réalité, ça revient à enfiler un blouson estampillé très mauvais ami (j'me fous bien de c'qui peut vous arriver) (si tout cela peut rentrer sur un blouson et demeurer lisible). De toute façon, Edgar a très vite fait de mettre sur la table un sujet autrement plus intéressant. Un sourire s'installe sur le visage de Cecil alors qu'il fait cliquer son stylo nerveusement, comme un cheval piafferait avant de partir au galop. Les histoires d'Edgar ? C'est une véritable mine d'or pour l'écrivain qu'est Cecil. Des tragédies grecques des temps modernes qu'il a juste à remanier, à couvrir de dorures et d'arabesques pour éviter que le roman de sa vie ne se retrouve dans la section trop fournie et trop sombre des romans noirs. Puis Cecil, il est malsain, un peu voyeur, et ça l'intrigue toujours d'entendre ces histoires sordides – comme le spectateur d'un film d'horreur qui se sent privilégier d'avoir accès à toutes les sphères les plus interdites de la morale. Sauf que là, c'est très réel. L'adrénaline est un peu plus palpitante. « Les mélodrames shakespeariens, ça te branche ? » Edgar, il lui demande ça alors que Cecil est tout juste en train de s'allumer une cigarette, l'enculé. Le mouvement qu'il esquisse pour récupérer son calepin, en réaction aux mots de son ami, est tellement soudain qu'il manque de se faire tomber le mégot allumé sur la chemise. « Oh Edgar, tu sais parler aux hommes toi. » il répond finalement, marmonnant un peu pour garder sa cigarette calée entre ses lèvres. La mine de son stylo est sortie, posée sur le calepin, et ses yeux sont fixés sur l'air désintéressé de son ami. Cecil sait parfaitement qu'il le fait attendre, le salaud, qu'il installe son petit suspens autour de sa précédente déclaration. « Me fais pas languir comme ça, tu sais à quel point c'est mauvais pour mon cœur. » Il ajoute, avec un petit rire. Dieu, il aurait pu en trépigner d'impatience.

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Sam 19 Mai 2018 - 23:24

Edgar roule des yeux à sa justification miteuse mais c’est l’amusement qui l’emporte sur l’agacement. Edgar, il apprécie bien trop Cecil pour lui en vouloir. Des excuses ridicules, il en abuse allègrement lui aussi. Peut-être même que les problèmes de plomberie sont également apparus – en écho aux dégâts des eaux de Cecil. Edgar, il ne s’en souvient plus vraiment. Mais l’écrivain feignasse a le mérite de l’admettre, lui – les mensonges, ça fait tout autant parti de leur quotidien que les non-dits. Qui se ressemble, s’assemble.
Et Edgar, il joue avec les nerfs si sensibles de Cecil alors qu’il prend le temps d’écraser une énième cigarette dans le cendrier plein à craquer. Edgar, il avale une gorgée de son verre qui lui brûle la gorge avec délice – ça fait trop longtemps, que les alcools forts ne le font même plus frémir. Que pourrait-il lui raconter, cette fois ? Une vieillerie de ses débuts à Scotland Yard ? Ou quelque chose de plus récent, plus intime, qui s’est déroulée dans les tréfonds de Brighton, à peine révélé par les médias ? Des histoires sordides, il y en a dans tous les quartiers. Des monstres, il en traîne dans toutes les rues. Peut-être même qu’il en a quelques-uns comme voisins. Des salauds qui tabassent leurs gonzesses, il y en a jusque dans les bureaux adjacents au sien, au commissariat. Les flics, ils ferment simplement les yeux quand il s’agit de leurs collègues. Ils se protègent entre eux, les salauds. Ils se tapotent les uns les autres dans le dos en se disant que bah, ce n’est rien. Les meilleurs d’entre nous craquent, parfois. Edgar, il n’aurait jamais osé lever la main sur Ada. Pour quoi faire ? Dans quel but ? Asseoir sa domination, sa masculinité ? Ce genre de conneries lui fait rouler des yeux dans ses orbites alors qu’un soupir lui scie les lèvres. Et aux répliques de Cecil, son sourire mutin s’élargit. « Par où commencer... » Souffle-t-il alors qu’il extirpe de la poche intérieure de sa veste son paquet de cigarettes. En compagnie de Cecil, il fume encore plus que d’habitude. Mais comment l’en blâmer ? Il partage le même vice.
Le suspense s’étire tellement qu’il en deviendrait presque lassant. D’un coup d’oeil, Edgar note l’impatience dans le regard de son vieil ami. « J’ai entendu dire, » débute-t-il. Mon cul. Edgar n’a rien entendu, c’est lui qui a bossé sur cette enquête, à l’époque. Mais les formes ont autant d’importance que le fond, pour un écrivain dans le goût de Cecil. Et Edgar, il aime beaucoup trop jouer à son petit jeu de séduction par la crasse humaine qu’il se laisse aller. « qu’on a retrouvé le corps d’une adolescente dans la Tamise. Elle avait les poings et les pieds liés, un sachet en plastique attaché avec une ceinture autour de la nuque. Mais elle n’est pas morte d’étouffement, et encore moins de noyade. » Edgar, il prend le temps d’allumer une énième clope et de finir son verre. « Elle a été assassinée par sa propre sœur parce qu’elle a osé séduire son petit-ami et commettre l’affront d’être enceinte de lui. Sa sœur, elle avait trente ans et son petit-ami, trente-cinq. Il n’est pas en prison, évidemment. Il a réussi à y échapper en feignant le deuil devant les juges. » Edgar, il se mord encore les doigts que ni lui, ni ses collègues n’ont réussi à contrer ses arguments de preuves tangibles. Une vieille histoire aux dossiers étiquetés, classés et rangés, de toute façon. Elle n’a plus aucun intérêt, mis à part servir de source d’inspiration pour Cecil, au final.
Et Edgar, il en a des dizaines dans ce genre-là qui s'accumulent dans ses tiroirs.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Sam 26 Mai 2018 - 0:57

Edgar, c’est un peu l’homme parfait pour endosser le rôle de muse dont Cecil a tant besoin. Il a pas les courbes parfaites et le regard languissant pourtant (pas qu’il soit moche, hein. Cecil, il veut pas vexer Edgar, même si c’est que par représentation mentale). Mais il est inspecteur, et ça, c’est vraiment une mine d’or pour Cecil, parce que lui et son esprit tordu, ils passeraient leurs journées aux archives de la police si cela leur était permis. Silencieusement, il écoute Edgar, le jalouse même un peu d’avoir accès à tant de destins brisés, de coups de folie, de cris désespérés, d’injustices passées sous silence. Cecil, c’est un auteur du tragique – la littérature, elle naît des choses les plus sombres de ce monde. Y a aucune fierté à écrire sur ce qui est déjà beau, tout comme c’est totalement vain que de sculpter par-dessus une statue de Rodin. Les histoires d’Edgar sont à Cecil ce qu’une charogne décomposée était à Baudelaire – un matériel dégoulinant de tout ce qui peut révolter et répugner l’âme humaine qu’il se devait de travailler pour en faire une œuvre d’art. Et Edgar, il a touché aux pires trucs que l’être humain peut faire, ça se voit dans tout son être, désinvolte, las. C’est peut-être pour ça que, dès le départ, il a tant intrigué Cecil. Il a jamais ressenti le besoin, comme pour tant d’autres connaissances, de l’envoyer chier, de tester sa patience, de lui faire subir quelque horrible brimade psychologique. Edgar, ça a toujours été, aux yeux de l’écrivain, un personnage diablement intéressant au milieu de personnages de romans de gare, un individu dont la présence était intéressante et pas dénuée de tout sens. Mais bon, y a certaines choses qui l’agacent malgré tout chez Edgar – par exemple, cette ignoble manie de faire monter un suspens de circonstance qui ne servait qu’à le faire languir, de toute évidence. Et il sait qu’il peut voir à quel point l’impatience bouillonne vite chez lui, que ce soit par cette façon qu’il a de presque mâcher sa cigarette, ses doigts qui tapent nerveusement sur son bloc-notes, ses inspirations un peu plus appuyées que ses expirations. Il s’en délecte, le salaud, il en est certain. Mais enfin, après un temps d’attente qui lui paraît interminable, il crache le morceau – Cecil, il se dépêche de noter les détails importants sur le papier encore vierge, entourant quelques mots qui lui inspirent déjà des développements, des filiations prometteuses, dans l’espoir que ces cercles impersonnels l’aideront à se remémorer ses idées momentanées. Bien entendu, Cecil, il se prive pas de petites réactions à l’entente de l’histoire morbide qu’Edgar lui raconte. Une petite grimace, un sourcil arqué souligné par un coup d’œil incrédule jeté à son ami, quelques mots lâchés, par-ci, par-là (« Sa propre sœur, vraiment ?). Les drames familiaux, c’est le petit point faible de Cecil, une des choses qu’il préfère le plus. Peut-être parce que ça le soulage de savoir qu’il y a des foyers, quelque part, enlisés dans une situation bien plus boueuse que la sienne. Un genre de satisfaction perverse sur laquelle il ne s’attarde que très rarement – faire de l’auto-psychologie, c’est pas dans les délires de Cecil. « Bien, j’suppose que ce gamin a trouvé la meilleure méthode pour avoir le beurre, l’argent du beurre et la fermière. » qu’il lance en ajoutant un point final sur son calepin, relevant enfin ses yeux gris vers le visage de son ami. Il esquisse même un petit sourire – s’il passait son temps à réagir conventionnellement aux histoires d’Edgar (le pathos habituel, la petite larmichette qui va bien, la réaction choquée alors qu’on ne l’est pas tant que ça parce qu’on a vu cent fois pire à la télévision la semaine dernière), leurs rencontres ne se résumeraient que par apitoiement sur apitoiement, il se morfondrait dans l’alcool autant qu’il se complaisait dans la cigarette. Alors, il blague, chasse l’horreur de la situation d’un haussement d’épaule et d’un sourire. Il sait qu’Edgar ne le jugera pas, de toute façon. « Et la fille ? Tu sais ce qui lui est arrivé, à la fille ? J’suppose qu’elle s’en est pas tirée. »

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Ven 29 Juin 2018 - 20:15

Un rictus amusé s’esquisse sur les lèvres d’Edgar. Il jubile, le salaud. Il se délecte des trépignements impatients de Cecil. Il sait comment le rendre fou en quelques mots – ou plutôt, dans leur absence. C’est les silences qui s’étirent, la taquinerie qui s’installe. Edgar, il fait tourner son verre entre ses doigts avec nonchalance. Il hèle un serveur en désignant ledit verre vide, lui demandant sans un mot de trouver de quoi le remplir à nouveau. Pour dégobiller ce genre d’histoires sordides, il préfère avoir les veines échauffées, le flic. C’est toujours plus facile lorsque l’alcool emplit ses neurones. Rares sont ceux qui ont les nerfs d’acier assez solides pour ne jamais frissonner, ne jamais subir les affres de l’écoeurement. Edgar, il s’estime assez costaud – il en a vu des vertes et des pas mûres, au fil des ans. Mais même aujourd’hui, même après tant d’années dans le service, il lui arrive toujours d’esquisser une grimace, de retenir sa bile ou d’avoir des sueurs froides lorsqu’il déboule sur une scène de crime.
Que ce soit simplement une dispute conjugale qui a mal tournée – la gonzesse à l’hôpital, l’enculé en cellule – ou des cadavres encore sanguinolents, il est toujours humain. Un peu moins fragile que les petits nouveaux mais toujours dégoûté – effrayé – par ce que les hommes sont capables de se faire les uns aux autres. Ce que des frères et sœurs sont capables de se faire les uns aux autres. Et c’est ce qui intéresse Cecil, aujourd’hui. De quoi l’inspirer. Avec un peu de chance – pas assez – peut-être qu’un jour, c’est sur la page des remerciements d’un de ses mélodrames que le nom d’Edgar sera griffonné. Mais Edgar, il n’y croit pas trop. Cecil, il préfère accumuler les idées plutôt que de les utiliser.
Edgar, il ne s’étonne même pas de la froideur qu’exhibe Cecil à l’entendre. Edgar, il ne l’imagine pas être quelqu’un que l’on peut aisément choquer – et encore moins surprendre. Peut-être parce que c’est un écrivain. Il a entendu dire qu’ils s’intéressent un peu à tous, ceux-là. Même à ce qui ne les regarde pas ; encore plus à ces choses-là, sûrement. Alors Edgar, il s’allume simplement une énième clope en posant son coude sur la table branlante. « Tu as sûrement raison. » Qu’il répond. « Mais il s’est sûrement accoquiné avec la mauvaise fille. » Mais aurait-il pu deviner que sa petite-amie serait capable de fratricide ? Personne ne le peut. Il arque un sourcil, le flic. Comment a-t-elle fini, la fratricide ? Un soupir s’échappe d’entre ses lèvres alors qu’il s’adosse au dossier de sa chaise. « En prison, pour un bon paquet d’années. D’après mes collègues qui y ont assisté, elle était hystérique. Elle s’est jetée sur le juge et lui a griffé le visage après qu’il ait rendu son verdict. » D’après eux, c’était hilarant. D’après le juge, ça a dû être effrayant. « Elle aurait même essayé de l’étrangler avec ses menottes. » Ajoute-t-il dans un roulement d’épaules. Il n’y croit pas vraiment, Edgar. C’est trop gros. Possible, probable, mais trop gros. Quelqu’un l’aurait ceinturé avant et éloigner du pupitre du juge. Mais c’est dans ce genre d’on-dits que les meilleures histoires se dessinent, non ?

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Jeu 9 Aoû 2018 - 19:54

Cecil regarde toujours Edgar avec une certaine lueur d'admiration. Lui n'aurait jamais pu être policier. Il n'aime pas le jazz. C'est une vérité auto-suffisante ancrée dans l'esprit de Cecil, implantée là par il-ne-savait quelle anecdote insignifiante. Les flics aiment le jazz et le mauvais café (et Cecil ne boit que des mocchas et n'écoute que de l'avant-gardiste). Il n'avait jamais pris le temps de demander à Edgar s'il aimait le café discount et le jazz. C'est une scène qui va de soi, à ses yeux. Mais plus il y pense, à Edgar qui sirote un café trop âpre en écoutant du Armstrong, plus l'image lui paraît incongrue. Ca lui fait plisser les yeux et remuer nerveusement son stylo. Il n'avait jamais pris le temps d'y réfléchir plus que ça. Mais là, faute de mieux, il est obligé de le faire. De se mettre cette photographie mentale en tête, afin de s'empêcher de penser aux informations qu'Edgar tarde à lâcher. Mais cette image, elle sonne faux (il s'étonne lui-même d'utiliser cette expression idiote, un média visuelle ne produit pas de son). L'espace d'un instant, il est prêt à couper court à cette conversation, seulement pour demander à Edgar si, oui ou non, il écoute du jazz et boit du mauvais café. Il lui semble que cette question répond à un besoin nécessaire, primal, d'être élucidée. Ou alors, elle n'est qu'un produit de l'impatience qu'il refoule tant bien que mal, une divagation spontanée de l'esprit, qui se noie dans une frustration pour en oublier une autre. C'est très certainement ça d'ailleurs.
Car, dès qu'Edgar reprend la parole, Cecil oublie ces questions de jazz et de café (non sans une note mentale aborder la question une autre fois). Il est suspendu aux lèvres de son interlocuteur, comme si les détails dispersés qu'il dégnait éparpiller étaient des galons d'air qu'on lançait à un homme en apnée. Son stylo glisse sur le papier pour y faire apparaître des notes illisibles (qu'il ne regarderait probablement plus jamais, tout était imprimé dans son esprit) et un léger rire, à peine plus audible qu'un souffle, s'échappe de ses lèvres à l'entente de la dernière remarque d'Edgar. Même pour lui, cette sortie théâtrale n'était pas crédible. L'idée était belle, cependant : une femme sur le point d'être spoliée de sa liberté, de son droit le plus fondamental, s'autorisant un dernier débordement de passions. Mais jamais cela ne se passerait comme ça, se dit Cecil. Parce que sa liberté est mise à mort au moment où elle passe les portes du tribunal – cet abattoir du tempérament. Cecil n'a jamais écrit sur les procès, et ne le fera sans doute jamais. L'être humain n'est jamais autant réifié que dans ce lieu, où l'on respire et vit au rythme de lois et de textes théoriques. Il arque un sourcil, assez fier de cette élaboration mentale, va même jusqu'à regretter de ne pas l'avoir prononcée à voix haute. C'est dramatique. C'est immonde. Son commentaire, il est simple, court, il dépasse pas quatre mots. Cecil n'aime pas nécessairement gaspiller sa salive quand c'est pour apprécier les paroles des autres. Mais il s'autorise malgré tout un j'adore, prononcé en un souffle heurté. Il se tait un instant, comme s'il contemplait l'histoire qu'il vient d'entendre, comme s'il se la repassait dans sa tête. Comment tu fais, hein ? Il pose la question sans même y penser, et avant qu'il ne s'en rende compte, il se voit obligé d'élaborer. Tu vois ces gens commettre des crimes tous les jours. Tu vois des gamines massacrer leur propre sang pour des histoires de cul. Comment tu fais pour jamais avoir de pulsions morbides, hein ? Il hausse les épaules, boit son verre. Il ne sait même pas s'il pose la question à Edgar, ou à une espèce d'entité essentielle qui lui répondrait dans un élan d'inspiration. J'sais pas, j'vois ce genre de merdes comme un éternuement. Tu vois des gens répondre à leurs pulsions les plus viscérales... et t'as pas envie de faire la même chose ?

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Ven 10 Aoû 2018 - 2:15

Edgar s’est toujours demandé pourquoi les écrivains ne s’indignent de rien. Pourquoi ils ne tremblent pas lorsqu’on leur déballe des horreurs. Edgar, il se dit que c’est parce qu’ils lisent trop eux-mêmes. Ou alors ce n’est que Cecil – après tout, il ne connaît pas d’autres écrivains que lui. Il s’adosse à sa chaise bancale et tourne son regard vers le ciel trop clair. Brighton bouillonne toujours, autour d’eux. Pourtant, c’est dans leur petite bulle hideuse qu’ils se complaisent le mieux. Edgar, il ne remarque pas les regards surpris de leurs voisins, sur la terrasse. Ce ne sont que des curieux. Des vicieux, en vérité. Mais qui est-il pour les juger ? Au fond, il ne vaut pas mieux qu’eux. Il le cache simplement mieux. Ce n’est pas grâce à son insigne de flic, cela dit. Ceux-là, on les considère comme des pouilleux. On les hait bien plus qu’on ne les admire ; on ne retient que ceux qui fautent, que ceux qui meurtrissent ceux qu’ils sont sensés protégés. On oublie les types comme lui. On dédaigne la flicaille qui nettoie les rues des meurtriers et des assassins. On gomme délibérément ses collègues de la scientifique, ceux chargés de mettre un nom sur l’enfoiré qui a osé commettre l’impardonnable sur une gamine. On ne retient que ceux qu’ils ont fait pour y parvenir : traumatiser un peu plus la gosse.
Des pères qui ont chopé ces flics-là par le col, Edgar en a vu des tas. Lui, au fil du temps, il a préféré se spécialiser dans le crime organisé en pensant naïvement qu’il n’assistera plus à de telles scènes. Pourtant, il a troqué la colère d’un père pour les larmes de gamines que l’on prostitue. Pour les gémissements d’adolescents troués à l’arme blanche pour avoir bêtement songé à se frotter à des gangs trop gros pour eux. Ah, les travers de Londres. Une ville magnifique pour les touristes, un nid à vermine pour les flics. Brighton, on la croit différente – c’est la même merde. Ça ne commence qu’à peine mais le vice est là, dissimulé sous le velours rouge d’un cabaret. À la remarque de Cecil, il n’y a qu’un sourire qui s’esquisse sur ses lèvres. Qu’il adore ne le surprend pas. Cecil, il ne connaît pas l’horreur. Il ne le vit que par procuration au rythme des histoires que le flic s’autorise à lui narrer autour d’un verre. Il n’est pas sûr non plus qu’il ait les nerfs assez solides pour les supporter en dehors de ses bouquins. Ce que l’on demande aux flics, ce n’est pas des nerfs de fers mais des nerfs d’aciers. Plus d’un craque et Cecil, il lui rappelle qu’il pourrait craquer, lui aussi. Qu’il devrait craquer.
Il prend son temps pour lui répondre, cependant. Il attend que le serveur revienne et qu’il remplisse à nouveau son verre. Il le porte à ses lèvres pour en avaler une gorgée et savoure la morsure de l’alcool le long de son œsophage. « J’étouffe mes pulsions au lit. » Qu’il répond simplement, sans détours ni fioritures. Mais c’est le regard que Cecil pose sur lui qui l’oblige à préciser. « Littéralement. » Rajoute-t-il en portant inconsciemment ses doigts le long de sa propre gorge. Dans sa jeunesse, il a naïvement pensé que le sexe ne s’associait qu’au missionnaire – un grand classique. Pourtant, c’est dans le vice qu’il se satisfait. Lorsqu’ils s’aimaient encore, lorsqu’elle était encore là, Ada lui permettait de se perdre et de s’oublier sous les draps. Elle acceptait ses travers sans sourciller, bien trop heureuse qu’un homme tel que lui puisse s’écraser sous elle. Edgar, il n’atteignait l’orgasme que lorsque ses doigts manucurés enlaçaient sa nuque pour que des étoiles dansent sous ses paupières closes. Edgar, il ne perdait la boule que lorsqu’elle muselait les sens avec une paire de menottes, un bandeau ou un bâillon. C’est après avoir soufflé la fumée de sa bouffée de cancer qu’il poursuit. « Dans un sens, j’y réponds. Ce n’est simplement pas dans le meurtre que je me satisfais mais c’est plutôt dans, ah, » Il hésite. Il soupire en se pinçant l’arête du nez en quête d’une façon de tourner sa dépravation sans choquer les oreilles indiscrètes. C’est peine perdue, elles le sont sûrement déjà. Alors il n’hésite pas. Il laisse son côté cru prendre le dessus – parce que c’est Cecil et qu’il l’a suffisamment bercé d’horreurs pour que sa débauche ne l’étonne pas. « dans la soumission charnelle. »

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Lun 13 Aoû 2018 - 23:51

Cecil se délecte sans cesse des histoires d'Edgar avec un plaisir trop grand pour qu'il ne soit pas malsain. Et peut-être qu'au fond, d'une certaine façon (ou de plus d'une manière) Smith a raison ; Cecil se passionne pour l'horreur, mais Cecil ne connaît pas l'horreur. Les lettrés ont cette aptitude fascinante de s'émouvoir de la mort romanesque de Jehan Frollo, mais de continuer à manger leur homard-mayonnaise alors que le présentateur du journal télévisé énonce les détails d'une catastrophe meurtrière dans un pays trop lointain pour qu'on puisse se sentir concerné. Edgar est le Nord, et Cecil est le Sud dans une même rose des vents régie par un cynisme philosophique. Ils représentent le point de convergence de deux sphères aussi dissemblables que le réalisme et le surréalisme, que le nihilisme et le catholicisme. Et, à chacune de leur rencontre, Cecil devient le touriste new-yorkais qui flâne à travers les favelas de Rio à bord d'un bus blindé – tout ça pour le frisson procuré par l'illusion du danger. Dans ses brefs accès de conscience de soi, il se demande pourquoi Edgar supporte et satisfait sa curiosité de bourgeois apathique. Si seulement Cecil avait été aussi intelligent qu'il prétend l'être, il se serait rendu compte de l'abjecte perversité de son état d'esprit, de cette glorification constante et systématique de ce qui brise, anéantit, de ce qui assassine les âmes et scarifie les corps. C'est à peine s'il ne trouvait pas son ami, en sa qualité d'écorché vif, d'un romanesque charmant. Assis à une terrasse en bord de mer, sirotant un verre de vin blanc, le voilà qui magnifie un immonde fratricide teinté de sexe et d'hystérie des courbes légères de son écriture manuscrite. Mais je suis un artiste, pense-t-il (et il le pense fort, si fort qu'il se sent parfois habité de ces phrases grossières) et un artiste se doit de mettre les mains dans la merde de la psychologie humaine.
Et il veut savoir, il veut connaître tous les retors, toutes les tentations auxquelles on est exposé lorsqu'on côtoie ces vices abyssaux de la psyché. Il pose la question, il ose. Parce qu'il sait qu'Edgar lui répondra. Eux deux, ils sont plus à ça près. Il a fermé son bloc-notes, à présent. Cela lui donne l'illusion que la conversation est à présent plus intime (comme s'ils n'étaient pas entourés de dizaines d'inconnus, comme si les aveux sépulcraux d'Edgar n'allaient pas subtilement alimenter les biographies de ses futurs personnages), et il espère que la chimère fait aussi effet aux yeux de Smith. Alors qu'il sent qu'Edgar s'apprête à parler, il porte lui même son verre à ses lèvres, comme un spectateur attraperait une poignée de pop-corns avant le début du film. Fondamentalement, il veut s'occuper, donner l'impression qu'il est agent, fondre sa fonction de pur auditeur, totalement à la merci des paroles d'Edgar. Et puis, la bombe tombe.
Cecil est pris au dépourvu ; son instinct le plus primaire est de recracher tout l'alcool qu'il a dans la bouche pour éviter de s'étouffer avec alors qu'il se sent hoqueter de surprise. Heureusement, Cecil est de bonne famille, et la bienséance veut que l'on ne crache pas son millésime à la figure de celui qui vient de dire qu'il affectionne qu'on l'insulte pendant le coït. Alors il se contente d'étouffer une quinte de toux, les lèvres pincées, le poignet devant la bouche. Puis, il repose lentement son verre sur la table, le regard perdu dans le vide. Il a l'air profondément enfoui dans ses pensées, comme s'il avisait l'ampleur de ce qu'il venait d'entendre (en réalité, Cecil est juste bien trop occupé à digérer la honte par procuration que le procure l'image mentale de lui en train de cracher du vin). Puis, soudain, les mots de Smith le frappent. Ses yeux s'écarquillent un peu alors qu'il les relève vers son locuteur. Puis il rit. D'abord un rire retenu – des pouffements polis, saccadés. Puis, finalement, il n'essaie même plus. Espèce d'enfoiré... On ne peut même pas parler de moquerie. Le rire de Cecil traduit plus un étonnement, une sorte de je-vais-être-obligé-de-redéfinir-toute-l'image-que-je-me-fais-de-toi-et-je-ne-sais-pas-comment-réagir-à-ça. Il inspire, se calme finalement – mais ce rictus demeure figé au coin de ses lèvres. Toi, toi, tu m'as fait comprendre que j'étais un baisé parce que je laissais un de mes plans cul m'appeler daddy, mais toi, t'es là, tu m'annonces que t'aimes te faire étrangler, la bouche en coeur. Deux minutes, même pas. C'est le temps qu'il a fallu à Cecil pour passer du rôle d'auteur bourgeois et chiant à celui d'auteur bourgeois et encore plus chiant. Il se laisse tomber dans sa chaise, fixe Edgar. D'apparence, il semble laisser à son ami l'occasion de répliquer, mais le rictus amusé, à la limite du rire, qui trône sur son visage laisse deviner qu'il pense déjà à autre chose. Tu caches bien ton jeu, hein ? Ou pas, en fait... Putain, Smith. T'es un enfoiré. Un putain d'enfoiré. Et Cecil, il adore ça. Mais il se garde bien de le dire – avec Edgar, il se formalise pas des marques d'affection. Ca sert à rien, de toute façon, et puis, ça les ferait ricaner plus qu'autre chose. Puis, Cecil reprend son visage sérieux (ou du moins, il essaie – on sent à la crispation des muscles de son visage que contenir ce stupide sourire en coin est une prouesse musculaire), et il joint ses mains. Bien, désolé. Désolé. Du sérieux. Du professionnalisme. Bien. Donc, le masochisme, c'est comme ça que vous refoulez vos pulsions primaires. C'est intéressant, ça, Monsieur Smith, terriblement intéressant. Sa voix, elle est grave, plate. Mais lui, il est définitivement incapable de se prendre au sérieux, à présent.

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Ven 17 Aoû 2018 - 1:06

Il s’offre en spectacle, Edgar. Il croit entendre une quinquagénaire hoqueter, plus loin ; elle s’étouffe sur son verre de vin, une main ridée aux ongles teintés de vernis autour de la nuque. Douce ironie, après ce qu’elle vient d’entendre malgré elle – Edgar, il ne parvient pas à ravaler son sourire amusé. On s’étonne de ses vices et pourtant, la curiosité n’en est-elle pas un aussi ? C’est un sourcil qui s’arque alors qu’il tire une énième cigarette de son paquet de Lucky Strike. Pas de gêne, dans son regard, simplement une nonchalance délibérée, posée. Un sourire qui s’agrandit lorsqu’il pose ses yeux trop clairs sur un Cecil qui s’étouffe. Il lui tend machinalement une serviette pour s’essuyer les lèvres – un moyen de lui signifier qu’il a vu sa façon de s’étouffer contre son verre de vin.
Depuis le temps qu’ils se connaissent, il n’avait jamais réussi à lui arracher une telle réaction. Jusque là, il n’a obtenu que de l’indifférence. Que des roulements d’épaules désabusés en réponse à des tableaux peints aux mille couleurs du corps humain. Edgar ne réalise qu’à l’instant qu’il n’a jamais eu besoin d’horreur pour lui arracher des frissons choqués. Il n’a eu besoin que d’une image fracassée au rythme de clichés débauchés. Il comprend que ça surprend et que ça étonne – qui aurait cru qu’un type tel que lui pour se complaire dans un plaisir teinté de suppliques murmurés entre deux supplices ? Et c’est qu’il juge les autres, Edgar. Il se permet de critiquer les choix des autres alors que les siens sont, plus qu’égaux, pires. Cecil, c’est celui qui domine. Edgar, c’est celui qui subit. Deux concepts opposés qui se confrontent et qui auraient dû s’inverser ; on s’attend des flics qu’ils imposent. On espère des littéraires qu’ils s’écrasent. Il accepte l’insulte comme un compliment. Edgar, il se délecte bien trop de l’étonnement qui s’inscrit sur les traits de Cecil pour s’en offusquer. Et il allume sa cigarette d’un geste tranquille pour la porter à ses lèvres déformées d’un rictus moqueur. Il ne réplique pas. Pas tout de suite. Il attend que la tempête s’en aille et que la surprise se dissipe. Mais il a tort, Cecil. Edgar ne cache rien – on ne le pose tout simplement jamais la question. En même temps, comment pourrait-elle traverser les esprits bienséants ? Mais Edgar et Cecil, ils pèchent tous les deux auprès de Dieu. Edgar, il a honoré son mariage mais son lit conjugal s’est avili de souillures impudiques. Cecil, il a déshonoré ses serments et s’est perdu quelque part entre l’adultère et l’interdit.
Il fait mijoter Cecil, Edgar. Il le fixe tranquillement, la clope aux lèvres. Cecil ne rit plus, déjà. Et il a toute son attention – peut-être même plus qu’avant. « Ne joue pas les surpris, Cecil. Tu savais pertinemment à quoi t’attendre. » Répond-il alors qu’il inspire une bouffée de son poison favori. Le sexe et la mort. Deux termes intrinsèquement liés. Deux termes qui s’emmêlent autant dans les crimes passionnels que dans l’épectase. Edgar, il se penche ensuite par-dessus la table sous des airs de confidence. « Ça t’intéresse tant que ça ? » Question badine qui sous-entend que l’intérêt pour le vice est encore plus odieux que le vice lui-même. Edgar se penche par-dessus la table sous des airs de confidence. « Tu veux peut-être des détails, Cecil ? » Souffle-t-il en même tant qu’un filet de fumée nauséabonde. « C’est pour quoi, dis-moi ? Pour souiller tes pièces inachevées ou pour satisfaire ta curiosité maladive ? » Edgar marque une pause, songeur. « Mais te connaissant, ça ne m’étonnerait pas que tu cherches simplement à trouver de quoi stimuler tes prochains ébats. » C’est un sourire moqueur qui se dessine sur ses lippes. Il fixe Cecil sans gêne, sans honte. Parce que c’est lui et qu’il n’oserait pas le juger – il est pire, peut-être, à s’être complaît trop longtemps dans les tromperies répétées. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Que les menottes du boulot me servent autant à restreindre le plaisir que les criminels ? » Plus une confession qu’une question. Un autre aveu destiné à enfin faire cracher son vin à Cecil. Il se laisse retomber contre le dossier de sa chaise, l’oeil tourné vers le ciel exempt de nuages. La journée est beaucoup trop belle pour cette discussion-là. Le bar est beaucoup trop bondé pour ces élucubrations-là, aussi.
Enfin, le regard du flic croise celui du dramaturge. Il prend le temps de tirer une nouvelle bouffée sur sa cigarette en se tournant sur le côté pour passer son bras par-dessus le dossier de sa chaise. « Tu veux que je t’en prête une paire ? »

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Lun 20 Aoû 2018 - 0:14

Cecil sent bien qu'Edgar se délecte des réactions qu'il suscite (cet enfoiré). Les gens autour d'eux, ils ont entendu – aucun doute là-dessus. Les jeunes adultes qui se retournent pour leur lancer des regards désabusés (l'air de dire moi, rien ne m'impressionne, mais essayez au moins de parler moins fort) et les plus âgés qui, eux, n'essaient même pas de dissimuler leur outrance derrière un masque maussade. Mais Smith ne leur accorde aucune importance sinon un sourire amusé, et Cecil suit sans grand mal son exemple – c'est à peine s'il jette un regard ennuyé au cadre guindé dans un costard trop petit qui s'époumone en raclements de gorge pour attirer leur attention. Mais si le lettré se serait, en temps normal, égayé de détailler chaque sursaut éveillé par les aveux d'Edgar, sa concentration (pourtant généralement aussi frivole et infidèle que lui) ne semble vouloir se détacher du pécheur qui étale sur la table tous ses vices sans l'ombre d'un remord. Il est fasciné, peut-être même obsédé par l'aisance – la suffisance avec laquelle l'inspecteur peint et dépeint les démons qui le régissent – ces mêmes débauches qui sont systématiquement mises au bûcher sur la place publique. Edgar, lui, ne se dégoûte pas de la laideur conventionnelle de ses propres turpitudes et il les assume avec une aisance telle qu'elle les rendrait belles. Et Cecil, roi de la culpabilité éludée, baisse les yeux face à celui qui semble en être l'empereur. Il en serait presque jaloux, si tout cela ne l'amusait pas autant. Et il laisse Edgar rétorquer, le charrier même, le regard fixe et les mains jointes devant sa bouche – plus pour dissimuler son sourire amusé que pour intimider qui que ce soit. Cependant, derrière son air suffisant, Cecil détourne un instant les yeux lorsqu'Edgar fait très (trop) justement remarquer : ça t'intéresse tant que ça ? Smith, il tape dans la balle pour la lui renvoyer, mais dans la foulée, il met presque le pied sur l'accusation que même Cecil n'ose pas abordé ; sa perversité sous-jacente. Ca l'intéresse, l'interdit l'intéresse – les sphères de la débauche, de l'horreur, du gore l'attirent et le repoussent, et jamais il n'a la force mentale de s'interroger sur les extrémités tordues d'un esprit qu'il se vante pourtant de connaître par cœur. Alors lorsqu'Edgar lui pose la question qui fâche – il détourne le regard un instant, comme dans l'espoir idiot que l'introspection ne puisse pas se faire si le contact visuel est brisé. Et de toute façon, Edgar reste sur cette enveloppe fragile et pourtant ô combien rassurante de la boutade. Alors Cecil se ressaisit, se redresse, ce sourire important et orgueilleux systématiquement collé sur le visage et il laisse Edgar le bombarder de piques, finalement bien innocentes. Cecil, il est susceptible (et en est à ce point où il se vexe même qu'on lui fasse remarquer) mais lorsqu'il s'agit d'Edgar, ce rictus infatué ne cache jamais d'amertume, ni un orgueil meurtri. C'est pas que j'suis intéressé Edgar, plutôt que ça me fascine. Il prend son verre de vin en main mais ne le porte pas à ses lèvres. C'est le genre de discussion où il préfère ne rien avoir dans la bouche et ne rien avaler – autant pour les sous-entendus immoraux que ça induirait que pour le risque de s'étouffer sur de l'air ou sur de l'alcool. Au moins, s'il doit s'étrangler sur quelque chose, ce ne sera que sur ses mots. Ca me fascine, ouais. C'est ça qui est charmant chez toi. Il laisse échapper un souffle, qui pourrait tout aussi bien être qu'un rire qu'une expiration saccadée. T'es un coup de théâtre vivant. J'ai l'impression de te connaître et là – tu me donnes une toute nouvelle toile à peindre. Quant aux détails, bien – tu sais que ça m'ennuierait d'avoir une érection au milieu de ce charmant café. Il lâche ces derniers mots avec un sourire en coin qui en dévoile toute la dérision. Une manière grossièrement polie de dire qu'il n'y a pas lieu de choquer encore plus les mœurs bien rangées des braves gens qui les entourent. Trop tard, cependant – déjà, ils se retournent de nouveau, et leurs regards lancés furtivement se font d'autant plus agacés. Cecil ne peut se contenter que d'un long soupire – pourquoi les britanniques devaient-ils faire semblant d'être aussi prudes ? Cependant. Il se redresse dans son siège. Je m'offusquerais presque que tu me proposes des menottes, Smith. Je n'en ai certainement pas besoin pour moi – ni pour les gens avec qui je fais ça. J'ai pas besoin de cet armement de pacotille pour qu'ils soient à ma merci. Prétentieux ? Vaniteux ? Juste un peu. Peut-être. L'air satisfait (comme d'habitude), il s'autorise enfin à porter son verre à ses lèvres, la brûlure de l'alcool contre sa gorge étrangement sèche étant plus que bienvenue. Ses yeux se posent finalement sur son bloc note, resté fermé, trivialement abandonné sur la table, entre son paquet de cigarettes et un anneau d'humidité marqué par le pied de son verre de vin. Puis, son rictus réapparaît – ce sourire hautain qu'il arbore bien trop souvent. Je te trouve bien courageux, en réalité. Il parle dans un souffle, audible seulement d'Edgar et lui, comme s'il s'inquiétait soudain de l'intimité de leur conversation. Tu racontes tout ça à un auteur, tout de même. Et si je décidais d'effectivement m'inspirer de tout cela pour mes histoires ? Et admettons que l'histoire en question ne soit précisément pas inachevée . Il arque un sourcil. T'as pas peur de voir ça éternellement inscrit ? Que ta débauche ne te survive ?

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Jeu 23 Aoû 2018 - 1:24

Edgar réprime un sourire ironique à la façon dont Cecil se joue des mots. L’intérêt et la fascination sont pourtant intrinsèquement liés ; on s’intéresse à quelque chose parce que ladite chose nous fascine. On se fascine pour quelque chose parce que ladite chose nous intéresse. Pourtant, Edgar garde ses propres élucubrations pour lui-même. Peut-être parce queil n’a pas envie de dire une connerie ou de froisser l’âme littéraire de Cecil : il n’a jamais assisté à ses cours mais quelque chose lui dit que si on le contredit, ça chauffe. Il s’imagine très bien comment il agit, dans l’amphithéâtre. Cecil qui se fait plus grand qu’il ne l’est – et pourtant, c’est déjà un géant – alors qu’il étale sa science devant les yeux ébahis de jeunes adultes influençables. Mais il l’écoute presque sagement en sirotant son verre et en soufflant la fumée de son énième cigarette de l’après-midi. Ces autres vices à lui – les bouteilles s’accumulent et prennent la poussière dans son appartement trop vite, les cendriers se gonflent sous la cendre et les mégots. C’est la santé qu’il se pourrit mais pour l’instant, son foie tient bon. Ses poumons aussi. Il n’y a que sa voix qui a été rendue rauque par les saveurs goudronneuses du tabac qu’il fume à longueur de journée. Mais il s’adosse au dossier de sa chaise inconfortable, tranquille.
C’est sa tête qui se balance avec nonchalance de droite à gauche lorsque des mots encore plus immoraux et crasseux que les siens s’échappent de sa bouche. Autour d’eux, des hoquets de surprise. Des sourcils qui s’arquent sous la surprise mêlée à un soupçon de dégoût. Il y a cette reproche sous-jacente, ce don’t you dare give him details qui les lui fait ravaler malgré lui. Et puis Edgar, à bien y penser, préfère se complaire dans le silence et laisser l’imagination débordante de l’écrivain raté faire le reste. Et puis c’est que le café est noir de monde en cette douce après-midi d’été. Quelle image des britanniques donnerait-il aux touristes s’il en rajoute une couche ? Alors Edgar se tait. C’est son sourire en coin qui s’exprime et sa façon de porter son verre à ses lèvres pour le dissimuler. Il se moque en silence, Edgar. Il n’a pas besoin de tacles verbales – pas tout de suite – pour que Cecil comprenne à quel point son ego crève le ciel, à l’instant. Il dédaigne sa proposition sans surprise. Edgar le laisse se complaire dans la vanité. À quoi bon l’en déloger ? Cecil est une cause perdue. C’est connu, plus on vieillit, moins on a envie de changer ses habitudes. Mais aux yeux de Cecil, il se place comme un élève attentif, suspendu à ses lèvres.
Alors lorsque le dramaturge de comptoir se penche vers lui, Edgar arque un sourcil, un coude posé sur la table et la clope – ou ce qu’il en reste – pendu aux lèvres. Courageux, qu’il dit ? Ou inconscient, comme il le sous-entend ? Le flic inspire une bouffée de sa cigarette pour la lui souffler au visage avec une nonchalance feinte, un érotisme délibéré. Il le taquine, Edgar. La moquerie coule sur sa langue. Il n’y résiste pas. C’est trop facile avec Cecil et puis c’est qu’il lui tend le bâton pour se faire battre à son propre jeu. Sa fascination outrancière, Edgar la retourne contre lui. « Je suis surpris. » Commence-t-il simplement. Edgar prend son d’accrocher son regard trop bleu au sien. « Tu m’avoues être capable de bander rien qu’à m'imaginer sous les draps et tu m’admets que tu songes à les immortaliser dans tes histoires. » Il marque une pause en écrasant son mégot dans le cendrier. Il fait miroiter à Cecil la suite, comme à son habitude. Il retourne sa position initiale en s’accoudant au dossier de sa chaise. « Et pourtant c’est moi, le brave. C’est l’hôpital qui se fout de la charité, mon gars. » Il ne lâche pas son sale petit sourire en coin, Edgar. Il l’exhibe simplement un peu plus en penchant sa tête en arrière. « Alors dis-moi, Cecil. C’est quoi qui te fascine vraiment ? » Ma gueule, ou mes histoires ?
Il se fout tant que sa gueule que c'en est indécent. Mais la décence, ils en ont oublié depuis longtemps la définition.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Lun 3 Sep 2018 - 12:35

Les yeux dans le vide, rien qu'un instant. Peut-être qu'il regarde le garçon de la table d'à côté ou l'épave extrinsèque d'une pièce de théâtre qui ne verra jamais le jour. Et Edgar, en face de lui, le regarde avec ce sourire qui trahit son cynisme pathologique. Cecil, il n'est pas dupe. Il voit les lazzis que son locuteur prépare, s'en amuse plus qu'il ne s'en offusque. Immobile, il ne cherche même pas à lever son bouclier – ce serait une preuve de faiblesse que de chercher à se défendre. Il encaissera, ou rien. Alors lorsqu'Edgar lui répond, il tourne de nouveau ses yeux clairs vers lui, alors qu'un sourire fin se dessine sur ses lèvres. Cecil a la virilité solide des hommes bisexuels – cette masculinité qui ne souffre pas des insinuations comme celle que vient de faire Edgar. Lui s'en amuse, préfère renvoyer la balle plutôt que l'éviter à tout prix. Faire des avances à Edgar, c'est une possibilité qui ne lui semble pas si fantasque – la seule chose qui le retienne efficacement, c'est cette amitié, unique objet assez sacro-saint aux yeux du littéraire pour être exempt de ses vapeurs indécentes. C'est cette barrière de diamant, surfine et pourtant terriblement robuste, qu'il ne peut pas et ne cherche pas à rompre. Pour une fois dans sa vie, Cecil n'est coupable de rien. Et ce sourire qu'il arbore n'est pas, cette fois, l'avoeu d'un démérite sous-jacent, mais l'affirmation d'une ingénuité inédite. Il peut retomber sur ses pattes, lui renvoyer les piques qu'il lui lance sans même vaciller parce que, cette fois-ci, ses torts ne pèsent pas sur sa conscience. Tu me poses vraiment la question ? Mon pauvre Edgar, t'es terriblement inconscient. Qu'il lance d'un air exagérément détaché, osant enfin reprendre son verre de vin maintenant qu'il a un contrôle totale de sa trachée et de la situation. Il fait tourner le liquide écarlate dans son verre, et observe les vagues infimes se former dans ce microcosme de cristal – autrement dit, il prend un temps qu'il n'a pas (Cecil n'est pas, n'a jamais été patient). Il me semblait que c'était une évidence – le fait que je ne sois pas insensible à tes charmes, hein ? Depuis cinq ans entiers chaque jour je vous vois, et crois toujours vous voir pour la première fois. Il récite la dernière phrase, une citation de Racine, dans un français grandiloquent et thétral qui met à jour tout son sarcasme. Il lève son verre avant de laisser échapper un léger rire en secouant la tête. Cecil a beau être un comédien et un manipulateur hors-pair, le pompeux lui échappe toujours – et déjà, le rôle de l'amoureux éperdu, de l'Antiochus désespéré, s'écroule, s'effrite entre ses doigts. Mais il ne s'en désole pas, se contente de boire à nouveau une gorgée de son verre de vin, à présent presque vide. Maintenant, Edgar, si je devais être sérieux... Ce conditionnel est prononcé avec une telle gausserie que l'invraisemblance de cet hypothétique n'en paraît que plus flagrante. Il inspire, s'arrête un moment, comme s'il cherchait ses mots ou que son esprit avait été tranché par quelque autre opinion autrement plus importante que celle qu'il s'apprête à formuler. Tu ne peux pas me reprocher d'être fasciné par tout ça. T'es sombre, t'es un personnage ampoulé par le vice. J'ai lu Scudéry, donc j'aime tout ce qui est tragique, j'ai lu De Sade, donc j'aime tout ce qui est sale. Et il se penche. Et il sourit – de ce sourire sclérosé et glacé, qui ne s'étire que très légèrement sur son visage mais qui laisse ses yeux éteints. Tu ne peux t'en vouloir qu'à toi-même et à ta capacité à être un étonnant mélange des deux. Puis, lentement, il se laisse retomber en arrière, s'affalant dans sa chaise en relevant le menton pour regarder le ciel, à peine traversé de quelques nuages blancs. Pendant un moment, il regarde ces cirrus se déplacer lentement, il les regarde souiller ce bleu uniforme. Lui, a l'air ailleurs, et il semble même impossible de savoir s'il fixe réellement le ciel ou quelque chose de plus intérieur. Donc pour répondre à ta question, Edgar ; c'est ce que tu es qui me fascine, pas tant tes histoires. C'est la façon dont tu les perçois, toi. La façon dont tu perçois les pires horreurs de ce monde. Machinalement, les mots sortent de sa bouche, presque comme s'il ne se rendait pas compte qu'il les disait à voix haute. Mais il sort de cette transe réflective presque aussi vite qu'il y était rentré. Il redresse la tête et inspire, alors qu'un sourire plus chaud, plus amical, plus précieux, plus Cecil se dessine de nouveau sur son visage. Et il s'appuie sur la table, fixe Edgar avec cet air de bourgeois insolent qui lui va si bien. Mais j'mentirais si je disais que je n'étudie pas ta gueule bien trop souvent. J'peux rien te cacher, Smith, hein.

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Sam 8 Sep 2018 - 2:47

Inconscient, c’est sûrement le bon mot pour décrire la facilité qu’à Edgar à exprimer sa pensée sans retenue. Pas de filtres, chez lui. La vérité ne s’échappe pas toujours d’entre ses lèvres mais lorsque c’est le cas, elle est honnête. Trop honnête. Edgar, il ne l’enveloppe pas de politesse ; à la place, elle froisse les esprits bien pensants et brise les conventions pré-établies. C’est peut-être cet aspect-là qu fait de lui un excellent enquêteur – il est cru et il est franc. Il manque peut-être d’un soupçon d’intégrité et de droiture, mais n’est-ce pas là simplement une déformation professionnelle ? Quand on se frotte aux pires raclures que la Terre a à offrir, on oublie la décence et on dédaigne le savoir-vivre.
De toute façon, Edgar n’a pas besoin de s’embarrasser avec la courtoisie, en compagnie de Cecil. Il ne s’offusque de rien – ou presque. Corde sensible, corde sur laquelle Edgar n’a pas hésité à jouer les funambules alors que son équilibre frôle les nombres négatifs. Mais la remarque n’est pas déplacée, seulement maladroite. C’est dans son propre verre qu’il noie un instant son regard alors que Cecil lui admet l’évidence à défaut de la réfuter. Ce que le flic aurait préféré, s’il était honnête avec lui-même – c’est toujours plus facile avec les autres. Edgar, il débusque les travers des gens qu’il côtoie sans réaliser qu’il s’aveugle dès qu’il s’agit des siens. Et puis Cecil, égal à lui-même dans ses mots grandiloquents et dans l’étalage de sa science. Edgar, il arque un sourcil lorsqu’il s’adresse à lui en français. Il en sait assez pour reconnaître la langue – Ada, elle lisait Voltaire et Hugo. Ada, elle s’amusait à comparer son mari aux personnages de Jonquet, des années plus tôt. Des siècles plus tôt. Et Edgar, il a beau ne pas comprendre les mots, il comprend le sens qui s’y cache. Des mots doux, sûrement. Les langues latines, qu’on assimile à l’amour.
C’est un sourire qui déforme les lippes d’Edgar, un sourire qu’il destine à Cecil et son maniérisme excessif. C’est comme ça qu’il s’est toujours imaginé un auteur, le flic ; grand de corps et grand de mots. Habile avec, aussi. Cecil, il lui rappelle qu’il n’excelle pas autant qu’il le souhaiterait dans leurs joutes verbales. Qu’il tombe à chaque fois la tête la première dans le piège qu’il tend lui-même. Qu’il a beau s’imaginer être le conteur lors de leurs rencontres mais que ce rôle-là, c’est l’auteur raté le lui vole à chaque fois. Le sourire s’envole sous une grimace – de la gêne, bien qu’il aimerait croire le contraire. Ses pieds qui s’étirent sous la table et sa clope qui revient orner ses lèvres dans un geste nonchalant délibéré. Une réplique, tout de même. Une réputation à tenir. « Je te susurrerai bien des mots doux en polonais mais je crains que tu ne les confondes avec des insultes. »
Le Cecil qui le flatte, il est différent. Plus froid, plus sombre et plus crasseux. Il lui ressemble, en un sens. Il ne perd pas sa superbe, cela dit ; ça s’accroche bien trop au personnage qu’il incarne. Ça lui va bien, surtout. C’est cette présence indéniable qu’il a, cette façon de bouger qui oblige Edgar à le suivre des yeux malgré lui.
Un piège qui se referme sur lui, donc. Parce qu’Edgar, il se surprend à prendre le temps de détailler les traits de l’auteur – comme ce dernier le fait pour lui. Il se surprend à étudier ses joues mal rasées et ses yeux presque aussi clairs que les siens. Edgar, il n’a jamais questionné sa propre sexualité. C’est les normes qui régissent ses goûts en matière de corps bien que sous les draps, ce soit l’inverse. C’est la convention qui dicte qu’un homme, un vrai, ça aime les femmes et ça n’en dévie pas. Et pourtant, Cecil aime les deux et Edgar n’a jamais remis en question sa virilité. Il ne remet pas en question la sienne non plus, non. Quarante ans, qu’il a. Quarante ans et d’aussi loin qu’il se souvienne, les doutes ne l’ont jamais étreints. Edgar, il soupire simplement en penchant la tête en arrière. Sa clope, à nouveau contre ses lèvres pour qu’il aspire une nouvelle bouffée cancéreuse. Edgar, il se permet une interrogation. « Pourquoi est-ce que tu ne choisis pas, Cecil ? » Maladroite. Ce n’est pas tout à fait ce qu’il veut savoir, le flic. Il se reprend en même temps qu’il se redresse pour accrocher son regard au sien. « Quand est-ce que tu as su que tu aimais les hommes autant que les femmes ? On préfère toujours l’un ou l’autre, tôt ou tard. » Edgar tapote sa clope au-dessus du cendrier avant de poursuivre. « Et ne me dit pas que tu te cherches encore, mon vieux. T’es trop vieux pour ça. »

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

⋅ paper notes : 266
⋅ since : 28/04/2018

( end game )

- getaway car.
address: brighton sea side, 202
contact book:
availability: 3/5 (edgar/ivy/victoria/..)

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Mer 17 Oct 2018 - 18:13

Edgar est déstabilisé.
C'est une évidence, et Cecil le fixe en se complaisant dans un air terriblement satisfait de lui-même. Lui, se joue de sa sexualité comme il joue avec les mots. Lui est malléable jusque dans les épanchements de sa libido. Il veut vivre, et pour cela, il a dû laisser gire les conventions et les tabous au fond de ce formidable exutoire qu'est la littérature. Ses doigts fins enserrent le pied de son verre de vin, déjà presque vide, et de sa main libre, il tient son stylo comme on tiendrait une cigarette, dans une attitude de désinvolture cavalière. L'audace, parce qu'il sait qu'il a gagné ce round. Parce qu'il voit les lèvres d'Edgar se pincer, parce qu'il le voit ne plus être tout à fait à son aise d'un coup. Smith, de toute évidence, il est encore embarrassé par les lourdes chaînes des convenances. Ca n'étonne pas Cecil. Edgar, c'est violence et puissance – et le sang, et les démons, et les cicatrices, et les chimériques ectoplasmes du passé. Edgar, c'est l'homme, l'homme tel qu'il devrait être selon des mœurs sociales obsolètes. Sanguin, qui se ruine à travers ses coups d'éclat, qui se raccroche à l'alcool et aux shunts par la sexualité – tout pour se donner l'impression de sombrer plus lentement, tout pour s'éviter de trop montrer ses sentiments. Et voici, et voilà ; tu seras un homme, mon fils, éventuellement.
Alors à travers tout ça, Edgar n'a surement par le temps de s'intéresser à la versatilité de son être.
Et sur un spectre de couleurs, Cecil se place à l'extrême opposé – si Edgar est rouge, lui, est bleu. Von Sydow camoufle l'évidente vacuité de sa personne derrière de grandes questions qui n'ont en réalité aucun sens ; Quel est mon rapport aux autres ? Et qui aurais-je dû être ? Et comment les autres doivent-ils me percevoir ? Et qu'est-ce que j'ai été ? Alors il s'épanche, se perd, devient une fiction ésotérique plus qu'une personne de chair et de sang. Cecil touche à tout, Cecil ne fait pas de choix – parce que choisir, c'est s'imposer des limites. Et les frontières, c'est le risque sinistre de se retrouve face-à-face avec lui-même, et de n'avoir nulle part où se cacher. Très honnêtement, c'est pas le problème du polonais Edgar. Tous les mots se transforment en insultes dans ta bouche. Qu'il lance, baissant brièvement les yeux, l'air de chercher quelque chose. Il a coincé son stylo entre ses dents, parce qu'il a vraiment besoin d'une cigarette à présent – ces envies soudaines, inexplicables, encombrantes – et qu'il est assez stupide pour avoir oublié son paquet chez lui. Il soupire un peu, ne relève les yeux vers son ami que lorsque celui-ci reprend la parole.
Il a des questions, apparemment. Et elles font sourire Cecil, qui fixe le flic, un sourcil arqué, et cet éternel et insupportable air condescendant plaqué sur le visage. Il pourrait aisément s'embarquer dans une analyse complexe et psychologique de sa propre personne – et bon Dieu, parfois, Cecil se dit qu'il aimerait terriblement écrire un livre sur lui-même, une sorte d'autofiction grandiose (mais il a bien assez de projets inachevés sur les bras comme cela). Il hausse les épaules, semble réfléchir un moment. Sa main se perd sur sa propre nuque, qu'il masse légèrement en prenant une inspiration. Bien, si ça peut te rassurer Edgar, non. Non, je ne me cherche pas. Je ne pense pas m'être cherché un jour, pour tout te dire. De nouveau, ses yeux rencontrent ceux d'Edgar, s'y accrochent. Et son sourire irrévérencieux de revenir, signe indubitable de la pique qu'il s'apprête à lancer (de nouveau). Je serais tenté de te répondre que je n'ai pas choisi parce que je suis quelqu'un de terriblement intelligent, tu sais. Si on te présentait deux jouissances, et que tu pouvais choisir les deux… Pourquoi diable est-ce que tu n'en prendrais qu'une ? Pourquoi Edgar ? Cecil pose la question, mais il connaît déjà trop bien son ami pour qu'elle ne soit pas rhétorique. Il a ses théories, a bien trop réfléchi à ce qu'il a longtemps appelé le cas mystérieux d'Edgar Smith pour ne pas avoir des dizaines et des dizaines de théories sur son fonctionnement psychique. Mais de nouveau, le sourire de Cecil s'efface de ses lèvres, sur lesquelles il pose ses doigts. Il inspire longuement. Pense. Décide. Mais la vérité, Edgar, c'est que je suis comme toi. Je n'aime pas les gens. Du moins – c'est pas que j'les aime pas. Je les méprise. Mais moi ? Il rit légèrement, secoue la tête. Oh, moi. Je m'adore. Je m'aime tellement que s'en serait presque triste. Et je me fiche du corps des gens, de ce qu'ils ont entre les jambes ou sur le buste ou de comment ils s'en servent. Je ne veux pas les désirer – je veux que ce soient eux qui me désirent. Il se laisse de nouveau tomber en arrière dans sa chaise, laisse ses yeux vagabonder sur le ciel, dont le bleu se métamorphose lentement mais surement en des tons pourpres. Mais ne t'inquiète pas. Si je devais coucher avec toi, Edgar, ce serait pour ta belle gueule et pas pour l'admiration sans limite que – et j'en suis certain – tu me portes. Une dernière boutade, parce qu'il aime déstabiliser Smith, mine de rien. Et parce qu'il veut encore s'assurer d'avoir la main haute sur cette conversation.

_________________


tender is the night.
rolling thunder ☽ so give me a chance to remember what i've given up to defend ya, i would burn my dreams away to stand in the thankless shadow of your reckless love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Edgar Smith

vilified, crucified, in the human frame

⋅ paper notes : 1060
⋅ since : 24/02/2018

( end game )

- getaway car.
address: #221, west side.
contact book:
availability: logan, cecil.

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   Ven 19 Oct 2018 - 21:07

Deux corps de métiers qui ne se rejoignent, d’ordinaire, qu’au creux d’une œuvre de fiction. Une association incongrue et une amitié qui détonne et qui étonne. Edgar, c’est le drame. Cecil, c’est celui qui le provoque. Ils ne sont pas faits pour se comprendre et pourtant, en un sens, ils y arrivent. Plus ou moins – à tâtons, peut-être. En hésitant, pour Edgar. Incertain par les réflexions que lui pousse à avoir l’écrivain raté, il fronce les sourcils. Des réflexions qu’il balaye pour sa propre stabilité. Songer aux incohérences de l’esprit humain, c’est se jeter dans le vide. Une identité qu’Edgar refuse de perdre, pétri d’une certitude qui n’a, de toute façon, aucun sens. À l’école, il n’a jamais été bon en philosophie. Il n’a jamais excellé en psychologie non plus – ce n’est pas pour rien qu’il a choisi d’être enquêteur alors que d’autres se tournent vers le profilage.
Une bouffée nauséabonde s’emmêle à un éclat de rire et si Edgar s’y étouffe malgré lui. Une boutade qu’il prend pour ce qu’elle est, au lieu d’une insulte. Il se reprend et se penche en avant en posant son coude sur la table qui les sépare. « J’en viens presque à croire que tu préfères les insultes aux flatteries, Cecil. Tu joues à un jeu dangereux. » Répond-il en écrasant sa cigarette dans le cendrier, désinvolte. Pourtant c’est Edgar qui se risque sur une pente glissante. C’est Edgar, qui pose une question qu’il aurait mieux fait de ravaler. Une sale habitude, chez lui. Ou plutôt, une habitude qu’il n’a pas, avec lui. Ses pensées se traduisent en mots sans être filtrées. Parce qu’il sait que Cecil, quoi qu’il dise, ne s’en offusquera pas. Un ego qui lui rappelle ce que disent les torchons à propos du casting de cette saga de science-fiction vieillotte qui concurrence les super-productions américaines. Une œuvre du septième art qui ne l’intéresse pas. Edgar, il préfère les films aux ambiances ternies par le réalisme. Ses interrogations-là ne sont qu’un moyen de s’échapper à celles que Cecil provoquent – irrévérencieuses et interdites. Un affront à son être.
Une gêne, tout simplement.
Et une réponse qui ne lui convient pas. Une réponse qui explose sous un ego encore plus vaste que le ciel, si ce n’est plus. Un sourire s’arrache aux lèvres d’Edgar alors qu’il soutient son regard, comme un défis. C’est son paquet de cigarettes qu’il fait glisser sur la table, jusqu’à Cecil. « Si tu es si intelligent que ça, Cecil, tu sais déjà pourquoi je n’en ai prise qu’une. » Même si ça a été l’inverse. Même si c’est lui, qui a été pris, qui a été choisi. Mauvais mari, au même titre que Cecil. Pour différentes raisons, cependant. Moins honnêtes, peut-être. Pires – Edgar, c’est l’abandon émotionnel, l’éloignement de la psyché. Un regret qui le hante encore. Un regret qui le pousse à se passer une main lasse sur le visage et se pince l’arête du nez. Une erreur qu’il aurait pu arranger, dix ans plus tôt. Cinq ans plus tôt. Un an et demi plus tôt. Être là, même pour ses derniers instants. Il regrette toujours trop tard, Edgar. Il s’excuse sur une tombe au lieu de s’être excusé auprès d’une femme.
Il ferme les yeux, la tête renversée en arrière. « C’est là que tu te trompes, Cecil. J’aime les gens. C’est ce qui me pousse à les foutre en taule lorsqu’ils déraillent. » Souligne-t-il d’un sourire ironique. Mais Edgar se redresse déjà en rallumant une énième cigarette par automatisme. Pourtant, il abandonne son paquet sur la table, aux mains de Cecil. Il s’approche et lui tapote l’épaule sans se départir de son sourire. Sa boutade aurait pu le faire chavirer – presque, mais c’est l’ascendant qu’il cherche à récupérer. « Faisons un marché, Cecil. Un marché où il n’y a que toi qui y trouveras ton compte. » Il marque une pause. C’est sa curiosité qu’il titille, et c’est elle qu’il obtient. « Publie l’une de tes œuvres et j’envisagerais qu’on couche ensemble. » C’est l’ascendant qu’il cherche à avoir mais Edgar, il se jette plutôt à nouveau au bord du précipice. Quoique, quelque chose lui souffle qu’il n’est pas encore prêt d’y tomber.
Il se penche, la cigarette au bord des lèvres. « Qu’on soit clair, si c’est une nouvelle ou un essai dans un recueil d’auteurs, j’annule le marché. » Il connaît Cecil. Il le voit déjà venir, le magazine de son université à la main, son nom inscrit sur la couverture jumelé d’une analyse grandiloquente sur son œuvre favorite. Il sent déjà l’arnaque.
Edgar s’éloigne enfin, une lueur moqueuse au fond de l’œil. Peut-être qu’il a trop bu sans s’en rendre compte – peut-être que c’est ça, son problème.

_________________
— i couldn't see you when you were there. and now that you're gone, i see you everywhere.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


Contenu sponsorisé


( end game )

MessageSujet: Re: remains of the day (edgar)   

Revenir en haut Aller en bas
 
remains of the day (edgar)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Est ce rydia et Edgar bénéficieront d'une évolution 5*
» Lesly Pean sur les élections,Haiti perd tout ce qu'il y a de beau et merveilleux
» Jean-Bertrand Aristide remains potent force in Haiti
» Quel est le méchant le plus méchant de Disney? [Survivor]
» Jean-Bertrand Aristide remains potent force in Haiti

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
- call it what you want. ::  :: lights are so bright. :: sujets.-
Sauter vers: