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 same butt different + jude

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MessageSujet: same butt different + jude   Mar 24 Avr - 0:05

Nous étions deux étrangers face à la mer. Des gamins de la-bas, poussés par les ailes du destin, loin d’une campagne oubliée de Herefordshire. On avançait sans attaches, sans retours. L’ombre des ressacs flottait sur les coins de nos âmes, laissant une empreinte salée sur nos poitrines ouvertes, à nues, rendues folles devant une foule de mouettes affamées. Je souris en fixant l’horizon. L’oiseau de malheur guettait, mais il ne volait jamais assez vite. Ma main se crispait dans mes poches. Un jeans noir, différent du pantalon de Jude. De ses préférences et de ses goûts. Maman nous habillait pareil avant. Elle coiffait nos cheveux, choisissait les couleurs de nos vêtements et de nos chaussures. Des jumeaux identiques, dispersées au vent. Les autres ne nous reconnaissaient pas. Nos expressions étaient semblables, emmurées dans le silence d’une double vie. Je voyais dans ses yeux, dans ses ballades fantastiques à travers le monde. Chaque lettre était une nouvelle histoire, un souvenir qui se greffait dans ma mémoire. Comme si nous l’avions vécu ensemble. Comme si j’étais capable de le rejoindre dans mes pensées, simplement en humant l’odeur du papier. Son écriture était minuscule. Des ratures d’encre tatoués sur les marges de la feuille. Il me décrivait ces villes d’ailleurs, avec leurs monuments et leurs femmes merveilleuses. Il me parlait de ses amours, de ses déceptions et de sa passion des chiffres. Un univers que je ne comprenais pas, que je ne parvenais pas à capturer entre mes doigts. Jude était un génie mathématique. Et j’étais la suite intégrale de son coeur. La limite qui continuait, plus l’infini. Il s’en allait toujours et je ne gardais que des poussières de lui, des cendres et des mégots brûlés sous le lit d’une chambre pour deux. Ses départs étaient lourds sur mon coeur. Je devais m’adapter à chaque fois, me réveiller sans mon pilier et retrouver l’équilibre. Je soupirais en aspirant les vapeurs de ma cigarette. La fumée transperçait mes pensées et ma raison d’être - de réfléchir. Je repliais les genoux sur le sable froid. Le vide entourait les promenades et les galeries de Brighton. Je griffonnais dans un cahier les premiers mots que le soleil murmurait. Un conte de fée imaginaire, étouffant entre bordures d’un livre que je n’arrivais pas à écrire. Je grommelais en me tournant vers mon jumeau. Son profil était si aigu, il tranchait mon coeur, me ramenait dans une réalité parallèle. Je ressentais ses détachement et ses instants d’évasion. Une partie secrète de lui, qu’il ne livrait jamais. Mais elle était là, tapie dans l’obscurité, creusant un fossé entre nous. Je pinçais les lèvres en avalant une gorgée de bière. « Dude, ça caille et t’insistes pour te poser à la playa. Tu comprends pas trop le principe, je crois. La mer minus les bikinis, c’est aussi nul que les scènes de sex and the city à Abu Dhabi.» Conclusion. Personne ne voulait voir Carrie Bradshaw en Djelaba. Et Angela m’avait dépouillé de toute virilité à l’instant, où elle m’avait initié aux comédies romantiques. « C’est quoi ton délire, Jude ? Tu fais quoi depuis six mois ? » Je devais poser la question. Elle brûlait ma bouche depuis longtemps. Parce qu’il avait débarqué sans le sou, avec un large sourire et un milliers de récits. Il me perdait dans ses aventures. Car je les rêvais pour lui. Je rêvais tellement fort, j’en oubliais de m’occuper de lui.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Mar 24 Avr - 23:58

julian & jude

hold on to me
cause i'm a little unsteady
(unsteady @x ambassadors)

Il murmure des mensonges, Jude, alors qu'il a la vérité au bord des lèvres. Il arbore des sourires factices, fait résonner quelques éclats de rire préfabriqués. Il est bon comédien, Jude. Un peu trop sans doute. Juste assez pour berner sa moitié d'âme, pour lui faire croire à des montagnes, alors qu'il s'efforce de ramper dans les égouts depuis qu'il est sorti de prison. Prince des bas-fonds, réduit à rédiger les devoirs d'étudiants idiots pour quelques billets, à laisser couler l'or qu'il a au bout de ses doigts pour créer de fausses cartes d'identité. Ça n'a rien de majestueux, mais la gloire est lointaine, oubliée. Il y a bien longtemps qu'il a troqué sa couronne de roi pour retrouver l'anonymat des parias. Et c'est dur. Et c'est difficile. Il a froid, Jude. Froid, après avoir vécu tant d'années sous le feu des projecteurs. Il avait tout et même plus que ce qu'il méritait. Aujourd'hui, il n'a plus grand chose, et même, plus rien du tout. Sauf lui. Reflet de toujours, consolation chaleureuse dans un monde devenu glacé. Les prunelles sombres caressent la silhouette identique et une vague de chaleur le réconforte, enveloppe le palpitant écorché par tant de temps à être séparés.  Il se demande encore comment est-ce qu'il a fait pour ne pas le voir pendant plus de trois ans. Comment est-ce qu'il n'est pas devenu fou, à compter les jours derrière les barreaux, à vieillir sans qu'il ne soit là pour lui. Pour le serrer dans ses bras, le rassurer, lui offrir une énième blague de mauvais goût, histoire de lui arracher un sourire. Comme à cet instant précis où il se met à rire, amusé par les improbables références culturelles de son jumeau. - Tes références commencent sérieusement à m'inquiéter, tu te rends compte que ta Victoria est en train de te castrer ? Il ne peut pas s'en empêcher, Jude. De lancer une ou deux remarques salées, sur le dos de quelqu'un qui n'est même pas présent pour se défendre. Il ne la déteste pas, pourtant. Il ne la porte pas dans son cœur non plus. Il lâche un soupir et finit sa bière, avant de s'allonger sur le sable et les galets. - Je veux dire, ça commence par des comédies romantiques, et un jour tu te retrouves au milieu d'une soirée pyjama avec ses meilleures amies à te faire épiler les tétons. Qu'il ajoute, haussant les épaules, l'ombre d'un sourire traversant ses lèvres. Le silence retombe et ce n'est pas si désagréable que ça. Jude, il pourrait rester des heures à ne rien dire, tant que c'est à côté de lui. Savourer un silence trop rare, juste pour l'écouter respirer, essayer de découvrir ce qu'il peut bien penser, simplement en écoutant la régularité de ses soupirs ou en cherchant au fond de son regard de jais. Mais Julian, il ne peut pas se contenter de ce silence – pas aujourd'hui en tout cas. Le regard du cadet dévie, se perd entre les nuages. Il n'a pas envie de répondre, pas envie de mentir, une fois de plus. Comment lui expliquer sans prendre le risque que sa langue ne fourche et qu'il se trahisse ? - Mon délire ? De quoi est-ce que tu parles encore ? Il fait semblant de ne pas comprendre, Jude. De ne pas voir où il veut en venir, de ne pas sentir l'étau qui se referme sur sa personne, lentement. Prisonnier d'un millier de mensonges. - J'ai décidé de me poser un peu, c'est tout. Retrouver un job, un semblant de stabilité dans ma vie.. Le tour du monde ne pouvait pas durer indéfiniment, tu sais. Il est évasif, alors qu'il distille un peu de vérité dans ses propos. Il fait ça comme un professionnel, Jude, il improvise, comme il le fait avec tout le monde depuis trop longtemps maintenant.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Dim 29 Avr - 15:42

Il n’y avait rien à comprendre. Le temps s’écoulait sur mes paupières assombries. Une vision d’un monde meilleur, plus vaste que les plaines verdoyantes du village et nos accolades sur les faubourgs, anéantie, écorchée, bourdonnant dans l’agitation des ruelles de Brighton. Une vision qu’il m’extirpait un peu à chaque rencontre, envolée dans les nuages, perdue dans un ciel sans limites. Je le fixais sans bouger. Un visage contre un autre, jumeau à jumeau, l’identité effritée, ensevelie sous le maquillage blanc des Pierrettes. Il mentait, Jude. Comme il respirait. Comme je respirais. Mes yeux imprimaient ses soupirs sur les larmoiements de la mer, une plage qui pleurait nos séparations. Un coeur qui se noyait, rongé dans la confusion. Je choisissais de croire. Parce que nous avions chacun un rôle. Jude énonçait les réalités. Il conditionnait les cheminements de mes pensées. Ma moitié malade. Ma moitié saine. Nos personnalités se chevauchaient dans un jeu d’esprits sordide. Je redressais les épaules avec un sourire franc. Je l’observais sans ciller. Je l’observais jusqu’à en oublier le paysage autour. J’avais le mérite de l’honnêteté. J’avais le mérite de garder la tête froide. Sa voix résonnait rauque. Elle était différente contre mes tympans - telle un sifflement strident, un appel à l’aide. Je pinçais les lèvres contre ma bière. Le liquide roulait sur mon oesophage, insufflant la chaleur qui manquait à nos étreintes. Je me tournais vers les galets ondulants. Les éclats d’un sable opposé aux dunes d’Afghanistan. Un havre de paix, contraire aux chars de guerre. Je ne pouvais pas aimer les étendues de sable. Je n’arrivais pas à fermer les yeux pour me reposer, avec cette posture désinvolte et anodine, qu’il arborait. Tout me rappelait la lutte des hommes de la guérilla et les trahisons politiques. Je déglutis en riant à sa remarque. Je me fichais de son opinion sur Victoria. Elle avait été là, à chaque instant. Elle avait rempli le vide qu’il laissait, le creux de douleur dans ma poitrine. Je n’aurais pas survécu trois ans, sans elle. Et il ne serait pas là, à cracher son venin. Je bombais le torse en tirant sur le col de ma chemise. Quel idiot, je n’étais même pas poilu. « Tu t’y connais en épilation de tétons ? T’as déjà essayé ?» Je roulais les yeux en vidant la première bouteille. L’amertume de la mousse envahissait mon palais. Je me doutais de ses diversions. Jude n’admettait jamais l’erreur. Il blâmait ses bêtises sur moi. Et je faisais de même. Pendant des années, on usait les magouilles et les mensonges, mais c’était les autres, les victimes. Les autres, qu’on moquait. « Tu te rend compte que j’arrive à te sonder ou t’es trop déb ? » Je pinçais les lèvres en le bousculant violemment. Je me fichais qu’il se blesse. Que le verre explose dans sa main. On ne comptait plus les cicatrices et les bagarres. On ne comptait plus les distances qui nous avaient rendus, aussi étrangers. « Avoue, t’as tout dépensé en escort et maintenant que t’es fauché ça te manque d’être le roi des cons. Je peux comprendre que tu sois dépaysé dans un studio. Je peux te prêter du fric mais arrête de serrer les fesses et de me traiter comme si j’étais ton pote.» Je croisais les bras dans un geste défensif. Je refusais qu’il ait honte de me parler de ses problèmes. Depuis six mois, Jude n’était qu’une ombre. Il apparaissait et disparaissait certains soir, comme pour me rappeler son existence. Pour me faire croire que tout allait bien. Puis au lever du jour, il me quittait - me laissant seul, sous les lumières aveuglantes du soleil.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Jeu 3 Mai - 22:07

Se perdre dans le ciel pour ne pas avoir à croiser son regard à lui. Il ne veut pas lui laisser une chance, même infime, d'y trouver les traces d'une trahison perpétuelle. Il ment comme il respire, du faux et de l'usage de faux, même pour son propre frère. Il gagne du temps en parlant d'autre chose, de la pluie et du beau temps, de son ennemie de toujours ; Victoria. Mais Julian ne relève pas vraiment et Jude, il comprend alors que la conversation est sérieuse, bien plus qu'il ne l'aurait souhaité. Il comprend aussi que ce sera dur de le faire dévier sur des sujets plus légers avec quelques blagues vaseuses. Aujourd'hui, Jules ne veut pas rire. Il veut entendre tout ce que son jumeau refuse de dire. Il s'allonge dans les galets et regarde le ciel, croise les bras contre son torse, comme si son aîné allait sortir de la cire pour tenter l'expérience d'une minute à l'autre – Jules est capable d'à peu près tout, à vrai dire. - T'es ridicule. Et non, enfin peut-être mais j'avais trop bu. Qu'il ajoute en haussant les épaules. Il en a fait des conneries, sous l'emprise douce de l'ethanol. De quoi finir au poste, de quoi vendre sa dignité par petits morceaux, dans une jeunesse qui lui semble – un peu trop – lointaine. Le silence est bref. Jude, il cherche quelque chose pour combler les vides, une connerie à balancer à la volée pour retarder le pire, mais Julian, il est plus rapide et il fonce tête baissée dans le problème. Pendant un instant, Jude, il hésite à lui répondre. Jusqu'à ce qu'il soit bousculé entre les galets et que la bouteille de bière presque vide éclate, lui collant des bouts de verre dans la main et une tâche ambrée sur sa veste. - Putain mais qu'est-ce que tu fous Julian ? T'es trop con. Qu'il crache avec humeur en se décalant de là. - Qu'est-ce qui te prend encore ? Il n'a plus envie de rire, ni même de sourire. Juste envie de se barrer d'ici, de l'abandonner sur cette plage pour le laisser réfléchir. Comme si c'était lui le fautif, dans cette histoire. Le verre a entaillé sa paume et il en dégage minutieusement chaque petit morceau, le visage tordu dans une grimace douloureuse. Il n'aime pas quand cette autre moitié de lui se montre si imprévisible. Il aime encore moins quand il sait viser juste, comme ça. Entendre parler de fric et de sa vie d'autrefois lui arrache un rire amer, auquel se mêle une colère qu'il maîtrise mal. Les sourcils froncés, le cœur en berne, le noir de ses prunelles accroche violemment le regard de son frère. - Non mais pour qui est-ce que tu me prends Jules ? C'est pas une question d'argent, j'ai pas besoin de fric, encore moins du tien. Ça lui arrache la langue de l'admettre, mais il aurait trop de fierté pour s'abaisser à ça, Jude. Il préférerait encore s'enfoncer d'autant plus dans l'illégalité que de demander de l'argent à son frangin. - Tu m'as fait mal, t'es content ? Il se laisse à nouveau tomber entre les galets, plus loin cette fois, comme pour garder une distance de sécurité. - Arrête ton délire un peu. J'ai besoin de l'aide de personne. Et encore moins de la tienne. Il pourrait être acide, Jude, lui balancer ça gratuitement. Mais dans le fond, il sait que Julian ne mérite pas ça.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Sam 5 Mai - 18:04

L’horizon dispersé, les souvenirs agglutinés sous un océan bleu, un océan d'oubli. Jude le savait. Il sentait mes doutes et la confusion dans son coeur. Nous partagions, ces sentiments transvasés, d’une poitrine à l’autre, comme deux moitiés séparées, deux chaînons manquants. Ma main se faufilait sur les galets afin d’empoigner une bière. L’ivresse venait à moi. Elle s’imposait dans les sifflements de la mer et les bourdonnements des chars. Un souvenir que je troquais contre le vide - contre l’immersion dans le présent. Mes luttes étaient silencieuses, cachées dans un sourire arrogant et une réussite professionnelle qui ne suffisaient pas. Ma voix roulait sur le vent, résonnant avec la force du ténor et la sensibilité du frère abandonné - le frère qu’il avait laissé derrière. De nous deux, Jude était l’égoïste. Il n’avait pas les mesures de la réalité. Il se détachait du nid, partait à la dérive pour accentuer ses rêves et ses complexes d’aventurier. Il ne s’était jamais demandé si mes choix étaient délibérés, si mon années sabbatique découlait d’une envie réelle de découvrir le monde. Je m’étais perdu dans les bras d’Angela. Je l’avais aimé, chéri puis la pitié s’était immiscée entre nous. Depuis la découverte de sa maladie, je n’étais qu’un mari de l’ombre - un imposteur. Certains soirs, je voulais envoyer Jude au front. Le supplier de me remplacer dans un lit de glace, aux côtés d’une femme cadavre, avec ses lamentations et ses milliers de cachets. Ce n’était pas une vie pour elle. Et ce n’était pas une vie pour nous. Soudain, la balance s’inversait. Et de nous deux, je devenais l’égoïste. Un rapport étrange, indissociable qu’on avait. Une façon de se compléter dans le vice. Je pinçais les lèvres en m’allongeant à ses côtés. L’odeur du sang saupoudrait mes narines. Je refusais de m’inquiéter, de l’approcher. L’entaille qui rongeait sa peau s’était enfoncé dans mon coeur, avant. Je repliais les genoux en fixant les ondulations des vagues. Sa colère n’était qu’une intonation. Une manière de creusait encore plus, la distance. « M’en fous.» Je boudais outrageusement. Je haussais les épaules et buvait mon ivresse à grosses gorgées. Le soleil était devenu aveuglant, sur mon visage. Je grommelais en fouillant dans mes émotions. « Tu m’fais mal depuis trois ans. J’me suis dis que ce serait bien de partager. T’as même pas ramené un souvenir de ton tour du monde. » Il se la pétait avec ses histoires sans fin en pensant qu’une carte d’anniversaire et quelques lettres écrites sur une serviette de toilettes ça suffisait. Mais c'était faux. Je me redressais afin d’enjamber la plage. « Je suis pas personne. Je suis toi, mais en mieux. Vu que j’ai la décence de me raser et de me laver tous les jours.» Je donnais un coup de pied dans le vide avant de m’imposer dans son champ de vision. « Je t’en veux et tu fais semblant qu’on est cool. Maintenant, mon fric est pas assez bien pour toi.  Si t’as honte de moi, dis le. J’ai même annulé Victoria pour être là.» Je lui balançais un mouchoir sur la face en grommelant. « Fais toi un garrot ! Vu comme t’es parti je te ferais zéro don du sang si tu collapse!» J’insistais encore, avec une moue boudeuse et une grimace enfantine. Je me tortillais sous son nez comme un gosse en manque d’attention. Un gosse à qui son frère manquait atrocement.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Dim 6 Mai - 23:06

Il aimerait connaître les mots justes, Jude. Balancer les phrases que son reflet attend avec tant d'avidité. Mais les mots manquent et le plus jeune n'a jamais eu l'âme d'un poète. Il a appris l'art des chiffres et les lois de la physique, décomposant son monde en courbes et en équations aux trop nombreuses inconnues. C'est Julian, qui a été touché par la beauté des lettres, capable de débiter les proses d'un autre temps, quand Jude ne sait réciter que théorèmes et tables de multiplication. Des deux, c'est l'aîné qui a sans doute reçu le don le plus utile pour ces instants de tourment. Jude aimerait manipuler les syllabes comme l'autre sait le faire, au moins, il pourrait éponger ses inquiétudes et voir fleurir un nouveau sourire sur ses lèvres. - T'es vraiment qu'un gamin. Il retire les morceaux de verre un à un, compte autant de perles d'hémoglobine pour rouler sur sa paume. Il s'offusque de l'indifférence de son jumeau et son cœur se gonfle d'une colère sourde. Contre lui-même, contre l'autre. Bien sûr que non, il n'a pas ramené de souvenir, comment aurait-il pu ? Il serre les dents et ravale les mots acides. La descente dans son œsophage est douloureuse, mais toujours moins que de voir des larmes dans les yeux de son frangin. Il l'observe qui s'agite et brasse du vent, semant ses quatre vérités entre deux coups de pied dans le vide. - Arrête de t'agiter comme ça, tu m'files la migraine. Qu'il rétorque avec humeur, Jude. Il lâche le dernier morceau de verre et plante un regard chargé de rancune sur Julian. Jules qui ramène le dossier sensible « victoria » sur la table. Il n'en faut pas beaucoup plus à Jude pour perdre les pédales, pour laisser un flot de colère l'envahir, lui bouffer les tripes. Il n'aime pas s'énerver, encore moins contre lui, mais il est incapable de s'écraser pour autant, incapable de se soumettre aux élans boudeurs de son aîné. Il serre les dents et attrape le mouchoir à la volée, le plaque au creux de sa main avant de se relever avec humeur. - Tant mieux parce que j'ai pas besoin de ton sang non plus, t'es trop con Julian. Il n'a que ça à la bouche pour te défendre, des t'es trop con, t'es débile. C'est toujours plus facile à prononcer pour lui que des désolé et des je t'aime. - Et puis si Victoria te manque tant que ça, je ne te retiens pas, tu peux aller la retrouver, ton âme sœur ! Il crève de jalousie, comme toujours, il crache sur elle pour ne pas cracher sur Julian. C'est toujours plus simple de s'en prendre à quelqu'un qui n'est pas là pour se défendre – mais les absents ont toujours tort, qu'il rétorquera si on lui demande. Il s'approche de Jules avec son air menaçant. - Qu'est-ce qui te prend bordel, à agir comme une fucking drama queen hein ? J'ai jamais eu honte de toi et t'es vraiment stupide si tu penses le contraire. Il s'écarte enfin et fait quelques pas vers la mer. Il aimerait bien plonger et ne plus sortir la tête de l'eau. Lui flanquer la frousse de sa vie pour lui donner goût à cet amour fraternel à nouveau – celui qui s'est étiolé avec les années et les chemins divergents. - J'sais que t'es frustré avec ton job. C'est pas une raison pour t'en prendre à moi. Et Jude, il remet de l'huile sur le feu, toujours plus. Il a besoin des étincelles, besoin d'avoir son attention, même si c'est en lui faisant mal.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Dim 13 Mai - 22:36

Une confrontation par la force. La confession qui s’incrustait dans sa chair, comme autant de fragments de verres qui s’engrenaient dans les sables de la plage. Jude ne comprenait pas. Les émotions n’étaient pas des chiffres qu’il pouvait assembler. La vie lui échappait - telle ces limites qui tendaient vers l’infini. Ces limites qu’il ne reconnaissait jamais. Je grommelais en me détournant de lui. Les vagues mourraient sur les ondulations du ciel, bien loin de nous, de nos conflits gamins. C’était ridicule de lui en vouloir autant. De s’accrocher au passé. Le silence s’imposait dans mon coeur. Je le boudais jusqu’à en éclater mes vaisseaux. Jusqu’à me noyer dans l’hémorragie. Ma foi s’ébranlait dans ses absences. Trois ans sans le voir. Trois ans à le lire seulement. J’en ressentais le poids maintenant qu’il était là. Je réalisais ma douleur, parce qu’il était revenu et que je faisais la comparaison avec une existence sans jumeau. Nul à chier. Déprimante. Vide. Mon cerveau ne fonctionnait pas. Son téléphone, aussi apparement. J’allumais une cigarette en le défiant. Les arabesques grises étouffaient mes poumons, rendant l’accalmie à mon esprit. J’étais versatile. J’étais lui, dans un instant de zèle. Un reflet de sa mégalomanie. De ses perditions et de ses secrets. Il n’avait pas besoin de me dire. J’imaginais dans ses murmures. Je partais à la dérive, je tombais dans ses délires. «A qui la faute si j’fais le con ? Depuis le lycée tu t’sens pousser des ailes. T’es parti aux études comme ça en un claquement de doigts. Tu fais ta vie comme si t’étais juste un frère. Puis tu m’tapes des crises existentiels quand j’fais pareil. » Les reproches roulaient sur ma langue. Le cumul de toutes ces années, de ces craintes maintenues dans le mutisme et le secret. Je soupirais en écrasant le mégot dans le sable. « J’irais bien la rejoindre mais on parle là. » Ma voix tremblait dans le vent. Je n’arrivais pas à contenir ma colère. Je le comprenais à peine - et ça me paralysait complètement. J’étais hanté par nos différences. Par le fossé qui grandissait et qui engloutissait notre complicité. Mes jambes s’agitaient, repliés à ses côtés sur les galets froids. « Je suis frustré par ton cul qui prend toute la place ! » Il abordait les sujets qui fâchaient. Ma relation avec ma boss - les détails superficiels d’une vie que j’avais mené sans lui. Il était trop tard pour son opinion. Pour ses analyses à deux balles. « Tu sais rien de ce que je traverse en vrai. Tu t’en fiches complet. J’ai pas envie d’être ce genre de personne pour toi. Puis franchement, tu met le garrot comme une gonzesse … Appuie …» Maugréai-je en happant sa main afin d’exercer une pression sur la plaie. Le sang diffusait entre les plis du mouchoir, ternissant ses éclats nacrés du tissu. « Je m’inquiète, Jude c’est tout. Je ne sais pas exactement pourquoi. Mais je m’inquiète, je le ressens dans mes tripes. » Je soupirais en le fixant droit dans les yeux. Il ne pouvait pas me mentir de si près - sans ciller.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Dim 20 Mai - 23:36

Il ne lui apprend rien de nouveau, Jules. Il le sait, Jude. Qu'il a voulu prendre son envol trop tôt et qu'il a effleuré le soleil de trop près. Il s'est cramé les ailes et la chute a été douloureuse – assez pour qu'il en cache toutes les subtilités à sa moitié d'âme. Julian qui relève les incohérences dans la partition, dans la mélodie des mensonges qui s'enchevêtrent. Un jour, il se trompera dans ses versions. Un jour, les mots ne coïncideront plus. Un jour, le monde s'effondrera et sans ses ailes, ce sera un ticket direct pour un voyage au centre de la terre. Est-ce que Jules voudra encore lui tendre la main à ce moment là ? C'est la question qui l'effraye tant, qui fait des nœuds avec ses cordes vocales, qui l'empêche de dire toute la vérité, et rien que la vérité. Il fuit son procès, Baker. Fuit les regards accusateurs et le sentiment de trahison qu'il fera naître dans la poitrine de  sa moitié. Il souffrira avec lui, à en crever. Se détestera assez pour prendre la fuite à l'autre bout du monde, pour cesser d'être un poids dans la vie si lisse, si parfaite de Julian. Il fulmine et sa colère communique, au moins aussi contagieuse que ses sourires – ceux qui se font invisibles, aujourd'hui. Jude, il réprime les tremblements dans ses mains, dans son cœur, oublie qu'il se fait plus de mal à lui-même qu'il ne parvient à en faire à son jumeau, avec ses conneries. Alors il se mord la langue et il se tait, juste une fraction de seconde. Lui laisse sa main et la victoire, si c'est ce qu'il désire. Il plante son regard sur l'eau, rumine en l'écoutant lui faire la morale. - Je m'en fiche pas. Tu sais que j'suis toujours là pour toi, quoi qu'il arrive. D'un bout à l'autre du monde, rien ne pourrait l'empêcher de le rejoindre. Pas une grève, ni une tempête ; même une petite apocalypse peinerait à se mettre entre eux. - Tu dis jamais rien. Tu fais toujours ça ! Tu caches les choses et t'attends que je devine, mais j'peux pas encore lire dans ta tête, tu sais. Qu'il lâche entre ses dents serrées. Il aimerait qu'il soit transparent, comme autrefois. Qu'il lise ses peines au bord de ses paupières, qu'il découvre ses secrets au détour d'un sourire maladroit. - Tu devrais consulter Jules. Ton lien de jumeau déconne. Il lâche un soupir à demi-sérieux et tente d'oublier la tension qui lui ronge le système. Il lui laisse sa main et tombe à la renverse, cherche les réponses entre les nuages. - Qu'est-ce qui te fait tant de mal, Julian ? Tout va bien. J'ai pas de maladie grave et j'ai mis aucune fille enceinte. Tu peux te détendre. Le regard bascule dans le noir et les paupières se ferment brièvement. Il oublie sa colère et les mots qui blessent jusqu'à se redresser et ancrer ses prunelles de jais dans les siennes – les mêmes. - T'as changé, Jules. Et ça sonne presque comme un reproche, quand ça glisse de ses lèvres. Il récupère sa main finalement et retire le mouchoir, s'approche de l'eau et y plonge la paume. La morsure saline est une douce douleur, à côté de tout ce qu'ils s'infligent depuis tout à l'heure.

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MessageSujet: Re: same butt different + jude   Sam 26 Mai - 18:36

Le vide lacérait ma poitrine. Jude qu’est-ce tu fous ? Mes doigts se perdaient sur les de sable. La distance s’élargissait et le mutisme se dressait comme un pilier au milieu de la plage. Quelque chose s’était brisée. Un mensonge doucereux que j’avalais pour faire passer le doute. Je me confortais dans l’illusion d’une fraternité immaculée mais je savais, bien qu’il ne prononce les mots, que le lien était rompu. Nous étions les esclaves du temps. Mes yeux effleuraient les lumières projetés par l’horizon. Je pinçais les lèvres. Mon esprit s’évadait vers les frontières des pays de guerre. Je revoyais les clairs de la lune à travers les plis de la tente. Mon coeur battait si fort, j’avais du mal à avancer dans les couloirs. Je me voyais dans la cage, prisonnier des rébellions des autres. Puis je m’éveillais, à l’abri - bercé par les vagues de Brighton. Mes nuits étaient devenues des exodes temporelles. Il ne voyait rien, Jude. Seulement le changement, les silences. Les chaînes se fissuraient. Nos étreintes s’enserraient dans le vent. Je fixais sON profil en fronçant les sourcils. Je ne savais pas retenir son attention. L’entaille se dissipait entre les plis de sa peau. Il était contrarié. Je forçais le sentiment au bord de la mer. Je forçais les révélations. Je repliais les genoux en esquissant un sourire. «Tu devrais lire dans ma tête.» C’était ce que je voulais. Ce que j’attendais. Une utopie entre nous. Mes lèvres enlaçaient un mégot entamé qui traînait au fond de ma poche. Les ondulations du cannabis s’alanguissaient sur les bordures dorées de Brighton. Les images se succédaient sur mes rétines. Mon mariage, le bouquet, la chanson. Puis le diagnostic, les hôpitaux et le divorce. «T’as pas de maladie grave … » Je répétais avec un rire nerveux. Il l’avait compris, aussi. Je n’étais pas un héros. Je n’avais pas la patience d’attendre les guérisons de mes amours. «T’as peur que j’divorce si t’as la lèpre ?» Constatation amère. Vérité plurielle. Mes sentiments se chevauchaient dans ma poitrine. Une armée constituée d’un soldat seul, incapable de lutter contre la déception. J’aspirais les volutes grises. Jude avait raison - j’avais changé. De les voir tous crever sous les mines. De sentir l’odeur putride du sang et des cadavres. J’avais plié. J’avais arrêté d’y croire. «J’ai vieillis. Et toi aussi.» Nos yeux se frôlaient un instant. Ses pupilles étaient des abysses noirs, profonds - indicible. Je le suivais lascivement dans l’eau. Les étreintes glacées se faufilaient dans mes os. Gabrielle manque. Elle va bien maintenant mais demain, elle sera presque morte. Et je devrais vivre comme ça. Anéanti. Vieux. Déprimé. T’es la moitié. Elle est la moitié d’la moitié. L’Afghanistan a pris un bout de mon âme. Il m’reste plus rien, là. Un huitième de coeur pour éponger les peurs. Pour se frayer un chemin vers la lumière. J’aime pas être seul Jude. J'aime pas quand tu pars merde ! Depuis ma conception, j’ai besoin de toi. Je lui tendis le joint. «Je sais que tu seras là.» Mais c’est pas assez. J’avançais dans les vagues. Le retour brutal de l’eau créant un petit ressac sur mes jambes. «Tu penses j’suis lâche ?» J’esquissais une grimace en lui tournant le dos. Je connaissais déjà la réponse. Mais je préférais l’entendre de sa bouche.

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