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 the devil in i. -conrad

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Lorenzo Farnese

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MessageSujet: the devil in i. -conrad   Jeu 12 Avr 2018 - 21:54

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T'enfiles ton t-shirt, sans te retourner. Elle pionce de toute façon. Tu vas partir comme un voleur et tu t'en moques royalement. Sur la pointe des pieds, tu t'extirpes hors de la chambre à coucher, à la recherche de tes chaussures. Bordel, tu sais plus où tu les as jetées. Dans l'élan, t'as pas fait gaffe. Tu fais le coup à chaque rencontre et t'es pas foutu de faire attention la prochaine fois. Tu soupires alors que tu te baisses pour jeter un coup d'œil sur le canapé. Dans ton geste, tu bouscules légèrement la console placée à côté du sofa. En son centre, un vase. « Putain. » que tu murmures, priant pour qu'il reste en place. Il tangue quelques secondes avant de retourner à sa position immobile. Tu souffles, rassuré. T'aurais pas vraiment assumé. Tes yeux inspectent le dessous du canapé, mais la seule chose que tu trouves, c'est de la poussière. Tu te relèves, tu repars en recherche en faisant le moins de bruit possible. Finalement, tu retrouves tes baskets près de l'entrée. Ta veste mise, t'ouvres la porte, puis la referme d'une extrême douceur. Tu peux enfin respirer une fois dans le couloir. T'es rentré avec la nana, t'as pas ta moto pour rentrer chez toi. T'es comme un con Lorenzo. Alors tu sors ton portable, tu cherches à commander un uber. Aucun réseau. Putain, à quoi ça te sert de payer une blinde pour un forfait 4G illimitée si ça capte nulle part ? Tu te résignes à aller le faire dehors. Tu fermes ta veste pour braver le froid avant de descendre les escaliers de l'immeuble. Ton portable dans la main, t'attends qu'une moindre petite barre apparaisse. Tu pousses la porte du sas, les yeux rivés sur ton écran. La seule chose qui peut te dire que t'es désormais dehors, c'est le changement de température. « Portable de merde ! » que tu t'exclames dans ta langue natale. Rien. Alors tu le ranges et tes yeux retrouvent la réalité. Tu regardes un peu autour de toi ; au bout de la rue, tu perçois de la lumière et un brin de musique. Tu t'avances, tu te dis que tu capteras mieux là-bas. Quelques mètres parcourus, et tu t'arrêtes net. Tu l'connais ce bar, t'en as déjà entendu parler. C'est le genre d'endroit où tu mettras jamais les pieds. Le genre d'endroit où la fréquentation n'est pas bonne. Pas respectable. Tu veux tourner les talons, aller chercher ailleurs, mais y'a une voix qui vient s'immiscer dans tes tympans. Conrad. Ton sang, il commence à bouillir dans tes veines. Tu veux l'interpeller, mais tu veux pas qu'on te voit avec lui. Tu veux plus qu'on te voit avec lui. Alors tu l'suis, tu l'prends en filature comme dans les mauvais films d'espionnage. T'attends qu'il soit un peu éloigné, un peu à l'écart, avant d'aller te poster à côté de lui, suivant son allure. « Hey. » Ton regard, il est fixé devant toi. Les mains dans les poches de ta veste, tu te concentres sur ta marche. « J'savais pas que tu fréquentais ce type de bar. » que tu lui dis simplement, mine de rien. Tu te dis que tu fais une erreur. C'est une erreur.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Lun 16 Avr 2018 - 2:52

C’est sur un coup de tête, une envie d’assumer pleinement ce qu’il est – et ce, malgré la probabilité élevée de croiser quelqu’un de sa connaissance dans les parages – que Conrad a décidé de s’arrêter à ce bar réputé pour sa clientèle de toutes les horizons sexuelles. Tant pis s’ils découvrent sa vraie nature. Et alors ? qu’il se dit en avalant une gorgée de la bière qu’on lui a servi. Qu’est-ce que ça change, qui il baise ? Qu’est-ce que ça change, s’il tient la main d’un garçon ? Et ça lui change les idées, à Conrad. Ça lui fait temporairement oublier la chaleur étouffante du désert et le sable qui lui colle encore à la peau, huit ans plus tard. Conrad, il sait qu’il n’oubliera jamais. Les cicatrices sont encore là, à marbrer sa peau de sensibilité accrue. Une machette qui a frôlé de trop près ses organes, et surtout, des balles qui l’ont criblé en évitant heureusement des artères principales. À la cuisse gauche, à l’épaule et dans le biceps. Huit ans plus tard, ça le lancine toujours ; de vieilles blessures cicatrisées en apparence, mais suintante dans sa tête.
La musique est déjà trop forte dans ses oreilles. Ses sens désinhibés par l’alcool ne l’aide pas, au contraire. Et il fuit déjà, Conrad. Avant une énième crise, avant d’esquiver une énième grenade imaginaire. Les fêtards et les couples enlacés à se chuchoter des mots doux n’ont pas besoin d’un idiot pour ruiner l’ambiance. Et il y a un mignonnet qui l’interpelle et l’accompagne jusque dans la rue. Jeune – plus jeune que Conrad – avec un  grand sourire qui frôle la niaiserie. Vous allez bien, qu’il demande. Vous voulez que je vous raccompagne, qu’il doit sûrement sous-entendre. Il s’inquiète, le minet. Mais Conrad lui offre un sourire qui se veut rassurant – effrayant. « Ça ira. Je vais rentrer à pieds. » Et il hésite le minet, avant de finalement tourner les talons pour retourner à l’intérieur du bar. Il a besoin de s’éclaircir l’esprit, Conrad. Et il accueille avec bonheur le silence des rues désertes. Il n’y a que le feulement d’un chat par-là, et des poubelles renversées par-ci qui le ponctuent. Et le son de pas qui claquent contre le bitume. Conrad fait mine de rien entendre mais il sait. Par réflexe, son poing se serre autour de sa paire de clé, ses jambes prennent appui sur le sol, prêt à pivoter sur ses talons.
Il s’apprête à cogner mais cette voix, il la reconnaît. Ses muscles se détendent et ses clés retournent discrètement dans la poche de son jean. Sous la lumière vacillante du lampadaire, il reconnaît son partenaire de jogging - aussi vif que lui, peut-être un peu plus. L’avantage de la légèreté, sûrement. Sa question – son affirmation, plutôt – lui fait hausser un sourcil. Que s’est-il dit, déjà ? Ah oui. N’en n’avoir rien à foutre, au moins pour ce soir. D’assumer – après tout, sa famille est bien trop loin pour le juger ici, hein ? « Ce genre de bar ? » Répète-t-il. « Le genre que les hétéros évitent, c’est ça ? » Ricane-t-il. Conrad soupire déjà en se pinçant l’arête du nez. S’en foutre ? Pas tant que ça. Son orientation sexuelle n’est pas écrite sur sa gueule mais quelles sont les choses qu’il croise l’une de ses rares connaissances aux abords de ce bar-là, ce jour-là et surtout, à cette heure-là ? Infimes. Pourtant, les voilà. « Ça te pose un problème, peut-être ? » Qu’il demande d’un ton badin, dénué d’animosité. Pourtant, Conrad ne se gêne pas à lui faire admettre ce qu’ils disent tous. Ça ne me dérange pas, tant que les pédés traînent pas dans mon entourage, ça ne me dérange pas, tant que ce ne m’est pas mon fils.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Dim 13 Mai 2018 - 13:51

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Les mains fourrées dans tes poches, la mâchoire serrée. Tu continues de marcher à ses côtés, même si y'a ton cerveau qui te dis de te barrer, de le laisser, de plus jamais lui adresser la parole. Mais merde, tu l'aimes bien Conrad. Putain, t'es tellement un connard Renzo. Et pourtant, tu fais rien pour changer ça. Tu resteras un connard, parce que t'es bon qu'à ça. T'es pas foutu d'ouvrir un minimum ton esprit, tu restes coincés dans des principes qui ne valent rien. Parce que c'est comme ça que t'as été élevé, c'est comme ça que tout devrait fonctionner. C'est ce qu'on te répète depuis que t'es gamin. Les hommes, ça couchent avec des femmes. Point barre. C'est le sens des choses, pas vrai ? Alors toi aussi, tu ricanes légèrement en entendant la réponse de Conrad. Ouais, toi aussi tu rigoles. Tu te dis que c'est les nerfs qui prennent le dessus, parce que t'es soudainement plus aussi à l'aise avec lui. « Ouais, on va dire ça. » Tu t'passes la main dans les cheveux, t'es pas bien là. T'aurais dû le laisser rentrer seul, t'aurais pas dû l'accoster comme ça. Nan Renzo. T'aurais dû faire le mort, comme tu sais si bien le faire avec les filles avec qui tu couches. Ne plus donner de nouvelles, aller courir ailleurs pour ne plus jamais le recroiser. Tirer un trait sur cette connaissance. Alors pourquoi t'es encore là ? Tu hausses les épaules à sa question. Tu sais pas vraiment quoi lui répondre. Tu vas être franche Lorenzo ? Lui dire que c'est contre nature ? Que t'as décidé que tu ne voulais plus le fréquenter ? Ou tu vas t'écraser, jouer le faux allier pour te faire bien voir et éviter une dérouillée ? T'en sais rien. « J'espère qu'ils passent de la bonne musique au moins. » que tu lui dis, changeant de sujet. Non, tu ne vas pas lui répondre. Mensonge par omission. Tu préfères fermer ta gueule, pour l'instant. Parce que qui sait, peut-être que tu fais erreur ? Qui sait, peut-être que Conrad il venait juste voir un pote, acheter des cachets ou quelque soit d'autre. T'essayes de te convaincre Lorenzo, comme si ça allait t'aider à garder la tête froide. Les mains de nouveau enfournées dans tes poches, tu sers les poings, jusqu'à ce que tu sentes tes ongles s'enfoncer dans tes paumes. Putain ça t'énerve. De tout le temps tomber sur des pédales. De tout le temps devoir t'éloigner. Quand tu vois un gars te regarder un peu. Quand ton palpitant explose quand tu regardes Rafael. Tu renifles bruyamment, comme si le son allait chasser toutes ces conneries de ton crâne. Pourquoi tu te fais autant de mal Renzo ?

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Ven 18 Mai 2018 - 21:27

Conrad, il a du mal à croire ce qu’il entend – il a du mal à croire ce qu’il voit. Il a cru un peu bêtement que la jeunesse est différente, que Lorenzo est différent. Qu’il ne le jugerait pas pour préférer les muscles aux seins. Ça ne devrait pas le surprendre, cela dit. Il connaît les clichés qui traînent autour des joueurs de foot professionnels. C’est les gonzesses pimpantes, qu’ils accumulent au bras. Un mec, ça fait tâche. Ça râle, ça les dégage des équipes sans réfléchir ; les fans, ils sont hétéros. Leurs héros doivent aussi l’être. Conrad, il feint la tranquillité mais c’est des doigts tremblants qui fouillent dans la poche de son pantalon pour en sortir un paquet de clopes et un briquet. Une sale habitude qu’il n’aurait pas dû reprendre. Il lui a suffit d’une cigarette, d’une seule, pour retrouver goût à la nicotine. Et c’est à cause de William, songe-t-il alors qu’un soupir s’échappe de ses lèvres en même temps qu’un filet de fumée. Mais Lorenzo, il a l’air d’être encore plus gêné que lui. Mal à l’aise. Pas à sa place. Ça suffit à arracher un sourire mutin à Conrad, alors qu’il tire une énième bouffée brûlante de sa cigarette. Son assurance qui revient. Plus réelle, cette fois-ci.
Et Lorenzo, il n’est pas clair dans son jeu. L’évidence de son dégoût dans la trogne qu’il affiche ne correspond pas à ses mots. Peut-être parce qu’au fond de lui, il sait qu’il n’a aucune chance si les insultes fusent. Si ses mots ont le malheur de blesser, plutôt que de tranquilliser. « Ils passent de la bonne musique. » Répond-t-i simplement. La bagarre, Conrad ne la cherche pas non plus. Il se connaît. Il sait que le désert n’est jamais loin – qu’il le hante toujours. Ses réflexes, ils sont encore à Marjah. « C’est exactement la même qui passe dans tous les bars, tu sais. » Rajoute-t-il alors qu’il envoie valser son mégot d’une pichenette dans un caniveau. « Par contre les cocktails sont bien meilleurs dans ce bar-là qu’ailleurs. Tu devrais essayer, un jour. » Une façon de le titiller mais surtout une façon de lui prouver qu’ils ne sont pas si différents, quoi qu’il en dise. Mais surtout, une façon de lui arracher à la bouche ce qu’il pense vraiment. Ce soir, Conrad a décidé de s’assumer pleinement. Si ça ne dure pas jusqu’au petit matin, tant pis. C’est trop tard pour retourner sa veste auprès de Lorenzo, de toute façon. Conrad, il est grillé.
Mais il s’en fout. Les poings serrés de Lorenzo suffisent à affirmer sa décision.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Lun 21 Mai 2018 - 23:00

Tu ricanes Lorenzo. T'essaies de cacher ton malaise du mieux que tu peux, mais tu sais très bien que c'est peine perdue. T'as jamais été très doué pour cacher tes émotions. Et c'est sûrement ça qui t'as poussé jusqu'ici, à Brighton. Cette façon dont t'arrives pas à fermer ta gueule. Alors ce soir, tu fais ton maximum. « J'te crois, ça me suffit. » que tu lui dis simplement. Parce que t'as pas vraiment envie d'aller vérifier toi-même ses dires. Parce que t'as pas envie de lui laisser croire que ça pourrait t'intéresser. Et rien que l'idée de t'imaginer dans ce genre d'endroit, ça hérisse les poils sur ta peau. T'appartiens pas à ce monde Lorenzo, non. Tu veux t'penser meilleur, tu veux te convaincre que tu vaux mieux que ces mecs. Et ça t'étonnes complètement de voir Conrad en être. De le voir sous un autre regard. Ce type que t'as toujours imaginé comme une montagne, comme un vrai mec. Le soldat qu'en a vu trop pour une seule vie. Conrad, tu l'admirais presque. « Et du coup, tu vois quelqu'un en ce moment ? » que tu finis par lui demander. Parce que malgré toutes ces conneries, t'as pas envie de voir ta relation avec lui s'effriter. T'as pas envie de complètement jarreter Conrad de ta vie. Tu te dis que tu ne peux pas te fermer complètement aux personnes qui ne pensent pas comme toi. Tu te dis que ta pensée n'est pas universelle Lorenzo. Et que c'est peut-être l'univers dans lequel t'as grandi qui t'fait penser comme ça. Parce que t'as bien eu le temps de voir les différences entre l'Italie et ici. La tolérance, elle est loin d'être la même. Et tu te dis parfois, que ta façon de penser n'est peut-être pas la bonne. Mais c'est comme ça que t'as été élevé Lorenzo. C'est dans ce genre de pensées que tu vis ; parce qu'au boulot, c'est mal vu. Parce que t'es formaté pour être un modèle pour les gamins. Mais tout ça, c'est tellement encré dans ton crâne que t'es un incapable de t'en détacher. C'est mal. Tu devrais pas ressentir de la sympathie Lorenzo. Tu ne devrais pas te sentir soudainement autant concerné par tout ça. Tu ne devrais pas regarder Rafael de cette façon dès qu'il a les yeux ailleurs. « Enfin, si tu veux pas m'dire, c'pas grave hein. » Tu ne veux pas non plus trop t'immiscer dans sa vie Lorenzo. Parce qu'au final, t'en sais pas grand-chose. Conrad, t'as juste l'habitude de courir avec lui, c'est tout. Et si t'étais si blanc dans l'histoire, ça devrait pas autant de mettre le nerf de le voir fréquenter des hommes.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Ven 29 Juin 2018 - 22:34

Conrad, ce n’est sûrement pas le genre de mec que le jeunot s’est imaginé être gay. Trop costaud, trop viril, trop transpirant l’homme à plein nez. Conrad, c’est l’image du mec qui a trop vu, trop vécu. Qui ne tremble pas devant les petites frappes qui crachent que les pédales n’ont rien à foutre dans ce quartier – ils ne s’imaginent pas non plus qu’un titan aux muscles d’acier comme lui puisse en être une. Est-ce qu’il baisserait aussi dans l’estime de ces types-là, s’ils apprenaient la vérité ? Ou est-ce qu’ils n’oseraient pas le formuler à voix haute, de peur que ce soit des poings qui répondent aux insultes ? Lorenzo, il feint l’indifférence mais le vétéran n’est pas dupe. Conrad se passe négligemment une main dans les cheveux, un soupir qui menace de s’échapper d’entre ses lèvres. Le jeunot, il est mal à l’aise. Néanmoins, la curiosité anime sa langue malgré le soupçon de répulsion qui se dégage de lui. Des signaux contradictoires ou tout simplement une curiosité malsaine ? Pourtant, le mioche ne l’a jamais questionné sur ses états de service alors que d’autres ne s’en seraient pas privés. Mais c’est une question bien plus personnelle qui résonne aux oreilles de Conrad. Il se pince les lèvres en tirant sur le tissu de son haut pour le rajuster mais pour s’occuper les mains, en vérité. Si tu ne veux pas me le dire, c’est pas grave, hein. Le mioche, il est trop curieux dans un milieu qu’il dédaigne. Conrad, il se dit que c’est étrange et c’est un maigre sourire amusé qui s’esquisse aux commissures de ses lèvres. Y a-t-il vraiment quelque chose de mal à rendre la jeunesse plus tolérante ? Conrad, il hausse simplement les épaules. Sa vie amoureuse, elle est nulle. Pratiquement inexistante. Son dernier copain ? C’était avant.
Avant l’armée, avant la boue, avant le sang. Avant le sable, avant le soleil aveuglant, avant Marjah. « Non. » Qu’il répond. « Personne n’a envie d'une relation sérieuse, on dirait. » Tu parles. Personne n’a envie de le retaper. Huit ans, que ça dure. Huit ans, c’est long. Huit ans, c’est suffisant aux yeux des civils pour que les cicatrices s’estompent. Mais Conrad, il détourne déjà la conversation vers le jeunot. Pour le titiller encore un peu, sûrement. Pour savoir d’où vient son dégoût. Ses mots sont choisis délibérément. « Et toi, tu n’as pas quelqu’un ? » Conrad, il fait exprès de ne pas lui demander s’il a une petite-amie. Conrad, il lui lance un sourire narquois, les mains dans les poches. Il exhibe la nonchalance. Le jeunot, il l’aime bien. Il y a encore de l’innocence au fond de ses yeux, une naïveté que Conrad a perdu depuis longtemps. Le jeunot, il peut encore changer.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Jeu 12 Juil 2018 - 14:26

T'es pas à l'aise, tellement pas à l'aise. T'as l'impression qu'on peut lire sur ton visage comme si t'étais un panneau publicitaire. T'as beau essayer de te fermer, mais Conrad, il a toujours éveillé en toi ce sentiment de confiance, comme si tu pouvais parler de tout et n'importe quoi sans le moindre jugement. Peut-être parce qu'il a tellement vu de merdes que c'est pas ta petite vie qui va le choquer. C'est pas tes histoires à la con qui vont le faire halluciner. Mais c'est pas pour autant que tu te détends Lorenzo. C'est pas pour autant que ta langue se délie. Alors tu hoches seulement la tête quand il te dit qu'il n'a personne. T'as envie de lui poser des questions, de lui demander plus de détails. Mais t'as pas envie de te lancer dans sa vie comme ça, en prenant le risque qu'il le fasse également avec toi. Loupé. Tu ricanes légèrement, tu te passes la main dans la nuque. Pas à l'aise, tu disais ? Qu'est-ce que tu peux lui dire Renzo ? Que t'as le crâne bourré de l'image de Rafael ? Que t'arrives à peine à coucher avec une fille tellement t'es perturbé par lui ? Non, tu ne peux pas. Tu ne veux pas briser les apparences, tu ne veux pas qu'il pense ça de toi. Et même s'il en est Conrad, tu ne veux pas. Parce que lui dire, c'est assumer. C'est reconnaître que y'a pas seulement les meufs qui arrivent à te faire tourner la tête. C'est reconnaître que tu n'es pas normal. « Pas vraiment non. », tu lui réponds enfin. C’est à peine si t’as réalisé que t’avais laissé le silence s’installer. « C’est toujours un peu la même chose tu sais. Une nana hier, une autre demain. J’suis pas vraiment du genre à m’attacher. » Et malgré le brésilien et son visage à la con, tu ne mens pas Lorenzo. Les filles, tu les enchaînes sans vraiment penser à une possible relation. Tu te dis que tu n’as pas le temps, que le foot est plus important que des histoires de couples. Ça a toujours été le cas depuis le début de ta carrière ; ta vie amoureuse, elle est inexistante. Et quand tu vois tes coéquipiers dans leur vie de famille, ça ne t’intéresse pas plus que ça. Une famille, t’en as déjà une bien complète, t’as pas besoin d’aller rajouter quelqu’un d’autre. « Mais tu cherches quelqu’un pour te poser, ou tu vois ce qui passe ? », tu lui demandes dans l’espoir te voir la conversation se tourner vers lui pour un moment. Et ta question, elle est réelle. T’as vraiment envie d’en savoir plus sur Conrad, sur ce gars avec qui t’avais simplement pris l’habitude de courir. Avec ce gars qui pourrait ne pas être si différent que toi au final.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Dim 15 Juil 2018 - 3:54

Il s’attend à ce que de la gêne s’esquisse sur les traits du jeunot suite à sa question et ça ne rate pas. Le silence s’étire sur quelques mètres alors qu’ils continuent de déambuler dans les rues de Brighton. Malgré que ce soit le week-end et que ça bouillonne dans les bars et les boîtes de nuit, la ville est tranquille. Les lampadaires grésillent et les voitures sont rares. Elles sont bien sagement garées au bord des trottoirs, à attendre que leurs propriétaires se réveillent. Conrad, il shoote dans une cannette vide qui traîne sans vraiment y penser. Lorenzo, il lui dit que non. Qu’il ne voit personne. Que les meufs, ça va et ça vient. Pas du genre à s’attacher, hein ? Conrad le comprend. Il a été jeune, lui aussi. Et les coups d’un soir, ça continue même aujourd’hui – c’est plus facile. Conrad n’a pas besoin de déballer son passé houleux et ses histoires crasseuses et cette foutue erreur qui le hante encore aujourd’hui. Plus qu’une erreur, un meurtre inconsidéré, des bâtons de dynamites mal placés. Une détonation a suffit a enterrer six pieds sous terre l’innocence. Conrad se mord la lèvre avant de se passer une main sur le visage. Il a toujours les doigts vaguement tremblants, lorsqu’il y repense – souvent, trop souvent. Les discussions légères se changent toujours en bourbier. Et il patauge, l’ancien soldat. Il n’arrive plus à sortir des sables mouvants afghans. Avoir croisé William n’a fait qu’empirer les choses et même ses soirées alcoolisées n’arrivent pas à étouffer ses plaies béantes. Elles suintent encore, huit ans plus tard.
À la question de son partenaire de footing, Conrad jette un coup d’oeil songeur aux étoiles invisibles sous la lumière étouffante de la ville. Chercher à se poser ? C’est ce que font les gens biens, à trente-six ans. Ils sont tous maqués, à cet âge-là. Ils exhibent une jolie alliance et des sourires colgates. Ils ont p’têtre même déjà des gosses. Conrad, il n’a que trois boules de poils snobinardes dans son appartement. « Je vois ce qu’il se passe. » Qu’il répond simplement. On aime Conrad pour sa belle gueule et sa virilité suintante mais on le fuit dès lors qu’on gratte la surface. Rafistoler un soldat brisé, c’est trop compliqué. Ça demande trop d’implication, ça ennuie. Huit ans qu’il rumine ? Ce n’est pas sérieux, voyons. Les civils biberonnés à la paix ne comprennent pas. Cela dit, Conrad n’est pas sûr non plus de vouloir d’une romance dégoulinante. « J’ai pourtant tout le temps qu’il me faut pour me poser maintenant, mais... » commence-t-il en laissant traîner sa phrase dans le vide un instant avant de se ressaisir. « mais disons que c’est plus compliqué que ce que l’on raconte. » Termine-t-il dans un haussement d’épaules désabusé. Trop d’obligations à remplir – ne pas oublier les dates d’anniversaire ni les cadeaux, louer un appartement à deux, s’accorder sur les tâches ménagères et toutes ces conneries, c’est beaucoup trop lui demander. S’adapter à une nouvelle routine, aussi ; changer ses habitudes. Changer pour quelqu’un. Conrad, il est fatigué. Les relations éphémères ne l’obligent à rien.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Dim 5 Aoû 2018 - 22:41

Tu ne peux pas t'empêcher de ressentir une certaine tristesse à l'égard de Conrad quand t'entends ses mots. Steele, c'est bien le genre de mec qui plait aux meufs. Rectification, mecs. Et t'as du mal à croire qu'il ne puisse pas attirer du monde dans ses draps et sa vie. T'as envie de lui demander plus de détails, de le questionner sur ce célibat que tu penses imposé. T'essayes de trouver un moyen de lui poser la question sans paraître trop curieux, sans paraître trop blessant. En vain. T'es pas vraiment doué pour faire la causette Lorenzo, ça a jamais été ton fort. Alors tu hausses les épaules, tes mains toujours enfoncées dans tes poches. « Pourtant, t'es plutôt un bel homme. », tu lui sors avant de reprendre la parole tout aussi rapidement. « Enfin, en tout bien, tout honneur hein. » Un rire passe tes lèvres, il trahit ton malaise. T'enfonces pas sur ce terrain-là, Renzo. Tu détournes le regard, tu fixes la rue qui défile au fur et à mesure de vos pas. T'es en terrain miné et toi, tu sautes à pied joint à chaque parcelle de terre. Peut-être parce que t'en as assez d'avoir la tête à l'envers, peut-être parce que t'en peu plus de ne plus rien comprendre à ce qu'il t'arrive. Tu te dis que ça serait peut-être plus facile, si ça s'passait comme ça. Si tu pouvais faire péter le problème et ne plus jamais y penser. Tu te racles la gorge Lorenzo, et tu t'passes une main dans la nuque. C'est pas dans tes habitudes d'être aussi mal à l'aise dans une conversation. Généralement, c'est toi qui mène la cadence, c'est toi qui connait ton sujet ou qui arrive à esquiver avec un beau sourire et une blague à la con. Mais là, t'es comme pieds et mains liés ; tu t'sens obligé d'en parler avec Conrad, tu t'sens obligé de lui poser questions sur questions. Comme si tu voulais te rassurer. Comme si tu voulais te prouver qu'il est normal. Comme si tu voulais te prouver que t'es normal. « Dis-moi si j'te dérange avec ça. J'ai pas envie de te mettre à l'aise. » Oh la belle ironie. C'est toi qu'est complètement en dehors de ton élément là. Tu sens ton portable vibrer dans la poche de ton pantalon, et ton cœur sursaute. T'as eu peur de ton propre téléphone, comme s'il allait trahir tes plus gros secrets. Bouffon. T'as presque les doigts qui tremblent alors que tu composes ton code de déverrouillage, tes doigts glissant sur une photo de toi enlaçant Renata. Et tu flippes à l'idée de voir un message de Rafael. Mais c'est qu'un message de ton frère et tu mets quelques secondes avant de remettre ton cerveau en ordre pour réussir à lire ta propre langue maternelle. Tu ne prends même pas la peine de répondre avant de remettre ton téléphone dans ta poche. « D'où je viens, du quartier dans lequel j'ai grandi, c'est presque suicidaire d'être un péd... » Tu te coupes direct Lorenzo, t'as entendu la connerie arriver. « D'être gay. » Tu corriges sans grande assurance.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Jeu 9 Aoû 2018 - 17:59

L’hilarité secoue sa vieille carcasse à sa remarque. T’es plutôt un bel homme. Conrad, il le sait. Ce n’est pas de la vantardise, simplement l’évidence après qu’on le lui ait soufflé trop souvent entre deux bières. Mais les hommes comme les femmes ne veulent qu’une chose : son cul. À quoi bon s’intéresser à son coeur alors qu’on ne remarque que son physique ? Au final, exhiber une belle gueule en société a bien plus d’inconvénients que d’avantages. À l’instar des statues grecques, on l’admire sans s’attarder. Conrad, il hausse les épaules avec nonchalance en balayant ses mots – il s’est résigné depuis longtemps à n’attirer que pour des coups d’un soir. Il s’y est fait, depuis le temps. L’habitude s’est encrée en lui et ça ne le dérange plus. Après tout, il a trois boules de poils méprisantes qui traînent toujours dans ses basques peu importe l’état qu’il affiche. Et ces trois bestioles-là, il les aime plus que de raison. Conrad, il ne réalise pas qu’il s’accroche à ses trois chats pour combler le vide ; il refuse d’admettre que sans eux, sa solitude l’étouffera.
Il se voile la face, Conrad. Il feint le bien être auprès du jeunot alors qu’il sait pertinemment que ce n’est que du toc. Pourtant, son sourire s’étire lorsque Lorenzo cherche à le rassurer. Conrad, il a choisi d’envoyer valser sa gêne concernant son homosexualité depuis peu, en vérité. Ça ne l’a pas changé, cela dit. Ça ne l’a pas libéré comme il l’a espéré. D’autres démons le hantent et ceux-là, ils ne s’effaceront jamais. Il s’imagine pourtant qu’il peut les apaiser sous la bière tous les vendredis soirs mais au réveil, ils l’assaillent par dizaines. C’est avec la bouche aussi asséchée que le désert de Marjah qu’il reprend conscience tous les samedis matins. « Ça ne me dérange pas. » Souffle-t-il simplement alors que son regard se perd un instant le long du bitume déglingué de la route. Conrad, il s’apprête même à souligner que c’est son interlocuteur qui sue à grosses gouttes sous la gêne mais le jeunot, il se détourne déjà pour extirper son téléphone de sa poche. Conrad, il l’a vu sursauter. Il l’a vu se détourner pour qu’il ne puisse pas lire par-dessus son épaule ; comme s’il l’aurait fait, le vieux soldat. Il glisse ses mains dans les poches de son pantalon, Conrad. C’est la fraîcheur ambiante de la nuit qui le fait frémir et les mots du footballeur qui le figent. Conrad, il arque un sourcil et se tourne vers lui. L’insulte étouffée, il l’a entendu. Dans la bouche de quelqu’un d’autre, peut-être aurait-il choisi d’user de sa stature pour le remettre à sa place – pas de ses poings, cela dit. Ses poings, ils sont dangereux. Ses poings, ils écorchent la peau et brisent les os. Pourtant c’est une vérité qu’il souffle, le gamin.
Une vérité que Conrad a esquivé. Dans son quartier bourgeois de Manchester, on n’a jamais lapidé des homos. On n’oserait pas – on préfère les ignorer en public et leur cracher dans le dos à la maison. Mais au-delà de l’évidence, sa remarque l’interpelle. Elle n’est pas destinée à Conrad – c’est peut-être la façon dont il l’a tourné, la gêne qui le bouffe depuis qu’ils se sont croisés, sa curiosité déplacée. Conrad, il hésite. Doit-il ignorer la question qui le taraude ou doit-il s’autoriser à gratter sous la surface ? C’est la deuxième option qu’il choisit. « Mais tu n’es plus dans ce quartier-là, je me trompe ? » Une remarque nonchalante. Une remarque qui cherche à déterrer ce que le jeunot a enseveli.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Ven 10 Aoû 2018 - 0:08

Tu t'arrêtes de marcher en même temps que lui, et tu sais très bien pourquoi il se stoppe. T'as merdé, t'en es parfaitement conscient. T'es vraiment un abruti, incapable de tenir ta langue. Ces mots-là, tu les as toujours entendus, et tu les as toujours répétés. C'était comme ça depuis que t'étais gamin, ça a toujours été comme ça. Que ça vienne de tes parents, de tes aînés ou de tes voisins de quartier, y'a jamais eu quelqu'un avec une bonne estime des homosexuels dans ton entourage. Alors toi, t'as simplement retenu ce qu'on t'avait dit, jusqu'à y croire. T'as toujours eu ça en tête, t'as toujours gardé ces aprioris à la con qui te paraissaient justifiés. Un couple, c'est un homme et une femme, rien d'autre. Deux mecs ensemble, c'est contre nature, c'est pas normal. C'est pas ça, être un homme. Et pourtant quand tu vois Conrad, c'est un putain de bonhomme que t'as devant toi, c'est un type qu'a l'air d'avoir tellement vécu. Conrad, c'est pas le genre de gars qui se résume simplement à une orientation sexuelle. Conrad, c'est l'antithèse totale de tout c'que t'imaginais. Et tu sais très bien qu'avec ce mot prononcé de travers, tu pourrais louper le début de la prochaine saison, trop occupé à faire soigner une quelconque partie de ton corps.
Le silence s'installe, et tu sens que tu vas regretter cette soirée, que tu vas regretter de l'avoir interpelé de la sorte à la sortie du bar. Ces minutes d'apaisement, elles viennent te ronger l'esprit, elles viennent te faire imaginer tout et n'importe quoi. A quoi il pense Conrad ? Tu veux parler, tu veux briser le calme, dire n'importe quoi. T'excuser, peut-être. Mais l'ancien soldat reprend la parole et te boucle sur place sans avertissement. La question qui parait innocente au premier abord, mais qui déclenche en toi une peur surréaliste. Tu déglutis Renzo, tu fuis son regard. T'aimerais bien reprendre la marche, t'éloigner doucement sans qu'il le remarque. Mais t'es complètement bloqué sur place, comme si le poids de tous tes non-dits te fixait au sol. T'as le regard planté sur le bitume crade de la rue, et le crane en fusion. Tu sais même pas quoi lui répondre, et putain tu sais qu'il veut t'entendre dire quelque chose. Conrad, il a l'air de mieux voir dans tes pensées que toi-même. Tu souffles, tu t'prends la tête entre les mains. Tu laisses tes paumes en place à l'arrière de ton crane quand t'arrives enfin à croiser son regard. « J'suis pas bien mec, j'te jure. », tu lâches dans un souffle inespéré. T'as beau vouloir les ignorer, mais tes jambes flagellent. Dans ta tête, tout rentre en collision. Les filles que t'enchaînes, Rafael qui t'entraîne. Et toi, déchiré au milieu de toutes ces conneries, paumé avec ces valeurs désuètes qui t'assassinent. T'aurais presque le regard implorant, Lorenzo. J'suis pas normal Conrad, mais les mots meurent à l'aube de tes lèvres. Ça t'bouffe de l'intérieur, mais t'es incapable de faire la moindre chose pour stopper ça. Tout se bloque, ton cerveau tente de faire machine arrière, de te faire oublier c'que tu viens de dire. Ce que tu voudrais dire. Tu sais pas c'qui se passe avec Steele, mais t'as l'impression que tu pourrais tout lui déballer, là maintenant. Que tu pourrais tout déposer sur le sol et partir en laissant ça là, sans jamais y repenser. L'avouer à voix haute une bonne fois pour toute, pour mieux oublier.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Jeu 16 Aoû 2018 - 17:09

Le silence s’étire. Les sourcils de Conrad se froncent alors que le doute s’installe. Quelque chose cloche vraiment, chez le jeunot. Et Conrad, il a mis le doigt dessus. Conrad, il n’a pas hésité à remuer la merde qu’il dissimule sous ses sourires charmants et ses questions naïves mais pas si innocentes que ça. Il ne marche plus, Conrad. Il a les mains dans les poches, les épaules détendus et les traits ouverts. Il offre une oreille attentive, un regard tranquille et une main amicale – il lui sous-entend qu’il ne le jugera pas, quoi qu’il dise. Qu’il ne s’offusquera pas, quoi qu’il arrive.
Mais Conrad, il sait déjà ce qu’il s’apprête à lui avouer. Dix, quinze, vingt ans plus tôt, déjà, il a vécu le même tourment. Cette incertitude-là, découverte à tâtons, il a eu du mal à la faire disparaître pour qu’elle se mue en vérité. Il n’y a pas cru, au début. Il ne voulait pas y croire, sûrement. L’église lui disait que c’est indécent et immoral en plus d’être un péché. Ses parents lui soufflaient que c’est sale, honteux et crasseux. La société lui rappelait que les pédales sont comme les filles – fragiles, pleurnichardes et faites pour être baisées. Mais Conrad, il s’est épaissi au fil des ans. Il a mûri, il a vieilli et aujourd’hui, il laisse sa barbe lui boulotter la mâchoire : ça le rend charmant, paraît-il. Et Conrad, il attend. Il attend que le jeunot admettre enfin ce qui lui pèse sur l’âme depuis trop longtemps.
Ça ne tarde pas. Pas d’aveux émouvants. Simplement un triste constat qui lui arrache une grimace. Son regard d’acier se détache du sien pour s’accrocher à sa silhouette. Il tremble, Lorenzo. Et Conrad n’hésite pas à abattre sa main sur son épaule avec plus de force que nécessaire – un moyen de l’encrer à nouveau dans la réalité et le présent. « Parce que tu crois vraiment que je suis un type bien ? » Ça sort tout seul. Sous ses airs d’angelot, la poussière s’accumule. Il y a ce dont il peut parler et ce qu’on l’oblige à enterrer. « Tu penses vraiment que je suis normal ? » Il soupire en marquant une pause. « Personne ne l’est. » Précise-t-il. « La vie ne s'arrête pas pour autant. » Il aimerait répondre que oui, Conrad. Sous ses mots optimistes se dissimulent un pessimisme bien plus ardent : sa joie de vivre, il l’a perdu dans les tempêtes afghanes. Son utopisme naïf, il l’a noyé dans l’essence des véhicules blindés qu’il retapait sous des pluies de balles. Il aimerait se dire qu’il est plus que ça, qu’il vaut mieux que Marjah. Des mensonges. Mais Conrad, c’est un sourire qu’il exhibe. Un sourire rassurant, charmant. Un sourire pétri d’espoir que ses souvenirs piétinent allègrement. Ce sont des vérités générales qui s’échappent de sa bouche, des maximes toutes faites. Des tissus de mensonges, dans sa bouche. Il garde la face, Conrad.
Le mioche a besoin d'un roc, pas d'une loque.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Dim 26 Aoû 2018 - 14:57

Tu te prends la tête dans les mains, comme si ça allait t'aider à contrôler tes pensées, comme si ça allait t'aider à gérer toutes ces conneries qui s'accumulent dans ton crâne. Tu réfléchis trop, beaucoup trop. T'es au bord du gouffre Lorenzo, et pourtant tu continues encore d'avancer, chaque centimètre te rapprochant un peu plus d'une mort certaine. Parce que c'est ça qui t'attend. La mort. Tu ne vois pas ce qui pourrait arriver d'autre dans toute cette histoire. Tu vas y perdre la vie et t'en es certain. Tout ça, ça te détruit un peu plus chaque jour, ça te bouffe de l'intérieur comme un parasite que tu n'arrives pas à repousser. Ton corps cède, ton cerveau abandonne la bataille. Tout ce que t'as appris, tout ce qu'on t'a répété pendant des années, ça résonne contre ces sentiments naissants. Ça fait écho à cette situation malsaine dans laquelle t'as réussi à t'embourber. Tout ce que ton père t'as dit, tout ce qu'il t'a enfoncé dans le crâne, ça reste ancré en toi, comme pour te rappeler la douleur d'une éventuelle disgrâce.
Le contact te sort de ta torpeur, te fait réagir. Cette main sur ton épaule, elle te fait comprendre que t'es là, les pieds bien au sol en plein milieu de cette rue déserte. T'as pourtant envie de l'envoyer balader Lorenzo, de repousser ce contact qui te parait intrusif. Mais putain, t'en as besoin. C'est nécessaire qu'on te rappelle que t'es là, que t'es réel et que c'est pas dans ton cerveau que ça se passe. Alors tu lèves les yeux vers Conrad, tu croises ce regard dans lequel tu perçois tout autant de souffrance. Bien différente de la tienne, plus recevable que la tienne. Toi, t'es qu'un gamin en crise de nerf, et tu te sens soudainement ridicule. T'es pitoyable Lorenzo, à te plaindre alors que Conrad ne dit rien. Il ne dit jamais rien le soldat, il n'ouvre jamais la bouche pour exprimer ses hantises, pour donner vie à ses démons. Mais quand tu l'entends parler, tu vois une ouverture. Tu vois une façon de détourner l'attention. Ta propre attention. Penser aux problèmes des autres au lieu de penser aux tiens, tu sais très bien que ça ne va pas t'aider sur le long terme, mais t'en as assez. Assez d'y penser, assez de te sentir comme un moins que rien. Assez d'être piégé et torturé de la sorte par les péripéties de ton crâne. « T'es à jamais marqué, hein ? », tu lui demandes, ton regard toujours planté dans le sien. Et sans vraiment t'en rendre compte, ta main entre en contact avec son poignet, toujours vissé sur ton épaule. Parce que toi aussi, tu te dis que tu peux l'aider. Toi aussi, tu te dis que ça sera plus simple comme ça. « T'as vu des trucs, Conrad. T'as vu des trucs que t'es pas foutu d'oublier. » Et ça te bouffe. Il a beau te dire que la vie ne s'arrête pas, mais cette lueur qui la représente, elle est absente de son regard.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Mer 5 Sep 2018 - 22:39

Il aurait dû se taire, Conrad. Il aurait mieux fait de se taire.
Ses mots se retournent contre lui – la curiosité de Lorenzo crève enfin ses lèvres et son regard qui se pose contre le sien. C’est à son tour, d’être mal à l’aise. À son tour, de fuir les questions indiscrètes en se passant la main sur le visage. C’est facile, d’offrir des conseils. C’est plus facile de se dire que tout va bien. Des années qu’il se ment à lui-même. Qu’il dédaigne ce qui lui broie le coeur et l’âme – il s’y est habitué, Conrad. Les cauchemars, c’est des vieux copains. Les insomnies qui suivent. Les somnifères qui ne fonctionnent plus depuis longtemps. Conrad, il aimerait oublier. Mais le vouloir ne suffit pas à ce que les souvenirs s’effacent. À la place, ils s’encrent simplement un peu plus dans ses neurones. Ils s’accrochent à sa gueule aux traits tirés, depuis l’armée. Les sourires, ils sonnent faux lorsqu’ils ne sont pas tout simplement absents. Ils ne s’étirent plus jusqu’à ses yeux – ils résonnent dans le vide. Il a raison, Lorenzo.
Il se targue d’aller bien. Il s’enveloppe dans une brume illusoire de tranquillité alors les marques sont là. Dans son crâne mais surtout, sur sa peau. Les cicatrices qui le rappellent ce qu’il a traversé. Les éraflures, les brûlures, et l’épaule qui grince encore, des années plus tard. Il a servi dix ans, Conrad. Quatre ans dans l’Armée de Terre, six ans au sein du Special Air Service. Une décennie entière à endosser l’uniforme. Il l’a encore, quelque part. Au fond d’un placard. Ses dogtags, dans un tiroir. Ceux de Thompson, dans son porte-feuille. Sa famille n’en a pas voulu. Elle a préférée que son frère d’armes les garde. Une belle idée, pour eux. Un rappel, pour Conrad. Il n’a pas su le ramener à la maison, le doc.
Mais Conrad, il hausse simplement les épaules alors que son regard s’accroche à un volet entrouvert, dans la rue. « J’ai servi dix ans. » Répond-il simplement. Et ça suffit. Et c’est déjà trop. Il aurait pu faire carrière, Conrad. Il a essuyé les insultes de ses supérieurs, les affres de l’entraînement et la vie spartiate. Plus souvent en terre étrangère que sur le sol de sa patrie. Il a cru bêtement qu’il pourrait profiter du paysage, en s’engageant – qu’il verrait le monde sous un autre angle de vue que celui que propose les médias. Dans un sens, c’est ce qu’il a fait. Les beaux déserts, ça ne fonctionne que dans les documentaires. Il s’éloigne un peu, Conrad. Juste de quoi reprendre une goulée d’air nocturne et de plonger à nouveau les mains dans ses poches. Il est encore loin de son appart’, Conrad. Mais la nuit, personne n’oserait lui chercher des noises. Même les petites frappes n’y songerait pas – trop grand, trop large, trop effrayant lorsqu’il n’y a que les lampadaires pour éclairer sa gueule. « On n’oublie jamais dix ans de sa vie. » Précise-t-il comme une évidence.
C’en est une.
Les soldats, ils n’oublient jamais. Les soldats, ils ne reviennent jamais vraiment non plus.

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MessageSujet: Re: the devil in i. -conrad   Sam 15 Sep 2018 - 16:10

Tes questions, tu les regrettes amèrement en voyant la réaction de Conrad. En voyant la façon dont il se referme de la sorte. T'as voulu te protéger, t'as voulu détourner l'attention rapidement mais sans manquer d'exposer le soldat. Et sur ça, t'as salement merdé, Lorenzo. Tes mains enfoncées dans les poches de ton jean, tu n'oses plus rien dire, plus rien faire. Tu devrais sûrement t'excuser, lui dire que c'était une mauvaise idée de le forcer à parler de ça. Tes petits problèmes de cœur, c'est rien comparé à ce qu'il a dû voir. Et toi, comme le petit merdeux que t'es, t'as préféré le replonger là-dedans plutôt que d'assumer tes paroles et ta détresse. T'as préféré sacrifier son esprit plutôt que de te perdre un instant de plus dans le tien. Tu devrais avoir honte de ta petite vie tranquille, de la facilité déconcertante qui régit ton existence.
Tu t'arrêtes de marcher alors qu'il accélère la cadence. T'as compris qu'il voulait être seul, qu'il en avait sûrement assez de toi et de tes questions à la con. Alors tu baisses les yeux, Lorenzo. Tu baisses les yeux pour fixer le sol et ne plus avoir à regarder l'erreur que t'as faite. « J'suis désolé, Conrad. », tu lui dis qu'une voix brisée, râpeuse. Qu'est-ce que tu peux ajouter de plus ? Désolé de quoi ? De lui avoir foutu en pleine tronche des souvenirs douloureux ? De perdre son temps alors qu'il avait sûrement passé un bon moment ce soir ? T'es vraiment un abruti, Lorenzo. Alors, sans demander ton reste, tu tournes les talons. Tu fuis, comme tu sais si bien le faire. Tu vas ignorer tes erreurs, comme à l'habitude. T'excuser et disparaître en laissant une trace amère dans ton sillage. Sans un dernier regard vers l'homme, tu pars. Tu le laisses tranquille au lieu d'aller le tourmenter plus longtemps. Tu ne sors pas ton portable pour appeler un taxi, tes mains restent toujours aussi bien enfoncées dans tes poches. Tu vas marcher, te vider la tête. Tu vas courir, sûrement, pour ne penser à rien d'autre que tes foulées. Ne pas réfléchir. Ne pas cogiter sur Conrad, sur son passé. Sur Rafael, sur son effet sur toi. Sur le football, et ton avenir beaucoup trop flou. Tu vas te précipiter chez toi, tu vas t'refermer sur toi-même et ne plus laisser personne entrer. Et tu vas hurler, sans doute, violemment contre ton oreiller. Pour chasser toute cette stupidité, toutes tes erreurs et toute ta douleur. Tu vas hurler jusqu'à en perdre le souffle. Jusqu'à en perdre la mémoire.

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