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 black and blue + jacob

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Andy Cavendish

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MessageSujet: black and blue + jacob   Lun 9 Avr - 22:34

Je voyais tout. Je me souvenais. Les échos, les images - chaque détail. Je voyais tout. Et c’était horrible. D’imaginer le vide dans ses yeux. Le flingue dans sa main. De le supplier. De le rassurer. Et de réaliser qu’il n’entendait pas. Que mon amour ne suffisait pas à le sauver de la guerre, de ses délires. William n’existait pas. Il s’en allait au loin, emporté par les voix qui murmuraient dans sa tête. Peut-être n’avais-je pas la force d’être la compagne d’un soldat brisé. Peut-être était-ce mieux ainsi. De se séparer. D’oublier. Je pinçais les lèvres en me redressant au bord de la chaussée. Je vacillais sous le vent, étreignant un coeur fier, fracturé par les néons des réverbères. Je ne retournais pas sur mes pas. Je n’arrivais même pas à excuser mes erreurs. Jacob était là. Et il comprenait. Il me tendait un sourire chaleureux. J’étais faible et confuse. J’étais fatiguée de ses jeux de rôles. William était différent. Chaque jour, il me servait une nouvelle personnalité. Il me soupçonnait de tout - de trop le regarder, de trop l’attendre, de trop parler. Je posais les questions qu’il ne fallait pas. J’avais l’impression de déranger, d’être un poids sur sa conscience. Il était mieux dans sa solitude, loin de mes promesses. Je frissonnais en serrant les pans de mon manteau. Le tissu se froissait autour de mon cou, étouffant mes émotions et cette rage qui bourdonnait dans mes oreilles depuis trois ans. Une larme roulait sur ma joue. La première depuis la rupture. Depuis qu’il était parti. Les choses avaient changé, maintenant. Je n’avais pas peur de le perdre. De me tourner vers lui. Ce que je craignais, c’était les réminiscences de nos amours. Le mal qu’on s’infligeait au nom des sentiments. Jacob avait promis de tout arranger et je le croyais bêtement. Je le sollicitais encore, comme une vieille habitude - une dépendance à ses mots, à mon havre de paix. Je m’arrêtais devant son immeuble. L’adresse était floue. Je n’étais jamais venue. Il me l’avait simplement marmonné au téléphone. J’escaladais les marches de l’escalier. Mes jambes tremblaient dans la pénombre du couloir. Je ne bougeais pas, les poings fermés contre la porte. J’espérais un miracle, un retour du temps. Qui avait initié notre chute ? Le premier baiser ? Je n’étais pas sûre de savoir. Notre idylle était une succession de moments, de petites attentions. Puis une nuit, je m’étais réveillée dans le mauvais lit, l’esprit embaumé par les vapeurs de vin et les effluves de mon parfum bon marché. Je soupirais en appuyant sur la sonnette. Ses pas résonnaient de l’autre côté. Je revoyais sa démarche assurée et son sourire fripon. Instinctivement, je glissais les doigts dans mes cheveux, essayant de dompter les boucles sauvages qui ondulaient sur mes joues. Je voulais être présentable - l’attirer peut-être. Je l’ignorais. Je ne voulais pas réfléchir. « Jake. » Je murmurais doucement. Mes prunelles s’attardaient sur son visage creux - vieilli par l’usure de la guerre. Je restais immobile, les bras pantelants sur mes côtes. Puis dans un moment de faiblesse, semblables à ceux qui avaient brodé notre histoire, je me jetais dans ses bras en sanglotant. « Il est vraiment là. Cette fois il m’a parlé. Et je ne sais pas quoi faire. » Je n’arrivais pas à porter ce masque d’orgueil et de présomption. Pas face à lui. Pas lorsque mon coeur se déchirait dans mes entrailles. Je fermais les paupières en étouffant dans son étreinte. En respirant les méandres de notre trahison comme un nuage de poison.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Mer 11 Avr - 20:57

Combien de fois était-il passé devant ce cadre, hôte d'une vieille photo ? Des centaines, des milliers de fois sûrement depuis son installation dans ce loft de la ville côtière. Ils avaient l'air heureux... Au centre, un William au visage rond, le rire aux lèvres, le soleil d'un pays étranger ayant doré sa peau. À sa droite, une brune sculpturale qui jetait sur lui un regard mélangeant l'amour et le désir. À sa gauche, Jacob, sa blondeur presque enfantine, son sourire espiègle et son regard charmeur, certainement dirigé vers la belle plante qui avait immortalisé le moment. Quel âge avaient-ils ? Pas si loin de la vingtaine, probablement. Souvenir de l'un de leur premier passage à Brighton, cette photo représentait le trio infernal qu'ils étaient à l'époque. Aujourd'hui, qu'en restait-il ? Pas grande chose. Presque rien, à part des regrets. Le cadre avait été relégué en arrière plan, presque caché derrière un vase que lui avait offert sa sœur et qui n'accueillait que rarement des fleurs. La mémoire devient floue. La vie continue. Jusqu'à ce qu'on frappe à sa porte.
« Jake. » son souffle se coupe, il ne s'attend pas à la trouver elle, derrière la porte. Andy. Elle a gardé la beauté de leur rencontre mais ça et là se frayent sur son visage les conséquences de ces dernières années. Son regard fouille le sien et il comprend qu'elle n'est pas là par hasard. Plus rien n'est laissé au hasard, entre eux. Plus depuis cette fameuse nuit. « Il est vraiment là. Cette fois il m’a parlé. Et je ne sais pas quoi faire. » son corps heurte le sien et, d'instinct, ses bras se referment sur la silhouette longiligne de la belle. Cette proximité lui fait peur ; plus que ses mots. Mais il n'a pas le courage de la repousser. N'en aura probablement jamais le courage. « Calme toi... » souffle t-il alors qu'une de ses mains berce son dos. Est-ce qu'elle dit vrai ? Est-ce qu'il aurait osé revenir comme un prince, après toutes ces années, après tous leurs efforts, pour secouer leurs vies ? Sentiment paradoxal, Jacob meurt d'envie de le voir de ses propres yeux ; pour, enfin, reprendre son souffle. « Viens, entre. » il l'invite à la suivre, son bras toujours autour d'elle, pas certain que, s'il la lâchait, elle ne s'effondrerait pas sur le pas de sa porte. Son canapé n'est pas loin. Le chemin qui les sépare lui parait pourtant interminable. Une fois Andy assise, il hésite un quart de seconde avant de se diriger vers le bar pour leur verser deux verres de bourbon. Peu importe l'heure ou qu'il y ait du café chaud dans la cuisine ; il en a besoin. Et elle... certainement autant que lui. « Raconte moi. » lâche t-il enfin après lui avoir tendu son verre, prenant place en face d'elle sur un fauteuil. Il met un peu de distance, il en a besoin, pour garder les idées claires. Parce que, quand il la voit, c'est cette nuit qui lui revient, et les pleures, et les cris qui ont suivis. Y a rien de simple dans leur amitié. Pourtant... ils sont là. Parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. La page William, aucun d'eux n'est prêt à la tourner.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Jeu 12 Avr - 0:16

Mon coeur se perdait dans son paterne. Je suffoquais. Je ne savais rien. Tout se mélangeait. Les images se confondaient dans mon esprit, étiolées dans une myriade de ressentiments étranges et contradictoires. Je l’aimais. Je le détestais. Je voulais mourir - vivre, courir dans ses bras. William était mon évidence, l’amour qui échappait parce qu’il était infime et infini. Enorme. Incommensurable. Je pinçais les lèvres en me redressant. Si seulement, il pouvait le voir. Je secouais les épaules en esquissant un mouvement vers la porte. Le vent se faufilait dans mon manteau, imposant le retour vers une réalité fuyante, momentanément retenue captive par les mots qu’on ne prononçait pas : cette fameuse nuit. La signification d’une passion interdite, consommée dans le secret. On s’en voulait. On s’acharnait. Et pourtant, l’erreur se répétait encore. Jacob était l’évasion vers l’abysse. Notre complicité engendrait le déchirement, la douleur entre nous. D’habitude, William n’était pas jaloux. Il avait simplement cessé de penser à moi - de me faire confiance. Mes dents se serraient dans un soupir affligé. Je me cramponnais à ses épaules, cherchait dans le désespoir de son étreinte, un repère pour mes chagrins - une façon de guérir pour toujours. Je n’avais pas la force. Je ne parvenais pas à oublier. Depuis trois années, sa voix murmurait dans mon cou, cette chanson de nostalgie éternelle. Je m’abandonnais dans ses bras. Je m’abandonnais partout dans la pièce. Mon équilibre devenait instable lorsqu’il me guidait vers le canapé. Je respirais les méandres de son parfum sur les meubles, sur les parois du vestibule et au coin du verre de bourbon qu’il me tendait dans un geste condescendant. Comme si l’alcool suffisait. Comme si l’ivresse pouvait m’apporter la sérénité. J’essuyais mes larmes en buvant une gorgée. Le feu s’embrasait dans ma gorge avant de s’éteindre dans mon estomac. Je restais silencieuse, les yeux posés sur la fenêtre, une expression qui n'évoquait rien. Une expression effacée. Mes ongles se posaient sur mes cuisses, laissant les traces de mes angoisses sur ma peau, oblitérant l’espace et le vide autour. Je relevais la tête pour le regarder.   « Je peux avoir un zeste d’orange et de la cannelle. » Je lui adressais un sourire malgré mes paupières mouillées. J’espérais peut-être que les saveurs épicées au fond de mon palais puissent me ramener à la raison. J’agitais lascivement le verre. «Qu’est ce que je peux raconter? Il avait l’air bizarre, distant. Il me parlait et je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un oeil à sa main à la recherche d’une alliance simplement pour lui en vouloir à mon tour, pour trouver un moyen d’être quittes. C’est horrible, Jake. Le voir, c’est horrible. » Marmonnai-je, les sourcils froncés. J’ignorais s’il pouvait comprendre - s’il était possible de comparer nos sentiments. Jake avait perdu un meilleur ami et j’avais l’impression de ne plus avoir de vie. Je déglutis en me levant. Mes doigts glissaient sur les plis des rideaux. Je me penchais vers les reflets de la lune. «S’il nous voit maintenant ensemble je pense qu’il s’en ficherait. Il avait l’air de s’en ficher… » C’était blessant. Et pourtant je l’avais vu. Aux yeux de William, je n’étais qu’une ancienne amante. Une relation achevée, oubliée. Une rature insignifiante.  

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Dernière édition par Andy Cavendish le Sam 21 Avr - 14:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Lun 16 Avr - 21:57

Il y a de l'audace dans sa demande. Une désinvolture qui la caractérise et le ramène des années en arrière, à l'époque où il pouvait se permettre de lui répondre avec son sarcasme habituel. Parce que Will était là et qu'il n'y avait aucune équivoque entre eux, parce que son meilleur ami ne voyait aucun mal à leur petit jeu ; parce que ce n'était que ça, un jeu. Depuis, ils s'étaient brûlé les ailes. Icare de son état, Jacob avait eu le malheur de goûter à la chaleur de son être. Dieu que le mal avait du bon. L'instant suspendu avait été délicieux, jusqu'à ce qu'ils rouvrent les yeux sur l'erreur de leurs vies. Une simple bavure. Un accro sur la carrosserie. Une amitié à la casse. Une histoire en lambeaux. Il se relève, se souvient de ses goûts douteux, manque de s'offusquer parce qu'elle va ruiner ce nectar mais se retient. Là n'est pas la question. Elle peut bien le boire comme elle veut, si ça peut faire passer la pilule. Il pose sur la table les objets de ses désirs et reprend place face à la brune. Sur son visage, un voile se dessine. Le fantôme de leur passé est revenu les hanter. Combien de fois avaient-ils espéré se donner cette nouvelle ? Et pourtant, aujourd'hui, elle a un goût amer. Ses lèvres se trempent dans le liquide ambré. Il l'écoute, essaye de s'imaginer l'homme que William est devenu. Dans son esprit se juxtaposent les images d'un garçon souriant et espiègle et d'un homme perdu et haineux. Les multiples facettes d'un même homme. Ce que le temps peu faire de vous. 'Il t'a dit ce qu'il faisait là ? Depuis quand il est en ville, pour combien de temps ?' ses questions n'ont rien de rationnelles, ou bien le sont-elles un peu trop ? Mais il ne sait pas quoi lui dire, Jake. Il aimerait lui promettre de tout arranger, mais il ne sait pas s'il en a la force. Il ne sait plus. Il s'est trop battu, ces dernières années. Il a le souffle court d'avoir trop bataillé. Andy se lève, le regard de l'homme glisse sur ses longues jambes, son buste, le bout de ses cheveux, la naissance de sa mâchoire. Elle méritait mieux que ça. Elle méritait bien mieux que ces deux carcasses de Marines dans sa vie. 'Ne dis pas ça...' il meurt d'envie de se lever, de lui saisir les épaules pour la secouer, lui faire retrouver la raison. Seulement les souvenirs lui reviennent, et Jacob s'y perd. 'Tu te souviens de notre sortie à Swanborough ? Je l'avais tanné pendant des semaines pour qu'on aille pêcher dans le coin et quand il a fini par céder tu sais ce qu'il m'a dit ? "Que si Andy vient avec nous."' il trouve son regard, un maigre sourire aux lèvres. Ils étaient jeunes et cons ; ils étaient heureux. 'On n'avait pas beaucoup de temps avant de repartir et Will, il imaginait pas se priver de quelques heures avec toi.' grâce à Andy, il avait découvert un tout autre William. Il y avait quelque chose de plaisant à côtoyer un homme amoureux. 'Je peux pas croire que ce mec là ait complètement disparu. Il est fier, il est blessé, mais merde Andy ! T'étais pas qu'un flirt d'adolescent pour lui. T'étais pas...' n'importe qui. Eux, leur histoire, ce n'était pas n'importe quoi. 'Il m'aurait pas cassé le nez, s'il s'en foutait.' oh oui, il se souvient encore vivement de ce coup. Simple, efficace, renversant. Il l'avait mérité, pas de doute là-dessus. Ç'avait été le point virgule de leur histoire. Respiration. Il attendait simplement de savoir quand s'écrirait la suite.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Sam 21 Avr - 19:20


Sa voix se dissipait à la surface de la fenêtre. Mot par mot, les gouttes se condensaient sous mes doigts. Je respirais ses espoirs. J’avalais chaque promesse - chaque mensonge. Jacob ne savait pas. Il n’avait pas entendu les supplices de William. Il ne m’avait pas vu ce soir là, genoux à terre, les yeux écorchés dans le noir. Je l’avais supplié. Je ne voulais pas qu’il parte - qu’il abandonne. Tout était ma faute. J’étais la première à lui tourner le dos. J’étais l’amante déchue, celle qui embrassait ses pêchés sur les lèvres d’un autre. Mes larmes n’effaçaient pas la douleur. Ce n’était qu’un mirage, un vague souvenir de nos amours. Je redressais les épaules en silence. La rue défilait sous mes prunelles. Un monde différent de l’autre côté de la glace. Immobile, je fixais les lampadaires. Mille silhouettes déambulants sous les néons aux couleurs du soleil. J’imaginais leurs éclats de rires. J’imaginais ces joies qui ne m’appartenait plus. Un instant d’égarement. Quelques minutes de plaisir. Il ne suffisait que de ça. J’essayais de trouver l’équilibre face au micro mais les chants des sirènes ne ramenaient que le ressac d’une mer morte. Ma main tremblait sur le rebord. Je frissonnais sous un manteau épais. Je frissonnais car les étreintes de William étaient les seules à réchauffer mon coeur. Je me retournais lascivement, le corps chancelant entre les meubles. L’aigreur des agrumes se mélangeait aux saveurs maltées de son whisky si précieux que j’osais souiller de mes caprices. Je lui adressais un sourire fade. Je n’avais pas de réponses. J’ignorais tout de William, de sa vie ou son travail. Il était juste dans un bar. Son profil était si aigu - il m’avait transpercé le coeur. « Je sais pas. Il a dit de l’appeler James, maintenant.» Nous étions si éloignés. Trois ans s’étaient écoulés. On se croisait en inconnus. Mais je le voyais encore comme un fragment de moi, piégé dans une réalité parallèle. Je me souvenais de Swanborough, des courbes verdoyantes d’une nature infinie. Avant, ma présence manquait. Mon odeur. Mes chansons. Je restais immobile. Mes jambes étaient paralysées. J’observais Jacob sans le toucher. Sans parvenir à faire tomber les barrières. Nos corps se rejetaient après l’étreinte ultime. Nos sentiments changeaient. On étaient assis dans le salon, le souffle étouffé - le vide tout autour. J’esquissais le premier pas, encore. Je posais la main sur sa cuisse. «C’est différent maintenant. Il est trop têtu. Et toi aussi. » Il y avait un fossé entre nous. Notre complicité était fausse. Sans élan d’impulsivité. Sans enthousiasme. On se refusait le réconfort. On se refusait, la vie. « Il a toujours été jaloux de ton nez. Tu as vu le sien ? On dirait une patate.» Raillai-je en m’approchant. Mes mains encadraient ses joues dans un geste forcé. Je le fixais avec étrangeté, les sanglots séchés - les paupières rosées. « Jacob, ne pas me toucher ne va pas le ramener. Tu te sens obligé d’être cordial mais on a couché ensemble il y a mille ans. Et c’était ma faute. Je t’ai embrassé. Je t’ai séduis. Tout ce temps il avait raison, ça me tue de l’admettre. Mais sa paranoïa était réelle. Ils ne sont pas venus le cherché. C’est moi. Je leur est donné, William. Je l’ai laissé glisser dans la pente. Il avait peur et au lieu de le soutenir, j’ai eu peur aussi. Je crois que je ne pourrais jamais me le pardonner. » Je souris en me détachant. Mes poignets tremblaient encore. «Tu sais quand il est parti, je t’ai perdu aussi. » On ne se disait plus rien. On ne partageait que des regards furtifs, au loin. Parce que c’était trop dur de s’aimer à nouveau.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Mar 1 Mai - 19:48

Ils l’avaient perdu. Pas comme on perd ses clés dans un appartement trop grand, pas comme on perd quelqu’un après une trop longue absence ; ils avaient perdu Will comme un membre qu’on arrache. Violement. Les balles sur les âmes avaient longuement criblé, avant de les briser. À trop vouloir l’aider, ils avaient fini par s’y perdre, eux aussi. Jacob ne comprendrait jamais vraiment ce qui lui avait fait sauter le pas. Ce n’était pas le manque d’envie qui l’avait retenu jusque là, mais le respect. Celui de son meilleur ami, de cette femme qui se tenait aujourd’hui devant lui, de cette relation qu’ils avaient. À quel moment avait-il jugé qu’il était acceptable de mettre tout ça de côté pour quelques minutes d’absolution ? Ce jour là, ils l’avaient perdu. Jake l’avait bien compris. Pourtant, jamais il n’aurait imaginé la déchirure de l’absence. Certainement parce qu’il ne pensait pas que le soldat blessé prendrait la route, pour s’éloigner encore plus d’eux. Alors, ce jour là, ils s’étaient tous perdus. ‘Ça m’étonne pas tant que ça. Il n’est pas bête, il sait bien qu’on ne quitte pas simplement l’armée comme ça. Faire profil bas, c’est le meilleur moyen d’éviter les emmerdes.’ qu’il laisse entendre, comme pour lui. Le regard dans le vague, l’homme se souvient des questions de ses supérieurs concernant son ancien compagnon d’arme. De leurs regards suspicieux lorsqu’il répondait ne pas savoir où il était. De la véracité de ses dires, et du désespoir face à cette constatation. James… alors c’est pour ça qu’il n’arrivait pas à le trouver ? Intelligent. Il l’admet. Pour Andy, c’est différent. Il le voit dans ses yeux, dans ses gestes, l’homme qu’elle a croisé n’est que l’ombre de celui qu’elle a aimé. Et ça le fout en rogne, rien que d’imaginer son impuissance face à lui, le mur de son être, le venin de ses mots. Elle prend place non loin de lui, pose sa main sur sa cuisse. Tout en lui lui cri de s’enfuir. Pourtant, il reste là. Ce n’est plus de la séduction, entre eux. Simplement une vaine tentative de retrouvailles. Elle lui dit qu’il est têtu, lui parle de son nez et Jacob étouffe un rire, pose sa main sur celle de la brune. Il s’est assagi, avec le temps. Pourtant quand ça touche à William… ‘Et pourtant… c’est comme ça que tu l’aimes.’ Elle le force à regarder et il voit. Il voit au fond d’elle qu’elle l’aime encore, qu’elle l’aimera probablement toujours. Que, même s’il l’avait voulu, Jake n’aurait jamais pu prendre cette place. Qu’elle aura du mal à la donner à un autre. Alors il hausse les épaules, lasse, alors qu’elle se détourne de lui. Un beau gâchis, tout ça. Son petit discours mène à un nouveau rire, léger et simple. Est-ce qu’elle arrive vraiment à croire à tout ça ? It takes two to tango…lâche t-il avec un faible sourire aux coins des lèvres. Retrouve son regard. ‘Tu ne m’as pas plus séduit que je t’ai laissé faire, Andy. On était… paumés. Vulnérables. Cette nuit, on en avait tous les deux besoins pour se raccrocher à quelque chose de vrai, de tangible. Pour retrouver un peu d’espoir. C’était une erreur, mais c’était la notre. Pas simplement la tienne.’ Il retrouve sa main pour appuyer ses dires, la presse légèrement pour qu’elle comprenne. Qu’il ne lui en veut pas. Qu’il ne la blâmera jamais pour leur histoire. Qu’il est toujours là. ‘Et j’ai du mal à croire qu’il a tiré un trait sur nous. Il aurait pu s’installer n’importe où, mais il est là. Ça m’étonnerait que ce soit pour la beauté du paysage !’ il se doit d’être optimiste. Pour elle, et pour lui, même s’il a encore du mal à admettre qu’il en a besoin. Que son meilleur ami lui manque, et qu’il préférait encore sa haine à son ignorance.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Dim 13 Mai - 23:33

Cette nuit n’était qu’un mirage, un pattern d’images et d’halètements agglutinés sous les draps d’un lit trop froid. Je ne parvenais pas à regretter notre liaison. Probablement, pour justifier la colère de Will. Pour trouver la force de comprendre ses délires et sa paranoïa. Je lui donnais raison en acquiesçant, en assumant pleinement la trahison. Mes larmes avaient séchés, emportées par la douleur immense de son départ. Ne plus le voir. Ne plus sentir son odeur. Il m’avait abandonné soudainement. Son absence s’était manifesté comme un état de manque. J’étais une toxicomane qu’il sevrait pas la force. Qu’il contraignait à la haine, lorsque je l’avais aimé toute ma vie. Ma gorge se serrait alors que je ruminais mes pensées dans la pénombre du salon. Sa voix retentissait dans mon crâne. Il avait brisé quelque chose dans mon coeur. Et plus il parlait, plus les morceaux se déchiquetaient, ne laissant qu’une poussière de sentiments dans ma poitrine. Je fixais le profil de Jacob. Je n’osais pas tout lui raconter de nos retrouvailles, ni les insultes ni les joutes verbales. Il m’avait traité de faible - il s’était moqué, puis il avait tourné le dos dans l’obscurité de la rue. Sa démarque hantait mes pensées. Elle claudiquait sur les graviers humides, succédée par les mugissements du vent et mes sanglots étouffés. J’avais pleuré comme une idiote. Comme adolescente, face à son premier amour. Je me redressais afin de briser le contact. J’avais l’impression d’appartenir au passé, d’être condition par l’habitude - par les sentiments d’avant. La révélation de Jacob était douloureuse. Je ne l’aimais pas comme ça. Je ne l’aimais plus - ou du moins j’essayais. Je voulais l’effacer et m’en aller. Je soupirais sans répondre. Les mots devenaient facilement un constat - une horrible affirmation. Que les émotions ne me quittaient jamais. Que le vide me rendait folle. «Jake, s’il te plait … » Le silence embrasait ma bouche. Il n’y avait pas de suite. Aide-moi. Ramène-le. Sauve-nous. J’ignorais s’il était possible de remonter le temps. De gommer la douleur. Sa main se pressait tendrement sur la mienne. J’en avais besoin, comme avant. De son soutien, de son amitié. «J’aimerais être forte mais je suis juste perdue.» Je lui adressais un sourire triste. Non, la terre n’est pas assez grande pour nous deux. C’était ses mots. Ses pensées. Je pinçais les lèvres, incapable de partager l’optimisme de Jacob. « Je vais me concentrer sur mes gigs et m’éloigner petit à petit. Je ne suis pas prête à le confronter. Il est … si méchant.» Il savait exactement où me faire mal. Il connaissait les chemins vers ma conscience et mes peurs. Ses réactions me hantaient encore. Je ne savais pas tourner la page. A me retirer complètement, de ses jeux sournois.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Sam 26 Mai - 23:44

Sa complainte le ramène des années en arrière, à l’époque de leur rencontre, un temps où le sourire ravageur d’Andy appelait plus qu’un rictus sur ses lèvres. Jake, s’il te plait, dis lui que j’ai raison ! parti pris entre deux amants, il n’y avait jamais de bonne ou de mauvaise réponse dans leurs chamailleries. Il avait un temps cru que cette fille consumerait le temps de son ami jusqu’à l’en priver. Il n’aurait pas pu être plus dans le faux. À eux trois, ils formaient un trio détonnant, avec chacun sa place. Le couple et l’enfant volage, celui qui séduisait dans l'instant pour ne plus revoir par la suite. Et puis, le temps passant, les sourires s’étaient durcis, les liens renforcés, altérés. Jake, s’il te plait, dis moi qu’il est chez toi. Rassurer la femme qu’elle était devenue était de plus en plus fréquent. La guerre avait blessé l’homme amoureux pour ne ramener au pays que l’ombre de lui-même. Combien de fois s’était-il écrasé, ivre mort, sur le canapé de son meilleur ami ? Le discours était toujours plus ou moins le même ; souvent incohérent. Le mal-être palpable. Seulement William, il ne voulait pas de leur aide. Jacob ne comprenait qu’à moitié sa dérive ; une moitié de plus qu’Andy. Parce qu’il avait été là, lui aussi. Qu’ils étaient censés avoir vu la même chose. Mais leurs esprits, visiblement, marchaient différemment. Will sombrait. Les sourires s’étaient éteints. Ryder tentait de maintenir le bateau à flot. Jusqu’à l’iceberg. Andy lui parle de force et il exulte. Il ne le sait pas, l’égoïste qui s’est enfuit, mais il a détruit cette femme. Et qu’on ne vienne pas lui dire que c’est leur petite sauterie qui en est la cause ; il l’aurait eu à l’usure, tout seul, comme un grand. Mais ça, William refusera toujours de l’admettre. ‘C’est lui le lâche de l’histoire, ne l’oublie pas.’ Il a beau accepter la responsabilité de son erreur et de l’échec de sa propre relation avec le déserteur, mais il n’en reste pas moins haineux de la manière dont les choses se sont passées. Il les a poussé à la faute. Il est parti, sans leur laisser le temps de. C’est trop simple. Trop facile, de claquer la porte sans regarder en arrière. Et de revenir, pour bousiller leurs quotidiens. Il soupire finalement, se passe une main dans la nuque, sait qu’il ne devrait pas être aussi vindicatif. Il est blessé, vous comprenez ? ‘Je suis pas certain d’être le mieux placé pour te dire quoi faire Andy…’ après tout, ils ne se connaissent plus. Leur entité aurait-elle seulement existé, sans Will ? Peut-elle lui survivre ? ‘Si tu veux le rayer de ta vie, d’accord. Mais personne te blâmerait d’avoir envie de le retrouver. Surtout pas moi.’ parce que mine de rien, il ferait tout pour regagner la confiance de son ami. Peine perdu, sûrement. Allez savoir.

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Andy Cavendish

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Dim 3 Juin - 13:16

La blessure roulait sur ma peau. Un amour. Un temps. Une bavure. Il ne restait que le souvenir d’un baiser qui succédait au silence. Deux corps qui se chevauchaient dans la nuit. Deux coeurs, blottis l’un contre l’autre, suffoquant dans un bain de sang. Lorsque la guerre avait éclaté, nous avions continué la lutte - nous avions gardé espoir. Puis la folie s’était abattu sur notre maison. William aliéné. Jacob silencieux. Moi, amoureuse. Je haussais les épaules en fixant les volets de la fenêtre. Le vent lapait les toits de la ville, laissant derrière lui la marque noir de nos déceptions. Je voulais seulement entendre la vérité, comprendre nos vices et avancer. M’en aller, ailleurs. Les scènes de Brighton n’étaient jamais assez vastes pour accueillir mes plaintes. Ma voix tremblait sur le micro, tourmentée par les mélodies enivrantes des instruments. Je me levais lentement, balançant les hanches au travers de la pièce. Ma silhouette se faufilait entre les meubles du salon comme un grain de poussière. Je me sentais sale et grise. On ne vivait pas les mêmes réalités. On n’avait pas la même douleur. Mes prunelles enlaçaient la pénombre. Je lui adressais un sourire. Le moment était venu de tout admettre, de laisser le voile enflammer mon visage. «Je ne suis pas innocente. J’ai ressenti quelque chose pour toi. Pendant un instant, j’ai imaginé que je pouvais me réfugier dans tes bras. » Et aujourd’hui, il ne restait plus rien. Ni l’étreinte, ni le contact. Jacob me fuyait. Il rachetait ses erreurs dans la distance. La colère se distillait dans mes veines, laissant place aux regrets. Je ne voulais pas supplier pour sa clémence. Mes fautes m’appartenaient. Elles forgeaient mon inspiration et mon caractère. Je pinçais les lèvres. L’effet de l’alcool se dissipait. Ma main se posait délicatement sur son épaule. Je m’imposais encore. Je mendiais une seconde d’attention. Il n’y avait pas de miracle, seulement des rencontres fugaces. Des concours de circonstances. Will me détestait. J’étais répugnante et immorale. A ses yeux, je n’étais qu’une menteuse. Et ça me faisait mal de ternir cette image. De le dégouter à ce point. «Je te le demande pourtant, Jacob. » Je voulais qu’il me récite ses louanges. Qu’il guide le sentiment dans mon coeur. Je n’avais pas l’esprit clair. Mes doigts trituraient les plis du tissu contre sa clavicule. Un geste nerveux et maternel, suppliant pour un retour dans le temps. La lumière vacillait sur les parois du vestibule. J’étais étrangère dans sa demeure. Un vide de trois ans se creusait entre nous. « William me pardonnera jamais mais peut-être que toi … » Le héros avait changé. Il préférait les voyages d’ailleurs et les rouages mécaniques. L’amour se transformait en néant. L’absence était sidérale mais l’amitié pouvait encore être sauvée. « Si ça n’avait pas été toi, ça aurait été quelqu’un d’autre. Will m’a tellement brisé je me serais couché n’importe où pour oublier.» Je me servis un autre verre. C’était libérateur de l’énoncer à voix haute. De me laisser submerger par mes fautes. Je haussais les épaules en me penchant vers la vitre. Je l’avais aimé dès la première rencontre. Je pensais l’aimais pour toujours. Puis les chars s’étaient dressé entre nous. C’était devenu absurde. Comment justifier l’évidence alors que le monde tout entier la reniait ? « Je vis ma punition depuis trois ans. Je veux que ça s’arrête .» Je me détournais lentement. Mon existence était suspendue dans le passé. Je ne rencontrais personne. Je n’aimais personne. Parfois, je ne voyais pas la vérité. Si petite. Si infime. Elle m’échappait pour sillonner les scènes des bars et les estrades de la ville. Alors, je faisais le choix de la solitude.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Lun 2 Juil - 20:22

C'est douloureux de revenir sur cette histoire mais si c'est le prix à payer, alors Jacob l'accepte. C'est son fardeau, sa pénitence. Les piques le transpercent alors que les souvenirs s’immiscent dans son esprit. Il préférait ne rien regretter. Parce qu'il était de ces gars là, avant, de ceux qui n'ont aucun scrupule à passer la nuit avec une belle plante pour s'envoler à son réveil et ne plus jamais la revoir. Il était de ceux qui voyait, voulait, prenait. C'était simple, c'était sans contrainte. Et puis, y avait eu Andy. L'avait-il véritablement voulu ? Certainement trop. Elle, c'était l'idéal d'un autre monde. Ce qu'ils avaient, elle et Will, Jake n'osait même pas en rêver. Ce n'était pas pour lui, ce genre de choses. À force de voir ses relations comme des entités jetables, il en était venu à cette conclusion. C'est con. Parce qu'elle lui avait offert un aperçu, et qu'il avait saisi l'hameçon. Aujourd’hui, il n'arrive plus à respirer hors de l'eau. Déséquilibre. Désespoir. Déception. Elle est bien belle, ta vie. Tu t'es fait avoir par ta faiblesse, Ryder. 'La situation n'était pas simple. Faut arrêter de se dire qu'on était les seuls fautifs.' parce qu'il n'y croit pas, lui. Si ça n'avait été qu'une histoire d'adultère, de lui qui la désir, d'elle qui l'attire, jamais ils n'en seraient arrivés là. Jamais il n'aurait trahi la confiance de ce frère. Jamais, vous entendez ? Mais William... il les a eu à l'usure. Elle, d'abord. Lui, par extension. C'était dur de le voir s'enfoncer, de refuser les mains tendues, dur de lutter lorsqu'il tapait du poing sur son torse pour l'éloigner, dur de voir son âme s'éteindre un peu plus chaque jour dans ses yeux. Oui, ils avaient merdé. Mais Will... lui aussi. Elle lui demande de la guider. Le supplie du regard, s'accroche à lui comme à une bouée. Seulement le plastique a beau être épais, ne voit-elle pas qu'il est percé de part en part ? Qu'il coule, lui aussi ? Les illusions sont belles, madame, mais ça reste de la poudre aux yeux. Y a qu'avec cette autre que ses sourires sont véritables. Parce qu'elle ne sait pas. Ne sait rien. 'T'as rien à te faire pardonner, Andy.' qu'il lui dit d'une voix douce, se saisissant de ses poignets pour la séparer de lui. Il fait un pas, puis un autre, se masse la nuque, enfonce ses mains dans ses poches. Il ne lui en a jamais voulu, bien au contraire. S'il a du mal à tenir son regard aujourd'hui, c'est parce qu'il s'en veut à lui. Parce qu'il n'a pas été assez fort quand il aurait dû. Il s'apprête à ouvrir la bouche de nouveau lorsqu'elle le clou au sol. Uppercut, violence considérable. Il se repasse cette phrase dans sa tête parce qu'il n'est pas certain d'avoir bien compris. Si ça n’avait pas été toi, ça aurait été quelqu’un d’autre. Will m’a tellement brisé je me serais couché n’importe où pour oublier. Tout d'un coup, il est piqué à vif. Sa mâchoire se crispe. Y a du brouillard dans ses yeux. 'Content d'apprendre que j'étais la première baise que t'avais sous le coude...' c'est acerbe et froid, mais il est vexé, Jake. Il a trop perdu dans cette histoire pour se dire qu'il n'a pas un petit peu compté. Que l'attachement dont elle parlait auparavant, les sentiments, tout ce merdier, ça aurait pu être le lot d'un autre. Qu'il aurait rien pu empêcher, aussi. Elle lui parle de punition. Il a la solution. 'Alors passe à autre chose. Il t'a effacer de sa vie ? Fais en de même ! On serait ptete mieux comme ça !' tout d'un coup, ça lui parait clair, limpide. William est en vie. William ne veut plus rien d'eux, William a même changé de prénom. A leur tour. 'T'as mieux à faire que d'attendre derrière ce mec. Tu peux avoir qui tu veux, faire ce que tu veux !... trois ans, Andy, c'est déjà long. Mets fin au clavaire.' lâche t-il finalement, lasse. Comme si il y croyait. Comme si d'un claquement de doigts, ils pouvaient faire table rase. Ce serait beau. Faut arrêter de rêver.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Dim 22 Juil - 23:24

Je sentais le contact de ses doigts. J’imaginais sa paume serrée contre mes reins. Le premier geste. La première chute. Son baiser langoureux qui glissait sur ma gorge. Son expression tendre et apaisante. L’échappatoire nocturne. Le souvenir se pressait sous mes paupières. Il s’emmêlait de larmes et de regrets. Parce que nous étions différents. Jacob avait perdu un frère. Et j’avais perdu la vie. Je m’étais égarée dans les tranchées boueuses d’un monde ailleurs. Mes sentiments étaient confondus. Ce n’était pas qu’une passade. Un act de sexe dirigé par l’instant bestial. Nous avions quelque chose. Une amitié passionnelle. Un respect mutuel. Et Will. Son regard illuminé sous le ciel bleu. L’azur ruisselant au ras de ses cils épais et magnifiques. Nous avions Will, merde. Je les avais aimé tous les deux. L’un plus que l’autre. Puis l’un au détriment de l’autre. Aujourd’hui, tout n’était que mensonges. Une façon de garder la face. De s’accrocher à la convenance. Mais l’entaille s’enfonçait toujours dans ma chair. Depuis des années, le sang coulait dans mon coeur, créant l’hémorragie et la douleur. La colère n’existait pas dans mon corps. Seulement la tristesse. Un chagrin inouï. Je n’avais pas crié. Je n’avais pas couru pour retenir sa carrure qui s’éloignait au bout du jardin. J’avais seulement attendu. J’avais espéré comme une romantique lésée par ses romances. La rupture m’avait achevée. Elle avait crucifié mon âme afin de la dresser dans la place public. J’avais l’impression que tout le monde savait. Que l’histoire était inscrite sur ma peau, mon visage - ma bouche. Je portais ses mots comme des cicatrices. Je m’imprégnais de ses reproches parce qu’il y avait de la vérité dans ses insultes. J’étais une trainée. Un cliché de trainée, même. De tous les hommes, il avait fallu que ce soit Jacob. Je retenais ma respiration. Je sentais la violence de ses mots. Il était vexé et je l’étais aussi. Je m’éloignais tel qu’il l’intimait. Puisque me toucher était un vice. Enlever mes poignets, les rejeter, semblait la meilleure solution. Mes lèvres se pinçaient alors que je fixais son profil. « Je n’ai pas voulu dire ça … » Mon visage se courbait, soucieuse de mes confessions à venir. Je relevais le menton en haussant les épaules. C’était inapproprié de le dire. Peut-être même un peu fou. J’avais la nostalgie d’une relation qui n’avait jamais existé. Le sentiment d’une rupture entre nous, aussi. «Je … C’est juste que je l’aurais trompé de toute manière. Et que tu aurais pu t’en tirer mais tu étais là. Et j’avais ces sentiments. Ce n’était pas la première baise. Une part de moi aurait espéré que ce soit la dernière. Que je puisse enfin échapper à l’influence de Will. » Sifflai-je la voix tremblante. Parce que je n’en pouvais plus. Je l’avais vu s’en aller. Succomber. S’étreindre, étincelle par étincelle. Devenir une coquille vide. Une coquille qui me détestait tellement. Je déglutis afin d’avaler l’amertume de l’alcool. «Mais c’est con. Trois ans ça suffit pas à oublier. Toute l’éternité pourrait pas. Jacob, je veux personne. Personne n’est William. Personne ne pourra jamais l’être.» Et ça me tétanisait. J’étais terrorisée à l’idée de rester seule. De ne jamais pouvoir quelqu’un d’autre. Quelqu’un de vrai.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Jeu 2 Aoû - 18:29

Il se souvient maintenant de ce qui l'a poussé à rester à distance. Son histoire avec Andy est trop intense pour qu'il ne la prenne pas à cœur. Et ça le bouffe, vous comprenez, ça le bouffe de ne pas passer outre. Ça le tue qu'elle ait autant compté alors qu'elle n'a jamais été sienne ; pas même cette nuit là. Ils s'étaient oubliés, deux inconnus dans ces corps enlacés, le temps de quelques heures. Peut-être se l'aurait-il pardonné si le futur avait été leur. Et qui sait, auraient-ils cette conversation aujourd'hui. Devant une tasse de thé et le ventre rond de leur premier bambin ? Non, ça n'avait jamais été la réalité de leur relation. Et pourtant. Pourtant, c'est son égo qui prend un coup quand elle lui dit qu'il aurait pu être n'importe qui. Merde alors, tout ça pour ça ? Pourtant il sait, Jake, que ce n'est qu'à moitié vrai. Que pour rentrer dans son lit à cette époque, il fallait avoir la peau dure et savoir que ses coups, ses morsures, ses feulements n'avaient rien à voir avec lui. Que c'était la colère et le besoin d'être désirée qui parlait, mais aussi le besoin d'être libre, de ne plus appartenir, retrouver sa vie. Lui était capable de comprendre, là où le monde en aurait attendu plus d'elle. Le monde aurait voulu la garder. Le monde avait raison. 'C'est rien...' qu'il dit, pas forcément sincère, mais il essaye. Elle est assez mal comme ça pour que Ryder n'en rajoute pas. Ce n'est plus leur histoire, après tout. 'Tu nous voyais vraiment filer sous le soleil, la bouche en cœur, à la recherche de la petite maison avec la clôture blanche ?!' il étouffe un petit rire parce que l'image lui parait ridicule ; pas pour elle, c'est exactement ce qu'elle mérite, mais ensemble ? Non, lui était relégué au rang de celui qui squatte le canapé après une nuit à trop boire. Ce genre de choses. Il avait toujours pensé qu'il aurait en Andy une alliée contre de future... personne. Celle qui serait pour lui ce qu'elle était pour Will. Que la brune l'aiderait à valider la chose. C'était con. Et pourtant.
Il lui manque, Jacob le voit dans tout son être. Elle transpire un William qui n'est plus, se mange James de plein fouet. Et c'est violent. Pourtant, elle n'arrive pas à se détacher de. Comme lui. Côté maso partagé, il faut croire. 'Je sais.' qu'il admet en baissant la tête. Y a rien à faire de plus que d'abdiquer. Il aimerait lui dire que tout ira bien mais il ne sait pas. Il ne l'a pas vu lui ; pas encore. Il ne sait pas comment son ses yeux, ses regards, ses gestes, ses mots. Il ne sait pas s'il sera capable de lire quoi que ce soit en cet homme. 'J'espère qu'il entendra raison. Ou que vous arriverez tous les deux à tourner la page, si c'est possible. Sincèrement.' ensemble ou séparément, il faut que ces deux âmes trouvent la paix. Pour que, lui aussi, commence à guérir. 'Mais je ne vois pas ce que je peux faire de plus Andy.' il hausse les épaules, impuissant. Ratisser la ville pour faire entendre raison au fantôme de son ami ? Quitter la ville ? Si elle a une idée, il veut bien l'entendre, mais honnêtement... il a lui-même peu d'espoir. C'est bien triste d'en arriver là...

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Dim 5 Aoû - 20:06

Le coeur froissé et l’impression de faillir. De tomber à nouveau. Les nuits étaient longues et les matins terribles. Prise au piège de la solitude et du manque. Un romantisme qui me rongeait. Un vide insoutenable et la passion fébrile qui broyait mes os. Jacob avait compté. Il était encré dans mes souvenirs, une ombre au fond du tableau, un sourire que j’adressais en cachette, les bras emmêlés sur la carrure cachectique d’un amant qui s’en allait. Alors oui, j’avais rêvé de la fuite. J’avais imaginé les entendues ensoleillées et la clôture blanche autour d’une grande maison. Je m’étais tourné vers son visage pour effleurer l’esquisse d’une illusion. Mes mains tremblaient alors que je m’accrochais aux courbures du canapé. Je levais le visage, les yeux embuées de larmes. Ce n’était qu’une mascarade. Un voile de sentiments qui s’entortillaient dans mon estomac. L’amour étouffait mes pulsions. Il se consumait dans ma chair. Chaque instant se dessinait dans ma mémoire. J’en ressentais chaque pulsation. Chaque soupir extasié. Une nuit qui faisait chavirer les autres. Une seule étreinte que j’avais troqué contre des années de relations. Je pinçais les lèvres en haussant les épaules. J’avais mal de respirer. Mal de justifier mes erreurs. Je me rapprochais lascivement, caressait sa joue pour le forcer à me regarder. Il se fichait de mes baisers, maintenant. Il se fichait de cet avenir utopique. Mais l’avait-il vu ? Avait-il touché le fond, avec moi ? Je soupirais en agitant les épaules. « Oui. Parce que je suis comme ça. Je suis amoureuse des mots tendres, des gestes d’affection et des regards qui foudroient. J’ai tenu la distance pendant des années. En contre partie, je voulais être désirée. Je voulais être aimée. Quand Will s’est arrêté. Tu étais là. Tu étais mieux … » Murmurai-je en étouffant un sanglot. Puis lorsque j’avais envisagé plus. Jacob était parti aussi. Il avait détalé, prétextant les services interminables et la recherche d’une amitié que nous avions tous les deux brisé. Double rupture. Double abandon. J’avais ravalé mes espoirs et enfouis mes blessures. J’avais appris à vivre à contre sens, me contentant de nos rencontres bancales dans des lieux neutres. Des tasses de cafés et des conversations gênées entre deux permissions. Une histoire qui devenait insipides. Une émotion qu’on étouffait pour refouler la culpabilité. Et il n’avait jamais rien envisagé, Jake. Il n’avait pas été là. Tout comme Will. Je me détachais lentement, retrouvant le contact rigide du mur et son souffle glacé. Mon dos s’alignait afin de prendre une posture parfaite. Will me manquait. Et c’était fatiguant. L’aimer. Le rejeter. Exister au milieu de ses chimères et des simulacres d’une vie passée. Retrouver Jacob et plonger dans la nécessité malsaine de son réconfort, de ses mots. Je secouais nerveusement la tête. «Il a besoin de toi. Probablement, plus que moi. Et si tu pouvais ravaler ta fierté et simplement aller vers lui. Encaisser toute sa colère et le laisser retrouver son frère. Peut-être qu’il irait mieux. Et en retour, je pourrais m’éclipser. » Je les avais séparé. Ils étaient amis, bien avant ma rencontre. Bien avant cette visite à Brighton. Ma gorge se serrait si fort. J’en avais des hauts les coeurs. Mais je savais, au fond de mon coeur, qu’il y avait plus de place pour deux. «Je ne tournerais jamais la page si je ne suis pas sûre que tu es là pour lui. » Je frissonnais en avalant un verre d’eau. J’ignorais si c’était l’effet de l’alcool ou simplement la mélancolie, mais l’aigreur remontait dans ma bouche. Et la pensée, que toutes ces souffrances puissent être abrégées, au lieu de me soulager, bien au contraire, me rendait atrocement malheureuse.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Mer 8 Aoû - 18:49

C'est déroutant de se dire qu'elle l'a considéré, lui, comme son futur. C'est déroutant parce que ça le perturbe. Ça ne devrait pas. Andy, ça n'a toujours été qu'une amie, sans ambiguïté. Un jeu, parfois, pour amuser la galerie, mais jamais... jusqu'à ces derniers mois. Là, Jacob avait appris à connaitre ses fêlures, ses peurs et ses blessures, et quelque chose avait changé. Sa vision d'elle. Et puis, il y avait eu cette nuit. Le naturel de celle-ci, sa manière de l'embrasser, l'ondulation envoutante de ses reins, la forme parfaite de ses seins, l'envie de la contenter. Il avait laissé s'envoler la moindre once d'espoir parce que c'était une erreur, parce qu'il n'avait pas le droit mais Jake, il ne pouvait pas nier l'avoir aimée. De cet amour particulier, d'une tendresse face à l'adversité. Et aujourd'hui, elle ose lui dire qu'elle... et qu'il était mieux ? Non, le blond secoue la tête, certainement pas d'accord avec cette affirmation. 'Je lui arrivais pas à la cheville.' à ce William d'avant. Toute comparaison avec l'homme détruit qu'ils avaient connu serait injuste, il leur faut jouer à armes égales. Et dans ce cas, c'est Will qui gagne, hands down. Ce mec, c'était son modèle. Il le lui disait souvent, j'veux être toi quand je serai grand. Connerie, mais vérité. Il représentait tout ce que Jacob n'avait pas encore le courage de devenir. Celui qu'il essaye d'être, aujourd'hui. Stable. Droit. Simple. Chose que ce James croit certainement être. La pulpe de ses doigts est fraiche sur sa joue, elle rencontre la naissance de sa barbe, il voudrait la repousser autant que l'attirer mais il peut pas. Il peut pas. Il pense à lui, il pense à elle, il pense à eux. Il la veut parce que la charge émotionnelle est trop forte et parce que sa présence le ramène en arrière, à une période plus rassurante, mais il regretterait, Jake, il le sait. Y a cette fille maintenant, et il peut pas... Il veut pas. Il détourne le visage, ses yeux le troublent, il faut s'en détacher. C'est finalement Andy qui fait un pas en arrière et il se retourne vers la table, saisit son verre pour le finir d'une traite. Nécessaire. Le goût fumé du bourbon lui envoute les papilles et il oublie, un quart de seconde, que cette conversation n'a rien d'agréable. Que ce ne sont pas deux amis se retrouvant autour d'un verre mais deux bourreaux décidant de leur sentence. Ils se renvoient la balle, conscients l'un comme l'autre que James a besoin d'eux, espérant que c'est le cas, mais acceptant qu'il n'y ait de la place que pour un. Dans ce tête à tête qu'ils s'imposent, chacun joue ses cartes pour que l'autre prenne la place ; personne n'évoque la possibilité que Monroe veuille dîner seul. Les arguments de la brune lui coupent le souffle, il met du temps à les analyser. 'Il me manque. Je ferais n'importe quoi pour retrouver le William d'avant. Mais je ne pense pas qu'il ait besoin ou envie de voir le visage de celui qui a brisé chacune de ses promesses au moment où il en avait le plus besoin. Pour toi c'est différent, je pense pas qu'il puisse un jour arrêter de t'aimer. Il va cracher son venin encore un moment, mais bordel entre vous, c'est physique. Il te veut, il t'a toujours voulue. Quand il en aura marre de lutter... il reviendra.' c'est presque une certitude. L'espoir, c'est pour elle, pas pour lui. Peut-être que James peut lui pardonner. Peut-être que le temps peut apaiser leurs plaies. Pour autant, il a du mal à croire qu'un jour, ils pourront retrouver ce lien qui les caractérisait. Il essaye de se convaincre que ça ne lui fait plus rien alors que mettre des mots sur cette fatalité le brise, encore un peu plus. Mais il n'a pas le choix. Jake, il acceptera d'accourir si on lui demande, mais il accepte que la réciproque n'existe plus. 'Si je le croise et qu'il ne me casse pas le gueule, j'essayerais. C'est tout ce que je peux faire.' conclut-il parce qu'il sent qu'elle en a besoin. Essayer, mais essayer quoi ? De le raisonner ? James a raison ! Dans le fond, il a raison. Lui ouvrir les yeux sur Andy ? Oui, il est prêt à prendre ce risque. Mais l'issue... il en a marre de promettre. Alors il se dirige juste vers la porte et pose la main sur la poignée. Il ne l'ouvre pas, mais retrouve son regard. Il est fatigué de cette chasse au fantôme, de ce simulacre de scénario. Il rêve d'autre chose. Il rêve d'autre chose pour eux.

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MessageSujet: Re: black and blue + jacob   Jeu 9 Aoû - 17:13

Une impulsion incessante ruisselant dans mes veines. Ancrage de ses pupilles sur les miennes. Je remarquais ses expressions. J’imaginais ses pensées. Un souvenir de nos lèvres enlacées, de nos courbes enchantées. Jacob existait encore dans une étreinte épuisée, dans le souffle brûlant d’un baiser mal accordé. Son regard transperçait mes côtes. Je me détachais lentement, croisant les bras autour de ma poitrine pantelante. Les larmes retenues se transformaient en poison. Elles coulaient vers l’intérieur, dans une lamentation inverse qui cramait mes rétines et aveuglait mon esprit. J’avais considéré pendant quelques secondes. Je l’avais aimé d’une passion différente - désespérée. Il était le remède à toutes mes blessures, la main qui essuyait doucement toutes les traces de sang et d’amertume. Quand Will n’était plus là, il était mieux. Il était mon sauveur. Une analogie qu’il lui était impossible de comprendre. Parce que la comparaison était douloureuse. Parce qu’il était le modèle qu’il s’était inventé. Mais il fallait l’avouer. Il fallait confesser le mal profond caché derrière une nuit d’amour éphémère. Ce n’était pas que du sexe. Ce n’était pas une folie ou même un élan suicidaire. Il avait fallu quelque chose, un déclic pour faire éclater la cellule et lever le voile sur nos malheurs à trois. Il n’attendait que ça, Will. Que je parte. Que j’abandonne. Et j’avais choisi la porte de secours. Je m’étais agrippé à son meilleur ami pour m’envoler loin de ses insultes, loin de ses trous dans le jardin. Une arme qu’il braquait parfois sur moi. Un regard meurtri et délavé, glissant sur les coins de la maison. J’avais peur de ses délires. J’avais peur qu’il me tue aussi. Il n’y avait plus de confiance vers la fin. Un combat de vanités et de sentiments qui s’entortillait entre nos silhouettes effilochées. Il n’aurait pas tenu longtemps. Il aurait fini par commettre l’erreur. Alors, je l’avais faite à sa place. Je lui avais tendu le drapeau blanc. Je me tournais vers la fenêtre. Les lumières griffaient l’obscurité, créant des ectoplasmes et des ondulations mortuaires sur les allées de la rue. L’ivresse m’accompagnait dans la chute. Elle se glissait dans mes bronches et insufflait le courage qui manquait à mes poumons pour respirer. Et encore, la tension liait mes muscles et mon abdomen. Une envie folle de tomber dans ses bras. De reprendre la danse et d’enflammer la ville. Je valsais autour du feu, une allumette entre les doigts et un coeur d’essence au creux de la bouche. « C'est faux, Jake. » Il avait cessé de m’aimer à l’instant ou nos lèvres s’étaient embrassées. Je l’avais trompé - il ne restait plus rien de la promesse. Je soupirais en posant mon verre sur la table. La conversation était douloureuse. Je revivais chaque étreinte, chaque regard échangé. Le plus dur, c’était le lendemain. Me réveiller dans les draps d’un autre et réaliser, tout à coup, que je venais de troquer mon bonheur contre une fantaisie. «S’il te casse la gueule tu ne l’auras pas volé. Puis si tu pouvais lui donner un bon coup pour moi aussi. » J’échappais un rire nerveux. Il n’y avait rien de risible dans la situation. Je rassemblais mes affaires et serrais mon sac alors qu’il s’agitait entre le salon et la porte. Une succession de mouvements mécaniques qui nous éloignaient. Parce que le contact était devenue insoutenable, autant pour lui que pour moi. La tentation était là, au fond de ma mémoire. Un déclencheur de souvenirs et d’halètements qui résonnaient en écho dans mon crâne. «Je suis désolée, Jacob. De plus être ton amie. D’avoir tout gâché. » Pour la première fois, je le voyais. Je m’étais perdue dans mes chagrins sans réaliser l’ampleur de ses pertes. Il n’avait plus de frère. Il n’avait plus son équilibre. Après ma dépression et des mois de silence, j’étais revenue quémander son attention. Egoïstement, je m’accrochais à ses lumières. Je m’attachais à ses regards pour me sauver de la noyade. Mais il avait besoin de quelqu’un aussi. Quelqu’un qui n’était pas moi. Je posais la main sur la poignée, effleurait ses doigts une dernière fois avant de disparaitre dehors. Là, ou personne ne connaissait mon histoire. Celle des frères d'arme et de la chanteuse amoureuse.


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