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 people hearing without listening. (james)

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MessageSujet: people hearing without listening. (james)   Lun 9 Avr - 5:46

C’est bon pour toi, qu’on lui a dit. Même si tu ne parles pas, il suffira d’écouter pour que tu te sentes mieux. Conrad soupire en s’adossant contre le dossier en plastique de sa chaise bancale. La tête penchée en arrière, il fixe le plafond – il note les imperfections, les fils de poussière et les toiles d’araignées qui s’accumulent. Il ne sait pas trop si suivre ses si charmants conseils étaient une bonne idée. Ils n’ont pas un mauvais fond. Ils sont juste… déplacés ? Mal formulés ? Il ne sait pas trop. Il n’aime tout simplement pas les réunions de vétérans. Trop d’âmes brisées, des vieux, des jeunes, des femmes et des hommes qui tremblent, qui boivent, qui se piquent pour mieux oublier les horreurs qu’ils ont vécu.
Conrad ne fait rien de tout ça. Il a résisté à l’alcool – même si ses habitudes du week-end le contredisent, cela dit, il a résisté aux drogues douces et aux drogues dures, pourtant si tentantes pour l’assommer avec plus d’efficacité que n’importe quel médicament disponible dans le commerce. Ses années au SAS l’ont fait abuser des psychostimulants et de la morphine. On oublie les balles, on oublie la souffrance, on oublie la fatigue. Les nerfs sont à vifs, les neurones aussi ; ses maux de tête ne s’en vont désormais plus qu’avec de la patience et du silence. Il dodeline de la tête dans le vide, tourné vers ses pensées plutôt que les témoignages de ses pairs soldats. Il les connaît, ses histoires. Il les a vécu, lui aussi. La peur de ne pas rentrer, la peur de ne jamais se réveiller ou de ne plus réussir à dormir – aussi incongru que cela sonne-t-il aux oreilles des civils.
Personne ne s’intéresse à lui et c’est tant mieux. Pas qu’ils l’ignorent ; ils respectent simplement son souhait de garder ses lèvres scellées. Ils doivent aussi se douter qu’on l’a obligé à se traîner les pattes dans cette pièce aux murs bouffés par les bestioles et à l’aération miteuse. Mais l’organisateur de la rencontre hebdomadaire toussote pour attirer son attention. Un regard morne de la part de Conrad se pose sur lui. Un regard à des années-lumières d’ici. On lui propose de causer. Sans s'en sortir obligé, évidemment. Rien ne vous oblige à parler, écouter ou même simplement être ici et pourtant les voilà. Une bonne demi-douzaines d’illuminés qui sursautent au moindre crissement de chaise sur le carrelage poussiéreux. Conrad se redresse, les yeux fixés au sol. Incapable de supporter les regards qui se tournent vers lui, sûrement. « Steele, ancien membre du SAS. On m’a simplement claquer la porte au nez, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? » Les mots sortent de sa bouche sans qu’il n’y réfléchisse. Qu’est-ce qu’il pourrait dire de plus ? Le sang. La poussière. Le soleil aveuglant, la dynamite qui éclate, les membres qui explosent. Le sang. Une douleur que les pilule n’enrayent pas. Un muscle qui se serre au fond de sa poitrine, qui l’empêche de respirer. De toute façon, il n’y a que la poussière qui chatouille ses poumons.
On ne lui répond pas. Tant mieux. On annonce une pause salvatrice et Conrad l’accueille avec un plaisir évident. Il se serre une tasse de café dégueulasse et sort du bâtiment pour savourer une goulée d’air marine. Il ne se soucie pas de la pluie diluvienne qui dégouline sur ses fringues et contre sa peau ni même de son café qui tourne au jus de chaussette. Il n’y en a plus pour longtemps, hein ? Une séance complète, c’est ce qu’il a promis.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Jeu 12 Avr - 21:55

conrad & james

thoughts that go like bullets through you
the time you told me that you wish you were dead
(sleep thru ur alarms @lontalius)

Il aime se dire qu'il n'a rien à faire ici. Qu'il n'est pas comme eux. Qu'il n'a pas peur, qu'il n'a pas mal. Que ses souvenirs ne le tourmentent pas. Que les cauchemars ne fragmentent pas ses nuits, comme autant de stigmates qui parent son corps sous la forme de cicatrices. C'est bien ça ; il a cicatrisé, lui. Pas comme eux, qui se sentent le besoin de traîner leur carcasse vide jusqu'ici, de s'abandonner sur une chaise pour se perdre dans leurs regrets et autres récits presque héroïques. Il aimerait qu'on lui explique, James ; qu'y-a-t-il d'héroïque dans ce qu'ils ont fait ? Dans ce qu'il a fait. Toutes ces histoires ne sont que de tristes échos à la sienne. Celle qu'il ne partagera pas aujourd'hui, pas plus qu'hier du moins, pas plus que demain non plus. Il ravale son agacement et sa frustration, se renfrogne, se perd dans ses pensées. À quoi bon parler de tout cela ? Ils ne seront plus jamais les mêmes et non, tout ne finira pas par aller bien. Ils ne se lèveront pas un jour plus qu'un autre pour sourire à la vie et écouter le chant des oiseaux, non. Leurs nuits – pour peu qu'ils dorment – s'achèveront toujours avant l'aube, aux harmonies macabres des cris et des balles, pour se rendre compte qu'ils sont bien sains et saufs, quand tant d'autres sont morts. Qui sont les plus chanceux, au final ? Il préfère se taire, Monroe. Ne pas prendre part à ces tentatives ridicules de recoller des morceaux d'eux, qui se sont éparpillés au-delà des mers, dans le sable brûlant de l'Afghanistan. Le maître de cette cérémonie bancale tente de galvaniser le petit groupe, de délier les langues des plus silencieux. James ne lâchera pas un mot ; ils n'ont pas besoin de savoir. L'homme jette donc son dévolu sur un autre. Un ancien du SAS. Steele.

Steele.

Monroe, il ne se souvient pas de grand chose de ce jour, ou plutôt, il a essayé d'oublier. Oublier le sang et la douleur causée par une balle déchirant les chairs. Oublier le vacarme de l'hélicoptère. Oublier les boîtes couvertes de majestueux drapeaux, pour la grande, l'ultime cérémonie ; celle de toute une vie. Il se souvient d'avoir survécu à tout cela – même s'il en doute encore parfois – et par-dessus tout, il se souvient de l'autre. De ses traits épuisés, de son regard vide, de son âme calcinée par le soleil de là-bas, aussi flinguée que la sienne au bout de l'aventure. Steele. Il le dévisage, James. S'accroche à ses yeux, ses traits, devine et retrace un sourire d'hier, derrière cette barbe qu'il ne lui connaissait pas. Steele, l'anglais. Il est partagé, Monroe. Envie de se lever et de fuir – personne ne doit savoir qu'il est ici. Envie de rester, de s'approcher, de lui parler. Et toi, comment tu fais pour survivre ? Il aimerait connaître son secret, la recette miracle. Mais l'évidence lui saute aux yeux ; il n'y en a pas. Il ne serait pas ici autrement, pas vrai ? On annonce la pause et James se redresse sur ses jambes plus vite que de raison. Il l'observe qui se mêle aux autres, cadavre ambulant dans une masse de morts-vivants. Il prend peur, Monroe et un pas après l'autre, à reculons, il quitte la pièce, cherche mieux, ailleurs. La solitude retrouvée, il embrasse la fraîcheur de cette journée pluvieuse et attrape une cigarette qu'il allume avec peine sous la pluie. Et en un battement de paupière il est là, fantôme venu pour le hanter, avec son gobelet de café bon marché et toujours ce même regard, celui qui en a trop vu. James, il essaye de se dissoudre sous la pluie, s'intoxique les poumons en une nouvelle bouffée salvatrice de nicotine. La nervosité grignote sa patience, il finit par rompre le silence. - Toi aussi on t'a forcé à venir dans ce truc à la con ? Il tourne la tête, légèrement, assez pour le regarder, pour capter le vide dans ses prunelles. Puis, il s'échappe, posant ses iris sur l'asphalte trempé. - Comme si ça pouvait changer quelque chose. Un simulacre de rire teinté d'ironie roule jusqu'à ses lèvres. Il est partagé. Il a envie de l'attraper par les épaules, de lui demander s'il se souvient. Il a envie de continuer à jouer l'inconnu, aussi. - SAS alors ? Peut-être qu'il n'a pas envie de parler, Steele. Il n'avait pas l'air très loquace pendant la réunion, après tout.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Ven 13 Avr - 1:34

Conrad profite de ce bref instant de solitude et de silence, loin des regards inquisiteurs et trop curieux de ses confrères. À croire qu’ils sont tous obligés d’ouvrir le bec et de s’épancher. On les a déjà forcé à appuyer sur la gâchette, n’en ont-ils pas assez d’écouter bêtement les ordres ? Conrad porte son gobelet de café déjà ruiné à ses lèvres pour en avaler une gorgée. Malgré la saveur entêtante du sel que la pluie a dilué à l’intérieur, ses tripes se réchauffent, et ses doigts aussi. Il s’adosse contre le mur de briques parcouru de graffitis, perdu dans ses pensées. Personne ne peut le déranger maintenant qu’il n’est plus dans la salle, hein ? Il n’a plus besoin de fuir les regards vides qui se tournent vers lui. Il n’a plu qu’à oublier les histoires sordides qu’il a entendu – et qui font ressurgir les siennes – mais fermer les yeux ne suffit pas. Dormir, ne suffit pas. Peut-être que le secret pour oublier, c’est de s’anesthésier les neurones.
Ses narines se plissent lorsque les effluves entêtantes de la nicotine emplissent ses poumons. Il ne fume pas, Conrad, mais à cet instant, c’est tout comme. Enveloppé dans sa bulle de solitude, il ne le remarque que maintenant. Et son accent américain mal dissimulé résonne à ses oreilles avec la douceur d’un vieux souvenir. D’un vieux souvenir qu’il a sûrement déjà tenté d’enterrer à plusieurs reprises, mais que la boue fait remonter. Il a raison, l’autre – on l’a forcé. Comme tout le monde. Qui de sain d’esprit – la bonne blague – viendrait de lui-même dans ce trou à rats ? Leurs regards se croisent, l’espace d’un instant. Assez longtemps pour que les tripes de Conrad se tordent et que son poing se serre autour de son gobelet en plastique. Il craque sous la pression, et un filet de son breuvage brûlant s’en échappe et tâche son jean usé. Il ne le remarque pas – les civils s’en seraient plaint dans la seconde, mais pas un soldat. Il a connu la crasse sous les ongles, la boue dans les yeux et dans les cheveux, la vase dans les rangers et la poussière dans la bouche. La propreté est un luxe, une douche journalière encore plus. Conrad a encore du mal à s’y faire, d’ailleurs. La routine s’est installée, mais en est-ce vraiment une lorsque l’on est plus mort que vivant ?
Ce gars, il le connaît. Il n’en est pas encore sûr, cela dit. Alors il hoche simplement la tête à sa question. « SAS. » Qu’il répète. Les sacro-saintes forces spéciales que tout bon soldat qui se respecte souhaite rejoigne. S’il le pouvait, Conrad leur dirait de s’en tenir éloigner le plus possible. Il se tourne vers son interlocuteur, à la recherche d’un regard vide auquel s’accrocher. Un moyen de s’assurer que la certitude qui lui bouffe le ventre est véridique. Peut-être… remuer le passé ? Faire remonter sa faute la plus grave ? Ses doigts tremblent autour du gobelet, comme ses lèvres. Il avale une longue goulée d’air pour s’insuffler un brin de courage inexistant. Sa bravoure, il l’a oublié dans la poussière du désert afghan. « Marjah... » Hésite-t-il. « J’me souviens encore des cris du gosse... » Il s’étrangle déjà sur les mots. Le gosse. Comment l’oublier ? « ...et de ceux de Thompson, Jones et de tous les autres. » Les bouffées d’air qu’il avale sont douloureuses. Il y sent encore la poussière. Ça fait sept ans, presque huit, Conrad. Un millénaire pourrait s’écouler que ça ne changerait rien. « Mais j’imagine que tu t’en souviens aussi, William. » Enfin, son regard capte le sien. Deux coquilles vides, qu’ils sont. Conrad ne lui pose pas de questions. Ne cherche pas à savoir ce qu’un ancien soldat américain fout sur le vieux continent. Il n’a pas envie de savoir ce qu’il s’est passé après. Mais il n’arrive pas à être heureux de le revoir.
Parce qu’il lui suffit de le regarder pour revoir Thompson, Jones et tous les autres, la bouche ouverte dans un hurlement silencieux. Parce qu’il lui suffit de le regarder pour se rappeler qu’il est en vie et qu’eux non.

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Dernière édition par Conrad Steele le Jeu 19 Avr - 1:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Sam 14 Avr - 18:11

Rien à faire là, et même rien à faire tout court. Non, il ne faut pas se méprendre, James ne se juge pas meilleur qu'eux, ne se considère pas au-dessus que tout ça. Il se dit simplement que ces réunions, elles sont pour les autres, pas pour les gars comme lui. Parce que dans le fond, tout va bien, n'est-ce pas ? Quelques cauchemars, deux ou trois insomnies. Le sifflement des balles, ce ne sont plus que des oiseux qui piaillent. Le grondement des bombes, ni plus ni moins que quelques coups de tonnerre quand le ciel s'assombrit. Alors qu'est-ce qu'il fait là, pas vrai ? Il n'a pas de réponse à donner et ne préfère pas y réfléchir. Pas envie de se rendre compte que dans le fond, ils sont tous les mêmes. Qu'il est comme lui sur la droite, et lui sur la gauche. Comme tous ceux qui sont restés dans la salle à discuter de leurs traumatismes et des derniers traitements contre les insomnies. Comme lui qui boit son café dilué à la flotte, juste à côté de Monroe. Steele. Le SAS. L'anglais, héros qui a coulé dans les bas-fonds de cette ville sous le poids de ses médailles. Le cadet acquiesce docilement et tire à nouveau sur sa clope. Il n'aime pas parler, d'habitude. Encore moins partager toutes ces conneries sur les conséquences de la guerre et le ptsd. Il laisse ça aux politiques et aux médecins, lui, il a toujours été plus doué avec la gâchette qu'avec les mots et les molécules.
Marjah.
Le nom oublié, la bataille d'une vie qui a laissé autant de marques dans son esprit que sur son corps. Six lettres pour le révulser et lui retourner les tripes. Lui donner envie de se terrer dans un coin, dans l'ombre, et de ne plus jamais en sortir. Le palpitant s'affole à ces deux syllabes, comme si l'ancien SAS venait de lui demander d'y retourner. Il serre ses poings dans le vide et l'écoute parler avec une folle envie de lui hurler d'arrêter. Pourtant il ne dit rien. Il reste figé, parce qu'il veut l'écouter. Comme pour être sûr et certain que c'est bien lui, Steele. Être sûr et certain aussi qu'il n'a pas rêvé ces instants à l'autre bout du monde. Comme pour se souvenir de pourquoi il en est là aujourd'hui. Vicieuse piqûre de rappel que l'autre lui fait dans les détails. Il n'en dit pourtant pas beaucoup. Mais c'est déjà bien assez. William. Le prénom tombe de ses lèvres, comme une bombe sur son cœur. Il tourne le regard et accroche le sien par accident, pour y voir l'infini et le néant. Du vide, encore et toujours. Alors tu te souviens toi aussi, pas vrai ? - Oui. Qu'il lâche de sa voix écorchée, soignant ses mots à renfort de nicotine. - Oui, je me souviens. À quoi bon nier ? À quoi bon dire que non, ce n'est pas lui, il n'est pas William ? Steele ne le balancera pas. Parce que Steele s'en fout, il n'est de toute façon pas au courant pas vrai ? Monroe cherche à calmer sa paranoïa. Resserre ses doigts sur la cancerette alors qu'une arabesque de fumée lui échappe. - Quel genre d'humour peut bien avoir le destin pour nous placer sur le chemin de l'autre comme ça. Rire amer. Il aurait préféré ne jamais le revoir. Ne jamais croiser ce regard à nouveau. Pas qu'il n'aime pas l'anglais, non, il ne lui a rien fait après tout. Mais il n'avait clairement pas besoin de ce saut dans le passé, pris à pieds joints rien qu'en regardant son collègue d'hier. - J'ai l'impression que ça fait une éternité et pourtant moi aussi je m'en souviens comme si c'était hier. Il se mord la langue, James. Garde ses récits terribles pour lui. Steele n'a pas besoin d'entendre ce qu'il sait déjà, après tout. - Huit ans. Et nous voilà ici, à l'autre bout du monde, à essayer de recoller les morceaux. Ne comprennent-ils pas qu'on a laissé plus de la moitié des pièces là-bas, dans le sable afghan ? Pourront-ils entendre raisons un jour, tu crois ? Nous sommes foutus. – Parce que c'est bien ce dont-il s'agit, pas vrai ? Apprendre à se pardonner, à oublier la culpabilité et sinon, apprendre à vivre avec.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Jeu 19 Avr - 2:10

Il a suffit d’un mot, d’une affirmation pour que sa certitude s’encre un peu plus dans la réalité. Il n’a pas vraiment besoin de mots pour le deviner, en vérité ; William, il a le même regard que lui. Le même regard qu’il avait là-bas. C’est drôle, de se dire qu’il n’arrivait pas à desserrer les dents lorsque tous s’épanchaient sur leurs horreurs passées, mais qu’avec William, sa langue se délie avec autant d’aisance que celle d’un mioche. Ils se comprennent. Ils ont vécu la même merde. Ils ont été propulsés dans la même tourmente, ont survécu au même carnage. L’âge les mine déjà. William, il paraît presque plus vieux que ce qu’il est – enfin, comment en être si sûr ? Ils se sont connus couverts de poussière et de sang. Ils se sont connus avec la gueule ravagée par des images que le temps n’efface pas. Conrad connaît simplement son prénom ; et même en sachant ça, dans ses souvenirs, c’est toujours l’américain. Le foutu camarade à la bannière étoilée qu’il a quitté. Pourquoi, d’ailleurs ? Conrad, il parvient enfin à poser son regard sur lui. Pas pour y lire sa souffrance et noyer la sienne avec, mais pour se demander qu’est-ce qu’il branle là ? À des milliers de kilomètres de la patrie qu’il a soit-disant défendu.
Qu’est-ce que ça change ? William a raison. Le destin leur joue un énième mauvais tour. Il les pousse l’un vers l’autre. Il oblige les fils de leurs vies respectives à s’entrelacer, à s’emmêler. Et rien, ni même eux-mêmes parviendraient à séparer les nœuds sans briser les fils. Comme s’il ne s’était pas déjà assez acharné sur eux, huit ans plus tôt. Comme s’ils n’en avaient toujours pas pour leur argent. Rien qu’à penser qu’on puisse autant s’acharner sur lui – qu’a-t-il fait au ciel, bon dieu de merde ? - les doigts de Conrad se crispent dans le vide. Son gobelet de café, depuis longtemps vidé ; il le jette machinalement dans la poubelle.
Une grimace déforme ses lèvres alors qu’il ravale un rire jaune. Recoller les morceaux ? Quels morceaux ? Ils sont encore éparpillés dans le désert afghan, enterrés six pieds sous terre parmi les cadavres de leurs camarades. William, il doit sûrement penser la même chose, hein ? Il n'y a que les civils qui croient à ce genre de foutaises. Et ils organisent ces réunions de vétérans pour les brosser dans le sens du poil, feindre de les rassurer, de les cajoler. Ils essayent surtout de les faire rentrer dans le moule, de les rendre les braves petits soldats présentables à nouveau aux yeux de la société. « Passe-moi une clope. » Qu’il demande. « Je crois que j’en ai bien besoin d’une. » Ils ont déjà vécu l’enfer ensemble, succomber avec lui aux vices semble être un moindre mal, non ? À peine a-t-il le bâtonnet blanc entre les doigts qu’il l’allume avec maladresse. Sa dernière clope… elle remonte sûrement à avant l’armée. Avant le SAS. Ses poumons, il les voulait aussi propre que possible ; son endurance, il y tenait. Il en avait besoin. Ça n’a plus d’importance maintenant, hein ? Il tousse à la première bouffée qu’il avale mais l’habitude revient vite. Trop vite. « Recoller les morceaux... » Répète-t-il, pensif. Ses yeux, ils se rivent vers le ciel nuageux. Il n’y a rien à voir à Brighton, à part de la grisaille. Ici aussi, ils sont enfermés dans un horizon qui se ressemble à perte de vue. « Tu penses qu’on en a le droit ? » Souffle-t-il. Même s’il arrivait à récupérer les morceaux, s’autoriserait-il à les rafistoler tant bien que mal ? Mais il y a quelque chose d’autre. « T’as envie de les recoller, toi ? » Moi, je ne sais pas. Conrad, il serait resté là-bas. S’il n’y avait pas eu William, s’il n’y avait pas eu une autre pauvre âme esseulée, peut-être aurait-il creusé une tombe pour sa propre carcasse. « On aurait dû rester là-bas. » Qu’il ajoute dans un murmure. Ils l’auraient sûrement mérité.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Jeu 3 Mai - 18:55

Il ne sait même pas ce qu'il espérait, Monroe. Qu'il ne le reconnaisse pas ? Comment aurait-il pu ? Lui l'a reconnu au premier coup d'oeil et son esprit écorché a résolu le reste de l'équation. Oublier ce visage relève depuis toujours de l'impossible ; il hantera encore longtemps les journées trop longues et les nuits terrifiantes. Impossible de tirer un trait sur ce cousin de l'autre côté de l'Atlantique. L'autre survivant. Celui qu'on a congratulé, jusqu'à ce qu'il coule sous le poids de ses propres médailles. James, il s'attarde sur ce visage qui lui semble de plus en plus familier, alors qu'une crainte inexplicable lui enserre le palpitant. C'est comme si Conrad allait lui demander d'y retourner, une dernière fois. De vivre ça, une fois de plus. Son regard délavé, c'est une invitation aux souvenirs ; le genre de souvenirs qu'il aurait préféré enterrer entre les dunes. Car sans eux, il serait un peu plus « normal », James. Il n'aurait pas peur de son ombre ou des feux d'artifice. Pas peur des gens qui crient dans les rues et des autres qui s'approchent et lui tapent amicalement sur l'épaule. Sans eux, il n'aurait pas à fuir son passé et sa véritable identité. Sans eux, sa vie serait tout autre, à vrai dire.
Il lui tend le paquet sans réfléchir ainsi que son vieux zippo, le regard ancré à la grisaille, paysage terne qui lui ferait presque regretter le soleil de l'autre bout du monde. Les mots de l'anglais lui écorchent les tympans. Le droit ? Un rire malin ronge ses cordes vocales. Énième bouffée salvatrice de nicotine, les mots glissent de son esprit détraqué à ses lèvres. - Le droit ? J'pense même que c'est un devoir. Il hausse les épaules, lui jette un regard en coin. - On leur doit bien ça, à leurs yeux. Tu comprends, toutes ces thérapies, ces réunions à la con, ça leur coûte des ronds, faut bien que ça serve à quelque chose. Il l'a compris depuis longtemps Monroe ; tout ça, ce n'est pas pour les guérir. C'est pour donner bonne conscience aux autres, à ceux qui investissent dans ces thérapies bancales. Ils payent des psychologues et louent des salles – même le café dégueulasse qu'on leur sert doit être rentabilisé. Peut-être qu'il a une vision trop sombre des choses, James. Peut-être qu'un jour, il acceptera d'entendre qu'on ne veut que leur bien. Mais ce jour là, ça voudra dire qu'ils ont réussi à lui mettre la main dessus et ce jour-là, il sera sans doute trépané, en train de se baver dessus dans un recoin sombre d'un établissement psychiatrique. Au moins, les mauvais souvenirs seront loin.
- On aurait dû. Qu'il répond dans un silence, murmure qui se perd dans une brise claquante et glaciale. Il regarde la pluie et les nuages, cherche de la couleur là où il n'y en a plus depuis longtemps. - J'ai pas envie de les recoller. Qu'il ajoute, revenant sur la précédente interrogation de l'anglais. - J'ai pas envie de me souvenir, de leur raconter. J'aimerais juste que ça reste derrière moi. Me réveiller un jour et avoir tout oublié. Un rire nerveux s'entortille dans sa gorge et la morsure brûlante du mégot lui dévore l'épiderme. Il aimerait être amnésique, James. Se précipiter devant un bus, cogner sa caboche déformée assez fort pour tout oublier, jusqu'à son prénom. Il écrase les restes incandescents de cigarette dans une flaque et renifle dans l'humidité. - Et à part traîner ton cadavre dans ces putains de réunions d'alcooliques anonymes, qu'est-ce que tu fais de ta vie maintenant ? Pas besoin de se mentir, ce n'est pas une nouveauté que beaucoup de ces vétérans sont portés sur la bouteille. Mais il a besoin de savoir James, s'il n'y a que lui qui ne parvient pas à vivre comme une personne normale, à travailler comme son voisin, sortir comme les autres, sourire ou ne serait-ce que respirer, comme si tout ça avait encore un sens.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Jeu 10 Mai - 22:32

La fumée de sa cigarette s’échappe d’entre ses lèvres après chaque bouffée. Il a encore du mal à y croire, Conrad. Il a beau se répéter que c’est bien lui, l’américain, ses neurones refusent de l’admettre. Pourtant, ses yeux le reconnaissent. Les années ont filé, depuis – sept, huit ans ? - mais son visage est toujours miné par Marjah. Ils étaient jeunes, là-bas. Ce que leurs anciens supérieurs considéraient comme des gamins aux têtes brûlées et peut-être n’avaient-ils pas tort. Trop d’erreurs ont été commises. Trop de catastrophes qu’ils n’ont pas pu enrayer et encore moins atténuer. Un soupir échappe à Conrad alors qu’il s’adosse contre le mur encore sec du bâtiment. La fraîcheur ambiante lui arrache un frisson le long de l’échine. Ou est-ce les sales souvenirs qui ne cessent de le tourmenter ? Ceux que William a ravivé d’un regard dans sa direction ? Et il a raison, l’américain. Ces réunions d’être brisés et amochés, elles ne servent pas à les rafistoler. Elles servent à brosser l’ego des organisateurs dans le sens du poil. Une belle action dont ils peuvent se vanter auprès de leurs amis et de leurs collègues. Une noble action qu’ils célèbrent entre eux, à se congratuler les uns les autres. Au final, les pauvres choses bousillés qui traînent leurs pattes jusqu’aux chaises inconfortables, elles ne changent jamais. Les thérapies ? Du vent. Ils ne savent pas, les civils. Alors comment peuvent-ils comprendre ?
Ils n’y a que les soldats qui s’accordent, qui voguent sur les mêmes flots tempétueux d’une mer qui ne veut pas d’eux. Conrad jette sa cigarette qu’il a rogné jusqu’au filtre sur le bitume. Il l’écrase sous sa chaussure pour faire bonne mesure alors qu’il étudie les paroles de William en exhibant un air songeur. Se réveiller et avoir tout oublier. Une idée alléchante qu’ils n’atteindront qu’en se réveillant six pieds sous terre. Conrad y pense, parfois. Assez souvent pour qu’il lorgne le Tankgewehr suspendu au mur de son salon avec l’envie de se coller son immense canon entre les dents. Une cartouche de 13mm, c’est suffisant pour lui dégommer le caisson, non ? Conrad, il se passe une main pensive sur le visage. Ce qu’il fait de sa vie, maintenant ? Un rire âpre s’extirpe de sa gorge alors qu’il secoue la tête de gauche à droite. « Rien. » Répond-t-il d’un ton néanmoins tranquille. Comme si c’était une évidence. Les types comme eux, à part avoir une arme à feu entre les mains, que peuvent-ils faire d’autre ? Remplacer les balles par des orchidées et se reconvertir en fleuriste ? « Pas de boulot pour les types comme moi, qu’ils disent. » Commence-t-il alors qu’un sourire fatigué déforme ses lèvres. « Pas de boulot pour les types qui pètent les plombs dès qu’ça crisse un peu trop. » Mais Conrad, il n’a pas vraiment cherché non plus. Il s’est contenté de ses précieuses économies, des aides gouvernementales et de toutes ses autres conneries qui font jolies sur les papiers des civils qui les proposent. Conrad, il a tenté sa chance dans quelques garages automobiles mais personne n’a voulu de lui. Trop dangereux avec des outils en main alors que de la ferraille grince dans ses oreilles. Il se pince les lèvres alors que son regard d’acier croise celui de son bon vieux camarade. La question qui lui a brûlé les lèvres jusque-là s’en échappe enfin. « Et toi ? » Qu’il souffle. Qu’est-ce que tu es devenu ? Tu as réussi, toi ? Ou tu te morfonds dans les vices ? Mais surtout, qu'est-ce que tu fais là ?

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Lun 21 Mai - 21:25

Ils se laissent porter par les souvenirs et les tourments d'hier. Faussement nostalgiques. Dans le besoin de se raccrocher à ces images, ces sons, comme s'ils étaient les dernières constantes, les derniers éléments palpables de leur existence fracassée. Monroe s'attache aux fragments de son passé, comme si tout ce qui s'était passé depuis, n'avait eu qu'une importance secondaire. Comme si lui aussi avait cessé de vivre au-delà des lignes sanglantes de Marjah. Son cœur s'apaise et prend la mesure de la pluie. Son regard délavé se gorge de la grisaille anglaise. Il n'a pas oublié pour autant le camaïeu or et sang des dunes afghanes, les treillis souillés par les erreurs, les défenses et les offenses qu'il aimerait tant se faire pardonner. Ces réunions, c'est un chemin maladroit vers la rédemption. Le fil d'un funambule sur lequel ils dansent tous, se bousculent ; au final, un pour cent parvient à l'autre bout de ce petit jeu d'équilibriste et aujourd'hui, c'est Conrad qu'il rencontre sur la corde fine. Rien. Quatre lettres pour percuter sa raison avec une violence inouïe. Il a l'air surpris, derrière ses traits figés, mais il ne l'est pas tant que ça – il ne s'attendait pas à plus, pas à mieux. Steele semble d'accord avec cette affirmation. Monroe a du mal à s'en contenter, mais il ne dit rien. Il n'y a rien à dire, de toute façon. L'anglais sent le besoin de se justifier. James se contente de pincer les lèvres en l'écoutant avec toute l'attention qu'il peut encore faire preuve – attention fragile, perturbée par un bruissement de feuille ou les gouttières qui dégueulent des flots limpides.
- Moi. Qu'il souffle dans le froid, dans la brise. - Je garde la tête hors de l'eau. Sourire malicieux qui déborde sur ses lippes. Son regard cherche brièvement celui de Conrad et il doute. Il n'a pas envie de lui exposer sa pseudo-réussite. Pas envie de lui expliquer qu'il a volé son rêve, ou du moins, ses ambitions. Il hausse les épaules et se lance enfin, soufflant son hésitation en basculant sur une autre possibilité de réponse. Une qui ne dégouline pas l'huile de moteur et les vrombissements d'une voiture fatiguée. - J'ai laissé le drapeau et les armes. J'étais fatigué. Fatigué de vivre pour une cause, et non pas pour lui. Fatigué de consacrer sa vie à un but qu'il ne comprenait même plus. Son pied valse doucement en avant, dans le vide, les gouttes perlant jusqu'au bout de sa chaussure usée. - Ce sont des fantômes, qui m'ont entraîné ici. Andy, Jacob. Des amis perdus, égarés sur les routes escarpées d'une thérapie qui a échoué. Il souffre toujours autant, James, même s'il refuse de l'admettre. Les esprits qui dansent dans sa tête, les souvenirs qui remontent et qui l'asphyxient, le placent devant ses regrets. Il renifle et hausse les épaules. Pas envie d'en dire plus. Pas envie de voir le jugement luire dans son regard ou même de partager ses peines – Conrad en a assez à porter comme ça. - Tu sais, je travaille dans un garage. Le type est.. Spécial. Mais il ne pose pas de questions. Tu pourrais peut-être te renseigner ? Il le regarde à nouveau, finit par se taire. Il aimerait lui promettre que ça finira par marcher. Que tout ira mieux, un jour. Mais il n'est personne pour contredire le destin ainsi, alors, il se contente de supposer. De lui tendre la main, pour l'aider à se tirer de ces sables mouvants, dont lui-même ne parvient pas totalement à se sortir.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Mer 23 Mai - 23:27

Peut-être qu’au fond, Conrad fait parti des chanceux. Pas d’obligations à remplir, pas besoin de se réveiller à l’aurore pour un job miteux qu’il n’arriverait pas à supporter. On ne leur propose que de la merde, aux anciens soldats : pas de carrières grandiloquentes pour eux parmi les civils. Ils ont eu leur moment lorsqu’ils avaient encore les treillis sur le dos. Conrad, il ravale un soupir épuisé en enfonçant ses mains dans les poches de son jean glacé par la pluie diluvienne. William, il garde la tête hors de l’eau, qu’il dit. Plutôt hors du sable, songe son ancien camarade en glissant un coup d’oeil sur sa silhouette épuisée. « Donc t’as quitté l’armée de ton propre chef. » Note-t-il simplement alors qu’il recommence à fixer ses pompes rendues sales par les miasmes qui traînent sur le bitume. C’est une affirmation plus qu’une question. Conrad, on l’a dégagé avec un coup de pied au derche. William, il a quitté les rangs de l’armée de son propre chef, hein ? Pour quoi ? Lassé du patriotisme excessif des ‘ricains ? Fatigué du sang, des causes perdues ? Des dirigeants de ce monde qui laissent leurs vaillants petits soldats se battre à leur place ? Ils se sont ramollis, les politiques. Avant, aussi salauds sont-ils devenus par la suite, ils ont combattu aux côtés de leurs compatriotes. Churchill et Pétain, ils ont brillé lors de la Der des Ders. Peut-être bien que si on lui avait laissé le choix, Conrad aurait quitté de lui-même les rangs du SAS. Peut-être que c’est pour ça, qu’il a laissé ses supérieurs lui claquer la porte au nez – il ne se pardonne pas ses erreurs passées, pourquoi aurait-il voulu qu’on les lui pardonne ?
Conrad, il ne lui pose pas de questions. À quoi bon ? Pour raviver d’autres souvenirs qui ont l’air tout aussi douloureux que ceux qu’ils partagent ? Il ne lui demande pas non plus pourquoi il a choisi de se détourner de l’honneur. Conrad, il se pince simplement les lèvres lorsque William lui lâche qu’il bosse là où lui-même aurait excellé. Il ne lui en veut pas, Conrad ; au contraire. Un sourire qui sonne faux – qui sonne toujours faux, sur ses lippes qu’il croit encore asséchées par le désert – s’étire sur sa gueule alors qu’il n’ose plus lever les yeux vers lui. « J’me renseignerai p'têtre, à l’occas’. » Qu’il répond dans un roulement d’épaules désabusé. Tu parles, Conrad. T’iras jamais te renseigner, quoi que t’en dises. Conrad, il a fait parti de l’élite des soldats britanniques. Conrad, c’est qu’un foutu trouillard. « Mais je ne veux pas marcher sur tes plates-bandes non plus. J’me débrouillerai. On se débrouille toujours. » Ajoute-t-il sans conviction. Conrad, il n’est pas sûr que l’état de sa vie certifie qu’il se débrouille. « Et je suis content pour toi, William. T’as trouvé ta place. » Les mots sonnent mensongers, au creux de sa gorge. Ils le sont, sûrement. Des mecs comme eux, parvenir à s’intégrer à nouveau à une société inconsciente aux maux qui leur scient les tripes ? Inconcevable. Impossible. Un rêve idyllique qu’ils ne peuvent qu’effleurer du bout des doigts.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Mar 29 Mai - 21:12

Il aimerait le rassurer et lui dire les mots qu'il veut entendre, mais il le sait, il serait aussi coupable que tous ces hypocrites. Tous ceux qui les bercent de promesses trop douces auxquelles il a essayé d'adhérer, juste un jour, James. Il a voulu y croire. À la seconde chance, au renouveau, la réinsertion sociale dans toutes ses dimensions. Mais son cœur et un bout de son âme sont restés coincés entre les dunes d'un autre monde. Un monde où on le respectait, ou on riait avec lui – un monde trop lointain. Aujourd'hui, c'est lui qu'on raille, lui qu'on moque quand des réactions injustifiées ou inattendues perturbent ses actions. Il sursaute facilement, James. Regarde trop souvent par-dessus ses épaules. Il a peur du noir, de l'odeur du souffre et de la poudre. Il ressent tout comme un enfant qui découvrirait le monde, il a peur de l'inconnu, peur des ombres qui dansent sur les murs pâles de son appartement la nuit. Les sourires ne suffisent pas à masquer les fissures qui morcellent son courage et sa dignité. Un jour, il en aura marre de survivre. Marre de vivre sur ces relents agressifs d'adrénaline. Un jour, il s'oubliera sans doute dans les pilules ou la bouteille, comme les autres. Ou bien il retrouvera sommeil et réconfort six pieds sous terre après un acte désespéré. Personne ne le pleurera. Et ce ne sera pas plus mal. Il a pourtant rarement des pensées aussi négatives, James, parce qu'il a un peu de cette envie de se battre qui creuse encore son palpitant. Juste un souffle d'espoir qui lui murmure de ne jamais abandonner, peu importe combien c'est difficile de se raccrocher à cette existence parfois.
Il le sait que Conrad ment. Il l'entend, dans la valse irrégulière de ses syllabes ; un coup trop hautes, un coup trop basses. Il perce ces réalités arrangées de son regard clair. Cherche la vérité au-delà des paupières de Steele, sans oser demander pour autant. Il a ses secrets et lui a les siens. Il ne compte pas le pousser dans ses retranchements, comme tous ces pseudos-psys qui se proclament bien pensants et qui les bousillent plus qu'autre chose, avec leurs théories à la con. - C'est à toi d'voir. Je ne faisais que proposer. Il hausse docilement les épaules et ne cherche pas à voir plus loin. Exister ou survivre, la décision n'appartient qu'à Conrad ; il n'a pas le droit de choisir pour lui. - J'ai trouvé ma place... Qu'il reprend, dans un pauvre rire ironique. Il regarde ailleurs, James et il a le cœur qui se creuse un peu plus. Il n'a pas besoin qu'il s'y mette aussi, Conrad. À faire semblant. À lui balancer les mots qui font plaisir, mais qui sont loin de refléter la réalité. - Si j'avais vraiment trouvé ma place, crois-moi, j'serais pas dans cette réunion débile. Une humeur nouvelle s'entortille sur ses mots. Il y a un peu d'agacement, de colère – contre lui-même, seulement. Les effets secondaires de la sincérité, bien plus violents que ceux que n'importe quelle drogue pourrait provoquer. Une tête passe par la porte et Monroe regarde le type aux cernes bleutées. - On va reprendre les gars. Il acquiesce pour seule réponse et l'autre fantôme disparaît. Alors, il regarde Conrad à nouveau et se laisse porter par des courants d'hésitation, avant d'ouvrir la bouche une fois de plus. - Peut-être qu'on pourrait se recroiser un des ces quatre ? Ses épaules roulent et il redoute le refus. - Je comprends si tu ne veux pas. On est pas tous assez con pour vouloir renouer avec le passé. Il a fait l'erreur, James. Il sait ce que ça en coûte au cœur et à l'esprit, d'embrasser ses souvenirs.

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MessageSujet: Re: people hearing without listening. (james)   Sam 14 Juil - 3:11

Conrad se contente de ce qu’il a. Pas grand-chose mais suffisamment pour faire semblant de vivre. Des types comme lui – et comme William, ils ont été habitués à moins que ça. Pour Conrad, avoir son propre appartement s’apparente bien plus à du luxe qu’à un droit. Les soldats, ils s’entassent par dizaines dans des baraquements impersonnels. Conrad, il connaît mieux le goût de la poussière et du sang que celui des pâtisseries qui jonchent les étalages des boulangeries. Conrad, il connaît mieux l’odeur de la poudre et des canons incandescents que celui de la pluie. Il soupire en se passant une main dans les cheveux pour en chasser l’excès d’eau. William n’insiste pas ; Conrad lui en est reconnaissant. Tenter de renouer avec sa vieille passion – celle qui l’a poussé à rejoindre les troupes mobiles du SAS, à l’époque – lui ferait du bien. Peut-être que s’immerger à nouveau dans les effluves dégueulasses du cambouis et de l’essence lui permettra de contrôler ses démons, à défaut de les faire disparaître. Enfin, s’il trouve le courage au fond de ses tripes de demander l’adresse du garage à William.
Ils sont tous les deux dans le même bourbier, au final. Incapables de trouver une place décente parmi ceux qui ne connaissent que la paix. C’est calme, à Brighton. C’est si loin de la tourmente qu’il a connu, des années plus tôt. C’est trop paisible à son goût et peut-être bien qu’au fond de ses tripes, c’est encore la guerre qui tente de se tailler une route jusqu’à sa raison. On dit qu’on excelle le mieux dans ce que l’on connaît déjà ; ce n’est pas si faux. Quand on ne connaît que la guerre, c’est dans la paix qu’on se perd.  Un fossé le sépare des âmes bien-pensantes qui ont organisés cette réunion et au lieu de se refermer, il s’étire.
Conrad, il acquiesce simplement lorsqu’on les prévient que la réunion reprend. Conrad, il ne compte pas y retourner. Il enfonce ses mains dans les poches de son pantalon chargé d’humidité alors qu’il se redresse. Il s’apprête à souhaiter une bonne journée à William – des mots mensongers – mais celui-ci le devance. L’esquisse d’un sourire fatigué se dessine sur les lèvres de Conrad alors qu’il imite son geste : il roule les épaules avec nonchalance. « Peut-être. » Qu’il répond simplement. « Je vais souvent boire un verre le vendredi soir au Bulldog, à Kemptown. » Une proposition pour que William le rejoindre, un de ces quatre. Conrad, il ne précise pas que ce bar est situé en plein milieu du quartier gay de la ville. Quelque chose lui dit que William s’en fout – la vision de couples homosexuels qui se cajolent est bien moins effrayante que celle de couples qui s’enlacent pour la dernière fois avant que les tirs de mortiers décollent.
Conrad, il se dit qu’il est prêt à renouer avec le passé. Pourtant, ses tripes sont nouées.

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