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 tale of us + james

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Andy Cavendish

she was only half bird now, and the other half song.

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MessageSujet: tale of us + james   Ven 6 Avr - 0:42

La musique me bouleversait. Âme par âme, je poursuivais ses fluctuations au milieu de la scène. Je montais dans les aiguës. Je glissais sur les cordes de l’instrument qui doucement, vibrait entre mes doigts. Le bar s’agitait entre mes paupières charnues. Je fixais l’inconnu, enchantée par ses formes et ses arabesques. J’imaginais le sourire de William, ses anciennes blessures et ses élans de colère. J’aurais pu l'aimer d'une façon plus agréable, me noyer dans ses bras et retrouver la surface. C’était ce que je voulais, ce que je désirais réellement. Mais l’amour était une émotion étrange qui ébahissait le coeur. L’amour rendait fragile et stupide. Je ne pouvais pas le sauver sans me perdre - sans écorcher mes yeux. Je me souvenais de chaque détail, du trajet des larmes sur l’oreiller et des mots qu’il avait prononcés. Je me souvenais de mes cris, de l’indignation et de la rupture. Mes prunelles ne bougeaient plus, trahies par les lumières des réverbères de l’autre côté de la vitre. Je comptais les chances qui me restaient avant l’automne prochain. Une nouvelle rédemption, une nouvelle histoire. Je souris au projecteur. Je me penchais pour effleurer la clarté d’un instant fugace, intemporel. Mes expressions s’amenuisaient face au public. J’avançais vers le rebord de la scène, les jambes flageolantes sous les pans de ma robe. Ce soir, je ne brûlais pas d’amour. J’étais seule à mourir de froid, à me glacer les sangs. J’avais eu l’audace d’embrasser Jake. Mon erreur en déclenchait une autre, encore plus grande et plus effrayante. J’étais coupable et lâche. La musique continuait à résonner au fond de ma gorge. Je balançais les épaules avec allégresse, les lèvres posées sur le microphone. Les carafes de bière recouvraient l’espace. Les esprits s’enlisaient dans l’insouciance, perdus dans la frénésie de l’ivresse, refusant de se défendre contre cette mécanique accablante. Et j’étais allée si loin - j’avais atteint les limites de mon talent. A trop aimer, à trop vouloir, je sombrais dans la solitude. Mon regard furetait autour de la salle. Je guettais toujours, j’attendais le retour à la réalité. Et cette fois, la soirée tenait ses promesses. J’arrêtais ma prestation et levais les yeux vers la silhouette imposante du soldat vêtu de noir. Je quittais l’estrade, la démarche débonnaire et zigzagante. William était là, la barbe cendrée et le désespoir saillant. Il ne bougeait pas - se méfiait de tout, de moi surtout. Je hochais la tête malgré mon mauvais pressentiment. Il semblait différent, étranger. J’hésitais à le féliciter pour sa forme resplendissante. Je savais que mon sarcasme n’était pas bienvenu. Il avait beaucoup vieilli pendant ces trois dernières années. La douleur creusait des sillons sur ses joues, au coin de sa bouche et de son menton. «Un bar à musique ? Ce n’est pas vraiment la meilleure façon de m’éviter.» Me moquai-je en tirant une chaise. Je repliais les genoux en m’installant à sa table. Mes doigts tremblaient contre mes cuisses. Je n’osais pas m’en aller, je n’en avais pas envie. « Tu vas bien? » Je marquais un silence. Je devais essayer de l’amadouer, de susciter son attention. Je haussais les épaules, une expression déterminée sur le visage. Je lui en voulais aussi. Il m’avait abandonné, il m’avait poussé dans mes retranchements. Et pourtant, malgré ma lassitude extrême, l’étincelle d’un espoir indéfini brillait encore dans ma poitrine. J’y croyais bêtement. J’y croyais de toutes mes forces. Les ondoiements de la lampe sur le plafond me créaient l’illusion d’un instant oublié durant lequel le goût amer de la solitude se dissipait - s’évanouissait complètement.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Dim 8 Avr - 20:05

andy & james

two feet standing on a principle
two hands digging in each others wounds
(still @daughter)

Se poser dans un bar et attendre, finir un verre, puis deux, rentrer et se laisser aller dans la nuit. S'oublier dans les vapeurs d'alcool et une solitude étouffante. Le programme d'une soirée qui ressemble beaucoup trop aux précédentes, et aux suivantes, sans l'ombre d'un doute. James, il se laisse guider par les vitrines luisantes et le brouhaha étouffé qui s'échappe dès qu'on ouvre la porte. Il s'engouffre dans la chaleur d'un bar choisi au hasard, se faufile, se fait une place au comptoir et oublie tout le reste. Les rires et ceux qui s'esclaffent, les couples et les familles. Il s'égare dans les méandres de son esprit, sur la route tortueuse des souvenirs – d'habitude, en tout cas. Car il y a cette voix qui résonne, harmonie parfaite au milieu des rires gras et du tintement des verres. Une mélodie qui sonne d'abord comme un mirage, l'illusion qui le ramène à une autre vie – celle où on l'appelait William. Ses prunelles délavées dérivent, cherchent, tombent sur la scène. Sur la longue silhouette qui s'efface dans l'ombre d'une scène, derrière un micro. Il a le cœur qui tombe en arythmie, James, les tripes qui se retournent. Il se renfrogne, les épaules voûtées, sans parvenir à se détourner pour autant. Il la fixe comme un malpropre, cherche à comprendre ce qui n'est dans le fond qu'une coïncidence. Andy. Le palpitant s'agite et déraille. Il crève d'envie de se lever et de changer d'établissement, mais il ne bouge pas. Il l'écoute, comme le marin entend les sirènes. À la simple différence que Andy, ça fait bien longtemps qu'elle l'a entraîné mille lieues sous les mers. Il détourne enfin le regard lorsqu'elle descend de la scène, s'intéresse plutôt au barman et à ses propositions alcoolisées. Essaye de l'oublier. Elle et son sourire solaire, elle et sa voix écorchée par les émotions qu'elle a toujours su glisser dans chacune de ses chansons. Il se souvient, James. Il se souvient qu'il en frissonnait, des mots trop justes qui caressaient ses tympans. Des paroles mélodieuses qui lui collaient autant de larmes que d'étoiles dans les yeux, parfois. La bière lui glisse sous le nez et quelques mots résonnent dans ses oreilles. Pourquoi est-ce que tu fais ça, Andy? Ses doigts se referment sur son verre, il lui accorde finalement un regard en biais, un regard qui en dit long sur ces mots qu'il ne prononcera pas. - Parce que tu penses que je cherche à t'éviter ? Tu n'es pas le centre du monde, Andy. Tu ne l'es plus, depuis bien longtemps. Il est amer et acide, laissant ses mots dégouliner d'une méchanceté pas forcément nécessaire. Il regarde la mousse dans son verre, le bois usé du comptoir, les bouteilles qui s'alignent et font désordre sur l'étagère ; tout ce qui n'est pas elle, à vrai dire. - Puisque ça t'intéresse, je vais bien. Concis et l'ironie qui souligne chacun de ses mots. Il veut la faire fuir, James. Lui briser le cœur pour la millième fois. Alors il montre les crocs et ses yeux s'assombrissent des restes d'une colère d'hier. Une gorgée de bière et ses épaules se détendent. Incapable de se détourner totalement d'elle, son regard la cherche, accroche son visage, ses traits qui n'ont pas tant changé, au final. - Et toi ? Comment est-ce que tu vas ? Parlons de tout et de rien, de tes dernières courses et même de tes amours, de ton penchant pour la trahison et de ce qu'est devenue ta vie, depuis la dernière fin du monde, il y a des années de ça.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Dim 8 Avr - 22:43

Les vibrations de la guitare me ramenaient en arrière. Je revoyais sa silhouette dans le noir, allongée sur le rebord du lit, accompagnant les mélodies des vinyles d’un simple sourire. William, mon amant, mon chéri, habillé d’un vieux t-shirt gris et de ses plaques de soldat. Il relevait la tête, les yeux enchantés. Il voulait que je m’approche, que mes lèvres étreignent son ombre sous les ondoiements des lumières. Je ne bougeais pas. Mes jambes étaient figées sur le sol, incapables d’interrompre ma vision. Il était si beau dans l’obscurité de Brighton. Mon bras se levait afin de mimer un signe militaire. J’agitais la main, les doigts vacillant au dessus de ma tête : je te couvre. Nos rires se déchiraient dans la pénombre de la chambre. Un symbole affectueux, le prémisse d’une passion étrange - s’opposant aux bourrasques de l’hiver contre la fenêtre. Il était l’incarnation d’un rêve enfantin, la concrétisation d’un amour qui réchauffait mon coeur, mon âme. Puis le silence. Le vent sifflait sur les parois de mon crâne afin t’interrompre mes souvenirs. Je ne reconnaissais pas l’homme assis dans le bar. Tout comme je ne l’avais pas reconnu quand les délires s’immisçaient entre nous. Will n’était qu’une chimère, une expression pâle creusée sur un faciès familier. J’essayais de sourire, de prétendre que le temps effaçait les blessures. Mais les mots résonnaient encore dans ma poitrine. Le mal se distillait dans mes veines. Mes cils se perdaient sur les visages accroupies sur le comptoir. Je fredonnais en effleurant les rebords de la table, l’esprit confus et incertain. Je n’avais pas le courage de partir - de l’abandonner comme il l’avait fait trois années auparavant. Je restais, les paupières lourdes, les prunelles assombris. «Peu importe ce que je pense, non? » De toute manière, il ne me croyait pas. Et Grand Dieu, ce serait terrible de me faire confiance. D’oser me toucher ou me saluer, même de façon cordiale. Mes larmes étaient glacées au coin de mes yeux. Il ne pouvait plus me briser - les fragments de mon coeur n’étaient que poussières, une myriade de particules infiniment petites. Il n’y avait rien à recoller. Rien à casser. Je soupirais en haussant les épaules. Ma bouche cherchait le réconfort de la bouteille. Je me redressais afin de solliciter le serveur. L’alcool brûlait mon œsophage, m’empêchant de lancer le débat. J’avais déjà imaginé notre rencontre. J’avais dessiné un schéma et un millier de discours, mais la gêne m’empêchait de parler - de lui expliquer. « Tu as toujours été bien, même quand tu creusais des trous dans le jardin. » La remarque avait glissé trop vite. Je fronçais les sourcils en détournant le regard. Je tremblais - anxieuse et mal à l’aise. Qu’est-ce qui nous arrive? Je voulais m’excuser, m’accrocher à son fantôme et lui murmurer nos promesses déchues. Mais je n’y arrivais pas. Je n’étais que le reflet de son attitude. Je luttais pour étouffer les sentiments, et ce manque - cette sensation horrible et accablante, d’être une intruse dans sa vie. « Je suis contente que tu sois revenu, Will. » Sincèrement. J’avais cru mourir sans nouvelles, en l’observant seulement, à travers une vitre, de l’autre côté de la rue ou sur un banc du parc. En n’étant qu’une inconnue dans la foule, une étrangère qu’il regardait à peine. « Et toi ? Tu pourrais au moins faire semblant … » Ma voix se noyait dans les bruits de la salle. Je le fixais avec étrangeté, imprimant les détails de son visage, gardant un bout de lui, en moi, un souvenir de plus dans ma mémoire éternelle.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Ven 13 Avr - 23:13

Elle est magnifique, Andy. Elle l'a toujours été – comme toutes les plantes les plus vénéneuses de cette chère planète. Elle l'a endormi en battant des cils, l'a attiré dans le piège à renfort de sourires lumineux. Une main sur l'épaule du soldat, la capture lente mais certaine, et avant même qu'il ne puisse s'en rendre compte, il était fait. Il se souvient de tout, James. De l'instant où elle a fait dérailler son palpitant, aux dernières scènes de la tragédie qu'est devenue leur relation, en passant par les nuits douces. Soirées semblables à celle-ci, qui commençaient généralement par une discussion autour d'un verre. Puis un silence, les regards qui se percutent, la conversation muette et ses lèvres contre les siennes. Il se souvient de tout James, oui. - Ouais, c'est ça.T'as raison Andy, peu importe de ce que tu penses désormais, ça fait bien longtemps que tu n'as plus le droit de donner ton avis. L'amertume qui perle sur le vermillon de ses lèvres, plus un seul sourire pour trahir de l'amusement ou une quelconque forme d'humour. Il est sincère et froid, James, il fait ça car il sait qu'elle pourrait s'échapper à tout instant de son pas léger pour retrouver une zone de confort. Elle l'a déjà fait par le passé après tout, quand elle en a eu marre de danser toute seule au milieu d'un champ de mines. Il l'écoute, le venin percute ses tympans avec violence quand elle lui parle de ses crises d'hier, celles qui ont mis le feu aux poudres. Sa main se resserre sur son verre et pendant un instant, il espère que le verre éclate, que les fragments s'égarent dans sa peau ; la douleur physique pour éviter cette torture mentale qu'elle lui impose. Il ne répond rien, même si un milliard de paroles assassines lui brûlent les lèvres. Douces insultes et répliques abrasives. De quoi lui faire regretter d'être venue se poser sur ce tabouret. Il se pince les lèvres et pose son regard sur la seule brune qui le fait vraiment vibrer ce soir ; sa bière. L'écoute distraitement pour ne pas se laisser emporter par quelques sentiments plus violents, plus réels. Il a envie de l'ignorer, de ne pas lui accorder plus d'attention que ça, de ne pas répondre. - James. Tout le monde m'appelle James, maintenant. Elle n'a pas besoin de savoir pourquoi, il ne compte de toute façon pas s'étendre sur la question. - Will, c'est le pauvre type qui creusait des trous dans ton jardin, comme tu l'as si bien dit. La rancune est tenace, il souligne tout ce qui lui déplaît, c'est à dire un peu tout, actuellement. Nouvelle gorgée de bière, il se satisfait du silence qui plane pour quelques secondes. Il la regarde enfin, pour ne pas dire qu'il la dévisage. Il imagine les sourires lointains qui courbaient ses lèvres, autrefois. Les ondulations malicieuses du vermillon lorsqu'elle lui murmurait qu'elle l'aimait. Il la fixe, sans gêne, sans pudeur. Il espère que ça lui fait mal, que ça la dérange. Mais c'est pas suffisant pour te faire fuir Andy, pas vrai ? T'es plus forte que ça, l'âme s'est blindée, avec tous les coups que j'y ai porté. – Faire semblant ? De quoi, Andy ? D'être heureux ? Que tout va bien, dans le meilleur des mondes ? Que j'ai guéri ? Que ça me fait vraiment plaisir de te revoir ? Il rit et l'amertume fait trembler ses cordes vocales. Il est mauvais et menteur, il cherche à la détruire de ses syllabes, alors qu'il la caresse d'une voix trop douce. Le contraste entre le contenant et le contenu est saisissant et presque malsain,  pourtant, il continue sur sa lancée. - Si je me souviens bien, faire semblant, c'était plutôt ta spécialité à l'époque, n'est-ce pas ? Il s'accoude au bar, tourné vers elle, lui portant bien plus d'attention qu'il ne le voudrait. Tu regrettes d'être venue, pas vrai Andy ? Reste maintenant. Assume, laisse-moi incendier les ruines, le peu qui reste de nous.

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Dernière édition par James Monroe le Lun 16 Avr - 13:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: tale of us + james   Sam 14 Avr - 14:53

Je n’osais pas bouger. Ma silhouette se glaçait face aux arabesques du plafond, immuable - fragile, presque nue. Le temps coulait sur mon visage, donnant l’illusion de mouvement à ma bouche. Je le voyais enfin, tel que je l’avais rêvé pendant trois années. J’effleurais sa peau translucide et ses paupières grises. Je touchais le fond. Je me noyais dedans. Nous étions similaires dans le silence, deux fumeurs d’opium, chacun dans son nuage, étrangers, seuls et incertains. Nos prunelles se croisaient dans la pénombre du comptoir. William avait changé. Je le ressentais dans ma chair. Je partageais son dégoût et son amertume. Il n’était pas le seul à porter les traces de notre relation. Il n’était pas le seul que la guerre avait brisé. La peur écorchait mes yeux, toutes ces nuits, où les images agitaient son sommeil. Je ne connaissais pas les horreurs de la-bas, alors j’envisageais le pire. Des landes couvertes de sang et de douleurs, des enfants agonisants sur les dunes froides d’un village ruiné. J’imaginais le bourdonnement des chars et les coups de feu. L’amour n’était pas un choix. Il s’imposait - il était venu jusqu’à moi. William me blâmait d’une trahison qu’il avait engendré. D’un mal qu’il avait initié, le premier. Je crispais les mains autour de mon verre. J’étais cette goutte d’eau condensée sur le bord de la bouteille, glissant sur une pelote de givre, mourrait à la surface de la table. Mon esprit transfigurait les mots. J’essayais de lire entre les lignes, de comprendre un peu. J’étais trop blessée pour l’aimer. Trop fatiguée pour le détester. Le vide était effrayant. Je pinçais les lèvres en acquiesçant. Je n’avais rien à ajouter. Pourtant, mes jambes refusaient de me porter ailleurs. Il s’était éloigné pendant une éternité. Et maintenant, j’avais besoin de sa colère pour tourner la page. J’avais besoin de la douceur de ses gestes. Son dépit était vindicatif, c’est qu’il n’oubliait pas. Il ne m’oubliait pas. Cette pensée suffisait, un instant. J’étais gravée dans sa mémoire, avec mes sourires et mes vices, avec mes caresses et mes cris. Je me redressais lentement, le visage penché sur l’assiette  de chips. « James, alors. Techniquement, lui, je ne l’ai pas trompé. » L’énoncer. L’entendre de ma propre voix. Réaliser l’horreur de cet acte. Je frémissais en me blottissent dans ma veste. Mes muscles se crispaient, paralysés par la clarté de ses yeux. Il me coupait le souffle. J’étouffais sous les battements de ses cils, au fond de ses iris océans. Je posais une main sur la table en m’éloignant. «Ne hausse pas le ton, s’il te plait.» Il le faisait avant aussi. Cracher sa haine. Blâmer ses échecs sur moi. Je plissais le front en luttant contre les larmes. Je refusais de lui offrir la satisfaction de mes chagrins. Il ne faisait plus partie de ma vie. William, James - peu importait son identité maintenant, il n’était qu’une chimère du passé. « Idiot. » Je marmonnais avec conviction. Tu ne dis jamais que des choses blessantes. « J’ai seulement fais semblant de ne pas avoir peur à chaque fois que tu me rejetais ou que tu pensais que E.T était là pour t’emmener dans une soucoupe volante. Pour le reste, à part quelques orgasmes, il me semble que j’étais sincère. » Je le fixais avec une figure inflexible. J’étais incapable de détourner le regard. De le fuir avec la même lâcheté que lui. Nous n’avions jamais parlé de Jacob, de cette évasion qui avait brisé notre équilibre. Je me servis un autre verre, appréhendant ses attitudes froides et dédaigneuses. « Si tu croises Will, tu pourras lui dire que je ne regrette rien. » Un rien nous blessait et même nous tuait. La trahison, le mensonge, l’abandon - j’ignorais lequel de nous était le plus à blâmer. Mon coeur avait dérapé - il avait explosé dans la foule. Un faux pas, une simple erreur, tout était fatal. « Tu peux vider ton sac. Je ne bougerais pas. Je ne partirais pas. Il n’y a que les déserteurs et les hommes sans parole, pour faire ça. » Il m’avait promis la lune. Il m’avait charmé avec sa guitare et ses ballades romantiques. Puis un jour, tout s’était arrêté. Il m’avait claqué son mépris au visage. Il avait décidé de ne plus y croire. De devenir fou. De me laisser au bras d’un autre.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Dim 22 Avr - 23:09

L'ironie qui dégouline de ses mots, elle fait danser les syllabes sur sa langue de vipère, joue comme une poète talentueuse sur chaque lettre. Et lui, il écoute, s'abreuve des versets malhabiles, de sa répartie tranchante qui écorche ses tympans. Pire encore, il en demande toujours plus, entre dans le jeu, lui donne matière à faire, lui tend la boîte d'allumettes pour l'inciter à mettre le feu. C'est inévitable, il finira par s'énerver. Par s'enflammer. Tout emporter sur son passage. Il lui fera du mal, à nouveau. Lui dira qu'elle l'a cherché, à nouveau. Qu'elle l'a mérité. A nouveau. Le cœur valse dans sa cage fragile. Idiot. Elle n'a pas tort et il a mille mots qui lui brûlent les lèvres soudainement, comme autant de noms d'oiseaux qu'il pourrait lui donner, pour ce qu'elle lui a fait. Mais il refuse de s'abaisser à cela. Refuse de l'empoisonner de ses paroles assassines ; l'atmosphère actuel est assez toxique comme ça. Ses phalanges blanchissent en s'entortillant sur le verre. - Tais-toi. Qu'il lâche avec humeur. Il ne la supporte pas. N'arrive pas à entendre la manière dont elle parle de leur relation. Il a tout piétiné, mais est-elle vraiment obligée de cracher sur ce qu'il reste d'eux ainsi ? - Sincère ? Sincère. Rire amer qui fait trembler ses cordes vocales. Le palpitant s'agite, se fait fébrile. La respiration est plus courte, il a l'impression d'asphyxier sous le poids de ses mots. - Sincère, comme toutes ces fois où je te demandais à quoi tu jouais avec Jacob ? Et que tu me parlais d'amitié et de soutien. Sincère, au point d'en oublier de mentionner qu'il te sautait ? Cruauté qui danse sur les papilles, les mots charmeurs sont loin, il dégueule la vulgarité pour lui faire mal, lui renvoyer ses erreurs à la face, toujours plus fort. Il roule des épaules, cherche à oublier la tension qui enveloppe ses muscles et met ses nerfs à vif. Nouvelle gorgée de bière dans laquelle il cherche à se noyer, rien n'y fait, il reste à flots, même quand elle cherche à le tirer par le fond. Est-ce là la preuve qu'il n'a plus besoin d'elle ? Ou simplement la preuve qu'il a appris à nager à contre-courant avec les années. Elle a l'audace de parler de son manque de regrets, d'une culpabilité absente et ça lui crève le cœur, à James. Il a l'impression que d'une minute à l'autre, le verre va éclater dans sa main et son cœur, imploser au creux de son torse. Il se demande quel genre de plaisir malsain est-ce qu'elle trouve à le torturer ainsi de sa prose dévorante. Comment a-t-elle pu devenir aussi cruelle ? Comment est-ce que ces lèvres qui autrefois caressaient les siennes avec la douceur du satin, peuvent aujourd'hui marquer son esprit aussi douloureusement par les mots qui s'en échappent ? Elle poursuit sur sa lancée, il déraille, décapsule ; la machine infernale est lancée quand le mot de déserteur fracasse son ouïe avec une violence inouïe. - Si tu ne regrettes rien, alors que fais-tu là à geindre pour un peu d'attention ? Tu te donnes en spectacle, tu souris et tu craches tes mots comme si tu étais forte alors qu'en réalité, tu es juste pathétique. Les traits se déforment sous une grimace, les mots, il les crache avec véhémence et hausse le ton, sans se soucier de l'impact, du tremblement de terre qu'il est en train de provoquer. - Tu t'approches et tu minaudes pour mieux attaquer. C'est tellement bas. Même pour toi. Il finit son verre d'une traite et le repose brusquement sur la table. - Ça te fait du bien, c'est ça ? Tu ne m'as pas assez foutu en l'air comme ça ? La défense se mue en attaque, il la jette dans les flammes car il en a marre de brûler tout seul, de traverser l'enfer en solitaire alors que, comme toujours, Andy Cavendish pensait s'en tirer avec ses grands sourires.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Sam 28 Avr - 15:50

Soudain, tout s’effaçait. Mon univers vaste et plein de possibilités commençait à se réduire. Mes bras flottaient autour de la table, avides de contact et de compassion. Je le fixais avec amertume. Je le fixais jusqu’à lui transpercer la peau. Il y avait plus rien à sauver. L’ennemi était venu le chercher et je l'avais laisser filer - telle une évidence dépouillée de magie. Les silhouettes s’amenuisaient sous les vapeurs de l’alcool. Les formes se courbaient entre les murmures du piano. Je n’appartenais plus au bar. Je ne reconnaissais plus ce monde. Je fermais les yeux un instant, retrouvant les souvenirs de notre relation. La précision de ma mémoire était accablante. Les détails faisaient tellement mal. Je revoyais ses sourires, les rides au coin de ses yeux et la couleur de ses T-shirts. Je ne l’imaginais plus. William était réel. Il était là, sans que je ne puisse le toucher. Tais-toi. Un coup de poignard. Une entaille si profonde qu’elle me serrait le coeur. Ma bouche obéissait, silencieuse et crispée. Nos chagrins étaient invisibles dans les brumes de la ville. Je reprenais difficilement mon souffle. Je voulais le supplier d’arrêter, de m’épargner cette fois. Mais la vanité me poussait à garder la tête haute. Je l’observais à travers le goulot de la bouteille. Je l’espionnais en secret. Son visage était noirci sur mes paupières. Les méandres d’un amour perdu - sans couleurs. Il avait changé. Mes yeux dessinaient les courbes de son sourire amoureux sur le ressac de la mer. Puis, la réalité revenait, saignant sous la pulpe de mes doigts. Sa démarche se décomposaient entre les voilages ambrées de la pièce. Mon cœur était lesté par l’odeur de la mer. J’avais grandi sur les vagues tourbillonnantes de Brighton et de Santorin. La presse hydraulique m’emportait vers les profondeurs des océans. Je n'étais pas stupide. Je savais depuis le début que nous étions condamnés.  « Il me sautait ? » Un rire amer se déchirait entre mes lèvres. Je déglutis en avalant une lampée de bière. Mon poignet tremblait sur le rebord, créant un claquement strident contre la table. Je n’avais pas ma place à ses côtés. Alors à quoi bon me défendre ? Pourquoi justifier une seule erreur lorsqu’il en avait commis un millier ? « C’était si bon ! » Un pique volontaire pour venger mes blessures. Pour lutter contre la douleur qu’il arrivait encore à infliger. « Tu as raison, je suis pathétique. » Je me levais dans un mouvement impulsif. Mes jambes n’étaient pas préparées. Ma tête tournait en rond. Je me sentais malade et étrangère. « Will... » Je devais le quitter pour tourner la page mais l’attraction était trop forte. A quelques pas de la porte, je pivotais sur mes talons afin de le fusiller du regard. « La guerre t’a foutu en l’air. La guerre nous a foutu en l’air tous les deux. Personne t’a demandé d’aller combattre pour ton pays. Personne t’a rien demandé, putain! » Je n’avais plus aucune mesure des réalités. L’émotion perlait au coin de mes yeux. J’aurais voulu disparaitre - ne plus jamais le revoir, pouvoir oublier et aimer à nouveau. « Qu’est-ce que j’aurais pu faire? Dis-moi, est-ce que j’aurais pu t’aider ? Je te voyais délirer et j’étais juste inutile ! » Je levais la main afin de le gifler. J’aurais voulu laisser une marque brûlante sur sa joue, lui faire mal - mais mon corps était tétanisé. William avait pris un fragment de mon âme. Et je l’avais laissé. Je m’étais volontairement pliée. C’était injuste. Je reculais, horrifiée par son influence. « Tu peux continuer à blâmer tes échecs sur moi si ça te fais plaisir. Moi, je suis épuisée. T’aimer était épuisant. Et te détester, tous les jours, pendant trois ans, c’est encore plus fatiguant. Alors, sincèrement, va te faire foutre.» Il avait tout sacrifié pour jouer aux héros, pour sauver ces villages d’ailleurs de leurs dictateurs. Puis, au milieu des sables d’Orient, il nous avait oublié. William nous avait tué. Il n’avait rien perdu. Il avait choisi ses combats. Tandis que moi, je continuais à subir mes sentiments.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Mar 1 Mai - 22:46

Elle crache les mots comme autant de coups de poignard qui se faufilent entre ses côtes rafistolées. Hors de question de lui montrer qu'elle gagne. Qu'il a mal, qu'une flaque de sang est en train de se former à leurs pieds. Il ne compte pas céder. Elle non plus. Elle est là, la véritable guerre, celle qu'il n'a jamais su gagner – à supposer qu'il en ait gagné d'autres. Guerre passionnée qui lui a bousillé le palpitant ; à ressentir trop vite, trop fort. Le cœur n'est pas fait pour monter dans les tours comme ça, pas programmé pour résister à la violence de leurs batailles, querelles amoureuses qui lui feraient presque regretter le sable corrosif d'Afghanistan. Elle rit, Andy. D'un rire tordu et détraqué qui fracasse ses tympans avec violence, un rire moqueur, capable d'amorcer les pires réactions chez lui. Conrad avait raison. Il n'aurait jamais dû rentrer, jamais dû en revenir. Crever en héros à l'autre bout du monde ; ou quelque chose du genre. Andy n'aurait jamais connu la rancœur et les nuits infernales. Les délires psychotiques et la tentation de se blottir contre un autre. Elle aurait eu un drapeau et des remerciements. Quelques médailles à enfermer dans un grenier et des beaux souvenirs à enterrer dans des boîtes. C'est vrai ça, t'aurais pas pu juste crever comme les autres, Monroe? Conscience assassine qui se mêle au tableau. Elle se lève et il tourne enfin la tête vers elle, sur cette silhouette chancelante. Il la hait, Monroe. De vaciller ainsi, alors qu'elle est bien plus forte que lui. Il écoute sa colère, l'entend. Modère sa propre rage, pour éviter de tout emporter sur son passage. Il a envie de la faire taire, alors que chaque mot, plus brûlant que le précédent, dégouline de ces lèvres qu'il aimait tant embrasser, autrefois. - Arrête ! Il prévient, entre ses dents serrées mais rien n'y fait. Elle continue sa tirade, dramaturge professionnelle, à vendre leur vie ainsi aux yeux curieux des consommateurs du bar. Elle lève la main et il a un mouvement de recul. Pathétique petit soldat qui a peur de son ombre. Il se redresse, se campe furieusement sur ses deux pieds, le cœur au bord de l'implosion. - Arrête de te donner en spectacle comme ça. Il reprend d'une voix grave, prévient à nouveau. Rien n'y fait. Tu vas continuer, jusqu'à ce que je sois sur mes genoux, c'est ça, Andy ? Il commence à être épuisé Monroe, de devoir tenir debout. De la laisser le tuer comme ça, tout en passant pour l'antagoniste de cette histoire. Elle dégueule ses quatre vérités avec une sincérité qui lui perce l'âme. Il aimerait mourir sur place, James. Se fondre dans les planches crasseuses du sol. Il aimerait ne jamais être venu ici ce soir. Ne l'avoir jamais rencontrée. Ne l'avoir jamais aimée. La poigne est ferme alors qu'il l'abat sur le poignet de la brune, la tirant – de force ou de grès – à l'extérieur de l'établissement. Il s'écarte dans la rue, la repousse vivement, cachant les tremblements dans ses mains en serrant les poings. - La guerre t'a foutue en l'air ? Rire macabre, folie douce qui lui monte à la tête. - Tu voudrais quoi, que je te plaigne peut-être ? T'as pas vu le dixième de ce que j'ai pu vivre, Andy. Arrête d'agir comme une putain de victime ! Il s'avance vers elle d'un pas, menaçant. Il a besoin de prendre l'ascendant. Besoin de lui faire peur, pour oublier à quel point lui-même est terrorisé. - Tu veux savoir autre chose ? PERSONNE t'a demandé de m'aimer, ou même de me supporter. Alors si c'était si difficile, pourquoi tu t'es pas barrée d'entrée, hein ? Il ne se rend pas compte qu'il crie, James, que son timbre grave perce dans la nuit avec violence. - Je t'ai JAMAIS demandé de rester Andrea, je te dois rien, alors fous-moi la paix. La voix se brise et ses bras retombent le long de son corps. Il n'a plus besoin de ça. Plus besoin d'elle – ou en tout cas, il aimerait y croire.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Sam 5 Mai - 17:28

Je restais immobile dans la pénombre, le souffle émietté - le coeur suspendu entre les côtes. William parlait avec des intonations d'acteur, avec des manières de bohème qui divertissaient les ivrognes chancelant entre les tables. Je ne ressentais plus le manque de lui. Je ne ressentais rien. L’alcool se distillait dans mes yeux. Il avait changé, mon amour. Et malgré les cicatrices sur son visage et l’expression de son dépit immense, je trouvais encore le moyen de le chérir - de le contenir. Les souvenirs étaient façonnés par l’oubli. Il semblait en avoir oublié beaucoup. De nos rencontres à nos baisers, aux promesses murmurées au bout de nos lèvres, et l’éternité, le bonheur, filant à la surface de nos peaux suintantes de plaisir. Je ne voulais pas lui demander - si nos actes étaient manqués, si la douleur était aussi lancinante dans sa poitrine qu’elle l’était dans la mienne. Il aurait menti. Il se serait détourné, simplement pour me faire du mal. Will se vengeait, il crachait son venin. Et je suffoquais dans ses mots, dans ses syllabes qui se séparaient et pénétraient dans ma chair. Un millier d’épines aiguisées. Un millier de piqûres mortelles. Quelle belle ironie, je survivais encore. Je survivais lorsque je pensais mourir à cause de lui. Cet homme que j’avais aimé. Cet inconnu qui se dissipait dans les vapeurs ivres du comptoir. Il était si loin et j’étais lasse de l’attente. Je me perdais dans son étreinte forcée. Mon esprit vacillait, attiré par les vacarmes de la rue. Sa voix rugissait encore, transperçant le vide et les façades des bâtiments. Je remarquais ses tremblements, sa main indignée de m’avoir effleuré. Ses tourments étaient si lourds, difficiles à remuer, impossibles à émouvoir. J’esquissais quelques pas dans sa direction. J’avais des choses à dire, aussi. « Quoi ? Tu vas faire un AVC parce que t’as touché mon poignet ? Parce que je suis une pourrie ? Que je t’ai trompé ? » Mes poings s’écrasaient sur sa poitrine, sans violence, sans énergie -  une maigre consolation pour une colère qui empoisonnait mes entrailles. « On couchait plus ensemble depuis des mois, je pense qu’à ce stade tu me prenais pour un légume. C’est juste une question d’orgueil pour toi, Will. Tu avais déjà décidé de partir avant tout ça. » Les larmes étaient glacées entre mes paupières. Quel putain d’égoïste ! Je pouvais supporter sa folie et ses délires. Mais à chaque fois qu’il voulait prendre la fuite, il prenait son arme et son sac. Il creusait des trous pour se cacher sous la terre, mais jamais il ne songeait à m’emmener. A me garder dans ses bagages. Andrea, il le criait comme une insulte. Comme un prénom écorché sur les rivages de l’océan. « JUSTEMENT, tu m’as jamais demandé de rester. Tu voulais pas que je reste…» Il m’avait poussé vers la trahison. Jake était le seul à m’entendre, à me soutenir. Ma gorge se serrait dans un sanglot. « Crois moi si j’avais le choix je serais tombée amoureuse de Jacob ! » Mes ongles agrippaient sa veste. Mon équilibre s’effondrait. Je ne comprenais pas. J’espérais le miracle d’un soldat déchu. Notre histoire était gravée dans ma mémoire comme une malédiction, une succession d’images entrecoupées. « Tu es revenu depuis au moins deux ans, tu as dû coucher avec une centaine de prostituées. C’est pas assez pour faire passer l’éponge ou elles font pas aussi bien semblant que moi ? » Je me détachais violemment, manquant de glisser sur les pavés huileux de la rue. J’étais horrifiée par mes mots - par mes blessures. J’étouffais mes secrets mais mon corps trahissait mes émotions. Mon regard était obscur, perforé par les lumières des réverbères et les éclats de lune. « Je voulais pas dire ça … Je voulais pas … » Mes paumes se fermaient sur mes yeux. Je reculais vers le mur. « De toutes les villes du monde pourquoi ici ? Pourquoi Brighton ? ça te fait pas chier de renouveler ta carte séjour ? » Soupirai-je en essuyant mes joues, en essayant d’effacer toutes les traces de mon chagrin. Il n’avait pas le droit de me briser. William n’avait plus aucun droit.

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MessageSujet: Re: tale of us + james   Jeu 10 Mai - 22:40

Il en a marre de combattre, James. Marre des esprits belliqueux qui modulent les phrases assassines, marre des cœurs belligérants qui s'abîment sous leurs propos haineux. Elle sait comment lui faire mal. Elle sait quelles syllabes s'entortillent comme une tumeur maligne sur les irrégularités de son encéphale. Elle sait comment le faire sortir de ses gonds, comment attiser le feu qui crépitait seulement jusque là. James, il voit rouge, noir, orange – un camaïeu incendiaire pour définir ses élans de colère, le démon qu'il devient quand elle le pique et le repique de ses remarques acerbes. Il aimerait plaquer la paume d'une main contre le vermillon de ses lèvres, à défaut de pouvoir lui sectionner les cordes vocales par la simple force de la pensée. Elle chante pourtant si juste, Andy. Même quand elle s'énerve, même quand elle veut le blesser, sa voix reste mélodieuse. Elle le frappe, du moins, elle essaye. Il cille à peine, devant ses tentatives maladroites. Ses phalanges délicates qui tentent de le bousculer ne font aucun effet. Il l'écoute pleurer les histoires d'hier. Ses manquements, ses erreurs. Souvenirs ternis par une guerre qu'il a ramené avec lui, dans les poches de son uniforme. Poison qui n'a mis que quelques mois à entamer le système. Il n'a pas besoin d'entendre tout ça. Pas envie. For fuck's sake, tu vas te taire ? La voix qui gronde comme un rugissement animal. C'est tout ce qu'il est désormais ; un animal qui s'est vêtu de la peau d'un homme. Pas un ours, ni même un lion ; seulement un charognard solitaire qui a même peur de son ombre. Les perles salines roulent au bord de ses yeux. Orbites injectées de colère et de sang, regard fou. Il ne compte pas pleurer James ; les hommes ne pleurent jamais. Il ne veut pas lui montrer ses faiblesses, elle les connaît déjà par cœur, après tout. L'entendre parler de Jacob ainsi lui retourne les tripes. Il se fait violence pour ne pas la bousculer, les mains tremblantes, le souffle coincé dans la gorge et beaucoup trop de colère pour lui ronger le système nerveux. - Tu oses dire que c'est de ma faute ? Un rire fou lui étreint la trachée. Il a l'impression qu'il va crever sur place, Monroe. S'asphyxier sur ses idées délirantes. - J'te retiens pas, tu peux aller le retrouver, ton Jacob ! J'en ai plus rien à foutre. Sa voix qui se brise sur ses mots. À bout de souffle. Il s'éloigne d'un pas, tente, en tout cas. Elle est toujours là, toujours proche, toujours trop. La tension qui monte et qui lui dévore le palpitant – l'implosion n'est plus loin. La mort sera toujours plus douce qu'elle, de toute façon. Elle et ses mots désespérés qui tombent comme mille insultes au creux de ses oreilles. Elle se perd, Andy. Elle se perd dans ses mots, se perd dans la nuit. Parle de filles de joie et de carte de séjour. Ça s'embrouille dans son esprit vague, les idées s'emmêlent et s'entrechoquent, James, il n'arrive plus à démêler le vrai du faux. - Tu délires complètement, regarde-toi. L'esquisse d'un rire sarcastique tombe de ses lèvres, il passe ses phalanges écorchées dans ses propres cheveux et tire sur quelques mèches. - C'est comme ça que tu m'vois ? Comme le cliché du vétéran qui passe sa frustration sur des gonzesses et des bouteilles ? Il a envie de pleurer James – pleurer de rire. La nervosité fait trembler ses lèvres et ses doigts. Il tourne en rond, tourne tout court. Il revient vers elle d'un pas chancelant, la désigne du bout de son index comme dans une de ces tragédies qui ne se jouent que dans les grands théâtres. - Tu sais, Brighton ou ailleurs, la Terre sera jamais assez grande pour nous deux. Qu'on y aille en avant ou à reculons, on finira toujours par se rentrer dedans, Andy – aussi certain que le plus attire le moins. De l'amour ou de la haine, c'est nucléaire ; nos atomes rentreront toujours en collision, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à bousiller. Il secoue la tête et ses bras retombent le long de son corps. Un pas en arrière, puis deux. Il la trouve faible, James. Elle qui a toujours été plus forte que lui. - Tu peux pleurer, Andy. J'en ai plus rien à faire. Et il fait demi-tour dans la nuit, rejoint le monde des monstres et des ombres sans un seul regard en arrière pour elle, son délicieux dommage collatéral.

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